GEOGRAPHIE HUMAINE

Les jeux olympiques à Londres ? Tant mieux pour Dunkerque

THE NEW YORK TIMES

By SCOTT SAYARE

Dunkerque – Les nageurs français Laure Manaudou et Florent Manaudou lors d’une séance d’entraînement de la Fédération française de natation, juillet 2012. AFP
 
 
 
 

Loin de l’agitation médiatique, des bouchons sans fin, des missiles de défense aérienne et des Londoniens ronchons, c’est en France que la boxeuse russe Sofia Ochigava s’est entraînée pour ses premiers Jeux olympiques. Plus précisément, au club municipal de la petite ville endormie de Grande-Synthe, qui fait face aux falaises de Douvres, de l’autre côté de la Manche.

« On s’ennuie à mourir ici », avoue la jeune femme de 25 ans, en riant, à la fin d’une séance d’entraînement. Elle joue dans la catégorie poids léger et elle a deux titres de championne du monde à son actif. « Mais on n’est pas là pour s’amuser. » Malgré les apparences et l’odeur déplaisante, la salle d’entraînement est quasiment neuve : un ring supplémentaire a été ajouté, il y a maintenant 22 punching-balls au lieu de trois et un revêtement bleu recouvre désormais le sol en béton. Sofia Ochigava est loin d’être la seule athlète qui s’est préparée dans ce coin tranquille du nord de la France.

Les autorités locales, régionales et européennes ont consenti un investissement de plus de 1 milliard de dollars [800 millions d’euros] pour faire de cette région, dont une petite partie en territoire belge, une sorte de base arrière des Jeux de Londres : une cinquantaine de complexes sportifs ont été construits ou rénovés, pour le cyclisme et le badminton notamment. Les organisateurs ont également fait valoir que les prix de l’alimentation, des logements et des salles d’entraînement étaient moins élevés qu’à Londres. Ils ont aussi promis que les sportifs seraient tranquilles, pourraient se concentrer sur leur préparation aux Jeux, loin des tensions et des tentations de la capitale britannique. Grâce à l’Eurostar, les athlètes peuvent être à Londres en une heure seulement. Des dizaines d’équipes, venues de tous les continents, se sont entraînées ici, dont des gymnastes françaises, estoniennes et même britanniques, des cyclistes de BMX australiens, colombiens, équatoriens et belges, des lutteurs américains, brésiliens et sénégalais, des sprinters haïtiens, et des taekwondoistes tunisiens et vietnamiens.

En juillet 2005, à la grande surprise et consternation de nombreux citoyens, représentants de l’Etat, athlètes et organisateurs français, Londres a été choisie plutôt que Paris comme ville d’accueil des Jeux olympiques de 2012. Si les Français étaient affligés, les politiciens ont toutefois vu l’occasion de revitaliser une région postindustrielle en déclin, que beaucoup considèrent comme un coin perdu et déprimant. Le jour même de la défaite de Paris, au moins un représentant régional affirme qu’il a hissé le drapeau britannique au-dessus de ses bureaux.

« Heureusement que les Jeux sont à Londres »

Les événements sportifs internationaux nécessitent souvent la construction de complexes d’entraînement en dehors de la ville d’accueil, explique Frédéric Lemang, coordinateur technique de ce projet d’investissement intitulé : « Le plus grand terrain de Jeux ». Il ajoute néanmoins : « D’habitude, c’est dans le pays organisateur. »

En 2010, un complexe gymnique d’une valeur de 10 millions d’euros a été construit dans la ville d’Arques. A Roubaix, il y a désormais un vélodrome couvert qui a coûté 25 millions d’euros. Au milieu des champs et des lignes à haute tension de Gravelines, les rameurs peuvent maintenant s’entraîner sur un bassin de 2 237 m de long, dont la largeur peut être divisée en 10 couloirs. Le club de boxe de Grande-Synthe, de son côté, a bénéficié d’un budget de près d’un million d’euros pour mener des travaux d’embellissement. Etant donné qu’en France, la plupart des centres sportifs sont publics, les équipes étrangères ont souvent pu y accéder gratuitement, explique Wulfran Despicht, qui dirige le comité directeur du projet. On ne peut pas en dire autant des complexes anglais.

Outre les coûts réduits et l’atmosphère plus calme, les autorités françaises ont également assuré aux délégations étrangères que les habitants de la région les accueilleraient à bras ouverts – ce qui, à tous points de vue, n’est pas le cas de nombreux Londoniens. Des entraîneurs sont également chargés d’assister les équipes de passage. Les dirigeants locaux ont aussi demandé aux restaurants de laisser les délégations utiliser leurs cuisines pour la préparation des repas destinés aux athlètes.

Depuis 2008, l’arrivée de sportifs étrangers a permis d’injecter 10 millions d’euros dans l’économie du Nord grâce aux revenus des séjours en hôtel et repas, selon Wulfran Despight. Le véritable objectif, toutefois, est de transformer le Nord en un pôle dédié aux sportifs professionnels à l’échelle européenne. « La région est rongée par les difficultés économiques et industrielles, » explique le responsable du comité directeur. Il espère que grâce au sport les gens verront autre chose que « des usines, des chômeurs et des cheminées qui crachent de la fumée ».

Ces nouveaux complexes sportifs font l’unanimité à la civette Jean Bart, un petit bar tabac de Dunkerque, où l’équipe de France de handball s’est entraînée au mois de juillet. « Avant, toutes les industries étaient installées ici, raconte Davy Lemaire, 27 ans, tout en servant des bières pression aux clients. Maintenant, il n’y a plus rien. » Grâce à toutes les nouvelles installations, le jeune homme est convaincu que la région pourra devenir une sorte de capitale du sport. « Heureusement que les Jeux sont à Londres. Si Paris avait été choisi, on n’y aurait rien gagné. »

http://www.nytimes.com/2012/08/01/sports/olympics/french-region-cashes-in-on-british-olympics.html?_r=2&ref=business

The Russian boxing team trained for the Olympic Games from a base in Dunkirk, France, last week.

Rowers are also using France as their base for the Olympics.   Corentin Fohlen for The New York Times

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