GEOAZUR/IFREMER/INSU
Que tous les passionnés de géologie, de cartographie, d’atlas et de Méditerranée se réjouissent. Ils pourront désormais satisfaire leur curiosité grâce à la nouvelle carte morpho-tectonique de l’ensemble du domaine méditerranéen réalisée à l’échelle du 1/4 000.000 conjointement par Géoazur (UNS/CNRS/IRD/OCA), la Division Technique de l’Insu (programme Mistrals) et l’Ifremer. On doit cette synthèse, la première du genre, publiée ce mois-ci par la CCGM/CGMV (1), à deux frères géologues bien connus de la communauté scientifique : Jean et Georges Mascle (respectivement DR CNRS émérite à Geoazur et ancien Professeur à l’Université J. Fourrier de Grenoble, pour le domaine marin (JM) et pour le domaine périméditerranéen (GM). Il s’agit de la première compilation terre/mer jamais publiée à l’échelle de l’ensemble de la Méditerranée ; construite sous système Arcgis cette compilation résulte de la superposition de près de trente couches différentes représentant autant de synthèses thématiques.

Carte géologique et morpho-tectonique du domaine Méditerranéen à l’ échelle du 1/4 000 000 ©CCGM
A Terre
A terre, la cartographie géologique simplifiée a été construite à partir d’un ensemble de cartes existantes (1) et de très nombreux documents plus locaux (2). Les terrains ont été regroupés en fonction de leur implication au sein des structures Alpines, tout en ayant conscience de l’importance de la variabilité temporelle et spatiale tout au long de l’histoire Alpine. Les auteurs ont considéré que cette histoire a débuté dés la fin du cycle « varisque » vers 300 Ma (limite Carbonifère/Permien) ; l’ensemble des terrains antérieurs au Permien (Protérozoïque et Paléozoïque ante Permien) a donc été considéré comme appartenant au soubassement mais le magmatisme varisque (< 300 Ma) a été indiqué afin de bien souligner les domaines de « socle » varisque. Toutes les autres formations ont été distinguées en fonction de leur signification tectonique au sein du cycle Alpin.
En mer
En mer, dans la mesure où une cartographie géologique/géophysique homogène du domaine marin est encore impossible du fait de la disparité des données, différentes caractéristiques générales des bassins marins ont été sélectionnées. La synthèse prend ainsi en compte des ensembles tels que la nature et l’âge des bassins profonds, la répartition des principaux bassins évaporitiques d’âge « messinien » (-6 à -5 Ma) ainsi que celle des différentes structures (diapirs, tectonique salifère) issues de ces dépôts. Les principales déformations tectoniques actuelles ou/et récentes, ainsi que la répartition des manifestations de volcanisme boueux et autres sorties de fluides, ont également été indiquées à l’échelle de l’ensemble du domaine méditerranéen.
Enfin la localisation des épicentres de séismes (supérieurs à la magnitude 4) a été superposée à l’ensemble du domaine afin de bien souligner les limites des grands ensembles tectoniquement actifs ainsi que des plaques et microplaques en présence.
Zoom sur le volcanisme boueux
Morphologie d’un double volcan de boue, par -3100 m de profondeur au large de l’Egypte ; la structure méridionale est inactive tandis que le petit volcan au nord (250 m de diamètre) contient un lac de saumures, boues et fluides de près de 400 m de profondeur! © Géoazur
Image géo acoustique d’un autre volcan de boue dans la même région montrant les différentes coulées boueuses émanant de sources centrales de fluides mêlés à des saumures. © Géoazur
De nombreux volcans de boue, et autres sorties de fluides, ont été reconnus en Méditerranée et domaines voisins (Golfe de Cadix et Mer Noire) sur la base soit de leurs signatures morphologiques et /ou géo-acoustiques spécifiques, soit (plus rarement) grâce à des échantillonnages par carottages et dragages ou (encore plus rarement) lors d’opérations d’observations et de prélèvements in situ.
Leur localisation n’est pas le fait du hasard ; ces structures caractérisent surtout le « vieux » bassin de la Méditerranée orientale (Mésozoique 251 à 65 Ma) et plus particulièrement les domaines internes des deux gros empilements tectono-sédimentaires que représentent la « Ride Méditerranéenne » coincée entre la Libye et la bordure de l’Egée, et l’ «Arc Calabrais Externe» juste au sud de l’Italie. On en retrouve également sur un segment de la marge passive égyptienne au large du delta du Nil. De nombreuses structures de même type s’observent également au sein du golfe de Cadix, autre prisme sédimentaire mais résultant quant à lui de la subduction de l’Atlantique central sous l’arc de Gibraltar.
Zoom sur le delta profond du Nil
Détail au niveau du delta du Nil ©CCGM
Extrait d’un profil de sismique réflexion dans le N-E du cône du Nil illustrant l’intense déformation des sédiments pliocènes et quaternaires (moins de 5 Ma) sous l’effet de la tectonique gravitaire due aux dépôts du « Messinien » salifère sous jacent (représentés par l’ensemble acoustique très diffractant, observable juste sous les sédiments plissés et > à 2km d’épaisseur.
En Méditerranée orientale le fleuve Nil, l’un des plus longs du monde, a édifié au cours des temps géologiques, vraisemblablement depuis l’Oligocène, une énorme construction sédimentaire d’où émanent de nombreuses sortie de fluides, principalement gazeux (points bleus). Sur cet extrait de la carte générale ont été représentées les principales caractéristiques de ce cône sédimentaire, reposant vraisemblablement en partie sur une croûte océanique, et qui, au Nord, vient pratiquement au contact de la « Ride Méditerranéenne » (voir plus haut) signalée quant à elle par de nombreuses déformations compressives. Dans l’ensemble du domaine la présence d’épaisses séries sédimentaires d’âge messinien (Miocène terminal), riches en sel, entraine d’intense déformations superficielles issues du glissement et de l’étalement progressif de ces couches saliféres vers la base de la pente continentale. On distingue également, surtout dans le nord-ouest du delta, les réseaux de chenaux profonds par où transitent les produits de l’érosion de l’Afrique orientale (hauts plateaux éthiopiens) avant qu’ils se déposent en base de pente contre les reliefs de la « Ride Méditerranéenne ». Les points rouges indiquent la localisation de seismes supérieurs à la magnitude 4 ayant affecté la région entre 1974 et 2011.
1 : Commission de la carte géologique du Monde
2 : Carte IGME 5000, feuilles 6 et 8 de l’Atlas géologique du Monde, Carte Tectonique de l’Afrique, Carte Structurale de l’Eurasie orientale, Structural Model of Italy
3 : dont la liste est fournie dans la notice explicative qui accompagne la carte
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