Franckfurter Allgemeine
Vieilles pierres et nouveau business
Les amoureux du patrimoine s’offusquent de voir la Grèce dénaturer ses monuments antiques pour plaire au touristes. Elle fait pourtant la même chose que le reste de l’Europe.
Les commentaires désobligeants ont commencé avant même que le porte-parole du gouvernement grec ait fini de lire le communiqué annonçant que les monuments antiques nationaux feront désormais l’objet d’une exploitation commerciale.
L’Acropole accueillera ainsi des tournages de films d’action et de publicités ; l’Agora d’Athènes, berceau du parlementarisme, ouvrira ses portes aux défilés de mode et aux cascades de 007 ; le cimetière de Céramique et ses 3 000 ans d’histoire serviront de décor à des spots télévisés mettant en scène des érotomanes parfumés qui se touchent dans leur sommeil – voilà à peu près comment les Cassandre voient l’avenir du patrimoine culturel antique en ces temps de crise financière européenne.
Du jour au lendemain, croit-on savoir, le naufrage imminent de la Grèce a fait de l’aïeule de la culture et de la démocratie européenne une putain prête à tout. Or, la négligence dont le pays fait preuve à l’égard de son patrimoine mondial n’est en aucun cas un phénomène récent : pendant les préparatifs des Jeux olympiques de 2004, de célèbres sites antiques comme Marathon ont été lourdement aménagés pour accueillir des épreuves et agrémentés de reproductions douteuses de monuments antiques disparus.
Même les travaux de restauration du Parthénon, qui durent depuis maintenant plusieurs dizaines d’années – et qui ne prévoient pas seulement de remonter les éléments endommagés, mais aussi ceux qui ont disparus – se fondent tout autant sur le goût du tourisme pour les sites les moins abîmés possibles que sur la soif de connaissances archéologiques.
Des décennies de négligence
Parmi les éléments déclencheurs de cette vague de reconversions lourdes, on pourrait mentionner la découverte de la tombe de Philippe II de Macédoine, en 1977, à Vergina (l’antique Aigai), dans le nord de la Grèce. Tout, dans cette découverte, était sensationnel : le fait que la sépulture du père d’Alexandre le Grand ait été retrouvée, l’extraordinaire profusion d’objets d’argent et d’or mis au jour – et le fait que les cendres du souverain aient été emmaillotées dans une étoffe pourpre brodée d’or.
Tous les protagonistes de cette découverte ont compris que beaucoup de gens seraient prêts à faire le pied de grue toute une nuit pour pouvoir poser le regard sur ces vestiges. Immédiatement, les préparatifs d’une exposition événement ont été engagés.
Mais les spécialistes des tissus antiques consultés ont révélé que le dépliage et la conservation de l’étoffe demanderaient des années. A la condition de ne sauver qu’un fragment de l’étoffe, un restaurateur proposait de ramener ce délai à quelques mois. La proposition a été acceptée et l’exposition, montée dans les délais à Thessalonique, a battu des records de fréquentation.
Ce fut la porte ouverte à des décennies de négligence. Conformément à la volonté du Parlement grec, les sites de Delphes ou du palais de Cnossos, en Crète, sont désormais censés accueillir aussi souvent que possible, et moyennant un loyer confortable, les événements de plein air, sans attendre de grands rendez-vous comme les Jeux olympiques.
Est-ce là une raison pour montrer la Grèce du doigt ? Quelqu’un s’est-il indigné, en 2010, lorsque les autorités culturelles italiennes ont accepté, dans l’enceinte du théâtre antique de Pompéi, l’installation de nouveaux sièges et l’invasion d’énormes containers abritant du matériel de scène et des sanitaires, cela dans le but de pouvoir y réorganiser des concerts lucratifs – lesquels étaient interdits depuis 1976 en raison des dégâts considérables causés par les transhumances du public ? Qui songe encore au scandale qui a irrité récemment les Romains lorsque des pierres se sont détachées d’un Colisée usé par des décennies de fréquentation touristique ?
Tous les pays ont fait de leurs sites des poules aux oeufs d’or
Il y a déjà bien longtemps que les lois du marché libre s’appliquent également aux monuments. Tous les pays européens ont rafraîchi leurs sites historiques pour en faire des poules aux oeufs d’or.
Du “Quartier des musées” de Vienne, où les écuries royales de style baroque sont devenues en 1998 le “huitième complexe culturel du monde” grâce à l’ajout de nouvelles constructions excentriques, au minuscule site de Xanten [dans le nord-ouest de l’Allemagne], dont les vestiges romains accueillent un musée en plein air, où des serveurs costumés à la mode antique passent au visiteur des plats d’époque dans des reconstitutions de thermes et d’auberges, les sites historiques deviennent des pôles d’attraction qui permettent à des communes et à des marchés financièrement mal en point de dégager de nouvelles sources de revenus.
Même si elle résiste pour l’heure à la crise, l’Allemagne n’est pas une exception dans ce domaine. Prenons l’exemple de Dresde, qui se targue volontiers d’être le joyau inégalé du baroque. En 2010, après une longue et vaine chasse aux investisseurs, le somptueux Palais Kurländer, détruit par les bombardements de février 1945, y a été relevé de ses ruines.
Non pas pour devenir un musée, une salle de concert ou un lieu culturel quelconque, mais un “pôle événementiel”. Sur son site web, la société qui l’exploite promet à ses visiteurs de leur “faire redécouvrir un Palais de conte de fées ramené à la vie”, avec sa “magie, toujours omniprésente”. Montée dans l’ancienne salle de bal, l’animation-phare du Palais Kurländer est ainsi présentée : “‘Le Mariage de Dracula’ – un savoureux dîner-spectacle qui ne manque pas de mordant”.
Où est la différence avec la marchandisation des sites culturels grecs ? En ces temps de crise de l’euro, la cupidité et l’impécuniosité se côtoient partout. Dos au mur, Athènes fait au vu et au su de tous ce que d’autres font sous le couvert d’une stabilité relative. Dans un cas comme dans l’autre, la victime est toujours le patrimoine – et nous-mêmes, qui, à la place de sites historiques, nous voyons imposer de plus en plus souvent des “pôles événementiels”. Contre monnaie sonnante et trébuchante, naturellement.
http://www.faz.net/aktuell/feuilleton/griechische-denkmaeler-tanz-der-vampire-11630283.html
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Istanbul bétonne ses vieux quartiers
La métropole turque, capitale européenne de la culture cette année, pourrait bientôt perdre son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. En cause, la politique de destruction de la vieille ville menée par des promoteurs, soutenue par les autorités locales.
Istanbul, une ville magnifique. Mais une ville malmenée aussi. C’est du moins le sentiment de l’architecte Korhan Gümüs : “C’est tantôt un parti qui gagne les élections, tantôt l’autre. Mais Istanbul perd à tous les coups. C’est comme ça depuis la naissance de la république”. En réalité, cela remonte peut-être même à plus loin encore. Le moindre coup de bêche fait, en effet, ressurgir les vestiges de Rome et de Byzance : 2500 années d’histoire reposent ici, oubliées et enterrées les unes après les autres.
La cité des sultans ottomans ne devait toutefois pas connaître le même sort. Les Turcs tenant à préserver l’héritage de leurs ancêtres, l’UNESCO a inscrit la vieille ville au patrimoine culturel mondial en 1985. Cette langue de terre située entre la mer de Marmara et la Corne d’Or, où se dressent, au soleil couchant, les silhouettes de la Mosquée bleue et de Sainte-Sophie au milieu d’une nuée de mouettes, en désarme encore plus d’un. Bonne nouvelle, ni les mouettes ni les minarets ne sont menacés.
Le reste, si. La vieille ville pourrait perdre son statut de patrimoine culturel mondial pour être classée patrimoine en danger. Nombreux sont ceux qui approuvent en silence : elle retrouverait sa juste place. Mais pour les édiles de la ville, qui s’enorgueillissent du titre de capitale européenne de la culture 2010 [avec Pésc en Hongrie, et la Ruhr, en Allemagne], c’est une gifle retentissante, un scandale.
Un projet sabordé
Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut se promener dans les quartiers de Fener et Balat. C’est là que se trouve le siège du patriarcat grec orthodoxe et que vivaient autrefois les Arméniens, les Juifs et les Bulgares. Ces quartiers pleins de charme abritent encore d’innombrables maisons traditionnelles en bois. L’UNESCO a donc lancé un programme de protection du quartier. Mais sous l’égide de la municipalité de Fatih [qui englobe les deux quartiers], rien ne s’est déroulé comme l’avait prévu l’organisation de protection du patrimoine.
Alors que l’UNESCO proposait ses fonds et son savoir-faire, la commune n’a pas fait le moindre geste de bonne volonté, au contraire, elle a fait tout son possible pour saboter cette initiative. “Ils soufflaient aux habitants qu’il s’agissait d’un projet secret du patriarcat grec, explique l’avocate Aysegül Kaya. On disait que le patriarche de Constantinople avait obtenu le soutien de l’UNESCO pour ériger un deuxième Vatican, un Etat religieux indépendant”.
Absurde ? Oui, mais cet Etat a l’habitude d’attiser la flamme de la paranoïa chez ses concitoyens. Les représentants de l’UNESCO venus offrir leur argent et leurs services aux heureux propriétaires du quartier, se sont heurtés à bien des portes closes. Puis, au sein de la municipalité, l’AKP s’est occupé à son tour du dossier. Menacés de saisie, les habitants ont dû céder leur maison à des intermédiaires à prix honteux. Aujourd’hui, les autorités mettent en place leur programme de “restauration” à coups de pelleteuses. Les maisons détruites sont reconstruites “dans le style ottoman“. Kaya, l’avocate, a vécu ici pendant plusieurs années. “Ils disent que les vieilles demeures ne sont pas aux normes antisismiques. C’est complètement absurde. Ils ne laissent que les façades. Le quartier est devenu un immense projet immobilier. Des centaines de maisons ont déjà disparu. Toute la zone contenue à l’intérieur des remparts est victime du népotisme et de la spéculation”.
Le règne de la corruption
Pour Korhan Gümüs, la municipalité est en train de transformer un quartier vivant en Disneyworld ottoman. Ne pouvant contrôler le projet de l’UNESCO, elle a préféré le saborder. “Cela aurait été un projet pilote. Un modèle de transparence et de coopération avec les habitants du quartier. La réussite de cette initiative aurait eu un impact bien au-delà des limites du quartier. Cela aurait montré que c’en était fini de la politique ‘à la turque’. C’est aussi pour cela que le plan devait échouer”. La politique ‘à la turque’ ? “L’Etat renonce à faire appel au savoir-faire des experts, à l’intelligence de la société. Il gère tout de manière technocratique. Au lieu de s’adresser à des architectes ou à des restaurateurs, il se tourne vers des entreprises du bâtiment. Le résultat est là : corruption et injustice. Les autorités représentent les intérêts des puissants, des entreprises“.
Certains, comme l’écrivain Murat Belge, soupçonnent le pouvoir d’avoir obtenu ce qu’il voulait : carte blanche pour s’en mettre plein les poches et défendre une vision de la modernité issue de la pensée occidentale des années 60 et 70. Mais du côté du gouvernement aussi souffle un vent de panique. La crainte de l’humiliation. “En coulisses, la Turquie exerce d’énormes pressions sur l’UNESCO“, déclare Korhan Gümüs. L’architecte reste pourtant optimiste. Certes, il a perdu beaucoup de batailles. Mais “chaque défaite nous montre à chaque fois un peu plus que nous pouvons aussi gagner”. Admirable longanimité d’Istanbul. En attendant, les pelleteuses s’activent.
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DER SPIEGEL
by Katja Thimm
DRDans la Ruhr, la culture a bonne mine
L’ancien poumon industriel de l’Allemagne est, en 2010, Capitale européenne de la culture. Le couronnement d’une modernisation ambitieuse mais aujourd’hui remise en cause par la crise économique.
Quand Joachim Seifert raconte sa vie, il commence en 1864. “En l’an 1864“, comme il le dit, avant de poursuivre avec des phrases courtes. “Le casque, ça tient plus chaud que le bonnet”, lance-t-il par exemple. Et, outre son anorak, il arbore un casque de mineur blanc. C’est un modèle comme ça qui l’a protégé sous la terre pendant trente ans, et aujourd’hui, à la veille de son 75e anniversaire, la Ruhr est devenue capitale culturelle et le passé de cet ancien mineur est au programme.
Il a expliqué à des milliers de visiteurs comment il extrayait, avec ses collègues, le charbon du sous-sol, jusqu’à ce qu’enfin le complexe minier Zollverein ferme ses porte. Et quand ils lui demandent pourquoi tous ces efforts, il leur répond qu’il faut remonter en l’an 1864. “C’est à ce moment là que le grand-père de ma femme est venu ici. C’est le premier de la famille à avoir travaillé pour Zollverein“.
Le fait qu’une région entière d’Allemagne ait été désignée Capitale européenne de la culture est une première. Ce qui a fait pencher les jurés en faveur de la Ruhr, c’est la ténacité avec laquelle on s’y est attelé à se recycler pour passer du charbon à la culture.
La troisième plus grande conurbation d’Europe
Si aujourd’hui le charbon n’est presque plus exploité, il détermine la culture et le développement dans cette région qui ne fête que ses 170 ans. Oui, mais ! insistent les responsables de cette année festive, dans la Ruhr, culture a toujours rimé avec bien plus qu’industrie. On y dénombre 120 théâtres, 5 universités et des centaines d’instituts de recherche. Il y a un mois, le Folkwang-Museum a rouvert ses portes, sur un projet de l’architecte britannique David Chipperfield. La Ruhr serait une région de métropoles modernes, la troisième plus grande conurbation d’Europe. Ses 5,3 millions d’habitants ne respirent pas que de la suie, ils aspirent aussi à l’avenir.Pourtant, sur place, parmi l’architecture de l’après-guerre, les magasins discounts et les jardins ouvriers, 275 000 personnes vivent sans emplois. Sur 200 puits en activité autrefois, seulement 4 fonctionnent encore. Quelque 53 villes s’étendent sur 4 435 kilomètres carrés entre Hamm et Wesel, et presque toutes les communes ont aujourd’hui un budget de crise. Ce qui fait défaut, c’est une identité partagée. La Ruhr n’est pas une métropole, mais une conurbation morcelée qui possède une grande histoire minière commune.
En pleine crise, les sponsors n’ont pas tenu leurs promesses
L’espoir était énorme. Le regard tourné vers Liverpool qui, il y a deux ans, a eu le même honneur, on s’est dit que le jeu en valait la chandelle. Car à l’heure des comptes, les revenus avaient été cinq fois supérieurs aux dépenses, et Liverpool s’était affranchie de sa réputation de triste zone ouvrière. Les responsables de “Ruhr 2010” rêvent d’imiter cet exploit, d’être une image de réussite. Ainsi, en juillet, 20 000 tables seront alignées sur un tronçon de l’Autobahn 40 et formeront la “plus longue tablée du monde“. Le temps d’un déjeuner, les habitants, d’ordinaire si peu en contact, triompheront de la circulation, depuis longtemps l’un des maux de la région. Mais entre-temps, le doute est venu contaminer l’espoir.
En pleine crise économique, les sponsors n’ont pas tenu leurs promesses. Au lieu de 80 millions, le budget n’est que de 62,5 millions d’euros. Des grands projets sont inachevés. Et on se pose maintenant la question : comment développer une région déjà en défaut de paiement ? Et comment accomplir un changement structurel dans cette région immuable, où des centaines de milliers de gens sont enracinés dans l’histoire des mines ?
Aucune autre région d’Allemagne n’a été le théâtre d’une industrialisation aussi puissante. En l’espace de quelques décennies, un paysage de marécages s’était métamorphosé en gigantesque espace de production industrielle. Quelque 7 milliards de tonnes de charbon en furent extraits, jusqu’à la crise du secteur minier. Deux guerres, un miracle économique et la guerre froide, de l’acier pour les voitures, de l’acier pour les armes. Les ouvriers affluèrent, par centaines de milliers. Ainsi se développèrent des cités d’immigrés, des cités ouvrières, autour des sites industriels.
En décembre 1986, la dernière équipe est descendue. En termes d’angoisses existentielles, cette vie avait longtemps été solide, raisonnable. Pour certains, les visites guidées, les concerts et les expositions organisés sur les sites sont comme un travail de deuil.
Un grand centre de créativité
En 1986, un décret ministériel a empêché que Zollverein soit détruit. Il s’agissait désormais, grâce à un nouveau plan ambitieux, de gagner de l’argent avec ce symbole monumental du travail. On ferait donc des puits de mines ce que l’on comptait aussi faire de l’ensemble de la Ruhr : un centre de créativité. L’architecte néerlandais Rem Koolhaas proposa qu’un escalier roulant orange et lumineux conduise à l’entrée de l’espace visiteurs. Son collègue britannique Norman Foster réhabilita la chaufferie.
Jusqu’à maintenant, le nombre des visiteurs augmente, près d’un millier d’emplois ont été créés. Dont un pour le fils de Joachim Seifert. Lui aussi est mineur, mais il a fait des études, il a participé à la conception des films d’animation que son père projette dans les salles de l’ancien lavoir à charbon. La famille Seifert a accompli son changement structurel. “Mon fils représente la quatrième génération à la mine“, déclare son père avec fierté. Et pourtant, le site ne fait pas figure de modèle. Zollverein coûte 155 millions d’euros à l’Union européenne, au Land de Rhénanie du Nord-Westphalie et à la ville d’Essen. Difficile de rassembler plusieurs fois une telle somme.
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Il est 23 heures, Paris s’endort
Autrefois paradis des noctambules, la capitale française a perdu de son allant. En cause : les lois anti-bruit, des loyers faramineux et l’interdiction de fumer. Les professionnels de la nuit ont lancé une pétition pour alerter les pouvoirs publics.
“Psst, rentrez vite !“, murmure le videur de l’Electrobar 4Eléments, place de la République. Il fait “chut !” et désigne les étages supérieurs en nous mettant en garde. Dans l’appartement du dessus, les lumières sont éteintes. “Silence s’il vous plaît !” C’est samedi soir, il est 23 h à Paris. On voudrait crier “Paaaaaaaaarty !“, mais on ne le peut pas. Paris, autrefois Mecque de la nuit en Europe, s’endort en silence. “Paris is burning all night long“, chantait encore le groupe Ladyhawke l’été dernier, tandis que leurs collègues de la Mano Negra savaient déjà en 2002 ce qu’il en était advenu de la vie nocturne parisienne : “Tout est si calme qu’ça sent l’pourri, Paris va crever d’ennui !” Et à en croire Eric Labbé, le disquaire de My Electro Kitchen, rue Quincampoix, la vie nocturne meurt dans le silence, au sens propre du terme. On n’entend plus rien dans la ville alors que plusieurs clubs ont fermé ces derniers mois, comme La Loco légendaire qui a fait faillite dans le quartier de Pigalle.
Mais les acteurs de la nuit parisienne ne s’avouent pas encore vaincus. Eric Labbé, accompagné d’autres artistes, vient de lancer la pétition Quand la ville meurt en silence, à l’attention de nombreuses personnalités politiques de la culture et de la Ville, pour sauver la vie nocturne parisienne En un mois, près de 13 000 personnes l’avaient déjà signée. Ils y soulignent l’importance économique et culturelle de toutes les distractions nocturnes pour la région et demandent une intervention immédiate de la sphère politique, la suppression des obstacles administratifs et la mise à disposition d’espaces destinés aux évènements culturels. Les installations anti-bruit, la limitation des horaires d’ouverture des bars, les loyers faramineux des emplacements attractifs et l’interdiction de fumer introduite en 2008… autant de freins à l’amusement. Certains habitants se réjouissent peut-être qu’aucune “nuisance sonore” ne vienne troubler leur sommeil, mais les fêtards déçus s’en vont cuver dans d’autres métropoles. Les musiciens jouent aujourd’hui à New York, Tokyo ou Berlin.
Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, devrait demander à son homologue Klaus Wowereit, pourquoi Berlin est depuis quelques temps la “Mecque des clubbers”. ” Wowi” lui parlerait sans doute des petits loyers, des cafés innombrables qui n’ont pas à se coltiner de drastiques horaires de fermeture… Il l’emmènerait auBerghain, le “meilleur club techno du monde” du moment, à en croire le magazine électro DHMag. Sur les rives de la Seine pendant ce temps, The Deep a définitivement fermé ses portes et les nuits chaudes des Bains Douchesse refroidissent, etc.
Avant Tokyo, le périph’
Une pointe d’espoir à l’horizon tout de même, la réouverture, longuement espérée, de la Flèche d’Or, dans le 20e arrondissement, un bar à concerts fermé pendant plusieurs mois. Mais ce serait trop facile de renvoyer la responsabilité de cette décadente vie nocturne sur le dos de fourbes requins de l’immobilier ou celui de directeurs de clubs avares. La capacité des Parisiens à chercher une nouvelle scène underground s’arrête au boulevard périphérique qui n’est pas seulement la limite de la ville : de l’autre côté de l’autoroute, les amateurs de la nuit ne s’aventurent guère. Pourtant, d’anciens lieux industriels pourraient très bien accueillir les urbains “teuffeurs”. C’est en banlieue qu’est né le phénomène tectonique. Ce mouvement mêlant danse, musique et mode a eu son heure de gloire en 2000, lorsque issu des banlieues parisiennes, il a fait son entrée dans des métropoles internationales. Pourquoi un bus de nuit ne pourrait-il pas déposer tous ces clubbeurs en dehors des remparts de la ville (plutôt qu’à Tokyo ou à New York) ? Enfin, loin de pénibles voisins, ils pourraient crier à gorge déployée “Paaartyyyy !“
http://www.cafebabel.de/article/31986/paris-tote-stadt-party-burnout-nachtleben.html
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LE MONDE
Barcelone, parce qu’elle ne le vaut plus
Depuis vingt ans, la métropole catalane s’est forgée l’image d’une ville riche, moderne et dynamique où il fait bon vivre. Mais le marketing a ses limites, et plusieurs scandales viennent mettre à mal cette réputation au grand dam des autorités locales.
Jordi Hereu enrage. Le maire de Barcelone s’est emporté, il y a une semaine, en clôture de l’université d’automne du Parti socialiste catalan (PSC), contre “la campagne de discrédit” dont serait victime la capitale de la Catalogne. Sans identifier les agresseurs, l’élu a dénoncé “ceux qui sont en train de lancer des bombes de désillusion massive contre la ville“. Qui peut bien avoir le culot de s’attaquer à l’image si positive et dynamique de Barcelone, cette “marque” façonnée depuis deux décennies grâce aux meilleures techniques du marketing international ?
Seules quelques voix isolées s’étaient élevées, ces dernières années, pour nuancer l’euphorie et souligner l’écart entre le mythe véhiculé à l’extérieur et la réalité vécue par la population. Ainsi, l’anthropologue Manuel Delgado s’interrogeait, en 2007, dans son essai sur La Ciudad mentirosa (“La ville mensongère”, La Catarata) sur “la tromperie et la misère du modèle Barcelone“. En 2008, Joan Ramon Resina, professeur de littérature et de culture hispaniques à l’université de Stanford, a analysé “l’essor et le déclin d’une image urbaine”, dans son ouvrage intitulé LaVocacio de modernitat de Barcelona (“La vocation de modernité de Barcelone”, Galaxia Gutenberg).
Les excès d’une ville spectacle
Dans les quartiers populaires de Poblenou ou de Sants, on n’a guère lu ces sommes savantes, mais depuis la rentrée les Barcelonais ne peuvent manquer les “unes” de la presse locale qui leur parlent aussi de tromperie, de misère et de déclin. Barcelone a le “blues”, car l’actualité lui rappelle le risque évoqué par les deux intellectuels de voir la cité “mourir de son succès” après avoir été promue comme “un produit de consommation“.
Le premier scandale a éclaté en septembre avec la publication de photos chocs par le quotidien El Pais. On y voyait deux hommes, le pantalon sur les chevilles, se livrer à des activités sexuelles avec des prostituées sur la voie publique. Non pas dans quelque recoin obscur d’une lointaine banlieue, mais sous les arcades du très touristique marché de la Boqueria, le long de la Rambla, en plein centre-ville.
L’onde de choc de ce scoop n’en finit plus de se propager, bousculant les idées reçues sur la Rambla, cet axe d’un kilomètre et demi où passent chaque année 78 millions de personnes, dont la moitié de touristes. C’est là, et dans les rues adjacentes du Raval que se sont installées les mafias de la prostitution. C’est là aussi, dans le quartier central de Ciutat Vella, que l’on a recensé l’essentiel des 80 000 vols à la tire déclarés en 2008. Hier encore emblème de Barcelone, la capitale du bon vivre et de la jeunesse, la Rambla est aujourd’hui, selon La Vanguardia, “le paradigme des effets nocifs d’un certain type de succès urbain lié à la ville spectacle“.
L’oasis catalane touchée par la corruption
Le quotidien regrette “le retrait de la population locale de cet espace public” victime du tourisme de masse et de la dégradation urbaine qu’il génère. Face au discrédit, la presse locale appelle à la mobilisation, notamment des institutions culturelles, pour créer – on ne se refait pas -, “une marque Rambla”. De son côté, le maire interpelle les esprits chagrins : “Qu’ils viennent à Ciutat Vella et qu’ils constatent le combat que nous menons pour la sauver et en faire un exemple de centre historique réhabilité.”
Mais s’il suffit de se retrousser les manches pour réparer les dégâts collatéraux d’un tourisme excessif, les atteintes à l’image de Barcelone sont plus graves quand elles sont portées de l’intérieur. C’est le second coup de tonnerre de cet automne : un scandale qui a ébranlé le Palais de la musique catalane, ce théâtre de l’art choral qui, avant d’être inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, constitue un monument de la fierté catalane. L’arrestation de son président, Félix Millet, accusé d’avoir détourné plus de 10 millions d’euros à l’occasion des travaux de réhabilitation de cet édifice moderniste, a consterné l’homme de la rue.
L’institution, qui vit en grande partie du financement public, du bénévolat et des dons des Barcelonais, se trouve aux centres de malversations qui dépassent le simple fait divers. Le sentiment de malaise s’est accru, ces derniers jours, avec l’arrestation à la demande du juge Baltasar Garzon de huit hommes politiques, entrepreneurs et hauts fonctionnaires de Catalogne, dans le cadre d’une vaste affaire de corruption liée à l’immobilier. Ce “coup de filet transversal“, ainsi que l’a qualifié la presse locale, confirme que Barcelone et sa région ne sont pas immunisées contre l’épidémie de corruption qui submerge l’Espagne. C’est officiel : elle a franchi les frontières de ce que les élites locales ont longtemps défini comme “l’oasis catalane”.
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SLATE
Le soft power à la française
by Jean-Michel Frodon
Le soft power, méthode douce des relations internationales, c’est la capacité d’un pays à élargir son pouvoir d’attraction, et à dominer les échanges mondiaux en employant des outils non-coercitifs, dont l’action culturelle fait partie. «L’action culturelle a une véritable fonction politique et il est crucial que notre pays maîtrise son image externe.»
Diplomate et géographe, Michel Foucher a bien voulu confier à Slate.fr ces cartes de l’action culturelle extérieure de la France, prise en charge depuis décembre 2011 par l’Institut français. Pour lui, il ne peut y avoir «d’influence projetée vers le dehors sans une disposition d’ouverture au-dedans». Ces cartes permettent donc de dresser un état des lieux de la présence culturelle française à l’étranger, comme de la présence étrangère en France (cliquez sur les cartes pour les voir en grand).
1-Les cartes de la diplomatie culturelle française
Michel Foucher: «Le fond de carte est celui des alliances françaises, créées en 1883 et qui sont si nombreuses que leur représentation est peu lisible. Environ 968 alliances dans 136 pays (hors France) touchent près de 500.000 élèves selon les derniers chiffres de la Fondation Alliance Française. Un maillage serré, avec 80% des établissements hors des capitales. Un blanc majeur: l’Allemagne.»
Autre absence marquante, celle des Etats-Unis, qui s’explique par le fait que la plupart des nombreuses Alliances françaises qui s’y trouvent relèvent d’un statut particulier et ne sont pas rattachées au centre parisien.
Les Instituts français
Selon les informations fournies par l’Institut français, la diplomatie culturelle française disposerait de 800 millions d’euros de budget, dont 52,6 millions d’euros spécifiquement attribués à l’Institut français et 126 millions d’euros de co-financements extérieurs levés par le réseaux des 101 instituts, qui ont vocation à être rattachés au centre parisien mais pour la plupart ne le sont pas encore.
Les Instituts français de recherche à l’étranger
Michel Foucher: «Ceux qui, diplomates ou chercheurs, lisent la production de ces centres de haut niveau ou participent à leurs colloques savent qu’ils représentent un outil unique d’analyse et d’influence, même si cette double vocation se heurte encore à des réticences académiques. La carte révèle des blancs qu’il conviendrait de combler: Brésil, cône sud, Méditerranée américaine, Afrique centrale et de l’ouest, Algérie, péninsule arabique, Pologne, Indonésie. D’autres pays disposent de fondations d’études et de recherches telles la Japan Foundation ou les Stiftung des partis allemands (plus nombreux que l’Institut Goethe du fait de leur appartenance partisane) ainsi que des structures américaines, britanniques ou taïwanaises.»
Les saisons culturelles depuis 1985
Michel Foucher: «Les saisons culturelles, croisées ou non, existent depuis 1985. elles sont désormais largement imitées, notamment par une centaine d’années de la Chine de par le monde en 2010.»
La suite sur
http://www.slate.fr/story/49553/FRANCE-cartes-soft-power-france







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