CHALLENGES
LE QATAR est bien décidé à faire de l’éducation le gisement de ses revenus postpétrole. L’émirat a donc fait surgir du désert en une dizaine d’années une université idéale en faisant appel aux plus grandes institutions occidentales. Pas moins de 1,5 milliard d’euros a été investi dans ce projet pharaonique, recourant au dernier cri des technologies high-tech. Education City se présente comme un puzzle regroupant des émanations de Weill Cornell Medical College, de l’université de Georgetown pour les affaires internationales, de HEC pour le business, de Northwestern University pour le journalisme et de l’University College de Londres.
Les cours peuvent se dérouler en direct des Etats-Unis grâce au système Telepresence. Tout cela dans des bâtiments au design grandiose. Le centre de congrès imaginé par l’architecte japonais Arato Isozaki est le plus grand du Moyen-Orient. De la multitude de Mac dans la bibliothèque jusqu’aux bowlings en passant par une mosquée, rien n’a été oublié pour la formation de cette élite du xxie siècle, aujourd’hui constituée de quelques centaines d’étudiants.
http://www.challenges.fr/magazine/20111201.CHA7698/education-city-a-doha.html
A LIRE
- Monarchies du Golfe, Rémy Leveau, Frédéric Charillon (dir), La Documentation française, 2005.
- Qatar. Une Education City, Mehdi Lazar, l’Harmattan, 2012.
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Qatar : une politique d’influence entre conjoncture favorable et fondamentaux géographiques
BY Mehdi Lazar
Le Qatar est un pays ambitieux et qui dispose des moyens de ses ambitions. Plus que les investissements massifs dans les arts et le sport, qui servent le prestige de l’émirat, les investissements financiers sont utiles car ils sont à la fois un moyen de renforcer les liens avec des pays importants pour le Qatar mais aussi de s’assurer un poids dans les négociations commerciales mondiales. De même, la place de l’Islam et le rôle d’intermédiaire dans des médiations politiques assure à l’émirat une certaine influence sur la scène diplomatique mondiale et un rapport direct avec les grandes puissances.
La montée en charge de cette diplomatie multidimensionnelle et multidirectionnelle durant la décennie 2000 a été encore renforcée par la stabilité de l’émirat pendant les printemps arabes. Celle-ci s’explique notamment par l’absence de rivalité chiites / sunnites dans le pays mais aussi par sa stabilité financière. Cela ne doit pas faire oublier les facteurs de fragilité du Qatar. Internes tout d’abord avec l’aridité, une faible population autochtone mais aussi les possibles luttes de succession entre le prince héritier et d’autres prétendants. Sur le plan externe, la possibilité d’un choc extérieur, la dépendance alimentaire et la vulnérabilité vis à vis de ses deux grands voisins obligent le Qatar à une politique étrangère audacieuse qui s’inscrit dans une stratégie de l’après-pétrole.
Celle-ci pourrait cependant être remise en cause prochainement. Si l’émirat est ouvert sur le plan extérieur, le pays est assez fermé sur le plan intérieur. Al Jazeera fait certes le lien entre les deux dimensions (quitte à parfois mettre le pays en tension et à contredire la politique du gouvernement) mais la stabilité de l’émirat cache des conflits familiaux : le pouvoir est très concentré (entre les mains de l’Emir, du Prince héritier et du Premier ministre, membre de la famille régnante) et le soutien aux révolutions arabes a poussé à des réformes à l’intérieur du pays. Or, une victoire des conservateurs au conseil consultatif l’année prochaine pourrait fragiliser cette politique d’influence et d’ouverture.
Copyright Mai 2012-Lazar/Diploweb.com
LIRE L’INTEGRALITE SUR
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Bonne synthèse, merci. Mehdi (@ jafardeparis)
merci à vous et bravo pour vos travaux : des références !