DECORTIQUAGES

Le seisme japonais de Sendai décortiqué

CNRS

 

 

1- UNE SUCCESSION DE PHENOMENES

A- LE SEISME

L’épicentre est situé à 350 km au Nord-Nord-Est de Tokyo (13 M. d’habitant) et à environ 100 km à l’Est de la ville de Sendai (1 M. d’hab.). Il a été suivi de fortes répliques, 16 de magnitudes supérieures à 6, dont 1 de magnitude Mw 6.8 30 min après le choc principal et 1 de magnitude Mw 7.1 40 min après (12/03/11). Les répliques se sont surtout étendues vers le sud depuis la zone épicentrale et couvrent une distance d’environ 500 km le long de la fosse du Japon. La longueur de la rupture est en accord avec une durée du séisme d’environ 2 à 3 minutes (propagation unilatérale à 2.7 km/s).  Les premiers modèles de source calculés à partir des ondes sismiques, suggèrent que le glissement cosismique sur la faille, très concentré sur une ou deux aspérités, a été très fort, peut être supérieur à 25m.

De fortes répliques sont encore à attendre dans les jours, les semaines, et probablement les mois à venir, mais avec une fréquence qui va diminuer progressivement. A l’heure actuelle, les répliques couvrent une surface de 400 à 500 km de long, atteignant la latitude de Tokyo vers le Sud.

B- LE TSUNAMI

Un séisme superficiel d’une telle magnitude avec ce mécanisme dont la rupture est localisée sous la mer génère presque systématiquement un tsunami. Celui-ci a d’abord frappé la côte proche du Japon avant de se propager à travers l’océan Pacifique. L’agence américaine NOAA a immédiatement émis un bulletin de prédiction des heures (UTC) d’arrivée du Tsunami. Une vague de près de 10 m de hauteur a frappé Sendai et la vague de tsunami a pénétré sur plus de 5 km.Les dégâts liés au séisme et au tsunami sont en cours d’évaluation. Le bilan actuel est de 2000 victimes et plus de 10000 disparus (12/03/11).

C- LA CATASTROPHE NUCLEAIRE

L’arrêt des centrales nucléaires provoqué par le séisme puis les dégâts liés au tsunami ont entraîné des disfonctionnement du refroidissement du coeur du réacteurs dans certaines centrales (Fukushima 240 km au nord de Tokyo).

 

2- L’ANALYSE SCIENTIFIQUE

A- Le contexte sismotectonique du séisme du 11 Mars 2011.

L’épicentre du choc principal est figuré par une étoile. Son mécanisme au foyer (USGS) montre que le plan probable de rupture a un très faible pendage vers l’ouest. Les ronds orangés correspondent aux épicentres des répliques pendant les 24h qui ont suivi le choc principal. La sismicité dans les 2 jours avant le choc principal est figurée par les ronds violets. La zone en mauve montre l’extension approximative de la zone de rupture. Celle-ci s’est produite sur la zone de subduction plongeant vers l’ouest sous l’île de Honshu et arrivant en surface au niveau de la fosse du Japon. © IPGP.


Vue en coupe de la sismicité à travers le nord du Japon. La zone de rupture approximative et l’épicentre du séisme du 11 mars sont figurées par le tracé blanc et l’étoile. L’approfondissement régulier de la sismicité illustre le plongement vers l’ouest de la zone de subduction. Coupe de la sismicité d’après l’USGS, figure E. Jacques et N. Feuillet (Tectonique-IPGP). © IPGP.


Enregistrements du séisme par les stations du réseau mondial français GEOSCOPE. Les ondes émises par le séisme arrivent plus tardivement aux stations les plus éloignées du séisme. © GEOSCOPE.

Sismogrammes du séisme du Japon du 11 Mars 2011 (Mw=9) enregistrés par les stations du Réseau Large Bande Permanent (France métropolitaine). Les données représentées correspondent à l’enregistrement de la composante verticale et on été filtrées avec un filtre passe bas à 100s. On observe clairement après l’arrivée des ondes P (ondes de pression) et S (ondes de cisaillement) les ondes de surface R, de type R1 et R2, qui présentent des variations du temps d’arrivée opposées. © RLBP

B- LE CONTEXTE GEODYNAMIQUE

Le séisme a eu lieu le long de la zone de subduction entre la plaque Pacifique et la plaque Eurasiatique, le long de la fosse du Japon où un tel séisme n’avait pas encore été observé. La convergence entre l’archipel du Japon et la plaque Pacifique est d’environ 9 cm/an. L’archipel du Japon se situe le long de la bordure occidentale de la plaque du Pacifique soulignée par une zone de subduction de plus de 5000 km de long entre la fosse des Aléoutiennes au nord jusqu’à la fosse des Mariannes au sud.

Le Japon se situe à la jonction entre 4 plaques tectoniques, la plaque Pacifique à l’Est, la plaque d’Okhotsk au Nord (dont fait partie le nord de l’île de Honshu ; plaque rattachée parfois à la plaque Nord-Américaine), la plaque Eurasiatique à l’ouest (bloc d’Amur) et la plaque des Philippines au sud. La subduction de la plaque des Philippines sous la plaque Eurasiatique à une vitesse d’environ 4 cm/an le long de la fosse de Nankai suit la bordure sud-est de la partie sud de l’île de Honshu. Alors que la bordure de la plaque Pacifique est marquée par une fosse continue du nord au sud, fosse du Japon puis fosse de Izu-Bonin, la fosse de Nankai s’interrompt au sud de Tokyo, ville qui se situe à la jonction triple de ces zones de subduction. Ainsi, la sismicité du Japon et de l’île de Honshu se répartie au premier ordre entre la subduction Sud-Ouest (fosse de Nankai), la subduction Est (fosse du Japon-fosse des Bonin), de la déformation intra-plaque décrochante au centre de la partie sud-ouest de l’île de Honshu (faille Median Tectonic Line, faille de Nojima ; séisme de Kobé, Mw 7.4 en 1995) et une zone de déformation complexe à la jonction de ces failles au centre de Honshu (séisme du Kanto, Mw 7.9 1er septembre 1923 140000 victimes). A ces zones sismiques importantes, il faut rajouter de la sismicité sur la bordure ouest de l’île de Honshu et dans la mer du Japon.

Carte des plaques, des principales failles, de la sismicité historique, et emplacement de l’épicentre du séisme de 11 mars. © EOST.


3- LA SISMICITE HISTORIQUE

Contribution J. Vander Woerd (IPGS)

  • Nord Honshu – Fosse du Japon

    Le dernier grand séisme connu au large de Tokyo est le séisme de 1677. Le séisme n’a pas été ressenti fortement, mais a provoqué un tsunami important. Depuis, les derniers grands séismes connus sont celui de 1896 (8.5) et celui de 1933 (8.4) à 400 km au nord de Tokyo. Si le séisme de 1677 est un séisme similaire à celui du 11 mars 2011, alors cela ferait 300 ans qu’il n’y avait pas eu de fort séisme le long de cette partie de la subduction de 500 km de long. A la vitesse de 8-9 cm/an cela fait un déficit de glissement de 25 à 30 m, une amplitude largement supérieure au glissement observé lors du séisme du 11 mars 2011. Ainsi, ce séisme confirmerait l’occurrence et le rôle important de séismes lents dans l’accommodation des mouvements de subduction, tout en confirmant également que ceux-ci n’excluent pas l’occurrence de séismes majeurs.

  • Les séismes associés à des tsunamis meurtriers sont connus depuis fort longtemps au nord de l’île de Honshu, depuis 1611 on en recense plus de 15. Celui de 1856 a été particulièrement meurtrier.
  • Meiji-Sanriku Mw 8.5 15 juin 1896 : 150 km à l’Est de Sanriku. Run-up 38.2 m Ryouri village, Miyagi (2.5 ? 9 m à Haiwaï). 22000 victimes. Pas de choc fortement ressenti, faibles secousses, plusieurs tsunamis, on parle de « séisme-tsunami ».
  • Sanriku Mw 8.4 2 mars 1933 : 290 km Est de Kamaishi, Iwate. Run-up of 28.5 m à Ofunato. 3000 victimes.
  • Sud Honshu-Fosse de Nankai

    La zone de Nankai ou zone de mégachevauchement Nankai est l’objet d’une attention particulière en raison du nombre important de séismes connus depuis la fin du 7ème siècle, 13 séismes de magnitude 7 à 8.6. Cette succession de séismes permet de proposer un schéma de rupture de la zone de subduction de Nankai, divisé en 5 segments majeurs qui cassent de manière successive ou concomitante, avec un rythme de 90 à 200 ans (Lay, Kanamori et Ruff, 1982). Ainsi, le segment oriental (segment E, dit de « Tokai ») qui sort à terre au sud de la ville de Tokyo n’ayant pas rompu depuis le 23 décembre 1854 aurait une probabilité accrue de casser prochainement, sachant que les segments adjacents (segments C-D dit de « Tonankai ») ont rompu en 1944 (7 décembre 1944, M 8), suivi des segments A-B (dit de « Nankai ») le 24 décembre 1946 (M 8.1).

Contribution S. Lallemand (Géosciences Montpellier)

  • La marge est de Tohoku a déjà subi des séismes importants de magnitude maximale 8,5 en 1896 puis 8,3 en 1933. Ce dernier séisme aurait rompu la plaque Pacifique en faille normale (extension) sous l’effet du poids de celle-ci en subduction sous l’archipel. Ces deux séismes ont provoqué d’importants tsunamis. Dans la mémoire collective japonaise, le séisme le plus destructeur fût celui baptisé « le grand séisme du Kanto » en 1923 qui, malgré une magnitude « modérée » de 7,9, a causé la mort de 140 000 personnes en majorité tokyoïtes, notamment à cause de l’incendie qui a suivi. Le second séisme redouté près de Tokyo (voir figure 2) serait celui supposé survenir à l’endroit du séisme de Tokai à l’ouest de la péninsule d’Izu. Celui-ci a provoqué d’importants dégâts en 1854 et fait l’objet d’une attention particulière depuis plusieurs dizaines d’années (campagnes KAIKO-Nankai à l’aide du Nautile en 1989 et campagnes récentes de forages océaniques Nantro-SEIZE à l’aide du N/O Chikyu à travers la faille susceptible de rompre en mer). Ces deux zones à fort risque de part et d’autre de la péninsule d’Izu, là où la limite de plaques passe à terre au pied du Mont Fuji, se sont très probablement approchées de leur seuil de rupture suite au transfert de contraintes qui a accompagné le séisme de Sendai. On peut donc redouter une ou deux autres crises sismiques au sud-est et au sud-ouest de Tokyo (voir figure 3). Un premier séisme de magnitude 6.1 est survenu le mardi 15 Mars à 13h31 au pied du Mont Fuji, autrement dit à la limite nord de la rupture attendu de Tokai. D’autres suivent …

Carte des principales ruptures et séismes historiques sur les zones de subduction du Japon. La sismicité est celle de l’ISC (1996 – 2011). Les mécanismes sont ceux de Havard CMT. Le mécanisme en bleu est celui du 9 mars 2011 (Mw 7.3). Les plans de faille (et Mw historiques) associés aux subductions Nankai, Japan et Kuril proviennent de diverses publications (Satake 1993, 2004; Fukao, 1979; Loo et al., 1998; Ishibashi, 2004; Yamanaka & Kikuchi, 2004; Lay et al., 2009). La distribution des séismes majeurs sur la fosse du Japon peut-être comparée aux dimensions du séisme du 11 mars 2011 (Mw 9.0 et un minimum de 600 km rupture). Cette activité pose une question majeure sur le « gap » sismique au sud de la fosse (région de Tokyo) et du possible transfert de contraintes. ©M. MEGHRAOUI, IPGS.


Zones de ruptures et magnitudes des séismes historiques au Japon rassemblées sur la base de nombreux travaux. Seuls les séismes de la façade est du Japon sont signalés. Le fond topo-bathymétrique est extrait de Google Earth. © S. Lallemand, Géosciences Montpellier (CNRS-INSU, UM2)


Zones de ruptures potentielles suite au séisme de Sendai


Zones de ruptures potentielles suite au séisme de Sendai d’après Serge Lallemand. Le fond topo-bathymétrique est extrait de Google Earth. © Géosciences Montpellier (CNRS-INSU, UM2)

4- MODELISATION

La rupture pourrait avoir rompu en cascade plusieurs aspérités


Le modèle préliminaire de Chieh Mohamed de GEOAZUR (CNRS-INSU, IRD) du couplage inter-plaque présismique a été réalisé par de l’inversion de 257 mesures GPS du réseau japonais (Geonet, pour la période 2001-2011). La rupture du séisme Mw9.0 pourrait avoir rompu en cascade plusieurs aspérités (en rouge). Les données GPS sont référencées par rapport à la plaque Amour. La géométrie du plan de subduction est fixée d’après les informations du CMT. © GEOAZUR (CNRS-INSU, IRD).

Modélisation de la source (IPGP)


Première modélisation de la source par rétro-propagation des ondes P (Claudio Satriano – Sismologie IPGP). Les couleurs allant vers le violet soulignent les zones de la faille ayant généré le plus d’énergie sismique. Autres modélisations sismologiques de la source par Martin Vallée (GeoAzur) et Gavin Hayes (USGS). © IPGP.

5- Les coopérations franco-japonaises

Avec la contribution de H. Henry (CEREGE) et J.P. Vilotte (IPGP)

I – Des programmes Kaiko au programme Nantroseize (1984 – 2011)

Dès les années quatrevingt le risque d’un séisme majeur de magnitude supérieur à 8 lié au fonctionnement de la subduction dans la zone de Nankai était identifié par les scientifiques japonais. Si le séisme du 11 mars n’est pas le séisme attendu, le risque concernant cette zone demeure. Depuis le début des années quatrevingt les scientifiques français travaillent en collaboration avec leurs collègues japonais pour mieux connaître la structure de la subduction, son fonctionnement, afin d’identifier ce qui pourrait être des signes précursueurs.

Le programme Nantroseize utilise le navire océanographique japonais Chikyu qui a malheureusement été endommé par le tsunami.

Les Programmes Kaiko

Le programme bilatéral franco-japonais Kaiko (mot qui veut dire fossé en japonais) fut en fait une succession de programmes consacrés à l’étude de la subduction au large des îles japonaises. Il se déroula sur quinze années, entre 1984 et 1997. La coopération commença en 1984-1988 avec le programme Kaiko qui explorait les fosses de subduction autour du Japon à l’aide du navire Jean Charcot (1984) et du submersible Nautile (1985) dont ce fut la première expédition scientifique. Le retentissement scientifique considérable de ce premier programme qui révéla pour la première fois la structure détaillée de ces fosses, conduisit à un second programme Kaiko Nankai de 1989 à 1992. Celui-ci se focalisa sur l’étude de la partie orientale de la fosse de Nankai  pour y explorer l’existence éventuelle de sorties de fluide, liées à la déformation du prisme. Le Nautile en 1989 y découvrit effectivement ces manifestations de fluide et en effectua pour la première fois une étude précise. Ce nouveau succès amena à proposer d’étudier dans un troisième programme la déformation dans son ensemble de cette marge considérée par les  sismologues japonais comme présentant un risque sismique majeur, un séisme de magnitude 8, dit séisme de Tokai, y étant attendu (il l’est toujours aujourd’hui !). Ce fut le programme Kaiko Tokai commencé en 1993 et qui se termina en  1997.

A la différence des programmes précédents, le programme Kaiko-Tokai se caractérisait par le fait que les principales campagnes n’étaient plus les campagnes océanographiques françaises mais celles de nos partenaires japonais, reflétant la montée en puissance de l’océanographie japonaise et confirmant que nos partenaires étaient intéressés non seulement par les données que nous apportions mais plus profondément par notre expertise. Ainsi, du côté japonais, il y eut huit campagnes des submersibles Shinkai 2000 et 6500, deux campagnes de navire de surface et une campagne de sismique multi-traces alors que du côté français la seule campagne fut celle de l’Atalante en 1996 qui apporta son nouvel outil Pasi-Sar. Ce programme  révéla  que la partie supérieure de la marge est découpée par de grandes failles actives et permis d’établir la cinématique de la déformation. Les résultats établissait de manière beaucoup plus précise le risque sismique relatif sur chacune des grandes failles et démontrait le rôle très important, et jusqu’à présent négligé, de la faille de Zenisu, au sud-est de la fosse, dans le schéma tectonique et donc dans le risque sismique. La synthèse de ces résultats fut présentée en mars 1998 dans un colloque international à Tokyo. Ces études ont été complétées par un nouveau programme bilatéral S.F.J. (SEIZE Franco-Japonais) de 2000 à 2003, centré autour de la recherche de cibles pour un forage profond international atteignant la zone sismogène dans la région du séisme attendu de Tokai. Ce fut l’occasion d’imager un secteur de cette marge en 3D à l’aide de la sismique de l’Ifremer et de tester de nouvelles méthodes d’imagerie profonde par OBS.

En 1995, le séisme de Kobé avait amené les Japonais à reprendre complètement leur programme de recherche lié aux séismes et à grandement accentuer leur effort  de recherche en ce domaine. Simultanément, la prise en compte de la marge dans son ensemble avait amené l’équipes de l’Ecole Normale Supérieure à considérer la déformation du continent adjacent et à proposer une nouvelle interprétation de l’ensemble du Japon Central au cours d’un séjour de trois mois  d’une partie d’entre nous à l’université de Tokyo, à l’invitation des Japonais. Puis, à partir de 1997, la mise en place de 2000 stations géodésiques GPS sur le Japon et les îles adjacentes ouvrait aux équipes françaises la possibilité d’interpréter le couplage entre la subduction et l’archipel japonais. Dans une série d’articles publiés entre 1998 et 2001, Le Pichon, Henry, Mazzotti et Miyazaki montrèrent que le GPS révélait que le couplage mécanique était proche de 100% et sur la fosse de Nankai et sur celle du Japon. Ils faisaient remarquer dans ce contexte que par contre le couplage sismique mesuré sur la fosse du Japon était beaucoup plus faible (20 à 25%). D’où venait cette énorme différence ? Les spécialistes depuis l’ont attribué soit à une mauvaise estimation du couplage mécanique à partir du GPS, soit à une dissipation silencieuse lors de séismes lents et de glissements post sismiques. On sait aujourd’hui avec l’énorme séisme de magnitude 8,9 que le déficit sismique était réel et qu’il vient d’être comblé.

NanTroSEIZE

Dans la zone de subduction de Nankai, le projet IODP NanTroSEIZE a pour but de réaliser pour la première fois des forages au travers de la partie d’une zone de subduction qui génère les séismes et les tsunamis afin de l’échantillonner et d’y installer des instruments. L’objectif est ainsi d’atteindre la frontière de plaque à 7 km de profondeur ou la température dépasse 150°C. Le navire de forage riser Chikyu a été construit par les Japonais dans ce but. Le projet est focalisé autour d’une branche de faille appelée chevauchement satellite, qui constitue la prolongation de la zone sismogène jusqu’au fond de la mer.

La technique de forage riser permet d’utiliser de la boue barytée pour stabiliser un puits de forage en mer et contrôler les surpressions de fluide. L’exploitation du pétrole en off-shore repose sur cette méthode, et le Chikyu est le premier navire de forage riser à effectuer des campagnes scientifiques sur d’autres objectifs. Ce projet très ambitieux comprend plusieurs étapes: (1) une série de forages peu profonds (<1.5 km) avec carottage et diagraphie le long d’un transect au travers de la fosse allant de la plaque entrant en subduction au bassin d’avant-arc (2) forages riser à des profondeurs intermédiaires (3-4 km) et installation d’instrumentation de puits, (3) forage du plan de subduction, (4) installation d’un observatoire profond dans la zone sismogène. Les instruments seront connectés au réseau câblé sous-marin DONET qui assurera la transmission des données en temps réel. L’étape (1) a été initiée lors des expéditions IODP 314, 315 et 316 de Septembre 2007 à Février 2008, qui ont exploré le chevauchement frontal du prisme d’accrétion, le chevauchement satellite et le bassin d’avant-arc. Deux sites de référence dans la fosse ont ensuite été forés en 2009 et 2010-2011 au cours des expéditions 322 et 333. L’étape (2) a été initiée avec les premiers forages riser en été 2009 (expédition 319) jusqu’à 1600 m de profondeur au travers du bassin d’avant-arc et du prisme d’accrétion. Deux observatoires en forage ont été ensuite installés au cours de l’expédition 332 à l’automne 2010 afin de surveiller la pression de fluide, la déformation et l’activité sismique au niveau du bassin d’avant arc (Site C0002) et du chevauchement satellite (Site C0010). L’étape (3) est prévue en 2012.

Le projet NanTroSEIZE est mené par le JAMSTEC/CEDEX (Yokohama) dans le cadre du programme international IODP. La participation des scientifiques Français est assurée par le CNRS/INSU via ECORD et s’appuie sur des collaborations Franco-Japonaises établies de longue date avec les projets KAIKO. 13 chercheurs, enseignants-chercheurs et étudiants ont ainsi embarqué depuis le début du projet dont deux comme co-chef d’expédition (Siegfried Lallemant, U. Cergy-Pontoise, sur l’Expédition 315 et Pierre Henry, CEREGE-UMR6635, sur l’Expédition 333). L’analyse des données et des échantillons implique 8 laboratoires en France (CEREGE, ISTerre, LMTG, IPGS, IPGP, Chronoenvironnement Besançon, Géosystèmes Lille et Amiens, Géoscience de l’Environnement de L’Univ. De Cergy-Pontoise). Les forages réalisés jusqu’à présent sont relativement peu profonds et ne permettent donc pas encore d’aborder la question de l’évolution des processus dans les zones de faille avec la température et la pression. Les résultats marquants de la Phase 1 sont les suivants :

(1)  Le jeune âge du bassin d’avant-arc (<1.6 Ma) et du prisme d’accrétion sur lequel il s’est déposé (5 Ma) implique une évolution géologiquement très rapide de la marge et de la limite supérieure de la zone sismogène.

(2)  La détermination de l’état de contrainte dans la marge et de son évolution temporelle. Un domaine en extension (qui reste diversement interprétée) est identifié au dessus du chevauchement satellite alors que l’ensemble de la marge est en compression.

(3)  L’histoire du glissement sur la branche de chevauchement satellite qui a pu être forée. Cette faille a commencé son activité comme chevauchement hors séquence dans le prisme d’accrétion actif il y a 2 Ma environ mais s’est ralentie progressivement et n’a plus qu’une activité résiduelle.

(4)  Une relation probable entre la croissance du prisme (interrompue depuis 400.000 à 700.000 ans), l’état de contrainte dans la marge, et l’activité du chevauchement satellite.

Outre le thème zone sismogène, le forage des sites de référence dans la fosse (Exp. 322 et 333) permet de connaître l’état d’altération de la croûte océanique, d’évaluer son rôle potentiel comme source de fluide et d’aborder la question du recyclage des éléments chimique dans la subduction. Le projet NanTroSLIDE, réalisé au cours de l’expédition 333, a ajouté le forage de dépôts de glissement de terrain (Mass Transport Deposits) sur la marge dans la perspective de mieux comprendre les risques gravitaires sur les marges actives et leurs liens avec les séismes et tsunamis.

Liens

http://www.insu.cnrs.fr/a3661,aventure-nantroseize-se-poursuit-large-japon.html
http://www.jamstec.go.jp/chikyu/nantroseize2010/e/

http://www.jamstec.go.jp/chikyu/eng/Expedition/

2 – Coopération bilatérale ERI – IPGP

L’IPG Paris a une collaboration depuis plus de 10 ans avec le Earthquake Research Institute (ERI) de l’Université de Tokyo, formalisée au travers d’un MOU. Les axes principaux de cette collaboration sont : la compréhension des grands tremblements de Terre et de l’aléa des zones de subduction active; la surveillance et compréhension de l’aléa volcanique. Dans ce cadre, il existe une collaboration entre l’Observatoire de la Réunion et le ERI.

Les 17-21 Octobre 2011 aura lieu en France le Todai Forum. Le Todai Forum est une manifestation importante de l’Université de Tokyo dont le but est de renforcer les collaborations franco-japonaises dans les domaines de l’enseignement et de la recherche. Cette manifestation aura lieu sur deux sites : Lyon et Paris. Dans le cadre des sciences de la Terre, deux mini colloques sont prévus. L’un à l’ENS (20-21 Octobre) de Lyon (contact. Jan Mattas) sur le thème Physique et dynamique de la Terre profonde; l’autre à l’IPG Paris (18-19 Octobre) sur le thème : Compréhension des grands tremblement de Terre et de l’aléa sismique des grandes zones de subduction actives – Compréhension et surveillance de l’aléa volcanique. Le CNRS participe à l’organisation du Todai Forum au travers de la DERCI et en particulier de l’INSU.

http://www.insu.cnrs.fr/co/terre-solide/catastrophes-et-risques/seismes/sendai/les-cooperations-franco-japonaises

2 réflexions sur “Le seisme japonais de Sendai décortiqué

  1. Bonjour, nous sommes trois élèves du lycée Saint Paul a Saint etienne (42) et nous aimerions savoir si il était possible, dans le cadre de nos tpe, utiliser vos images, cartes dans notre dossier.
    Nous vous prions d’agréer nos sincères remerciement,
    Ophélie, Clarisse et Fanny

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s