GEOGRAPHIE HUMAINE

Les enfants d’immigrés cherchent leur rêve américain à l’étranger

THE NEW YORK TIMES

By Kirk Semple

 

Dessin de Cost, Belgique.

Dessin de Cost, Belgique.
 

 

 

Leurs parents se sont installés aux États-Unis pour faire fortune. Mais les enfants d’immigrés sont de plus en plus nombreux à faire le chemin en sens inverse.

 

A Washington, la carrière de Samir N. Kapadia semblait bien commencer : après un stage au Congrès, il a travaillé pour une grande fondation ainsi que pour une société de conseil. Et, pourtant, il avait l’impression de s’être enfermé dans une routine. D’Inde, son pays d’origine, ses amis et ses proches lui parlaient de leur vie dans cette nation en plein boom. L’un d’eux était en train de créer une entreprise d’e-commerce, un autre une société de relations publiques, d’autres encore un magazine, une pépinière d’entreprises ou un site Internet consacré aux people et à l’actualité. « Là, j’ai commencé à me dire que bosser peinard de 9 à 17 heures ne me suffisait plus », se souvient M. Kapadia, 25 ans, qui est né en Inde et a grandi aux Etats-Unis. L’année dernière, il a donc quitté son emploi et s’est installé à Bombay.

Comme lui, aux Etats-Unis, les enfants d’immigrés, diplômes en poche, sont de plus en plus nombreux à partir s’installer dans le pays de leurs ancêtres. Depuis toujours, les Américains, qui ont l’esprit d’entreprise, aiment tenter leur chance à l’étranger. Mais cette nouvelle vague illustre l’évolution des migrations mondiales et les défis qui se posent à la compétitivité et à la suprématie économique américaine. « Les marchés s’ouvrent, les gens ont des idées tous les jours. Il y a tellement de choses à créer », s’enthousiasme M. Kapadia, aujourd’hui employé chez Gateway House, un nouvel organisme de recherche en politique étrangère à Bombay. « Ici, les gens ont une longueur d’avance sur Washington. »

L’ère de la « circulation des cerveaux »

Depuis des générations, les pays en voie de développement souffrent de la « fuite des cerveaux » – l’émigration massive des meilleurs éléments – vers l’Occident. Ce mouvement existe toujours, mais, à présent, un phénomène inverse s’est amorcé, en particulier vers des pays comme la Chine, l’Inde et, dans une moindre mesure, le Brésil et la Russie. Pour certains intellectuels et chefs d’entreprises, cette vague d’émigration n’est pas nécessairement de mauvais augure pour les Etats-Unis. Selon eux, les jeunes entrepreneurs et les professionnels bien formés sèment les compétences et le savoir américains dans le monde. Ils acquièrent aussi une expérience à l’étranger et construisent des réseaux qu’ils peuvent rapporter aux Etats-Unis ou ailleurs – c’est la « circulation des cerveaux ».

Mais ces experts soulignent aussi que, dans la course mondiale aux talents, le retour de ces expatriés vers les Etats-Unis n’est plus une certitude. Jonathan Assayag, 29 ans, un Américano-Brésilien originaire de Rio de Janeiro qui a grandi en Floride, est retourné au Brésil l’année passée. Diplômé de la Harvard Business School, il a travaillé au sein d’une société Internet dans la Silicon Valley et a tenté, en vain, de développer une entreprise. « Pendant cinq mois, j’ai passé mes week-ends chez Starbucks à essayer de concevoir une start-up aux Etats-Unis », se souvient-il. Pendant tout ce temps, ses amis de Harvard l’exhortaient à changer de vie. « Ils me disaient : ‘Jon, qu’est-ce que tu fais ? Va au Brésil et crée ton entreprise là-bas !' » Une fois à São Paulo, il est devenu « entrepreneur en résidence » au sein d’une société de capital-risque. Il est en train de lancer une entreprise de lunetterie en ligne. « Je parle la langue, je connais la culture, je comprends comment les gens font des affaires », résume-t-il.

Souvent, la décision de partir peut déconcerter voire même mettre en colère les parents immigrés de ces jeunes expatriés. Jason Y. Lee, âgé de 29 ans, est né à Taïwan et a grandi aux Etats-Unis. Lorsqu’il était étudiant, il a expliqué à ses parents qu’il voulait se rendre à Hong Kong. Mais pas question pour son père de lui payer un billet d’avion. « J’ai travaillé dur pour t’emmener en Amérique, et maintenant tu veux retourner en Chine ?! » lui disait-il. Depuis, Jason Y. Lee a lancé une entreprise d’import-export entre les Etats-Unis et la Chine, il a fait des études à Shanghai et il a travaillé pour des banques d’investissement à New York et à Singapour. Enfin, il a créé en Inde un site de recherche d’emploi à l’international. Aujourd’hui, il travaille pour une société d’investissement à Singapour. Et son père ne voit plus ses projets d’un si mauvais œil.

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