DECORTIQUAGES

Séismes : Pourquoi l’Italie tremble-t-elle autant ?

LE MONDE

Pascal Bernard, physicien et sismologue à l’Institut de physique du globe de Paris, revient sur la série de séismes meurtriers dans le nord de l’ItalieLe dernier, mardi, a fait au moins 15 morts dans le centre-nord du pays.

Des séismes dans le nord de l’Italie, c’est normal ou exceptionnel ?

La série que l’on vient d’observer est plutôt inhabituelle. Certes, on sait, depuis des siècles, que la zone peut générer des séismes de magnitude 6, car des failles ont été identifiées sous la plaine du Pô, mais les séismes en cascade, c’est assez surprenant. Quand une faille casse, elle peut déstabiliser la faille voisine etprovoquer - au-delà des répliques -, dans les jours ou les mois suivants, un séisme de la même intensité.

Pourquoi cette région est-elle particulièrement sensible ?

La plaine du Pô est une zone de contact entre différentes plaques sismiques. Dans la région, les roches de la croûte terrestre sont comprimées par la pression qui s’exerce entre ces plaques. Celles-ci se fracturent et provoquent des failles de grandes dimensions, repérées sous la plaine du Pô. Tout ceci est lié à la remontée vers le nord de la péninsule italienne qui vient, en quelque sorte, emboutir les Alpes. D’année en année, la compression augmente et les failles finissent parrompre. Plus au sud, à l’Aquila, les causes étaient un peu différentes. C’est l’étirement de la chaîne de montagnes des Alpenins, qui se fracturent sous leur propre poids, qui est à l’origine du séisme très meurtrier de 2009.

La péninsule italienne, traversée par les failles sismiques

Cette série annonce-t-elle un séisme plus important ?

L’effet "domino" est toujours envisageable. Le risque de réplique est fort dans les mois et les années qui suivent. Mais plus les années passeront, plus ce risque diminuera, jusqu’à redescendre au niveau d’avant le séisme. Néanmoins, on peutdire que le nord de l’Italie va vivre dans les mois qui viennent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Jusqu’ici, l’épicentre était assez loin des villes, à 40-50 km de Ferrare, Bologne ou Modène, mais si lors d’un prochain séisme l’épicentre est à moins de 10 km d’une ville, les destructions seront considérables.

L’Italie est-elle bien préparée pour y faire face ?

Le pays est prêt. Les bâtiments accueillants du public (école, hôpitaux) sont construits selon les normes sismiques. Le souci, c’est que les bâtiments historiques, les palais et les vieilles églises de la région, n’ont pas du tout été renforcés. Fragilisés, ils sont les premiers à s’effondrer aux premières secousses.

Peut-on imaginer ce genre d’événement  en France ?

Toutes les régions de la moitié sud de l’Hexagone, ainsi que la Vendée et la Bretagne, sont exposées au risque sismique, et plus particulièrement les Alpes et les Pyrénées. Les statistiques estiment le risque à un séisme de magnitude 6 par siècle.

Six séismes dévastateurs depuis 2000

17 juillet 2001 : trois morts dans un tremblement de terre de magnitude 5,2 dans le Haut-Adige, près de Bolzano (nord).

6 septembre 2002 : deux morts à Palerme (Sicile), à la suite de crises cardiaques lors d’un tremblement de terre de magnitude 5,6.

31 octobre 2002 : 30 personnes tuées et une soixantaine blessées dans le village de San Giuliano di Puglia (Molise, centre-est) frappé par un séisme de magnitude 5,4. 27 enfants trouvent la mort dans l’effondrement du toit de leur école.

6 avril 2009 : 308 morts et plus de 50 000 sans-abri lors du tremblement de terre de l’Aquila dans le centre du pays.

20 mai 2012 : 7 morts et plus de 3 000 personnes évacuées après un séisme de magnitude 6  à Finale Emilia dans la région de Ferrare. Il sera suivi d’une réplique de magnitude 4,3 le 24 mai.

29 mai 2012 : Une dizaine de morts selon le dernier bilan provisoire, suite à un séisme de magnitude 5,8 à Mirandola, entre Modène et Ferrare.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/05/29/pourquoi-l-italie-tremble-t-elle-autant_1708812_3214.html

Fichier:Reggio and Messina earthquake 1783.jpg 1783

Fichier:Bundesarchiv Bild 102-10193, Italien, Erdbeben-Katastrophe.jpg

Liste de séismes en Italie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_séismes_en_Italie

Une église effondrée à Medolla, à 3 km de l'épicentre du séisme du 29 mai 2012. (Marco Vasini/AP/SIPA)

Une église effondrée à Medolla, à 3 km de l’épicentre du séisme du 29 mai 2012. (Marco Vasini/AP/SIPA)

Sciences & Avenir.fr

Par 

Un nouveau séisme de magnitude 5,8 (selon l’USGS) a secoué ce matin le nord de l’Italie, près de la ville de Medolla, dans l’Emilie-Romagne, tuant une quinzaine de personnes. La même région de la basse plaine du Pô, à une trentaine de kilomètres au nord de Bologne, a été touchée le 20 mai dernier par un séisme de magnitude 6, ressenti dans un rayon de 200 kilomètres, qui a tué 7 personnes. Dans les deux cas l’épicentre est peu profond, situé à environ 9 km.

Aucun évènement sismique dépassant une magnitude de 5 ne s’est produit dans cette zone jusqu’au 20 mai, précise le bureau d’évaluation des risques sismiques de l’IRSN. Les deux tremblements de terre majeurs connus pour cette région sont celui de février 1346 et de novembre 1570, près de Ferrara. Les séismes du 20 et du 29 mai 2012 se sont produits dans une partie de l’Italie où l’aléa sismique est considéré comme faible –catégorie 3 (voir la carte de pour la France).

La sismicité de la région méditerranéenne est liée à la remontée de la Plaque africaine vers le Nord. Cette plaque converge avec la plaque européenne à la vitesse de plusieurs millimètres par an, faisant remonter l’Italie vers le Nord, contre les Alpes. Plusieurs systèmes de failles découlent de cette convergence dans la péninsule italienne. La chaîne des Apennins, qui traverse l’Italie du nord au sud sur plus de 1.000 kilomètres, subit à la fois une extension –à l’origine du séisme de l’Aquila en 2009- alors que le nord de la chaîne, près de la plaine du Pô, subit une compression.

 

Peut-on les prévoir ?

Giampaolo Giuliani, technicien au laboratoire de physique nucléaire souterrain du Gran Sasso, situé dans la même région des Abruzzes que la ville de L’Aquila, affirme avoir averti les autorités quelques jours avant la catastrophe de l’imminence d’un séisme. De fait, un article paru dans le Corriere delle Sera,daté du 1er avril 2009, explique comment l’alerte donnée par Giuliani aux autorités locales a semé la panique. Aujourd’hui, le technicien du Gran Sasso demande des comptes à ceux qui l’accusaient de créer de fausses alarmes.

Pour émettre son alerte, Giampaolo Giuliani s’appuie sur un phénomène connu: les émanations du gaz radon depuis la croûte terrestre. «En effet, cet indice a été remarqué de nombreuses fois avant les séismes», précise Pascal Bernard, sismologue à l’Institut de physique du Globe de Paris. «Le sol est un milieu poreux: les contraintes tectoniques font varier l’état du sol et aboutissent à une émanation de radon» poursuit le sismologue. «Mais il est impossible de prévoir la survenue d’un séisme: nous ne sommes pas capables de déterminer une échéance, cela peut être un jour ou une semaine ou un mois plus tard… Il est impossible d’évacuer toute la zone» analyse Pascal Bernard.

«Il aurait été intéressant que ces émanations de radon soient mises en relation avec d’autres indices comme la microsismicité enregistrée dans la même région» ajoute le chercheur de l’IPG.

Le séisme de L’Aquila, ressenti jusqu’à Rome, à 100 kilomètres, a atteint une magnitude 6,2 (sur l’échelle ouverte des magnitudes où les séismes les plus meurtriers atteignent 9). La faille concernée est bien connue des géophysiciens italiens et a déjà été cartographiée : elle est placée exactement sous la ville d’Aquila, à 5 km de profondeur, et atteint la surface à sa terminaison.

La région des Apennins comprend tout un réseau de failles interconnectées et le séisme de ce jour pourrait activer d’autres failles dans les prochaines semaines. Le séisme s’inscrit dans un mouvement général de convergence entre plaques tectoniques : l’Afrique se rapproche de l’Europe à raison d’un peu plus d’un centimètre par an, ce qui a été à l’origine de la formation des chaînes de montagnes dans le sud de l’Europe.

«Localement les Apennins subissent un mouvement d’extension, explique Pascal Bernard, tout se passe comme si les Apennins s’étalaient».

Azar Khalatbari et Cécile Dumas

Sciences-et-Avenir.com
06/04/09

 

http://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/20090406.OBS2313/decryptage-peut-on-prevoir-un-seisme.html

 

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