GEOGRAPHIE HUMAINE

Afrique : vers la disparition des brousses ?

 

 

CYBERGEO

Analyse multi-scalaire de la dynamique des paysages à l’ouest du Burkina Faso depuis 1952

Is the end of the West African bush? Multi-scale analysis of landscape dynamics in Western of Burkina Faso since 1952
by Sébastien Caillault, Aziz Ballouche et Daniel Delahaye

Aborder la question des brousses dans les campagnes africaines paraît être une question classique. Pourtant au regard des sens que recouvrent les « brousses », cette notion n’apparait pas forcément comme un champ d’étude bien identifié. Au delà de son sens biogéographique, d’une « formation arbustive xérophile des régions tropicales » (George & Verger, 1970), ce mot définit aussi les zones reculées, s’opposant alors aux espaces habités dans les campagnes africaines (Lebigre et Dumas, 2010). Dans cet article, les brousses seront abordées sous le deuxième angle, à savoir, comme le couvert végétal au delà des espaces villageois. les brousses correspondent aussi à l’espace parcouru par les feux de « brousses » chaque année. Dans ces régions soudaniennes, la brousse est nommée ban par les populations Bwaba. Cette acception du terme brousse coïncide avec un espace bien identifié par les habitants où se mêlent jachères et zones de savanes arborées.

Les campagnes à l’ouest du Burkina Faso ont été bouleversées en moins de cinquante ans par d’importantes migrations ainsi que par la mutation des systèmes de production qui ont transformé les paysages de la région (Saul et al., 2003). Les paysages dominés par la « grande brousse », source d’insécurité (Remy, 1981 ; Larrue, 2002), sont aujourd’hui des paysages où les terres sont cultivées dès que l’épaisseur des sols le permet. Ce renversement matériel se traduit par l’évolution d’une conception pratique de la brousse et de la place de la jachère dans les systèmes d’exploitation. Auparavant, la brousse était vue comme un espace à défricher, l’accueil des migrants était alors perçu positivement puisqu’il participait à la maîtrise locale du terroir villageois. Actuellement, la situation est différente : la lecture dominante, en partie construite par l’Etat, est celle d’une pénurie des terres. La tradition d’accueil n’a pas disparu, mais les difficultés semblent se multiplier face à la pénurie des terres. Localement, les préoccupations se cristallisent désormais autour de l’accessibilité des terres pour les générations à venir, et les brousses sont donc très convoitées. Ce renversement de conception de la brousse, d’une vocation à être défrichée vers la volonté moderne d’être conservée, est aussi une représentation partagée par l’Etat Burkinabé. Après avoir soutenu et en partie organisé le front agricole, l’Etat s’intéresse désormais à la conservation des brousses relictuelles, que ce soit par le biais de programmes de développement localisés ou encore par la gestion d’espaces dédiés à la nature.

A l’ouest du Burkina Faso, un certain nombre d’études ont permis de caractériser l’occupation du sol et la tendance régionale de raréfaction des brousses (Serpantié, 2003 ; Tallet, 2007 ; Augusseau, 2007). Ces études, souvent ponctuelles, analysent rarement une dynamique sur plusieurs décennies. L’étendue spatiale rend les résultats difficilement généralisables sur l’ensemble de la région et la comparaison de deux dates ne permet pas de saisir réellement le comportement des structures du paysage (Pélissier & Sautter, 1970). Ces limites ne sont pas que d’ordre technique, en privilégiant le terroir comme échelle d’observation, elles négligent souvent le rôle de facteurs intervenant à des échelles plus larges telles que les projets impulsés par les politiques publiques (Bassett et al., 2007). Pour tenter d’analyser les moteurs de la dynamique des brousses, et plus largement ceux des paysages, nous nous appuyons sur une méthode de caractérisation fine des paysages sur une petite région (env. 250km²) depuis 1952. La zone étudiée comprend une forêt classée gérée par les services de l’environnement de l’Etat. La boucle du Tui, située dans le pays Bwa, permet d’interroger les dynamiques locales de la brousse et leur imbrication avec les actions menées par l’Etat. Il s’agit ainsi de s’interroger sur les interactions entre différentes échelles, le local et le national, et sur les trajectoires paysagères qu’elles impriment au travers des brousses.

Dans les années cinquante, les tournées africaines « en brousse » dans l’Afrique de l’Ouest (ex-AOF) étaient de véritables expéditions… Les véhicules n’étaient pas vraiment adaptés aux pistes africaines et l’improvisation ainsi que le système D étaient le lot quotidien de ces hommes et femmes qui osaient affronter ces difficultés.

Les séquences ici présentées ont été filmées à l’époque par Marcel d’Orso et montées par son fils Christian pour vous permettre de les apprécier comme elles se doivent… après près de soixante ans.

 

 

LIRE L’ETUDE

http://cybergeo.revues.org/25264

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