DECORTIQUAGES

Le littoral, une définition géographique complexe

OBSERVATOIRE DU LITTORAL

 

crédit photo : Dominique Milliez


La notion de littoral est communément admise par tous. Il s’agit de l’espace qui relie la terre et la mer. Il n’existe cependant pas de définition unique de ce territoire mais plusieurs méthodes pour le délimiter sur terre comme en mer. Ces définitions peuvent être d’ordres biologique, physique, économique, démographique ou juridique.

Sur un plan biologique, on peut par exemple limiter la côte à l’espace occupé par les espèces végétales liées à la zone intertidale. Sur un plan démographique et économique, peuvent être pris en compte les territoires participant directement à l’économie maritime. Sur un plan juridique, les limites littorales terrestres sont définies suivant un découpage administratif (voir ci-dessous) et par différentes lignes en mer comme la limite de mer territoriale.

Suivant les thématiques abordées sur ce territoire et les données mobilisées pour son suivi, plusieurs définitions peuvent être utilisées pour délimiter le littoral terrestre et son arrière-pays. Quelques-unes sont présentées dans cet article qui ne prétend pas être exhaustif.

La notion de littoral

Les communes littorales

La loi Littoral de 1986 définit et liste les communes littorales où elle s’applique. En bord de mer, ce sont les communes maritimes, riveraines des océans, des lagunes ou des estuaires en aval de la limite transversale à la mer. Depuis le décret n°2004-311 de mars 2004, ont été ajoutées les communes d’estuaires, situées entre la limite de salure et la limite transversale à la mer.

Figure 1 : communes littorales maritimes et estuariennes métropolitaines

Figure 1 : communes littorales maritimes et estuariennes métropolitaines

Source : DGUHC, 2007

En métropole, on dénombre 883 communes maritimes et 87 communes d’estuaires, principalement situées sur la Seine, la Loire, la Charente et la Gironde, comme le montre la figure 1 (référentiel communal de 1999).

La prise en compte des communes maritimes et d’estuaires pour appréhender le littoral terrestre présente plusieurs avantages :

•la liste des communes est définie par la Loi. Elle est donc unique et permet à l’ensemble des acteurs d’utiliser les mêmes référentiels géographiques ;
•la très grande majorité des données produites par les services statistiques sont disponibles à la maille communale. Il est donc aisé de mettre en œuvre des suivis en utilisant les communes définies par la loi « Littoral ».

Leur utilisation présente tout de même des limites. Les communes littorales ont en effet une taille très variable suivant les façades maritimes. Comme le montre la figure 2, elles sont généralement petites sur la façade Manche – mer du Nord, en Ille-et-Vilaine, en Charente-Maritime, dans les Pyrénées-Atlantiques ou les Alpes-Maritimes et sont beaucoup plus étendues sur le littoral de Gironde, de l’Aude, du Gard ou de Corse du Sud.

Figure 2 : Surface moyenne des communes littorales par classe et façade littorale départementale

Figure 2 : Surface moyenne des communes littorales par classe et façade littorale départementale

Source : limites administratives BD Carto, 1999 – Observatoire du littoral

Les communes littorales ont par exemple une « épaisseur » d’environ 2 km sur le littoral de Seine-Maritime, alors qu’en Gironde, elles peuvent s’étendre jusqu’à plus de 20 km des rivages (près de 30 km à Carcans).

Pour le suivi de certaines thématiques, comme l’occupation du sol ou l’agriculture, ces différences peuvent biaiser les comparaisons entre façades, bien que l’estimation de ce biais soit difficile à quantifier. De même, l’agrégation de toutes les communes littorales pour obtenir, par exemple, l’occupation du sol moyenne des communes littorales, engendre une surreprésentation des grandes communes au détriment des petites.

Les rivages situées à faible altitude

La prise en compte des territoires situés en bord de mer et à basse altitude pour définir le littoral paraît séduisante à première vue. Elle est pourtant difficile à mettre en œuvre comme le montre la figure 3 précisant la localisation de la courbe de niveau de 5 mètres sur l’ensemble du littoral.

Sur les littoraux bas comme la plaine de Flandre, les marais du Cotentin, les grandes zones humides littorales et les estuaires atlantiques, ainsi que la Camargue, la courbe de niveau « 5 mètres » peut se situer très loin des côtes. Dans certains cas, comme pour le marais Poitevin ou les rives de la Charente, elle peut même se situer en dehors des limites des départements littoraux. A l’inverse, pour les côtes à falaises comme la Côte d’Albâtre ou pour les littoraux dunaires comme la côte aquitaine, la courbe de niveau de 5 mètres se confond presque avec le trait de côte.
Cette définition du littoral à partir des altitudes paraît donc difficile à utiliser, excepté pour des études locales sur les risques de submersion ou encore sur les zones humides littorales.

Figure 3 : terres situées à moins de 5 mètres d’altitude sur les 3 façades maritimes
Figure 3 : terres situées à moins de 5 mètres d’altitude sur les 3 façades maritimes
Figure 3 : terres situées à moins de 5 mètres d’altitude sur les 3 façades maritimes

Figure 3 : terres situées à moins de 5 mètres d’altitude sur les 3 façades maritimes

Remarque : Les courbes de niveau 5m sont fournies dans le cadre du programme européen Eurosion. Pour les rendre visibles sur des cartes à petite échelle, elles ont été généralisées, lissées et simplifiées.

Source : Consortium Eurosion, 2004 – Observatoire du littoral.

Prise en compte de la distance aux rivages

Afin de se soustraire au problème de surface des communes ou de toute autre maille administrative, il peut être intéressant de travailler en fonction de la distance à la mer. Cela passe par la définition de lignes équidistantes au rivage.Ce travail permet d’avoir une vision homogène sur l’ensemble du littoral. La méthode est notamment utilisable pour l’analyse de données géographiques comme l’occupation du sol ou les espaces protégés. Elle est par contre très difficilement envisageable pour l’analyse de données statistiques communales.

Figure 4 : mise en œuvre de lignes équidistantes, exemple sur le golfe du Morbihan

Figure 4 : mise en œuvre de lignes équidistantes, exemple sur le golfe du Morbihan

Les autres définitions du littoral

Pour certaines thématiques, la prise en compte des communes littorales est trop limitée et ne permet pas d’analyser correctement les phénomènes affectant le bord de mer. Il peut alors être utile de prendre en compte des territoires plus vastes comme les cantons littoraux ou encore les zones d’emploi littorales.

La notion d’arrière-pays

Si on retient l’ensemble des communes maritimes au sens de la Loi Littoral comme définition du littoral, cinq profondeurs d’arrière-pays sont généralement retenues :

•Les communes non littorales des cantons littoraux (1 176 communes) ;
•Les communes non littorales des EPCI (Etablissements Publics de coopération intercommunale) littoraux ;
•Les communes non littorales des Scot littoraux ;
•Les communes non littorales des zones d’emploi littorales (environ 4 250 communes) ;
•Les communes non littorales des départements littoraux (environ 10 100 communes).

Ces cinq types d’arrière-pays sont composés de regroupements de communes. Ils permettent donc de mettre en place des suivis à partir d’indicateurs statistiques. Contrairement aux cantons, aux zones d’emploi et aux départements, les Scot et les EPCI ne couvrent pas l’ensemble du trait de côte. Ils ne peuvent pas être utilisés pour des études nationales ou des comparaisons entre secteurs littoraux.

Figure 5 : les Scot littoraux en 2007

Figure 5 : les Scot littoraux en 2007

Source : Meeddat / DGUHC, 2007 – Observatoire du littoral

La notion d’arrière-pays dépend des thèmes étudiés. Peuvent par exemple être pris en compte les EPCI, les Scot ou les zones d’emploi pour étudier les bassins de vie littoraux, l’emploi, les transports ou les navettes journalières domicile – travail.

Quelque soit la définition de l’arrière-pays retenue, les comparaisons entre littoral et arrière-pays doivent être réalisées en prenant des précautions. En effet, les surfaces de ces deux territoires peuvent être très différentes. Cela rend difficile de comparer des informations absolues sans les relativiser par rapport aux surfaces en jeu.

Le tableau ci-dessous permet d’illustrer ce propos. En considérant les zones d’emploi littorales hors communes littorales comme arrière-pays, la construction de logements a été plus forte dans l’arrière-pays que sur le littoral en 2005. Cependant, si on relativise la construction en tenant compte des surfaces des communes littorales et des communes non littorales des zones d’emploi littorales, on constate que la densité de construction a été plus de deux fois plus forte en bord de mer que dans le reste des zones d’emploi.

Tableau 1 : exemple d'indicateurs sur trois types d'arrière-pays différents

Tableau 1 : exemple d’indicateurs sur trois types d’arrière-pays différents

Source : Insee, RP 1999 – BD Carto, 1999 – Observatoire du littoral.

En prenant en compte les communes non littorales des cantons littoraux comme arrière-pays, on a grossièrement le même nombre de communes en bord de mer et dans l’arrière-pays (respectivement 883 et 1 176) et les mêmes niveaux de surface (22 251 et 16 517 km²). C’est pourquoi cette définition d’arrière-pays littoral est la plus souvent utilisée dans le cadre des travaux de l’Observatoire. Elle présente tout de même quelques inconvénients, comme le montre la figure 6.

Figure 6 : surfaces des communes littorales et des communes non littorales des cantons littoraux par façade littorale départementale

Figure 6 : surfaces des communes littorales et des communes non littorales des cantons littoraux par façade littorale départementale

Source : BD Carto, 1999 – Observatoire du littoral

Pour la façade Manche – mer du Nord plutôt rurale, l’arrière-pays est assez étendu et a une surface plus importante que celle des communes littorales. Les cantons littoraux sont en effet constitués de nombreuses communes. A l’inverse, sur le littoral de Méditerranée, l’arrière-pays est plus réduit que le bord de mer. De nombreuses communes sont en effet urbaines et les cantons littoraux sont constitués par peu de communes ou sont même infra-communaux.

Cette définition d’arrière-pays est moins pertinente pour la façade méditerranéenne que pour la façade Manche – mer du Nord, la façade Atlantique étant dans une situation intermédiaire entre les deux précédentes.

http://www.littoral.ifen.fr/La-notion-de-littoral-terrestre.217.0.html

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