CARTOGRAPHIES

CARTOGRAPHIE DES POINTS DE VIGILANCE POUR 2012

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USA – Obama sur la route de la réélection

Barack Obama a réussi l’impossible: faire plier les républicains et partir à Hawaï à temps pour Noël.

Hier, les membres de la chambre des représentants qui bloquaient le renouvellement des allègements de cotisations sociales (alors que la majorité des senateurs républicains avaient voté le texte) ont capitulé.

Les élus ne sont pas rentrés de vacances mais ils ont adopté le texte par consensus (présence de tous non obligatoire). Dès ce matin, la loi a été promulguée par le président. A deux heures, Barack Obama était dans l’avion. Direction Honolulu.

Barack Obama termine l’année en beauté. Il a avantageusement exploité le retrait d’Irak. Sa cote de popularité est à son plus haut niveau depuis la mort de Ben Laden (49 %). Et, contrairement à l’été, il a remporté le bras-de-fer avec les républicains sur les impôts et le budget (pour les cotisations sociales, on remettra ça dans deux mois).

Sur les "bumperstickers" des voitures, on commence à voir des autocollants "Obama-Biden 2012". Et un autre qui témoigne du retournement des mots, opérés par les "spin docteurs" du président: "Obama cares". Une façon de contre-carrer les attaques contre la réforme de la santé de 2009, appelée "Obamacare" par les républicains.

Obama "cares". Autrement dit: Obama a du coeur. Il "se soucie" de ses compatriotes, de la classe moyenne etc…

La route des 270

Barack Obama a peut-être plus de chances d’être réélu qu’on ne le croit. Comme chacun le sait, l’élection présidentielle américaine se déroule Etat par Etat.

Barack Obama a besoin de 270 voix au collège électoral (sur 538 grands électeurs). Les stratèges démocrates espèrent remodeler la carte, comme en 2008, lorsqu’il avait remporté tous les Etats gagnés par John Kerry en 2004 plus 9.

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http://clesnes.blog.lemonde.fr/2011/12/23/obama-sur-la-route-de-la-reelection/

RUSSIE – UNE RUSSIE SANS POUTINE ?

Les manifestants ont réclamé la tenue de nouvelles élections législatives, après les fraudes massives du scrutin du 4 décembre. Les organisateurs revendiquent 120.000 personnes présentes dans les rues, contre 28.000 pour la police.

Une foule immense d’opposants russes s’est rassemblée samedi à Moscou, une mobilisation supérieure au rassemblement qui s’était tenu quinze jours plus tôt et qui était déjà considéré comme un défi sans précédent pour Vladimir Poutine, arrivé au pouvoir en 2000.
L’opposition a revendiqué quelque 120.000 manifestants contestant la victoire aux législatives du 4 décembre du parti au pouvoir Russie Unie, tandis que la police a fait état de 29.000 protestataires. Aucun chiffre de source indépendante n’était cependant disponible. Néanmoins, le nombre évoqué par les forces de l’ordre semble sous-estimé. En effet, la police a indiqué à l’agence Interfax que son calcul partait du principe qu’un manifestant occupait deux mètres carrés, or la foule était bien plus compacte. Par ailleurs, selon un policier interrogé par l’AFP, la perspective Sakharov, lieu de la manifestation, peut contenir quelque 55.000 à 60.000 personnes. L’avenue était noire de monde samedi et de nombreux manifestants affluaient pour remplacer ceux qui partaient.
La manifestation s’est achevée sans incident peu après 13 GMT avec l’adoption d’une déclaration réclamant notamment «des législatives anticipées» et «la libération des prisonniers politiques».
«Un million de personnes» à la prochaine manifestation

L’un des leaders du mouvement de contestation, Alexeï Navalny a dès lors promis samedi encore bien plus de manifestants à Moscou contre le régime de Vladimir Poutine, lors du prochain rassemblement, dont la date n’a pas encore été fixée. «La prochaine fois, nous allons faire descendre un million de personnes dans les rues de Moscou», a déclaré le célèbre avocat et blogueur anti-corruption.
Les manifestants ont par ailleurs reçu samedi le soutien de l’ex-ministre des Finances, Alexeï Koudrine, que M. Poutine décrivait la semaine dernière comme «un ami». Il s’est rendu à la manifestation et a réclamé des «législatives anticipées». L’ex-ministre a ensuite appelé à un dialogue entre le pouvoir et l’opposition pour éviter une révolution. «Il faut une plateforme de dialogue sinon ce sera la révolution, sinon nous perdons la chance qui est devant nous pour un changement pacifique» en Russie, a-t-il dit.
«La Russie sans Poutine»

Les manifestants brandissaient de nombreuses pancartes dénonçant le régime au pouvoir en Russie, des ballons blancs, couleur du mouvement de protestation, et criaient des slogans comme «le pouvoir au peuple» ou «la Russie sans Poutine». «Nous avons compris que nous pouvons nous mobiliser. Il est impossible d’arrêter une foule comme celle-ci», estime un manifestant, Andreï Loujine, 32 ans, sympathisant du parti d’opposition Iabloko.
Ce mouvement de contestation sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000 a été largement organisé sur l’internet et rassemble des gens d’horizons très divers : partis nationalistes, d’extrême-gauche, libéraux, des associations, des ONG et des célébrités du monde de la culture ou de la télévision. Samedi, le Conseil consultatif pour les droits de l’Homme auprès du Kremlin a rejoint leur cause, jugeant nécessaire la tenue d’«élections législatives anticipées» en raison notamment «de bourrages d’urnes, de falsifications».
Des rassemblements moins importants ont eu lieu dans une vingtaine d’autres villes : 4.000 personnes à Saint-Petersbourg et de 1.000 à 2.000 à Nijni-Novgorod (Volga), Tcheliabinsk (Oural), Samara (Volga), Tomsk (Sibérie) et Krasnodar (sud).

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http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201811095616-russie-manifestations-de-masse-contre-le-regime-267571.php

LIBYE – Les enfants Kadhafi "déterminés" à déstabiliser la Libye, affirme Abdeljalil

© AFP/Archives

Les enfants du dirigeant défunt Mouammar Kadhafi sont "déterminés" à déstabiliser la Libye, a affirmé samedi le chef du Conseil national de transition (CNT) libyen, Moustapha Abdeljalil.
"Il est vrai que Mouammar Kadhafi et ses enfants n’auront plus de place en Libye à l’avenir, mais ils sont déterminés à déstabiliser (la Libye) et à (causer) beaucoup d’ennuis", a-t-il assuré sans plus de précisions.
M. Abdeljalil s’exprimait devant des membres du gouvernement et des personnalités libyennes à l’occasion du 60ème anniversaire de l’indépendance de la Libye, que le pays fête pour la première fois en plus de 40 ans.
Trois fils de l’ancien dirigeant libyen, tué en octobre, sont morts et seul un, Seif al-Islam, a été arrêté en Libye où il est détenu depuis novembre.
Pour leur part, Aïcha Kadhafi, ses frères Mohamed et Hannibal, sa mère Safiya et de nombreux autres membres de la famille ont été autorisés fin août à entrer en Algérie pour des "raisons humanitaires" selon Alger.
Saadi Kadhafi a lui trouvé refuge au Niger.
Fin novembre, Aïcha Kadhafi avait appelé à renverser le nouveau gouvernement libyen dans un message diffusé par la chaîne de télévision arabe Arraï, basée à Damas.
Elle avait déjà qualifié les nouvelles autorités libyennes de "traîtres" en septembre, s’attirant les foudres du chef de la diplomatie algérienne Mourad Medelci, qui avait jugé ses propos "inacceptables".

AFP

EUROPE – LA ZONE EURO SUR LE POINT DE SE RETRECIR

par Robert Skidelsky LES ECHOS

Le bilan du récent sommet de l’Union européenne est un véritable fiasco où la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont toutes deux joué avec le feu. Le premier ministre anglais David Cameron est parvenu à isoler son pays de l’Europe et la chancelière allemande Angela Merkel à sortir la zone euro de la réalité.

Si Cameron était venu au sommet avec un programme de relance de la croissance économique, il aurait négocié pour une cause concrète, et il aurait trouvé beaucoup d’alliés à ses côtés. À dire vrai, il avait déjà adopté en tout point le programme d’austérité de Merkel. Son gouvernement n’est-il pas en train d’instaurer le même programme de son côté tout en opposant son veto à un nouveau traité européen afin de protéger le statut de centre financier de Londres ? Les eurosceptiques au sein du Parti conservateur de Cameron s’en sont trouvés réconfortés, mais rien n’a été proposé pour adoucir le remède de cheval prescrit par la nouvelle dame de fer de l’Europe.

L’accord conclu à Bruxelles exclut d’emblée la possibilité d’une gestion keynésienne de la demande pour contrer la récession. Dans la nouvelle donne, les déficits définis comme structurels ne pourront dépasser 0,5 % du PIB, les pays contrevenants pouvant même faire l’objet de sanctions (encore non divulguées).

La crise de la zone euro ne pourra se régler par de tels soins. La doctrine Merkel soutient qu’elle est le résultat des largesses des états, et donc qu’une règle d’équilibre budgétaire gravée dans le roc est la seule méthode pour empêcher le retour de telles crises.

Pourtant, l’analyse de Merkel est tout à fait inadéquate. Car l’effondrement économique de 2007 à 2008 ne s’est pas nourri des dépenses déficitaires des gouvernements, mais bien des montants excessifs du crédit bancaire. L’accumulation des dettes des gouvernements s’est déroulée en réaction à la récession économique, et non l’inverse. L’UE aurait dû inscrire dans ses structures institutionnelles non pas un régime permanent d’austérité budgétaire, mais plutôt une règlementation financière plus stricte. Rien n’indique que c’est ce dernier choix qui prime.

Comme facteur d’importance plus immédiate, on retrouve le constat que le projet de « l’union budgétaire » ne fait rien pour la relance de l’Europe. Les données ne sont guère réjouissantes : avant le sommet, la Banque centrale européenne a ramené ses prévisions de croissance du PIB de la zone euro pour 2012 de 1,3 % à 0,3 %. Un scénario des plus optimistes. En fait, la zone euro devrait voir son économie se contracter dans le premier semestre l’an prochain et probablement dans le second, car les politiques de réduction du déficit actuellement menée ne manqueront pas de mettre encore plus de pression sur les banques et les États.

L’anémie de la reprise après l’effondrement de 2007 à 2008 est relativement simple à expliquer. Dans une économie en décroissance, la dette publique augmente automatiquement, car les recettes de l’État fléchissent et ses dépenses grimpent. Lorsque l’État décide ensuite de réduire ses dépenses, sa dette s’aggrave, car ces coupes budgétaires entraînent un nouveau cycle de contraction de l’économie, ce qui rapproche le gouvernement d’un éventuel défaut de paiement, au lieu de l’en éloigner.

Au sein de la zone euro, ce sont les banques privées qui détiennent en grande partie la dette des gouvernements. L’augmentation de la dette fait baisser la valeur des actifs des banques. La crise de la dette souveraine risque donc d’emporter certaines d’entre elles. L’imposition par la chancelière Merkel de son régime de fer à des gouvernements déjà vacillants rend la crise inéluctable. La poursuite d’un discours prônant le salut par la rigueur budgétaire au moment où l’économie pique du nez et où les banques s’effondrent tient de la répétition de l’erreur classique du chancelier allemand Heinrich Brüning, de 1930 à 1932.

La zone euro a certainement besoin de plus qu’un simple renflouement. Sa périphérie doit redevenir concurrentielle. Certains analystes trouvent d’ailleurs encourageant la fonte actuelle des déficits commerciaux des pays méditerranéens. D’après eux, les déséquilibres structurels des échanges commerciaux au sein de la zone euro sont en train de se corriger d’eux-mêmes. Malheureusement, ces ajustements ne reposent pas sur une hausse des exportations, mais bien sur les baisses des importations en baisse qui découlent du faible niveau d’activité économique.

L’idée qu’un pays puisse atteindre un surplus de la balance commerciale en cessant d’importer est aussi saugrenue que le concept d’un gouvernement qui rembourserait sa dette en cessant de percevoir les impôts. La dépense de l’un est le revenu de l’autre. Lorsqu’elle demande instamment que ses principaux partenaires commerciaux réduisent leurs dépenses publiques, la chancelière Merkel prive l’Allemagne de ses principales sources de croissance.

La monnaie unique peut-elle survivre dans un tel contexte ? Les deux mesures qui, appliquées conjointement, auraient pu la sauver ne sont pas au programme. La première mesure en est une d’assouplissement quantitatif à très grande échelle (à l’aide cette fois de la planche à billets). La BCE devrait avoir le pouvoir d’acheter les montants nécessaires de titres obligataires de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal pour ramener leurs rendements vers le taux allemand. Ceci aurait pour effet de stimuler la croissance réelle par divers moyens : en réduisant les taux d’emprunt, en haussant la valeur nominale des actifs publics et privés, et en affaiblissant l’euro par rapport au dollar et à d’autres monnaies. Mais les effets de l’assouplissement quantitatif sur l’activité économique sont incertains, et une telle politique inflationniste pourrait bien inciter les partenaires commerciaux de l’Europe à prendre des mesures de rétorsion.

C’est pourquoi les mesures d’assouplissement quantitatif doivent être conjuguées à un programme d’investissement pour toute la zone euro qui aurait pour objectif de moderniser les infrastructures délabrées de l’Europe de l’Est et du Sud. Les dépenses en capital des gouvernements, contrairement aux dépenses courantes, peuvent s’autofinancer par des droits d’usages. Mais même sans cette qualité, des investissements publics judicieux produisent des rendements économiques élevés : de nouvelles routes réduisent les coûts de transport et de nouveaux hôpitaux améliorent la santé de la main-d’oeuvre.

La Banque européenne d’investissement (BEI) est une institution déjà en place qui pourrait mener à bien un tel programme. Il faudrait cependant la recapitaliser à une échelle suffisante pour compenser les effets de contraction des programmes de réduction des déficits européens.

L’assouplissement quantitatif, combiné aux investissements publics, pourrait donner l’impulsion de croissance dont la zone euro a grandement besoin pour réduire progressivement le fardeau global de sa dette. Cependant, il est presque certain qu’aucune des deux mesures ne sera mise en place, et encore moins les deux ensembles.

La BCE est en train de racheter discrètement des obligations gouvernementales sur le marché secondaire, mais son nouveau gouverneur, Mario Draghi, précise qu’une telle intervention est temporaire, limitée et conçue uniquement pour « restaurer le fonctionnement de canaux de transmission monétaire ». Personne au dernier sommet de l’UE n’a laissé entendre que la BEI puisse devenir un moteur de croissance. Rien donc n’arrêtera l’hémorragie.

Cela signifie que la zone euro sous sa forme actuelle ne peut plus vraiment être sauvée ; l’euro survivra, mais la zone devra se rétrécir. Une seule question demeure. Quelle sera l’étendue des travaux de démantèlement ? Quelles en sont les échéances ? Et de quelle manière se dérouleront-ils ? La Grèce et probablement les autres pays méditerranéens déclareront forfait et recouvriront leur pouvoir d’imprimer leur propre monnaie et de la dévaluer par rapport aux autres devises.

Certes, des ondes de choc se feront sentir dans le monde entier. Mais, parfois, de telles secousses sont salutaires, car elles brisent les embâcles et refont circuler les eaux dormantes de l’économie mondiale.

Copyright: Project Syndicate, 2011.
Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

http://lecercle.lesechos.fr/economistes-project-syndicate/autres-auteurs/221141397/zone-euro-point-retrecir

IRAK - Ce pays mérite mieux qu’une "démocratie de survie"

BY David Ignatus DAILY STAR

Le dernier convoi militaire américain a quitté l’Irak le 18 décembre, laissant un pays certes libéré de la tyrannie du régime de Saddam Hussein, mais plus que jamais livré à des divisions tribales et communautaires.

Le Premier ministre, Nouri Al-Maliki – le regard soupçonneux, l’air méfiant, les sourcils froncés après des années passées dans la clandestinité – est-il vraiment le visage de l’Irak d’aujourd’hui ? Malheureusement, la réponse est oui, et les Etats-Unis en sont en partie responsables. Qu’ont accompli les Etats-Unis en renversant Saddam Hussein et en luttant contre une insurrection acharnée ? Ils ont apporté la démocratie, certes, mais une démocratie façonnée par les réalités les plus basiques et parfois brutales de la vie – l’allégeance à une tribu, à une secte, à une organisation clandestine.

Maliki est l’incarnation de toutes ces forces immuables, un homme de l’ombre. Il semble n’avoir confiance que dans ses proches, et ses efforts pour former des coalitions plus étendues ont échoué. Mieux qu’aucun autre, le secteur de l’énergie illustre ce défaut de confiance. Il devrait être source de richesses pour l’Irak, il reste paralysé par l’absence d’une législation élémentaire capable de favoriser les investissements.

Ancien membre du parti Daawa [fondé en 1957, c'est le plus ancien des partis islamistes chiites d'Irak], Maliki est un conjuré devenu chef de gouvernement. Et en ce sens, il est le symbole d’un phénomène plus général que nous constatons dans toute la région touchée par le "printemps arabe". Il illustre ce qui peut se passer quand on sape les fondations d’un régime autoritaire sans bénéficier d’une robuste culture politique sous-jacente. Les gens peuvent rêver d’une culture démocratique de la tolérance, mais ceux qui ont toutes les chances de triompher, ce sont les durs à cuire, les comploteurs de l’ombre, ceux qui sont encore debout quand les puissances à l’origine du changement de régime remballent leurs affaires et rentrent chez elles.

J’ai une reproduction d’une photographie datant de 1985, récupérée dans les archives d’un journal de Beyrouth, où l’on voit un cercle de conjurés soutenus par l’Iran, rassemblés derrière les pilotes du vol 847 de la TWA qui avait été détourné. A en croire certains anciens responsables américains, Maliki serait l’homme avec une calvitie naissante, au premier rang. Et même si ce n’était pas vrai, son parti a commis un attentat à la bombe contre l’ambassade des Etats-Unis au Koweït en 1983. Toute son éducation politique s’est effectuée dans la clandestinité.

Les Américains qui ont eu l’occasion de travailler régulièrement avec lui éprouvent un sentiment de camaraderie à son égard. Ils admirent la volonté dont il a fait preuve quand il s’est agi de tenir bon durant les années les plus sanglantes de l’insurrection, alors que la morgue de Bagdad voyait passer de 50 à 100 cadavres mutilés par jour. Mais il est difficile de ne pas se dire que l’Irak mérite mieux que Maliki, qui ne cache pas le mépris que lui inspire une vision moins brutale et plus réfléchie de la vie. Il n’en a pas toujours été ainsi en Irak. Même du temps où Saddam Hussein gouvernait par la torture, le pays comptait les meilleurs scientifiques, les meilleurs artistes et écrivains du monde arabe. On y lisait des livres, y jouait de la musique.

La plus grande erreur des Etats-Unis n’a pas été de renverser Saddam, mais de détruire l’infrastructure du gouvernement, l’armée et les institutions éducatives et sociales qui rendaient possible une vie civilisée. Sans armée nationale, rien ne pouvait plus arrêter les pillards chiites ou les insurgés sunnites. J’ai commis bien des erreurs dans mes écrits sur l’Irak, mais, dans un éditorial de 2003, j’avais rédigé cette mise en garde : "Au bout d’une semaine de guerre en Irak, il est temps de remiser les scénarios optimistes et d’accepter une réalité désagréable : les Etats-Unis doivent s’attendre à une longue bataille s’ils veulent vaincre les résistants organisés par le parti Baas et la police secrète de Saddam Hussein."

Les Irakiens honnêtes ont fait ce que font toujours les gens dans des situations où règnent la peur et l’incertitude : ils sont revenus à leurs anciennes loyautés, la confession, la tribu, l’ethnie, le parti secret. Les chiites ont commencé à quitter les quartiers sunnites, et vice versa. Les Kurdes ont trouvé refuge dans leur propre mini-Etat. Maliki n’a cessé de gagner en puissance parce que son parti avait justement su bâtir des fondations profondes et durables. La politique de la survie est devenue indissociable de celle de la démocratie, pour accoucher d’un hybride. Mieux que ce qui existait auparavant, je suppose, mais brutal à sa façon.

Si les Etats-Unis et leurs amis n’y prennent garde, on assistera à la répétition de ce processus dans tout le monde arabe alors que les dictateurs sont renversés et remplacés par des hommes issus de la clandestinité. L’Irak est libre d’être à nouveau lui-même. C’est le bon côté de Maliki. S’il s’en tire mal, s’il penche trop en faveur de l’Iran ou dilapide les richesses du pays dans la corruption, alors, les gens le chasseront par les urnes. C’est ce qu’il faut espérer.

http://www.dailystar.com.lb/#axzz1hWPFC3hV

 

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PAYS ARABES – ISLAMISME ET POLITIQUE

DOSSIER COURRIER INTERNATIONAL

Berceau du printemps arabe, la Tunisie a propulsé au pouvoir, lors d’élections libres très attendues, les islamistes du parti Ennahda. En Egypte, le Parti de la liberté et de la justice, vitrine politique des Frères musulmans, a remporté le premier tour des élections législatives, suivi par les salafistes, tenants d’un islamisme dur. Au Maroc, où le mouvement pro-démocratique est resté très mesuré, les islamistes modérés du Parti justice et développement viennent eux aussi de prendre le pouvoir par les urnes. A travers le monde arabe, de nombreuses voix, inquiètes, rassurantes ou dubitatives, s’expriment sur ce glissement de l’islam du religieux vers le politique et s’interrogent sur l’après-printemps arabe.

http://www.courrierinternational.com/dossier/2011/12/07/faut-il-avoir-peur

EUROPE – XENOPHOBIE : LA CRISE DISTILLE SON POISON

By  Gianni Riotta  LA STAMPA

Le meurtre de deux Sénégalais à Florence est la dernière manifestation en date de la montée d’un sentiment de haine en Europe. Avec le massacre d’Utøya, les réactions véhémentes à la crise et la montée de l’extrême droite, cette tendance prend des formes multiples mais toutes aussi inquiétantes.

Y a-t-il un lien entre la crise de l’euro, l’impuissance des politiques et l’assassinat par un extrémiste de droite de deux vendeurs ambulants sénégalais hier [13 décembre] à Florence ?

A première vue, non : d’un côté, il y a un continent opulent et ses dirigeants incapables de redémarrer après un demi-siècle de succès ; de l’autre, un extrémiste néofasciste, raciste et armé.

Mais, si l’on regarde plus profondément, on voit comment les pires poisons de notre histoire sont en train de revenir à la surface, suite aux remous provoqués dans les consciences par l’atmosphère de récession.

Lorsqu’il est rentré à Londres après le divorce avec l’Europe, le Premier ministre britannique David Cameron a été certes critiqué par les observateurs de la City qu’il affirmait vouloir défendre. Mais les députés conservateurs de Westminster l’ont acclamé en criant “Bulldog spirit !”, l’esprit du bulldog cher à Winston Churchill.

Les clichés les plus nauséabonds ressortir

En quelques mois de débat sur l’euro, nous avons vus les clichés les plus nauséabonds ressortir de l’album des mauvais souvenirs que nous avions cru fermé pour toujours.

En Grèce, on a demandé des "réparations de guerre pour l’occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale" en échange du paiement de la dette d’Athènes.

Les journaux allemands, Bild en tête, ont décrit les Grecs comme des paresseux et nous autres Italiens comme des partouzards dépensiers. En réponse aux critiques des économistes berlinois quant à nos comptes publics, les sites italiens regorgent de commentaires anonymes se limitant à dire “Allemands = SS”.

La performance de Cameron a suscité des évocations de la "perfide Albion" chère à Mussolini. Haine, rancoeur, racisme, mépris des autres, intolérance : c’est le même ADN qui se manifeste en temps de crise, comme ce 13 décembre à Florence.

En 2003, à la veille de la guerre en Irak, les Etats-Unis et l’Europe, les alliés qui, 15 ans auparavant, avaient remporté sans coup férir la Guerre froide, se sont divisés et insultés avec une véhémence inattendue.

Vous vous souvenez ? Les Americains viennent de Mars, les Européens de Vénus… des bêtises qui avaient gâché le climat, mis en évidence un malaise et marqué une distance qui ne s’est pas encore comblée.

Au printemps 2003, le Congrès des Etats-Unis avait invité 4 témoins européens pour une audition, afin de combler le fossé qui s’était crée entre Washington et Bruxelles. J’en faisais partie, ainsi que l’actuel ministre polonais des Affaires étrangères, Radek Sikorski. Nous avions affirmé à l’époque que, dans le climat de difficultés économiques de ce début de siècle, jouer avec le feu du populisme et du nationalisme était dangereux.

S’en prendre à l’"autre" deviendra chose courante

Et aujourd’hui, de sérieux observateurs européens, comme Gideon Rachman et Martin Wolf, de même que le prix Nobel d’économie Paul Krugman, disent voir dans la haine qui monte sur Internet et dans la récession, déclenchées par les choix manqués de la chancelière Angela Merkel et du président Nicolas Sarkozy, les prémices d’une saison tragique comme celle des années 1930 en Europe, avec le totalitarisme fasciste en Italie, en Espagne et en Allemagne, et les purges staliniennes à Moscou.

Krugman écrit que "la récession […] est en train de créer une colère immense […] contre ce qui apparaît à de nombreux Européen uniquement comme une sévère punition allemande. Quiconque connait l’histoire de l’Europe ne peut que trembler face à ce retour de l’hostilité.”

Le prix Nobel écrivait avant la tuerie de Florence, mais il évoquait déjà les néo-nazis proches du Parti de la liberté en Autriche, la xénophobie des Vrais Finlandais à Helsinki, le groupe anti-Roms et antisémite Jobbik et les tentations autoritaires du gouverment de la Fidesz en Hongrie. On pourrait ajouter les néofascistes en Angleterre et en France et nos racistes italiens, qui ont fait couler le sang dans la très civilisée Florence, capitale de la culture européenne depuis un demi-millénaire.

Krugman exagère ? J’espère que oui. Je ne pense pas, au contraire de mes confrères anglo-saxons, que les années 1930 vont se répéter et que nous verrons à nouveau des chemises brunes dans les rues : l’histoire ne procède pas de façon mécanique ; le Mal fait preuve d’imagination et de capacité à se métamorphoser.

Je pense toutefois que, face aux temps économiquement difficiles qui nous attendent, s’en prendre aux derniers, invoquer une supposée identité, accuser les Européens à Londres et les Anglais sur le continent, s’en prendre systématiquement avec les "autres" pour "nous" défendre sera chose courante.

Les leaders politiques qui souhaiteraient exploiter cette épidémie pour une voix de plus, les journalistes qui sèment la haine et le populisme pour une copie ou un clic de plus, préparent une potion qui peut faire beaucoup de mal.

Ce n’est pas la crainte du retour d’un passé autoritaire qui doit nous pousser à défendre le bien-être, la croissance, le dialogue et la tolérance. C’est la peur des démons à venir que l’intolérance évoque : ils ne portent pas la chemise noire, mais, du massacre des étudiants près d’Oslo à la tuerie de Florence, ils montrent déjà leur horrible visage.

Traduction : Luca Pauti

http://www.lastampa.it/_web/cmstp/tmplRubriche/editoriali/gEditoriali.asp?ID_blog=25&ID_articolo=9544

Vers des exoplanètes habitables ? © LYNETTE COOK/NASA/AFP
 

ESPACE – DES MILLIERS DE TERRE EN VUE

BY FRÉDÉRIC LEWINO LE POINT

Presque dix-sept ans après la découverte de la première planète extrasolaire, les astronomes en collectionnent désormais 707. La plupart sont des géantes gazeuses inhabitables. En fait, seulement deux de ces mondes lointains peuvent être qualifiés de super-Terre (photo, Gliese 581), c’est-à-dire théoriquement habitables, parce que la distance à leur étoile permettrait l’existence d’une eau sous forme liquide.

Mais l’observatoire spatial Kepler est sur le point de livrer sa moisson d’autres candidates : 1 235 exoplanètes, dont 14 pourraient être habitables. Et ce n’est qu’un début ! Pour trier le bon grain de l’ivraie spatiale, un groupe d’astronomes a établi le premier catalogue des exoplanètes habitables (http://phl.upr.edu) basé sur l’utilisation d’un indice de similarité terrestre. Quand l’indice d’une planète dépasse 0,8, elle est classée dans la catégorie des super-Terre. Pour l’instant, KOI 736.01 tient la corde, avec un indice de 0,98. Cette planète, située à 1 750 années-lumière de nous, aurait la même taille que la Terre, une masse et une gravité à peine plus élevées. Température au sol : 12,85 °C.

http://www.lepoint.fr/science/des-milliers-de-terre-en-vue-15-12-2011-1408624_25.php

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Photo d’illustration. Extrait du film "2012" de Roland Emmerich. © Capture d’écran

MAYAS : LA FIN DU MONDE ?

BY VICTORIA GAIRIN   LE POINT

Année fatidique… À en croire la déferlante de rumeurs qui irradie le Net, il faut s’attendre au pire le 21 décembre 2012. Pire que 1999, qui échappa de peu à l’anéantissement de Paris prédit par le grand couturier Paco Rabanne ? Que 2000 qui faisait frémir geeks et millénaristes ? Que 2008 dont la mise en route de l’accélérateur de particules du Cern annonçait une catastrophe quantique capable d’avaler la planète tout entière ? Pis encore ! Cette fois-ci, c’est la bonne, on va tous mourir. C’est du moins ce qu’augurent une poignée d’illuminés, tapis derrière les prophéties mayas pour créditer leur oracle et semer la terreur sur la Toile. Le spécialiste d’archéologie précolombienne Éric Taladoire (1) revient sur l’histoire d’une vaste escroquerie. Et tente de rassurer les plus superstitieux…

Le Point.fr : Depuis quand craint-on la fin du monde en 2012 ?

Éric Taladoire : Depuis 1987 et la sortie acclamée du Facteur maya, best-seller de l’Américain José Argüelles vendu à des milliers d’exemplaires à travers le monde. C’est lui qui a annoncé la mauvaise nouvelle que tous les chercheurs avant lui s’étaient, disait-il, bien gardés de dévoiler. Dans son livre, il révèle que le 21 décembre 2012 mettrait un terme au calendrier maya. Pas la veille, pas le lendemain. La date est précise et envahit en quelques mois quantité de sites et de blogs, tel un virus de la pire espèce. L’ironie du sort, c’est qu’Argüelles est mort en mars dernier. Sans avoir eu le temps de vérifier ses prédictions…

Celles-ci ne sont pourtant pas infondées. Argüelles s’appuie sur des inscriptions mayas. Des faux ?

Ces textes sont parfaitement authentifiés. Il y a en fait deux sources. D’une part, les inscriptions qui figurent sur certains monuments – qu’il nous est encore assez difficile de déchiffrer. D’autre part – et c’est à cela que la plupart des théories se réfèrent -, ces textes que l’on appelle Chilam Balam et qui ne sont autre chose que des manuels d’astrologie ou la continuation des célèbres codex mayas.

Que trouve-t-on dans ces livres ?

Comme dans un grimoire, des prédictions astrologiques bien sûr. Mais pas seulement… Il y a aussi des recettes, des indications sur les vertus des plantes médicinales, des anniversaires, des dates de naissance, les années d’accession au pouvoir des rois ou des dirigeants. En tout, il nous est parvenu sept ou huit de ces textes présents dans tout le monde méso-américain. Le plus connu reste le Chilam Balam de Chumayel (superbement traduit en 1955 par le surréaliste Benjamin Péret), mais en fait, chaque village, chaque cité avaient le leur. On a aussi celui de Mani, de Tizimin, de Kaua, d’Ixil… On pouvait y lire des propos comme : attention, ceci est un mauvais jour. Il faudrait effectuer tel rituel pour prévenir le danger. Je caricature à peine. Dans l’ensemble, des traditions orales transmises dans les villages de génération en génération et consignées par des lettrés à l’arrivée des Espagnols.

Des textes qui évoquent précisément 2012 ?

Les charlatans de la fin du monde se basent uniquement sur le Chilam Balam de Chumayel. Et encore, sur une partie seulement. Il faut savoir que, dans le système maya, il y a différents facteurs temps. Comme chez nous, il y a le jour et l’année, kin et tun. Mais aussi le katun, soit une période de 20 ans, le baktun, 144 000 jours, et ainsi de suite. Le rôle des astrologues dans la civilisation maya, c’est précisément de prévoir qu’en telle année il pourrait se produire tel ou tel événement, au regard de ce qui a pu se produire par le passé. Tous les 20 ans, par exemple, on risque de voir se reproduire une mauvaise récolte, une invasion d’insectes, une tempête, une bataille… Or, le 21 décembre 2012, selon certains calculs, 3 114 ans exactement se seront écoulés depuis le début du calendrier maya, c’est-à-dire une période de 13 baktun, soit 13 fois deux millions de jours. Pour les Mayas, le monde tel qu’ils le connaissaient, avec ses structures, ses cités, ses prêtres, ses divinités, va changer.

Changer ou s’anéantir ?

C’est justement là qu’il y a erreur. S’il y a une chose que José Argüelles semble avoir totalement occultée, c’est que la pensée méso-américaine est bien une pensée cyclique. Comme dans une spirale, les cycles mayas ou aztèques, pour ne parler que d’eux, se succèdent dans une perspective de durée infinie. C’est un renouveau. La fin d’un monde, et non pas la fin du monde.

D’où vient cette appréhension particulière du temps ?

Des mythes, probablement. Prenons les Toltèques, par exemple, et leur dieu Quetzalcóatl. Ce jeune guerrier élimine tout ce qui lui est hostile, crée la civilisation de Tula, instaure les sacrifices humains, apporte la civilisation. Puis il devient âgé, gros, pacifique, préfère sacrifier des cailles ou des papillons plutôt que des hommes. Et un jeune dieu, Tezcatlipoca, vif, belliqueux et trompeur, arrive et détruit Tula pour prendre le pouvoir à son tour. Du coup, Quetzalcóatl fuit à l’est. Or, quand les Espagnols arrivent (de l’est justement !), ils ne sont rien d’autre, aux yeux des Aztèques, que le présage annonciateur du retour de Quetzalcóatl, le signe qu’un nouveau cycle va arriver. Le travail des astrologues consistait à répertorier ces changements. À telle date, telle cité a été envahie. Attention, cela pourrait se reproduire dans 20 ans… C’est ce que nous indiquent les Mayas pour le 21 décembre 2012. Sans pour autant nous annoncer un cataclysme.

SUITE

http://www.lepoint.fr/grands-entretiens/derniere-annee-avant-la-fin-du-monde-21-12-2011-1410754_326.php

 

(1) Éric Taladoire a publié Teotihuacan et les Mayas. Catalogue de l’exposition "Teotihuacan, la cité des dieux", musée du Quai Branly, Somogy, éditions d’Art, 2009, Le pillage archéologique en Méso-Amérique et le marché de l’art précolombien, dans Halte au pillage, éditions Errance, 2011.

 

 

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