DECORTIQUAGES

Barrage brésilien de Belo Monte : Un projet très contesté

PERSPECTIVE MONDE
By Maxine Kelly Faculté des lettres et sciences humaines, Université de Sherbrooke

C’est dans la région de la grande boucle de la rivère Xingú que se situe l’un des bassins hydrographiques les plus importants du Brésil. Et c’est spécifiquement sur cette rivière, un affluent du fleuve Amazone, que la construction du barrage Belo Monte est prévue (1).

Le projet a vu le jour en 1975, alors que le Brésil était encore sous dictature militaire. « Electronorte », une filiale d’ « Electrobas », qui est le service publique responsable de la production et de la distribution d’électricité brésilienne, a demandé au « Consórcio Nacional de Engenheiros Consultores » (CNEC) d’effectuer une étude hydrographique des sites ayant un potentiel énergétique sur la rivière Xingu. Le projet a cependant toujours été reporté, notamment à cause des protestations des indigènes et des écologistes (2). En 1990 le projet a été relancé, et abandonné à la suite de nombreuses manifestations au Brésil et partout dans le monde (3).

Un barrage hydroélectrique d’envergure

Le barrage Belo Monte deviendra le deuxième plus grand barrage du Brésil, après Itaipu (14.000 MW) dans le sud du pays, et le troisième au monde après celui des Trois Gorges, en Chine (18.000 MW) (4). La production commencerait en 2015 et générerait, à terme, 11 000 MW d’électricité.

L’hydroélectricité représente 73% de l’énergie produite au Brésil et les coûts du projet sont évalués à 11 milliards de dollars. Selon le gouvernement, 18 000 emplois directs et 80 000 indirects seraient créés avec ce projet. La construction du barrage implique le détournement de la rivière Xingu de 100 km ainsi que l’inondation de 500 km carré de terres (5).

Malgré son statut de 3e plus grand barrage au monde, sa puissance sera cependant limitée. En effet, l’entreprise publique « Eletrobras » souligne que le fonctionnement de Belo Monte permettra aux centrales des régions Sudeste, Centro-Oeste, Nordeste ou Sul de « se reposer » et de remplir leurs réservoirs (6). De plus, les opposants au projet affirment que le barrage Belo Monte ne sera pas rentable puisqu’il fonctionnera à moins de 10% de sa capacité pendant 3 ou 4 mois, lors de la saison où le niveau de l’eau est à son plus bas (7).

C’est le consortium « Norte Energia » qui a remporté l’appel d’offres pour la construction du barrage en Amazonie. Il l’a obtenu au détriment de « Belo Monte Energia », également mené par des entreprises publiques. « Norte Energia » est dirigé par la Compagnie hydroélectrique du Sao Francisco, une filiale de l’entreprise publique « Eletrobras», avec une participation de 49,98%, et huit autres entreprises privées, notamment de travaux publics (8).

Une panoplie d’opposants contre la construction du barrage

Le projet de construction d’un barrage hydroélectrique de grande envergure dans cette région existe depuis les années 70, mais a toujours été retardé à cause de ses opposants. Ces derniers sont soutenus par l’Église catholique. Parmi eux, les indigènes sont les plus fervents opposants et ce depuis le début du projet. La construction du barrage Belo Monte impliquerait le déplacement de plus de 20 000 familles indigènes.

De nombreuses manifestations ont eu lieu pour dénoncer les conséquences écologiques et humaines qui découleraient de la construction du barrage Belo Monte. Des militants ont même déposé trois tonnes de fumier devant l’Agence nationale d’énergie électrique (ANEEL) lors d’une manifestation qui regroupait plus de 500 personnes (9). «Il y a d’autres sources d’énergie possibles comme l’énergie éolienne, biomasse ou solaire», a déclaré un porte-parole de Greenpeace à Brasilia. Il ajouta qu’ «il n’y a aucune réponse officielle à une série de questions telles que le déplacement de 20 000 à 30 000 familles de la région, l’impact sur la pêche et la biodiversité» (10). Détourner la rivière Xingu dévastera une grande partie de la forêt et aura des effets très négatifs sur les poissons.

Bien que le ministre de l’Environnement, Carlos Minc, ait affirmé que ceux qui auront le contrat de construction devront payer des millions de dollars pour protéger l’environnement, ainsi que respecter une liste de 40 conditions avant que le projet puisse être entamé, le barrage Belo Monte est sujet de controverse et fait l’unanimité contre lui chez les écologistes (11).

Précisons que la cause des opposants à la construction du barrage de Belo Monte a acquis une notoriété internationale après que des « stars » s’en soient mêlées : le chanteur Sting a mené une campagne contre le projet avec les chefs tribaux et s’est rendu au Brésil pour dénoncer, devant le gouvernement, les impacts de la déforestation sur la hausse des gaz à effets de serre et le réchauffement climatique (12). Le réalisateur James Cameron a également contribué à l’internationalisation de la cause en se rendant sur place et en s’opposant fermement à la construction du barrage (13).

Dilma Rousseff dans la continuité de Lula

Le barrage Belo Monte a également été un enjeu lors de l’élection présidentielle de 2010. La question des infrastructures hydroélectriques préoccupait les électeurs, d’autant plus que le pays a connu une gigantesque panne d’électricité en novembre 2009. Cette panne a plongé dans le noir São Paolo et Rio de Janeiro.

L’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva était favorable à la construction ce grand barrage, et militait pour faire accepter le projet par l’opinion publique. Il affirmait que la construction du barrage au sud de l’État amazonien du Para n’affecterait par les zones indigènes. Son second argument était que le barrage représenterait 11% de la puissance énergétique au Brésil, et qu’il était essentiel pour un pays souhaitant devenir la 5e économie mondiale (14).

Le 31 octobre 2010, Dilma Rousseff remporta l’élection présidentielle du Brésil et succéda ainsi à Lula. Ministre de l’Énergie sous Lula, ainsi que chef de cabinet, Madame Rousseff partage la même opinion que le président sortant quant au barrage Belo Monte, stipulant qu’il peut combler les besoins énergétiques du Brésil. Le gouvernement soutient que le barrage est indispensable, ne serait-ce que pour répondre aux besoins énergétiques du pays qui vont être multipliés par 2,5 d’ici 2030 (15).

Les travaux de construction du barrage Belo Monte devaient commencer pour le mois de novembre 2010, mais le projet n’est toujours pas entamé. « Norte Energia » n’a pas obtenu la « licence d’installation »(16) qui sera émise une fois que les 40 conditions socio-environnementales entendues dans son contrat avec l’ancien président Lula seront remplies.

Références:

(1) BRITO, Agnaldo, Courier International, « Le barrage géant de Belo Monte, objet de polémique », 20 avril2010, [en ligne], http://www.courrierinternational.com/article/2010/… (page consultée le 21 novembre 2010)

(2) PHILLIPS, Tom, « Brazil to build controversial Belo Monte hydroelectric dam in Amazon rainforest », Guardian, 17 février 2010, [en ligne], http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/02/… (page consultée le 29 novembre 2010)

(3) STRANGE, Hannah, « Fury as Amazon rainforest dam approved by Brazil », The Times, 2 février 2010, [en ligne], http://www.timesonline.co.uk/tol/news/environment/… (page consultée le 21 novembre 2010)

(4) Agence France-Presse, « Le controversé barrage de Belo Monte fait un pas de plus vers sa réalisation », 21 avril 2010, [en ligne], http://www.france24.com/fr/20100421-construction-b… (page consultée le 21 novembre 2010)

(5) Agence France-Presse, « Des écolos freinent la construction d’un gigantesque barrage en Amazonie », 20 avril 2010, [en ligne], http://www.cyberpresse.ca/environnement/201004/20/… (page consultée le 21 novembre 2010)

(6) « Brazil government gives go-ahead for huge Amazon dam », BBC, 26 août 2010, [en ligne], http://www.bbc.co.uk/news/world-latin-america-11101842, (page consultée le 21 novembre 2010)

(7) DUFFY, Gary, « Brazil grants environmental licence for Belo Monte dam », 2 février 2010, [en ligne] http://news.bbc.co.uk/2/mobile/americas/8492577.stm (page consultée le21 novembre 2010)

(8) Agence France-Presse, « Des écolos freinent… », op. cit

(9) ibid

(10) ibid

(11) Gary Duffy, op. cit

(12) Hannah Strange, op. cit.

(13) BROOKS, Bradley, « Avatar Film to the rescue of the Xingu Indians of Brazil », 12 avril 2010, [en ligne], http://ireport.cnn.com/docs/DOC-431749, (page consultée le 21 novembre 2010)

(14) Agence France-Presse, « Brésil: les Indiens tentent de s’unir contre la construction d’un barrage », 26 avril 2010, [en ligne], http://www.cyberpresse.ca/environnement/201004/26/… (page consultée 21 novembre 2010)

(15) Agence France-Presse, « Des écolos freinent… », op.cit

(16) MINISTÉRIO PÚBLICO FEDERAL, « Procuradoria da República no Município de Altamira/PA », Recomendação n° 0412010-GAB2, 13 octobre 2010, [en ligne], http://www.internationalrivers.org/files/recomenda… (page consultée le 29 novembre)

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=1335

VISION BRESIL

BLOG de JEAN-JACQUES FONTAINE

Belo Monte sera le troisième plus grand barrage du monde, après les Trois Gorges en Chine et Itaipu à la frontière Brésil-Paraguay. Il sera mis en service en 2014 et, à pleine puissance, injectera 11’000 MW dans le réseau électrique brésilien.Edifié en pleine Amazonie, sur le Rio Xingu, c’est un mastodonte de trop pour les écologistes, « une réalisation indispensable pour l’environnement » rétorquent les initiateurs.

Sur place la population est divisée, quoique plutôt favorable. Pour une fois, la discussion se fait sur des arguments moins tranchés qu’habituellement dans ce genre de dossier.

Antonio Muniz Lopes, Président d’Electrobras a le sentiment de revenir de loin. Voilà 20 ans qu’il se bat pour Belo Monte. Il a même failli recevoir un coup poignard d’un indien lors d’une audience de discussion publique. Mais il a enfin obtenu le feu vert de l’Institut brésilien de l’Environnement, l’IBAMA, un laissez-passer indispensable pour lancer enfin les appels d’offre.  Certes, avec 40 conditions impératives à remplir dont le coût additionnel est estimé à 1,5 milliards de R$ (900 millions de CHF / 600 millions d’euros).

Une usine au fil de l’eau, pour limiter l’impact sur l’environnement…

Prétendre que Belo Monte ne laissera pas de traces serait absurde. On n’édifie pas un tel ouvrage sans que cela se voie ! Mais la technologie choisie permet de limiter le réservoir de retenue à 550km2, une surface légèrement plus petite que celle du Lac Léman, nettement inférieure à celle du barrage d’Itaipu (1342km2), pour une puissance à peine moindre (11’200 MW contre 14’000 MW), ou de Tucurui voisin (réservoir, 2’450km2, capacité, 8’000 MW).

Pour en arriver là, 2 canaux de dérivation seront creusés. Il faudra pour cela remuer un volume de terre supérieur à celui du canal de Panama ! Grâce à cette conception, la régulation des eaux de la rivière Xingu permettra de réduire à 16’000 le nombre de personnes vivant dans les zones inondées,  qui devront être déplacées. « Des populations pauvres qui habitent des cabanes sur pilotis précaires, envahies par les eaux lors des crues. Leur situation va nettement s’améliorer après leur déménagement », précisent les concepteurs du projet.

… Mais une usine implantée au bout de nulle part.

C’est le reproche majeur fait au barrage par les écologistes. Marcelo Furtado, directeur de Greenpeace Brésil, fustige le fait que les utilisateurs du courant produit par Belo Monte vivent à 5’000 km plus au sud. « Cela représente une perte considérable d’énergie dans la transmission et multiplie les risques de panne électrique géante. Ce modèle de production, vieux de 30 ans, est dépassé. Le Brésil devrait au contraire multiplier les petites usines de proximité et diversifier ses sources d’énergie avec la biomasse et le solaire.

Réponse d’Antonio Muniz Lopes : le site a été particulièrement bien choisi car la rivière Xingu connaît les crues en avril-mai, justement quand les cours d’eau du sud du pays, où se concentrent la plupart des usines hydroélectrique ont un faible débit. « Il y aura donc un mécanisme de compensation qui permettra de fournir assez d’énergie pendant cette période d’étiage. On évitera ainsi la mise en route des centrales thermiques de réserve, qui fonctionne au pétrole, énergie chère et polluante ».

Une population divisée mais plutôt bienveillante.

Reste que le chantier de Belo Monte se situe à 5 heures d’avion-taxi de la ville la plus proche, Altamira. Aucune route n’y conduit et le déplacement, en pleine forêt, de 18’000 ouvriers pour laconstruction, ne va pas aller de soi. Reste aussi que le barrage va réduire le débit des eaux, ce qui pourrait avoir des conséquences pour la pêche dans deux réserves indigènes touchées par le projet. « Aucun indien ne sera déplacé, jure Electrobras qui promet de limiter la baisse de volume du Rio Xingu à 2’000 m2/seconde, « bien moins que les 800m2/seconde qui s’écoulent normale en période sèche ». Sauf que ce sera durant une période bien plus longue !

Des garanties insuffisantes pour Don Erwin Krauter, évêque d’Altamira et Président du Conseil Indigéniste Missionnaire : « Belo Monte est une démonstration d’autoritarisme anti-démocratique, tonne-t-il. Les audiences publiques ont toutes été centralisées à Altamira, il n’y en a eu que 4 et elles n’ont jamais permis de prendre en compte e point de vue des indiens. C’est contre la loi, on va continuer à se battre ».

Il n’est pas appuyé, dans sa croisade, par la totalité de ses fidèles. Un observateur, qui veut garder l’anonymat par précaution, prétend même qu’un sondage circule sous le manteau à Altamira. Il révèlerait que la majorité des 100’000 habitants de la ville est favorable au barrage. Il est vrai qu’à la clé, 80’000 emplois indirects devraient être créés par les travaux dans la région!

http://visionbresil.wordpress.com/2010/02/23/environnement-fevrier-2010-belo-monte-barrage-monstrueux-ou-imperatif-ecologique/

 

 

ZEGREENWEB

La construction du barrage de Belo Monte redevient d’actualité

par Nicolas Depardieu

La construction du barrage de Belo Monte redevient d’actualité

La cour fédérale du Para avait décidé fin février de suspendre l’autorisation de démarrage des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Belo Monte, estimant que les différentes conditions écologiques et sociales nécessaires à leur démarrage n’étaient pas réunies. Cette décision avait été saluée comme une nouvelle avancée dans ce dossier qui mûrit depuis plus de trente ans, entre reports et reprises, et a été marqué par de nombreuses mobilisations locales et internationales. La dernière pétition en date réclamant l’abandon du projet a même récolté plus de 600 000 signatures.

C’était cependant sans compter sur la dimension politique de ce dossier, farouchement défendu par la présidente récemment élue du Brésil, Dilma Rousseff. Comme il fallait s’y attendre, cette décision de justice a en effet été annulée par un autre juge qui a utilisé un processus pour le moins déroutant, la décision ayant été prise sur la base d’un principe datant des années de plomb et qui permet d’annuler une décision de justice sans se prononcer sur le fond mais en évoquant un risque pour la sécurité nationale (sic).

S’agit-il d’un énième rebondissement ou d’un KO pour les organisations de protection de l’environnement et les populations locales ? Il faudra continuer à suivre le dossier de près et les autres procédures judiciaires pour en savoir plus. Quoiqu’il en soit, en plein carnaval, cette nouvelle péripétie vient gâcher la fête.

 

http://www.zegreenweb.com/sinformer/energie/la-construction-du-barrage-de-belo-monte-redevient-d’actualite,22417

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