GEOGRAPHIE HUMAINE

Birmanie : une ouverture bien fragile


Credit photo DR

1. Birmanie ou Myanmar ? La lexicographique politique

En 1989, la junte militaire, dirigée par le général Ne Win, a changé « Burma » – le nom du pays en anglais – en « Myanmar » et rebaptisé une série de lieux comme Rangoon (désormais Yangon), Moulmein (Mawlamyine), Karen (Kayin) et Irrawaddy (Ayeyarwady).

Jusqu’à présent, le moyen le plus sûr de passer pour un opposant au régime, un dissident ou un rebelle était de ne pas utiliser la nouvelle nomenclature. Mais depuis que le gouvernement du président Thein Sein a acquis une certaine respectabilité, un nombre croissant de commentateurs semblent prêts à accepter ces dénominations. Au début du mois de janvier, le Financial Times a annoncé sa décision de ne plus utiliser « Burma » mais « Myanmar ». Il a expliqué ce changement par des raisons d’ordre politique (le gouvernement est désormais reconnu par la communauté internationale), étymologique (l’usage de « Myanmar » est antérieur à celui de « Birmanie »), et un sens d’équilibre journalistique.

Le magazine The Irrawaddy, pour sa part, continue à utiliser le terme « Burma », même si le rédacteur en chef, Aung Zaw, n’écarte pas la possibilité de revenir sur sa position si le pays poursuit sa transition. D’autres médias birmans – et sûrement pas myanmarais ! – en exil, ainsi que la BBC et des publications internationales plus à gauche comme The Guardian, Le Monde et Der Spiegel, préfèrent « Burma » ou ses équivalents. Mais « Myanmar » a la faveur d’agences de presse comme Associated Press, Reuters et l’AFP [ainsi que Courrier International, qui se réfère à la terminologie officielle retenue par les Nations unies].

En termes d’égalité et de respect mutuel, de nombreux observateurs estiment que « Myanmar » est un terme plus restrictif que « Burma », même si la plupart des Birmans se sont toujours désignés eux-mêmes sous le nom de « Bamar ». En 2010, Maung Tha Noe, le plus grand linguiste du pays, a précisé sur la radio BBC que « le terme Bamar recouvre toutes les ethnies du pays, alors que Myanmar n’inclut pas des minorités comme les Shan et les Kachin ». Pour beaucoup, le mot « Burma » a des connotations coloniales. Il a vraisemblablement été adopté par les Britanniques parce qu’il était plus facile à prononcer. Le terme « Myanmar » semble d’ailleurs avoir été longtemps banni des dictionnaires anglais, alors qu’en birman myanma et bamar étaient utilisés quotidiennement. Jusqu’à ce que la junte ressuscite le mot « Myanmar », tous les Birmans appelaient leur pays « Burma » lorsqu’ils s’exprimaient en anglais.

Mais Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), n’entendent pas changer d’avis. « Les militaires ont rebaptisé le pays contre la volonté du peuple », a déclaré le porte-parole de la Ligue, Ohn Kyaing. « Nous continuerons pour notre part de l’appeler ‘Burma’ et nous ne reviendrons pas sur cette décision. » Si la LND obtient des élus au Parlement après les législatives partielles d’avril prochain, il est tout à fait possible que cette question délicate soit mise en délibération. D’ici là, les lexicographes, rédacteurs en chef et diplomates pourraient juger plus sûr de rester neutres.

http://www.irrawaddy.org/


by euronews

2. Une economie nouvelle ?
Les exilés reviennent, les investisseurs arrivent

En août dernier, le président Thein Sein a lancé un appel pour inciter les milliers de Birmans vivant en exil à rentrer au pays. Il les a invités à mettre leurs compétences acquises à l’étranger au service du réveil politique et économique birman – mettant ainsi fin à la fuite des cerveaux qui a durement touché le pays. Mais ce message ne s’adressait pas uniquement aux Birmans de la diaspora. En effet, les étrangers commencent eux aussi à affluer, encouragés par la levée des sanctions prises à l’encontre de ce pays sous domination militaire [la junte militaire a dirigé le pays entre 1962 et 2011, date depuis laquelle une transition vers un gouvernement civil s’est mise en place], ou tout simplement par des débouchés qui n’existent plus en Occident. Ce sont des hommes ou des femmes d’affaires qui veulent être les premiers arrivés sur un marché inexploité, riche de possibilités, ou encore des coopérants, des médecins, des travailleurs très qualifiés souhaitant mettre leurs compétences au service de la reconstruction du pays.

Quelles que soient les motivations des uns et des autres, cet apport de talents se fait sentir dans le pays, en particulier dans l’ancienne capitale, Rangoon, où il insuffle une énergie nouvelle. Tony Picon, Londonien d’origine, a passé une bonne partie des deux dernières années à Rangoon, en tant que directeur de recherche pour [la société immobilière] Colliers International. Il explique que dans cette ville les locations atteignent 60 dollars [47 euros] le mètre carré, contre seulement 25 dollars [19 euros] à Bangkok – une disparité étonnante qui devrait encore s’accentuer. « Tout le monde veut venir dans le ‘nouveau Myanmar’ », assure-t-il, ajoutant que le pays est désormais de plus en plus ouvert aux entreprises. Le nouveau Myanmar est l’une des dernières « terres vierges » d’Asie, et sans doute du monde. Picon estime qu’il devrait bientôt rattraper son retard. Ainsi, il n’y a pas si longtemps, les gens payaient des biens immobiliers en liquide, faute d’un système bancaire adapté. Picon est convaincu d’être arrivé à Rangoon au meilleur moment et il espère tirer le meilleur parti de son avance, tandis que le marché immobilier poursuit son développement.

Bien entendu, il reste des obstacles pour qui veut faire des affaires, et ils existeront sans doute encore un certain temps. Picon évoque notamment la lenteur des courriels et le fait que les clients locaux ne comprennent pas toujours sa vision des choses. Malgré ces difficultés, le jeune homme est confiant dans le réveil du pays, qui, a ses yeux, n’est pas un vain mot. « Sa situation géographique est un avantage », affirme-t-il. Coincé entre deux superpuissances mondiales, la Chine et l’Inde, le Myanmar occupe une position enviable. De fait, certains experts comparent ce pays au Vietnam. Car non seulement l’un et l’autre sont d’anciens Etats parias, au nombre d’habitants comparable, mais l’économie du Vietnam a décollé au milieu des années 1990 après le rétablissement de relations avec l’Occident – ce que le Myanmar est peut-être sur le point de faire aujourd’hui, du fait de la levée progressive des sanctions.

Certains expatriés, qui reviennent après un temps d’absence, découvrent une ville bien changée, du moins à certains égards. C’est le cas de Paul, qui a vécu à Rangoon pendant environ cinq ans au début des années 2000. « Certaines choses ont évolué, d’autres pas », fait-il valoir, expliquant que le Wi-Fi et les connexions Internet ne cessent de s’améliorer, tandis que le coût de la vie augmente. La plus grande différence, à l’en croire, tient au climat d’“optimisme prudent” qui règne aujourd’hui. Mais dans la mesure où la pollution, la pauvreté et les coupures d’électricité persistent, Paul espère lancer plusieurs projets sociaux et écologiques dès qu’il se réinstallera ici. « Dans quelques années, nous pourrions regretter certaines choses de l’ancien Myanmar », soutient-il, évoquant les nombreux projets immobiliers prévus, qui pourraient gommer des aspects faisant tout le charme du pays. « Mais si les changements créent des emplois et réduisent la pauvreté, c’est une bonne chose. »

Naturellement, à l’heure où l’aéroport international de Rangoon enregistre des arrivées record, de nombreux expatriés travaillent dans le tourisme. Richard Mayhew, directeur général depuis dix ans du Mandalay Hill Resort, un hôtel de luxe situé au pied de la colline de Mandalay, a vu venir plus de touristes que jamais lors de la dernière saison. Un autre dirigeant du secteur touristique révèle que 200 000 touristes se sont rendus au Myanmar lors de la dernière saison touristique. On en attend 600 000 l’année prochaine.

Le Dr Steven Siegal, chirurgien orthopédique de San Francisco, s’intéresse à un tout autre domaine. Sa visite doit permettre de déterminer les différentes manières dont les médecins américains pourraient collaborer avec leurs homologues birmans et les institutions médicales locales. Certes, le projet n’en est qu’à ses débuts, mais Siegal est optimiste après une discussion prometteuse avec le directeur d’une institution médicale birmane, échange qui a notamment porté sur les difficultés et les possibilités du secteur. La situation a bien changé par rapport à il y a treize ans, date de la première visite de Siegal. Convaincu que “le Myanmar est entré dans une ère nouvelle, particulièrement propice à de tels projets », il prévoit de partager ses observations avec ses confrères américains, de réunir des fonds et de revenir dès octobre pour jeter les bases de programmes d’éducation et de formation au long cours.

Mais tout le monde n’est pas aussi optimiste. Une coopérante étrangère qui a vécu par intermittence à Rangoon ces dix dernières années estime que rien n’a changé sur le terrain pour le citoyen lambda et que les promesses de réformes restent lettre morte. Elle donne l’exemple d’une récente conférence qui s’est tenue dans la ville, durant laquelle différents ministres et responsables gouvernementaux ont présenté des projets de développement. “Les gens revenaient de la conférence en disant : ‘Ils sont vraiment sympas !’” commente-t-elle, se rappelant les réactions aux propositions gouvernementales de certains de ces nouveaux venus dans le pays. “Non pas qu’ils se soient payé la tête des gens ouvertement, dit-elle des généraux, rappelant que la politesse est au cœur des échanges. Ce sont des messieurs gentils, polis, mais qui disent une chose et en font une autre. Les expatriés les plus récents ont pris ces belles déclarations à la lettre. Les coopérants de longue date et les Birmans eux-mêmes ont été bien moins impressionnés.” Leur conseil ? L’optimisme, c’est très bien, mais les temps difficiles sont trop récents pour qu’on les oublie tout à fait.

by Jen Swanson
http://www.irrawaddy.org

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et le nouveau président du Myanmar Thein Sein, Rangoon le 1er décembre 2011 Credit photo AFP
 

3. Les investisseurs occidentaux reviennent à Rangoon

Lorsqu’il ouvre ses portes, une fois par mois, le British Club de Rangoon est pris d’assaut par des diplomates, des membres d’ONG et des professeurs d’anglais dont les consommations sont décomptées sur une ardoise à l’ancienne. Toutefois, depuis que le gouvernement birman semble s’être décidé à sortir de son long isolement et à entamer des réformes politiques et économiques, une nouvelle clientèle a fait son apparition : les investisseurs occidentaux.

« Les ressources minières dU Myanmar nous intéressent et nous voulons en avoir un meilleur aperçu car la situation pourrait évoluer », explique le responsable d’un fonds de capital-investissement. Plusieurs décennies d’isolement ainsi qu’un sévère régime de sanctions occidentales contre le pouvoir militaire répressif ont fait du Myanmar l’un des pays les plus pauvres d’Asie, dont la survie dépend des milliards de dollars d’investissements chinois dans le secteur minier.

Mais, depuis que la junte a cédé le pouvoir à un gouvernement « civil » en mars dernier, le nouveau président Thein Sein a dévoilé une série de mesures qui ont relancé l’intérêt des investisseurs étrangers pour l’un des derniers marchés asiatiques encore non exploités. « Ici, les milieux économiques estiment que l’heure est venue », explique Wael Elmawie, qui réside au Myanmar depuis 1999 et dirige PEB Steel, une société libanaise de bâtiments métalliques préfabriqués. « Si le gouvernement revient sur les récentes évolutions, il perdra pour de bon la confiance du reste du monde. »

Les investisseurs espèrent à présent que la visite début décembre 2011 de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton permettra d’accélérer les réformes et poussera les Etats-Unis et l’Union européenne à alléger les sanctions qui empêchent de nombreuses sociétés occidentales de travailler dans le pays. Fin décembre, le milliardaire George Soros, dont la fondation fait entrer de l’aide dans le pays, a passé huit jours au Myanmar. Ce regain d’intérêt pour le pays est visible dans les grands hôtels de Rangoon où se pressent les délégations d’hommes d’affaires. De nombreuses multinationales se renseignent sur les opportunités commerciales, notamment dans les secteurs du gaz, du pétrole, des télécommunications et des biens de consommation.

Si le régime de sanctions interdit tout nouvel investissement américain, Caterpillar, le premier fabricant mondial d’engins de terrassement en terme de chiffre d’affaires, est présent dans le pays par le biais de sociétés intermédiaires. D’après ses représentants, ces activités sont « entièrement conformes aux lois en vigueur. » « Presque toutes les grandes entreprises américaines sont présentes au Myanmar », explique Ernest Bower, responsable du programme Asie du Sud-Est au Center for Strategic and International Studies [un cercle de réflexion de Washington].

Le potentiel du Myanmar ne fait aucun doute. Avant l’arrivée au pouvoir des militaires, c’était l’un des principaux exportateurs de riz en Asie. Le pays était une sorte d’entrepôt stratégique entre la Chine, l’Inde et le reste du Sud-Est asiatique. Outre un marché intérieur de 60 millions d’habitants, le pays est riche en ressources naturelles comme le pétrole, le gaz et divers minéraux. Le secteur touristique est également prometteur, estime le Néerlandais Frank Janmaat, directeur adjoint d’un groupe hôtelier birman. L’année dernière, le pays a reçu 300 000 visiteurs, soit 10 % du nombre de touristes accueillis par son voisin le Laos, un pays bien plus petit.

Il reste toutefois de nombreux défis à relever. Il n’existe ni système bancaire, ni réseau de télécommunications, ni cadre légal efficaces, et l’économie reste contrôlée par une poignée de nantis fidèles au pouvoir. Et par le passé, les périodes de réforme ont été suivies de revirements spectaculaires. Pour l’heure, les investissements étrangers se concentrent dans les secteurs du gaz, du pétrole, de l’énergie hydroélectrique et des mines. La France, la Corée du Sud, la Thaïlande et surtout la Chine arrivent en tête. Ces entreprises créent relativement peu d’emplois, alors que leur activité a un coût environnemental très élevé pour les communautés locales, explique Sean Turnell, spécialiste de l’économie birmane à l’université Macquarie de Sydney, en Australie. Bref, elles ne font pas grand-chose pour créer « les fondations d’une future croissance ».

Même si le gouvernement poursuit ses réformes, les investisseurs étrangers seront confrontés au manque de main-d’œuvre qualifiée. La junte a en effet négligé le système éducatif et fermé les universités pendant plusieurs années. « Les gens veulent un avenir meilleur, mais il faudra du temps pour les former », conclut Elmawie.

by Ben Bland Financial Times

http://www.ft.com

La chef de l’opposition birmane, Aung San Suu Kyi, au Parlement à Naypyidaw le 11 juillet 2012   credit DR

4. Les exilés, les grands perdants ?

Quand elle a appris que les aides étrangères qui finançaient ses études se réduisaient comme peau de chagrin, Seng Jam Longzaw, 16 ans, une Birmane immigrée en Thaïlande, a vu son rêve de devenir infirmière s’envoler. Seng est inscrite au collège-lycée Chanapathum, dans la province de Chiang Mai [nord de la Thaïlande]. Les fonds qui lui permettent de poursuivre ses études proviennent du Shan Women’s Action Network (Swan), une ONG birmane basée en Thaïlande qui prend en charge les frais de scolarité et de transport de milliers d’enfants vivant le long de la frontière. En raison de l’ouverture politique en cours au Myanmar [nom officiel de la Birmanie], les organisations comme Swan qui œuvrent le long de la frontière thaïlandaise peinent de plus en plus à joindre les deux bouts. Les bailleurs de fonds internationaux sont en effet désormais enclins à travailler directement dans le pays, auprès des autorités. Conséquence : ils revoient à la baisse leurs budgets alloués aux associations situées en Thaïlande. Swan a enregistré cette année une baisse de 80% des crédits nécessaires pour aider les élèves à entamer leur année scolaire ce mois-ci.

Trente-six ONG birmanes de Thaïlande ont écrit aux bailleurs de fonds étrangers pour les prier ne pas les oublier. Et ce ne sont pas seulement les projets éducatifs qui souffrent. La célèbre Mae Tao Clinic de Mae Sot, qui prodigue chaque année des soins médicaux à des milliers de réfugiés, n’a reçu que l’équivalent de la moitié de son budget annuel. Le Thai Burma Border Consortium, qui fournit des rations alimentaires et autres produits de première nécessité à 145 000 réfugiés, va lui aussi avoir du mal à maintenir ses programmes. « Désormais, les réfugiés ne reçoivent que 80 % du minimum requis en aliments et autres. Des coupes dans les salaires des enseignants ont déjà été effectuées, confie Sally Thompson, sa directrice adjointe. Du coup, il est désormais très difficile de trouver des enseignants car ils cherchent d’autres sources de revenus. »

Seng a toujours fait preuve d’un grand enthousiasme à l’idée de faire des études, qu’elle considère comme la porte vers un avenir meilleur. « Quand j’étais petite et que je voyais des élèves en uniforme scolaire, je désirais être à leur place, confie-t-elle. Chaque fois que mes parents me forçaient à manquer l’école, je fondais en larmes. Si maintenant je suis privée de soutien, je vais devoir travailler pour essayer de payer mes études. » Hla Tun Nandar, 33 ans, est directeur de l’école Wat Phra That et donne des cours bénévolement à la Wiang Wai School. Il sait combien la situation est difficile pour les élèves immigrés. « Les enfants ont soif d’apprendre. S’ils n’ont plus de soutien financier, leurs parents ne pourront pas prendre le relais. Leur avenir sera incertain. De mon côté, je fais mon possible pour qu’ils sachent au moins lire et écrire. Au moins ça leur servira à l’avenir. »

Les Etats-Unis ont récemment assoupli leurs sanctions à l’encontre du Myanmar et annoncé qu’ils autoriseraient les transactions financières destinées à soutenir des projets humanitaires et de développement qui permettent aux ONG d’étendre leurs opérations [à l’intérieur du pays]. L’Australie a accru son aide à la Birmanie de 29,1 millions de dollars en 2009-2010 à 47,6 millions de dollars [de 23 à 37 millions d’euros]. L’Union européenne a quant à elle débloqué une enveloppe de 150 millions d’euros pour 2012-2013. Dans un communiqué rendu public à la fin de sa visite dans le pays le mois dernier, Catherine Ashton, la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, s’est répandue en louanges pour le gouvernement. Pour certains bailleurs de fonds, le financement de vingt ans de lutte politique hors du pays est un échec. Certaines ONG ont donc réorienté leurs priorités à l’intérieur du pays. Pendant ce temps, des milliers d’enfants résidant en Thaïlande attendent de savoir s’ils pourront reprendre le chemin de l’école dans quelques semaines. « Je suis triste quand des travailleurs immigrés me demandent s’ils pourront ou non envoyer leurs enfants à l’école, explique Hla Tun Nandar. Je souhaiterais lancer un appel à toutes les personnes concernées : ne brisez pas les rêves de ces enfants qui désirent tant s’instruire. »

by Ko Htwe
http://www.bangkokpost.com/news/investigation/294235/as-myanmar-opens-donor-exit-at-border-puts-dreams-in-peril

Des réfugiés Rohingya tentent de traverser la rivière Naf, qui sépare le Bangladesh de la Birmanie. Photo AFP

5. Les violences intercommunautaires

Une vieille blessure vient de se rouvrir au Myanmar, et si l’on n’y remédie pas promptement, elle risque de menacer le processus balbutiant des réformes politiques dans ce pays. Des décennies de haine raciale et religieuse entre la communauté bouddhiste et les Rohingyas musulmans dans l’Etat de Rakhine, l’ancien Arakan, sur la côte ouest du Myanmar, ont dégénéré en affrontements violents qui ont fait au moins vingt morts en une semaine. Le catalyseur a été le viol en réunion et le meurtre d’une bouddhiste, ce qui a entraîné des assassinats « de représailles » [dix passagers musulmans d’un bus ont été lychés le 4 juin]. Depuis, la communauté bouddhiste du Rakhine appelle à l’expulsion des Rohingyas du Myanmar. Les Rohingyas vivent depuis des siècles au Rakhine, où ils seraient environ 750 000. Mais les autorités birmanes ne leur accordent pas le statut de citoyen et les traitent comme des immigrés clandestins venus du Bangladesh. Durant le long règne de l’armée sur le pays, des milliers d’entre eux se sont réfugiés au Bangladesh pour fuir les persécutions. Toutefois, Dacca n’en veut pas non plus. A vrai dire, ne tenant pas à assister à un « débordement transfrontalier » à cause des événements actuels, le Bangladesh a refusé d’accepter sur son sol des centaines de Rohingyas apatrides qui ont tenté d’atteindre ses côtes par bateau le week-end dernier. L’Inde regarde ces violences avec grande inquiétude, sachant que la région occupe un rôle de premier plan dans sa stratégie qui vise à établir de meilleures connexions avec le Myanmar et le reste de l’Asie du Sud-Est.

Les troubles au Rakhine représentent un défi pour le processus progressif de réconciliation nationale que le président Thein Sein a lancé depuis 2010. Ce processus est double : d’une part, des réformes démocratiques avec Aung San Suu Kyi, chef de file du mouvement démocratique du pays ; d’autre part, des pourparlers de paix avec plusieurs groupes ethniques en insurrection près des frontières entre le Myanmar et l’Inde, la Chine et la Thaïlande. En fait, tout le processus a pour objectif de contribuer, enfin, à l’édification de la nation. Or, il ne sera pas complet si les Rohingyas en sont exclus. On court le danger que des éléments de l’armée, peu convaincus de la nécessité des réformes, se servent des incidents du Rakhine pour préconiser un retour au statu quo. L’état d’urgence a été décrété dans la région [le 10 juin]. Outre le rétablissement de la loi et de l’ordre, le mouvement démocratique au Myanmar, pour lequel les réformes constituent un enjeu considérable, doit être le premier à exiger que soient abordés les problèmes à l’origine des événements du Rakhine. Suu Kyi et la Ligue nationale pour la démocratie ne se sont pas intéressées à la cause des Rohingyas pendant toutes ces années, peut-être par crainte de déplaire à la majorité bouddhiste. Mais cela n’est plus envisageable pour un parti politique considéré aujourd’hui comme un acteur incontournable dans l’édification d’un nouveau Myanmar.

Carte du Myanmar

http://www.thehindu.com/opinion/editorial/article3524774.ece

4 réflexions sur “Birmanie : une ouverture bien fragile

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