GEOGRAPHIE HUMAINE

Paraguay : La révolte des sans-terre

BRECHA

by José Antonio Vera

Dans l’est du Paraguay, près de la frontière brésilienne, la plupart des terres appartiennent à de grands propriétaires terriens brésiliens arrivés les poches vides à l’époque des dictatures sud-américaines. Leurs titres de propriété sont contestés et les paysans se rebellent

Une langue de terre de 50 mètres sur 500, au cœur de 267 000 hectares de terres rouges paraguayennes consacrées à la culture du soja : c’est là que se situe le point névralgique du principal conflit social qui, depuis des mois, agite le pays. Ce théâtre à ciel ouvert s’appelle Ñacunday, dans le département d’Alto Paraná, près de la frontière brésilienne [des paysans ont occupé des terres privées en avril 2011 en invoquant le droit de propriété de l’Etat. Fin février ils ont accepté de se déplacer provisoirement à l’intérieur du parc naturel Ñacunday, sur proposition du gouvernement de Fernando Lugo, pour éviter une évacuation].

Sous les câbles à haute tension de l’entreprise publique Ande [Administración Nacional de Electricidad], plus de 1 000 fa­milles, toutes générations confondues, campent tant bien que mal dans des tentes de fortune. Ces 7 000 personnes font partie des 300 000 familles de paysans sans terre qui vivent au Paraguay. On les appelle les carperos [de carpa, qui signifie tente], on les qualifie de squatters, d’agitateurs, de sauvages, de hors-la-loi, de séides de Chávez et de démolisseurs de la Constitution. Voilà quelques-unes des étiquettes qui leur sont décernées par les grands producteurs de soja, les éleveurs de bétail, les porte-parole locaux et autres prête-noms à la botte des multinationales de l’agroalimentaire, sans oublier les organes de presse qui les soutiennent. On les qualifie aussi de délinquants et d’assassins, alors que ce sont eux qui se font tuer. En février, Tranquilo Favero, dit “le roi du soja”, qui possède 1,2 million d’hectares, a lancé le nouveau nom de “malandrins” : selon lui, “tout comme les femmes de ces bandits, ils ne comprennent que les coups”.

Paysan sans-terre de l'est du Paraguay. Crédit : CC - Olmo Calvo.

Paysan sans-terre de l’est du Paraguay. Crédit : CC – Olmo Calvo.

Né au Brésil, Tranquilo Favero est arrivé au Paraguay en 1970 sans un sou en poche, à l’époque où le dictateur Alfredo Stroessner était embrigadé dans l’opération Condor. Peu à peu, il s’est fabuleusement enrichi en faisant l’intermédiaire entre le régime paraguayen et les capitalistes brésiliens qui collaboraient avec la dictature militaire de son pays.

Le conflit agraire qui déchire le Paraguay ne date pas d’hier et on s’aperçoit que les causes en sont les mêmes que dans la plupart des pays latino-américains : 86 % des terres cultivables sont exploitées par à peine 2,5 % de la population. Le problème date de la guerre de la Triple Alliance [1865-1870], qui a commencé avec la défaite infligée à la république indépendante qu’était à l’époque le Paraguay par les armées argentine, brésilienne et uruguayenne, encouragées par l’impérialisme britannique. Le pays n’a jamais retrouvé l’état de bien-être social et économique dont il jouissait auparavant. C’est à la fin du xixe siècle, sous l’influence du Brésil et de l’Argentine, que sont nés les deux grands partis politiques encore majoritaires aujourd’hui : le Parti colorado et le Parti libéral. A cette époque, le Brésil a également porté à la tête du Paraguay Bernardino Caballero, un militaire élevé au grade de général par l’armée brésilienne et dont la première mission fut de payer les dettes contractées par le pays auprès des banques étrangères.

C’est alors que les terres sont devenues une monnaie d’échange. Quelques capitalistes ont réussi à s’emparer de 5 à 6 millions d’hectares de terres, certains à des fins spéculatives et d’autres en vue d’exploiter les immenses forêts de yerba maté et de quebrachos. Des dizaines d’années plus tard, les Brésiliens ont conquis la région bolivienne de l’Acre pour mettre la main sur le caoutchouc, à l’époque très recherché pour la fabrication de colle industrielle. Depuis, les familles proches des hautes sphères du pouvoir n’ont cessé de s’approprier des territoires : le démantèlement du pays, qui n’a pris fin qu’au début des années 2000, s’est intensifié au cours des soixante années que le Parti colorado a passées au pouvoir. Ce pillage s’est soldé par l’occupation illégale de 12 millions d’hectares, qui persiste à l’heure actuelle. Selon un rapport publié en 1994 par la commission Vérité et Justice, créée après la chute de la dictature en 1989, 8 millions d’hectares raflés par des dignitaires du régime profitaient à leurs héritiers, qui jouissent encore aujourd’hui d’immenses fortunes.

La question des titres de propriété est au cœur du conflit. Les organisations de paysans soutiennent que près d’un tiers des 40 millions d’hectares du Paraguay sont occupés par des propriétaires fonciers qui n’ont aucun document prouvant que ces terrains leur appartiennent. Il est par ailleurs difficile de mesurer les terres occupées en raison de la résistance armée qu’opposent les grands producteurs de soja, de maïs, de tournesol, de blé et de riz. L’Unión del Gremio de Productores – leur puissant syndicat –, l’Asociación rural de Paraguay et l’essentiel des partis politiques de droite opposent un front uni chaque fois que le gouvernement de Fernando Lugo leur demande de présenter leurs titres de propriété, alors qu’il s’agit d’un point clé de ce conflit.

 

 

 

 

France Diplomatie

PORTRAIT DU PARAGUAY

Géographie

Le Paraguay est un pays enclavé d’une superficie de 406 750 km². Il possède 3 920 km de frontières terrestres, avec l’Argentine (1880 km), la Bolivie (1290 km) et le Brésil (1290 km). C’est un pays plat, dont le point culminant est le Cerro San Rafael, situé à 850 mètres d’altitude. Autrefois couvert de vastes forêts, aujourd’hui remplacées par des plantations de soja et de maïs, ses deux plus grands cours d’eau sont le fleuve Paraguay et le fleuve Parana. Le climat varie de subtropical à tempéré. Les pluies sont importantes dans l’Est, alors que la partie ouest du pays (Chaco) est dotée d’un climat semi-aride.

Histoire

Le Paraguay a été conquis par les Européens à partir du XVIe siècle et la capitale Asunción fondée en 1537 par Juan de Salazar en 1537, le jour de l’Assomption. Les années 1610 à 1767 furent celles de la domination jésuite sur les Indiens Guaranis. La présence jésuite se manifesta notamment par la création, à partir de 1609, de « réductions », villages composés de plusieurs centaines ou milliers d’Indiens sédentarisés et encadrés seulement par deux jésuites. L’occupation par quelques dizaines d’hommes du Quartier Général militaire de la couronne d’Espagne à Asuncion, dans la nuit du 14 au 15 mai 1811, est retenue comme date officielle de la proclamation de l’indépendance du pays.

Les débuts du Paraguay ont été marqués par la figure du docteur Francia, devenu « dictateur » le 3 octobre 1814, jusqu’à sa mort en 1840. Entre 1865 et 1870 le Paraguay entre en guerre contre ses voisins et est défait par une coalition (« Triple Alliance ») regroupant l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay. A l’issue de cette guerre déséquilibrée et cruelle, la population a été massacrée et le territoire amputé, à l’est des fleuves Paraguay et Parana. Au XXème siècle, une deuxième guerre (la « guerre du Chaco » 1932-1935) l’opposa à la Bolivie, au terme de laquelle il dut céder à nouveau une partie de son territoire, dans la région du Chaco.

Entre 1947 et 2008, le parti conservateur Colorado a dominé la vie politique du pays, marquée par la longue dictature militaire du général Alfredo Stroessner (1954-1989). L’élection du Président Lugo en avril 2008 a constitué la première alternance démocratique dans l’histoire du Paraguay.

 

SITES  DE REFERENCE

http://www.brecha.com.uy/index.php?option=com_user&view=login&return=aHR0cDovL3d3dy5icmVjaGEuY29tLnV5L2luaWNpby9pdGVtLzk5MDgtbWFsYW5kcm8tZ3JpdGEtbWFsYW5kcm9zLQ==

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/paraguay/presentation-du-paraguay/article/geographie-et-histoire-8620

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