VILLES ET CULTURE

Les équipements culturels et leurs retombées locales: Lens, Metz, Poitiers, Auvergne et autres lieux

Le Louvre à Lens

INSEE

by Danièle Lavenseau, Annie Firlej, Nicolas Hosdez, Philippe Macquet
Insee Service Études & Diffusion

 

DR

 

Au sein de l’ex-bassin minier, le territoire d’accueil du Louvre-Lens, bénéficie d’une position géographique particulière, entre espace lillois et espace arrageois, offrant des opportunités de développement à la fois économique et humain. Alors qu’une nouvelle dynamique économique est enclenchée, une partie importante de la population semble rester à l’écart du développement humain, avec un chômage élevé, un manque de formation et de ressources. Mais, via le jeu des migrations résidentielles et d’une intégration accrue au sein d’un vaste ensemble métropolitain, ce territoire peut bénéficier d’une nouvelle diversité sociale. La rencontre entre le développement économique et le développement humain du territoire passera-t-elle par le Louvre-Lens ? Pour l’évaluer, la mise en place d’un territoire de référence ou  » groupe-témoin « , c’est-à-dire un territoire de comparaison, permettra d’apprécier l’ampleur des changements spécifiques au territoire du Louvre-Lens.

Le 21 décembre 1990, la dernière gaillette de charbon remontait de la fosse 9/9 bis à Oignies. Quelque vingt années plus tard le territoire de l’ex-bassin minier marqué encore par la révolution industrielle et l’activité charbonnière passée voit s’implanter le Louvre à Lens et doit se préparer à accueillir dans les meilleures conditions les 500 000 visiteurs attendus chaque année. Les acteurs publics accompagnent la reconversion économique et les nombreuses transitions que traverse ce territoire, classé en 2012 au titre de paysage culturel évolutif de l’Unesco. Dans le cadre du Schéma régional de développement économique (SRDE), la Région Nord-Pas-de-Calais a impulsé la création d’Euralens, outil de la transformation du territoire et structure fédératrice de projets (cf. encadré 1).

Aujourd’hui, l’ex-bassin minier constitue un espace dense et ininterrompu de communes urbaines formant les arrondissements de Béthune, Lens, Douai et Valenciennes densément peuplés, comptant respectivement 285 000, 362 000, 248 000 et 349 000 habitants.

Encadré 1 : Stratégie et objectifs d’Euralens

L’assemblée générale du 1er juillet 2010 a défini la stratégie d’Euralens en ces termes ;  » il s’agit de s’appuyer sur l’arrivée du Louvre-Lens pour, in fine, améliorer le bien-être de la population et développer le territoire, avec un haut niveau d’ambition « .

Euralens œuvre pour le développement urbanistique mais aussi économique, social, culturel et touristique. L’idée est de faire bénéficier le territoire de l’ancien bassin minier des retombées positives de l’arrivée du Louvre à Lens. Comment ? En mettant un coup de projecteur sur le territoire et en faisant la promotion de son patrimoine, de ses valeurs et de ses forces vives. Au service des collectivités, des entreprises et des particuliers, Euralens est à la fois un outil de réflexion sur l’avenir d’un territoire, un outil de communication, un outil de mise en cohérence et de valorisation des projets territoriaux.

Constituée en association, Euralens regroupe les collectivités, les acteurs territoriaux et économiques autour de Lens au sein d’un même  » forum « . Cette collégialité vise à partager une vision commune des enjeux de développement et d’aménagement et à identifier des projets d’excellence pouvant prétendre au label Euralens. L’objectif ultime est de conforter le rayonnement et le dynamisme d’une grande agglomération et d’améliorer le bien-être de la population.

C’est dans ce cadre qu’est réalisé le diagnostic socio-économique du territoire du Louvre Lens. Il sera accompagné d’un suivi annuel d’indicateurs synthétiques durant une période de cinq ans, date à laquelle sera dressé un nouvel état des lieux.

Un territoire central aux nombreux liens avec son environnement

L’impact de l’arrivée du Louvre au cœur de l’ex-bassin minier dépassera largement le seul territoire de la commune de Lens. De par la forte intensité d’infrastructures de transport et de communication, la ville de Lens est reliée aux principaux pôles de développement économique et s’inscrit ainsi au centre de l’Aire métropolitaine de Lille qui s’étale de Béthune à Valenciennes, d’Arras à Lille et au-delà de la frontière belge (cf. carte 1).

De par ce positionnement géographique, se pose alors la question de la pertinence de l’échelle territoriale pour l’engagement des politiques publiques liées à l’accompagnement de l’implantation du Louvre.
Si les communautés d’agglomération de Lens-Liévin et d’Hénin-Carvin constituent le territoire de centralité du projet du Louvre-Lens, des évolutions économiques sont attendues sur d’autres territoires comme ceux de la communauté d’agglomération de l’Artois, de la communauté urbaine d’Arras ou de la communauté d’agglomération du Douaisis. Tous ces territoires sont interdépendants et font l’objet d’échanges entre acteurs publics dans le cadre de la réforme territoriale. La question d’une nouvelle organisation territoriale se pose en effet au travers de l’éventuelle constitution d’un pôle métropolitain.

Le diagnostic socio-économique mené sur le territoire de centralité du projet du Louvre à Lens, composé des deux communautés d’agglomération de Lens-Liévin (CALL, 36 communes et 245 790 habitants) et d’Hénin-Carvin (CAHC, 14 communes et 123 699 habitants) permettra d’apporter un appui aux décideurs publics dans la compréhension et la lecture des dynamiques à l’œuvre et des enjeux de développement d’un territoire qui se caractérise par de nombreuses tensions. Tensions en termes de mutations économiques, tensions entre l’essor de l’activité économique et la persistance de difficultés sociales, tensions entre l’ouverture du territoire et le manque de mobilité.
Le territoire analysé et retenu pour dresser le diagnostic socio-économique est celui du territoire de centralité et d’accueil du Louvre. Il sera dénommé  » le territoire  » dans toute l’analyse.

Carte 1 : Carte de situation du territoire

Des déplacements domicile-travail importants

Desservi par un réseau routier et ferroviaire développé, le territoire occupe une position centrale entouré des grands bassins d’emploi de Lille, d’Arras, de Béthune et de Douai. Résolument inscrits dans un ensemble métropolitain avec une relative interdépendance des marchés du travail, les échanges entre ces espaces sont importants.

Si le territoire a connu entre 1999 et 2008 une forte croissance de l’emploi (+ 15%), ce dynamisme s’est aussi accompagné sur la même période d’une hausse significative du nombre d’actifs occupés résidants (+ 12%). Le déséquilibre entre actifs occupés résidants et emplois disponibles que l’on constatait en 1999 s’est maintenu en 2008 avec neuf emplois offerts par le territoire pour dix actifs ((cf. tableau 1). Ainsi, presque quatre actifs résidants sur dix travaillent hors du territoire. Dans le même temps, trois emplois du territoire sur dix sont occupés par des résidants d’espaces voisins soulignant le déséquilibre entre offre et demande d’emplois du territoire. Ce déséquilibre est différent selon le type d’emplois : 121 emplois de cadres offerts pour 100 résidants actifs de la même catégorie, 79 emplois d’ouvriers ou d’employés et 92 emplois de professions intermédiaires. Au final, 41% des ouvriers du territoire le quittent pour trouver un emploi quand près de 57% de cadres travaillant sur le territoire habitent à l’extérieur (cf. tableau 1).

Tableau 1 : Équilibre entre actifs occupés et emplois en 2008
Nombre Ensemble des catégories (En %)
Territoire Territoire Moyenne des zones d’emploi du Nord-Pas-de-Calais
Source :recensement de la population 2008 exploitation complémentaire (Insee).
Actifs occupés au lieu de résidence 124 394 100,0 100,0
Résidant et travaillant dans la zone 78 862 63,4 72,3
Travaillant en dehors de la zone 45 532 36,6 27,7
Emplois au lieu de travail 111 751 100,0 100,0
Actifs résidant dans la zone 78 862 70,6 74,4
Actifs résidant en dehors de la zone 32 889 29,4 25,6
Nombre d’emplois pour 100 actifs occupés /// 90,0 97,0
Dont cadres (En %) Dont ouvriers (En %)
Territoire Moyenne des zones d’emploi du Nord-Pas-de-Calais Territoire Moyenne des zones d’emploi du Nord-Pas-de-Calais
Actifs occupés au lieu de résidence 100,0 100,0 100,0 100,0
Résidant et travaillant dans la zone 52,8 61,5 59,2 71,2
Travaillant en dehors de la zone 47,2 38,5 40,8 28,8
Emplois au lieu de travail 100,0 100,0 100,0 100,0
Actifs résidant dans la zone 43,5 63,4 74,8 74,8
Actifs résidant en dehors de la zone 56,5 36,6 25,2 25,2
Nombre d’emplois pour 100 actifs occupés 121,0 97,0 79,0 95,0

L’analyse des déplacements domicile-travail entre l’ensemble des intercommunalités du Nord-Pas-de-Calais, montre que le flux le plus important est celui entre la métropole et le territoire. Ainsi, 17 300 actifs résidants du territoire travaillent dans les communes de Lille Métropole Communauté Urbaine quand 6 100 actifs font le chemin inverse (cf. carte 2). et (cf. carte 3).
Plus les emplois à pourvoir sont qualifiés, plus la métropole lilloise apparaît comme une  » réserve potentielle d’actifs  » pour le territoire. Ainsi, 20% des cadres, 18% des postes de professions intermédiaires et 15% des ouvriers du territoire sont occupés par des actifs habitant dans LMCU.

Carte 2 : Taux de stabilité des actifs et principaux flux des territoires - Ensemble des déplacements domicile-travail
Carte 3 : Taux de stabilité des actifs parmi les cadres et principaux flux des territoires - Déplacements domicile-travail des cadres

Un manque d’attractivité résidentielle pour les actifs les plus qualifiés

La dissymétrie des échanges entre le territoire et les autres espaces n’est pas compensée par l’arrivée de nouveaux actifs venus s’installer et vivre dans le territoire. Quel que soit le type d’emploi, le jeu des migrations résidentielles se traduit par un solde négatif puisque les sorties du territoire sont plus nombreuses que les arrivées (cf. tableau 2).

En cinq ans, 32 100 personnes sont parties lorsque 23 300 y sont arrivées, engendrant des taux d’entrants et de sortants à hauteur de 67 ‰ et 92 ‰, plus élevés qu’au niveau régional, se situant à 29 ‰ et 47 ‰. Toutes les classes d’âge sont concernées et notamment les jeunes âgés de 15 à 29 ans. Le déclin démographique observé sur le territoire date du début des années 60 et s’est poursuivi jusqu’aux années 70, suivi d’une remontée jusqu’au début des années 80 et d’une stabilité dès le début des années 90 (cf. encadré 2).

Le déficit migratoire est particulièrement important pour les cadres, avec un taux migratoire encore plus négatif que celui observé au niveau régional. En effet, l’arrivée en cinq ans de 1 600 cadres résidant sur le territoire est très insuffisante pour rattraper le déséquilibre entre l’offre d’emploi de niveau cadre et les actifs résidants de même niveau (cf. tableau 2).

Tableau 2 : Indicateurs de migration résidentielle des actifs occupés en 2008
Migrations rési-
dentielles sur cinq ans
Ensemble Cadres Ouvriers
Terri-
toire
Moyenne
des zones
d’emploi
du Nord-
Pas-de-Calais
Terri-
toire
Moyenne
des zones
d’emploi
du Nord-
Pas-de-Calais
Terri-
toire
Moyenne
des zones
d’emploi
du Nord-
Pas-de-Calais
Le taux annuel de migration interne netted’une zone géographique donnée correspond au taux d’évolution de la population imputable aux mouvements migratoires entre cette zone et les autres parties du territoire national. Il est égal à la différence entre les entrées et les sorties de la zone considérée liés à des mouvement interne, rapportée à la population moyenne de la zone.Le taux de stabilitérapporte les personnes résidant et travaillant dans le territoire à l’ensemble des actifs occupés résidant dans cette zone.Guide de lecture :
(1), *, ** : le taux annuel de migration avec le reste de la France atteint – 5,3 ‰ pour l’ensemble des actifs occupés du territoire d’étude. Il se situe sur une échelle allant de – 10,9 ‰ pour la zone d’emploi de Lille à + 4,3 ‰ pour celle de Flandre-Lys. La moyenne des arrivées d’actifs dans l’ensemble des zones d’emploi de la région observées entre 2003 et 2008 s’élève à 12 652 entrants. Ces arrivées sont variables d’une zone d’emploi à l’autre et se situent sur une échelle allant de 4 819 arrivées dans la zone d’emploi de Berck-Montreuil à 50 079 dans celle de Lille. De même, les sorties estimées à 14 895 en moyenne sur l’ensemble des zones se situent sur une échelle allant de 4 802 sorties de la zone d’emploi de Berck-Montreuil à 68 085 de celle de Lille.
(2), *,** : le taux annuel de migration avec le reste de la France atteint – 13,1 ‰ pour les cadres du territoire d’étude. Il se situe sur une échelle allant de – 15 ‰ pour la zone d’emploi de Lille à + 9 ‰ pour celle d’Arras. La moyenne des arrivées de cadres dans l’ensemble des zones d’emploi de la région observées entre 2003 et 2008 s’élève à 2 664 entrants. Les arrivées de cadres sont variables d’une zone d’emploi à l’autre et se situent sur une échelle allant de 582 arrivées dans la zone d’emploi de Berck-Montreuil à 15 421 dans celle de Lille. De même, les départs de cadres estimés à 3 149 en moyenne sur l’ensemble des zones d’emploi, se situent sur une échelle allant de 661 départs de la zone d’emploi de Berck-Montreuil à 20 959 de celle de Lille.
(3), *, ** : le taux annuel de migration avec le reste de la France atteint – 2,1 ‰ pour les ouvriers du territoire d’étude. Il se situe sur une échelle allant de – 10,2 ‰ pour la zone d’emploi de Lille à + 5,1 ‰ pour celle de Flandre-Lys. La moyenne des arrivées d’ouvriers dans l’ensemble des zones d’emploi de la région observées entre 2003 et 2008 s’élève à 2 280 entrants. Les arrivées d’ouvriers sont variables d’une zone d’emploi à l’autre et se situent sur une échelle allant de 752 arrivées dans la zone d’emploi de Boulogne-sur-Mer à 3 587 dans celle de Roubaix-Tourcoing. De même, les départs d’ouvriers estimés à 3 600 en moyenne sur l’ensemble des zones d’emploi, se situent sur une échelle allant de 951 départs de la zone d’emploi de Berck-Montreuil à 8 517 de celle de Lille
Source : recensement de la population 2008, exploitation complémentaire (Insee).
Arrivées dans la zone 13 600 12 652* 1 600 2 664* 3 200 2 280
Sortants de la zone 16 900 14 895** 2 200 3 149** 3 600 2 579
Taux de stabilité (en %) 87,9 87,5 80 79,5 91,8 91,5
Taux annuel de migration avec le reste de la France (en ‰) -5,3 (1) -13,1 (2) -2,1 (3)

Toutefois, le manque d’attractivité résidentielle observé serait peut-être en cours de résorption avec l’arrivée de populations plus jeunes. La part des nouveaux arrivants dans la population âgée de cinq ans ou plus s’élève à 7% contre 3,7% au niveau régional. Les personnes qui arrivent sont surtout âgées de 25 à 39 ans, vivant en famille avec des enfants. L’attractivité résidentielle du territoire reste un enjeu fort qui permettra d’établir une meilleure adéquation entre compétences des actifs et emplois du territoire.

Encadré 2 : un territoire densément peuplé qui perd de la population

De 1962 à 2006, le territoire a connu un déclin démographique sur l’ensemble de la période à l’instar du sud de l’Arrageois, de l’Avesnois en passant par le Cambrésis et l’extrémité est de l’ex-bassin minier. Au 1er janvier 2008, le territoire compte environ 370 600 habitants, ayant enregistré une baisse de 8% depuis 1962. Sur la même période, la région a connu une progression de + 9,9%, l’évolution nationale se situant à + 34%. En s’appuyant sur les observations du passé et en émettant l’hypothèse que les tendances observées se prolongent, la population du territoire se situerait à quelque 366 000 habitants en 2040.
Le territoire étudié n’est pas homogène au regard des densités. Sa forte densité de 1 051 hab au km2 varie sur une échelle allant de 73 hab par km² pour Bénifontaine à 3 147,2 hab par km² pour la ville de Lens. Par comparaison, les densités régionales et nationales se situent à 324 hab par km² et 114 hab par km². Trois secteurs s’y dessinent. Une zone maillée de moyennes et petites villes forme une continuité urbaine dont la ville la plus peuplée est Lens avec 36 000 habitants, d’autres communes affichent une population supérieure à 20 000 habitants comme Liévin ou Hénin-Beaumont. Le long de cet axe urbain se trouvent de nombreux équipements urbains. Une deuxième zone au nord, se caractérise par des disponibilités foncières relativement importantes. Enfin, le secteur des collines de l’Artois composé de communes au caractère rural prononcé et aux paysages naturels remarquables.

Carte de l'encadré 2 : Densité de population

Une tertiarisation bien amorcée

Les évolutions du tissu productif du territoire ont été marquées par la reconversion des activités minières et la contraction du poids de l’industrie depuis une trentaine d’années, conférant aujourd’hui un tissu productif diversifié au territoire.
L’analyse historique de l’évolution de l’emploi (Pour en savoir plus) montre que la tertiarisation des différentes zones d’emploi de la région a été plus ou moins précoce. Dès la fin des années 1980, les activités tertiaires regroupent plus de 70% des emplois dans la zone d’emploi de Lille. Il faudra attendre le début des années 2000 pour celle de Lens-Hénin.

En revanche, sur la période de 1999 à 2009, la zone d’emploi de Lens-Hénin qui correspond quasiment au territoire s’est caractérisée par la plus forte hausse annuelle de l’emploi tertiaire de l’ensemble des zones d’emploi du Nord-Pas-de-Calais : + 2,1% par an contre + 1,1% pour la région. Si, sur la période 1975-1999, la croissance du poids du tertiaire de la zone d’emploi de Lens-Hénin s’expliquait surtout par le recul de l’emploi industriel (48% en 1975, 18,5% en 1999), aujourd’hui la progression des activités tertiaires traduit une nouvelle dynamique du territoire (cf. graphique 1).

Graphique 1 : Évolution de l'emploi salarié

En 2009, la part des emplois tertiaires atteint près de 80% des quelque 96 200 postes salariés du territoire. Ces emplois tertiaires se caractérisent par une forte présence des fonctions liées au bâtiment, au transport-logistique ou à la distribution offrant au territoire une spécialisation avec la présence du pôle d’excellence Euralogistic et de la plate-forme multimodale Delta3 à Dourges. Par ailleurs, la plus forte présence des éco-activités parmi lesquelles celles relatives au traitement des déchets a permis au territoire d’accueillir le pôle de compétitivité national Team2 (Technologies de l’environnement appliquées au matières et matériaux) basé à Loos-en-Gohelle. Spécialisé dans la valorisation des déchets, des sites et sols pollués, ce pôle participe à la filière d’excellence éco-industrie basée sur la dimension développement durable et s’inscrit en complément des filières  » logistique  » basées principalement à Dourges mais aussi  » sport-économie  » autour de l’Arena Stade Couvert de Liévin et du stade Bollaert à Lens. L’arrivée du Louvre à Lens, le classement du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco, l’existence d’un tissu culturel patrimonial important offrent l’opportunité de développer sur le principe des clusters, des activités touchant au numérique culturel et aux métiers d’art (cf. encadré 3). La plus forte spécialisation du territoire dans les activités de santé humaine a enfin contribué à l’accueil du cluster Santé des seniors composé d’entreprises spécialisées dans le vieillissement de la population et les solutions pour le maintien à domicile. Enfin, deux secteurs d’activité sont particulièrement bien implantés sur le territoire. Il s’agit du commerce et des activités de soutien aux entreprises (cf. tableau 3).

Tableau 3 : Nombre de postes des 20 principaux secteurs d’activité au lieu de travail dans le territoire en 2009
Rang Activités économiques Indice de spécificité par rapport au Nord-Pas-de-Calais Nombre de postes dans le territoire % des postes du territoire
Indice de spécificité d’une activité économique = pourcentage des postes de la zone d’étude dans l’activité économique rapporté au pourcentage des postes de la zone de référence dans l’activité économique
Source : Clap 2009 (Insee).
1 EZ Gestion eau, déchets 1,69 1 497 1,6
2 NZ Activités de services administratifs et de soutien 1,51 6 448 6,7
3 HZ Transports et entreposage 1,46 8 236 8,6
4 FZ Construction 1,41 8 968 9,3
5 QA Activités pour la santé humaine 1,20 8 553 8,9
6 CE Industrie chimique 1,13 770 0,8
7 GZ Commerce ; réparation d’automobiles 1,09 14 361 13,7
8 IZ Hébergement et restauration 1,05 2 988 3,1
9 PZ Enseignement 0,99 9 062 9,4
10 CA Fabrication d’aliments, de boissons 0,95 2 462 2,6
11 CG Fabrication de produits en caoutchouc, plastique et autres 0,95 1 700 1,8
12 LZ Activités immobilières 0,94 778 0,8
13 SZ Autres activités de service 0,92 1 846 1,9
14 QB Hébergement médico-social & action sociale 0,89 6 626 6,9
15 OZ Administration publique 0,86 9 259 9,6
16 CL Fabrication de matériels de transport 0,67 1 541 1,6
17 CM Autres industries manufacturières ; réparation & installation 0,66 980 1,0
18 KZ Activités financières et d’assurances 0,62 1 797 1,9
19 MA Activités juridiques, comptables et de gestion 0,54 1 850 1,9
20 CH Métallurgie & fabrication de produits métalliques 0,47 1 073 1,1
Total 90 795 94,4
Total des postes de l’ensemble des secteurs 96 181 100,0

Les emplois du territoire se caractérisent par ailleurs par une sous-représentation de services supérieurs comme les fonctions de conception-recherche, les prestations intellectuelles ou culturelles (cf. graphique 2). Toutefois, leur progression sur la période 1999 -2008 est importante, respectivement + 10,9% et + 79,3% contre + 12,3% et + 53,9% au niveau régional. La part des cadres des fonctions métropolitaines atteint 4,2% en 2008 contre 6,4% et 9,5% aux niveaux régional et national.
De même, en lien avec la nature du tissu productif, la part des cadres et des professions intellectuelles est plus faible et se situe à 3,3% contre 6,2% au niveau régional et 8,6% au niveau national. En revanche la part des ouvriers atteint 18,1% (resp. 16,1% et 13,7%).

Graphique 2 : Répartition de l'emploi par fonction en 2008

Encadré 3 : Une offre touristique à développer qui complétera une base sportive et culturelle déjà bien dotée

À l’image de sa structure urbaine, le territoire d’implantation du Louvre formé par l’ensemble des deux communautés d’agglomération de Lens-Liévin et d’Hénin-Carvin se caractérise par une offre de loisirs diversifiée et dense ainsi que par une proximité avec différents équipements culturels et sportifs. La densité d’équipements de ce type atteint 0,39 par km2 pour seulement 0.07 par km2 dans la région. Pour autant, en 2009, en termes d’emplois dans les activités dépendant fortement voir uniquement des touristes (Pour en savoir plus) *, le territoire reste un peu en retrait avec 2,7% d’emplois touristiques contre 3,5% en Nord-Pas de Calais.

Au plan culturel, il faut signaler trois équipements principaux : la bibliothèque municipale de Lens, Culture Commune à Loos-en-Gohelle et le Centre européen de la Paix à Souchez, sans oublier l’usage culturel, pour des spectacles et concerts, de l’ARENA Stade couvert de Liévin. Il existe par ailleurs 3 salles de théâtre dont la plus grande est le Colisée à Lens, puis la Maison de l’Art et de la Communication à Sallaumines et aussi Culture Commune à Loos en Gohelle. Il y a enfin des supports médiatiques avec deux chaînes de télévision et trois radios locales.
Sur des thèmes majeurs pour le territoire, comme celui de la 1ère Guerre Mondiale et du passé minier, on compte 7 sites principaux1. Ce territoire possède aussi une vive tradition musicale, à la fois héritée et créative, avec de nombreuses harmonies et une dizaine de festivals. Il compte des lieux où se rencontrent diverses activités culturelles comme l’Escapade à Hénin-Beaumont, le centre Effel à Carvin, l’association Droit de Cité à Oignies, le centre Arc en Ciel à Liévin.

Au plan sportif, outre les 2 grands équipements que sont le Stade Félix Bollaert (41 233 places) à Lens et l’ARENA Stade Couvert Régional (2 700 places), à Liévin, le territoire possède 11 piscines municipales, dont 2 présentent une dimension plus importante : la piscine olympique de Lens et le centre Nauticaa de Liévin, qui comporte un espace aquatique et un espace de remise en forme.

En 2011, le territoire se caractérise par une offre hôtelière surtout économique, avec 7 hôtels sans ou avec une étoile et 6 hôtels 2 étoiles. Il compte seulement 1 hôtel 4 étoiles et 3 hôtels 3 étoiles. Le nombre de nuitées en 2011 s’y répartit en 80% dans des hôtels de 0 à 2 étoiles. Avec 6,6 lits par km2, la densité touristique est peu élevée par rapport à la région (32,4 lits par km2).

Il faut relever que la majorité des touristes est d’origine anglaise en lien probable avec les sites de la 1ère Guerre Mondiale mais aussi avec la proximité de l’Outre-manche. Ainsi, les Britanniques forment plus de la moitié de l’ensemble des touristes étrangers (58%), suivis de loin par les Allemands (8%), les Belges (7%), les Néerlandais (5%), les Italiens (5%) et enfin les Polonais (2%). Or, en 2011, on note une baisse régionale de 11% de la fréquentation britannique mesurée par le nombre d’arrivées, tous hôtels confondus. Cette baisse atteint même 15% sur le territoire.

Pour les  » touristes  » français, on compte 120 594 arrivées en 2011 contre 32 913 pour les étrangers, soit en moyenne 758 arrivées par hôtel sur le territoire, niveau supérieur à celui de la région (575 arrivées par hôtel). Ceci est lié à la taille des hôtels du territoire, supérieure de 28% à la moyenne des hôtels de la région. Par conséquent, le moindre équipement apparent du territoire est compensé par leur taille plus élevée et par une clientèle d’affaires, particulièrement développée autour de l’A1.

Compte-tenu de la visée européenne de la clientèle du Louvre-Lens, développer l’offre hôtelière et les structures d’accueil, notamment par l’investissement en établissements de gamme plus élevée constitue un enjeu fort.

____________________________

1 ND de Lorette à Ablain St Nazaire, Vimy, musée Alexandre Villedieu de Loos-en-Gohelle, centre Denis Papin d’Oignies, musée de l’école et de la mine d’Harnes, musée d’histoire et d’archéologie d’Harnes et le musée municipal de Montigny-en-Gohelle.
* Pour en savoir plus : Pages de Profil n°76 Septembre 2010.

Créations d’entreprises et d’emplois confirment le dynamisme économique

Outre son tissu productif diversifié, le territoire se caractérise par un dynamisme économique et un taux de création d’entreprises et d’emplois très supérieurs à la moyenne régionale. En 2010, le taux de création d’entreprises, tous secteurs d’activité confondus, s’élève à 21,5% contre 18,7% dans la région. La part des auto-entrepreneurs dans l’ensemble des créations d’entreprises atteint 64,5% sur le territoire pour un taux régional de 59,4%. Les taux de création d’établissements y sont également supérieurs pour la période 2008-2010 sur l’ensemble des secteurs d’activité : 16,9%, soit + 1,6 point par rapport au niveau régional. Le secteur d’activité dont le taux de création est le plus élevé sur la période est celui de la construction, avec un taux de 28,1% supérieur de 9 points au niveau régional. Viennent ensuite le commerce, les transports et les services divers avec un taux de 17,5%, supérieur de près d’un point aux niveaux régional et national (cf. tableau 4). Ces créations confirment la tertiarisation bien amorcée du tissu productif du territoire. Plus d’un établissement sur deux se maintient cinq ans après sa création, atteignant un taux de survie de 54,5% contre 55,5% pour la région.

Tableau 4 : Taux de création d’établissements par secteur d’activité
Unité : %
Territoire Nord-Pas-de-Calais France métropolitaine
Source : répertoire des entreprises et des établissements (REE) données définitives champ marchand non agricole (Insee).
Taux moyen de création 2008-2010 Industrie 10,1 9,3 10,9
Construction 28,1 19,2 17,7
Commerce,
transports et services divers
17,5 16,6 16,5
Administration publique,
enseignement,
santé humaine et action sociale
9,5 9,3 12,1
Ensemble 16,9 15,3 15,7

Toutefois, la création doit être interprétée avec prudence, car la conjoncture du marché du travail et notamment un taux de chômage élevé peuvent sensiblement augmenter le taux de création des établissements, conduisant les personnes au chômage à s’engager plus souvent dans la création d’entreprises. Au 4e trimestre 2011 , le taux de chômage s’élevait à 15,8% dans la zone d’emploi de Lens-Hénin, pour un niveau régional de 12,7% et national de 9,4%.

Les taux de création dépendent à la fois de la structure sectorielle des emplois du tissu productif et du dynamisme propre du territoire. En appliquant le taux de création national moyen par secteur au tissu productif du territoire, les spécificités du tissu productif y sont contrôlées et il est alors possible d’évaluer le dynamisme propre du territoire. En appliquant cette méthode, la zone d’emploi de Lens-Hénin apparaît comme l’espace nordiste doublement dynamique : dynamisme au niveau de la création d’unités de production et des emplois (cf. graphique 3).

Graphique 3 : Dynamisme propre du territoire en termes de création d'établissements et d'emplois entre les zones d'emploi de la région

Les deux phénomènes conjugués de désindustrialisation et de tertiarisation qui ont caractérisé le territoire permettent de le positionner en termes d’activités présentielles ou non présentielles. L’économie présentielle apporte de la stabilité aux territoires car elle concerne des biens et des services non délocalisables. Elle représente en 2009, 71% des emplois contre 67% aux niveaux régional et national (cf. tableau 5).
Les activités de la sphère non présentielle créent davantage de concurrence entre les territoires pour leur implantation. Avec 29% d’emplois relevant de la sphère non présentielle sur le territoire contre 33% au niveau régional, le territoire de Lens-Hénin présente néanmoins un dynamisme élevé de ces activités tant au niveau des établissements et des emplois.

Tableau 5 : Nombre de postes au lieu de travail répartis par sphère d’activité et par activité économique
Territoire Nord-Pas-de-Calais France métropolitaine
Sphères d’activité : Postes % Postes % %
Source : Clap 2009 (Insee).
Activités présentielles 68 527 71,2 888 239 67,3 67,2
dont établissements du domaine public 22 111 23,0 349 142 26,4 23,7
Activités non présentielles 27 654 28,8 432 531 32,7 32,8
Activités économiques :
Agriculture, sylviculture et pêche 137 0,1 9 525 0,7 1,0
Industrie 12510 13,1 221413 16,8 15,3
Tertiaire 83 534 86,8 1 089 832 82,4 83,8
dont construction 8 968 9,3 87182 6,6 6,7
dont commerce, transports et services divers 41 066 42,7 528 259 40,0 45,4
dont administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale 33 500 34,8 474 391 35,8 31,7
Ensemble 96 181 100,0 1 320 770 100,0 100,0

Un territoire encore marqué par le cumul des facteurs sociaux dégradés

Le dynamisme économique observé sur le territoire s’est concrétisé par un important renouvellement du tissu productif qui contraste avec la situation sociale, appréciée par la mesure d’indicateurs sociaux tels le revenu, les conditions de vie, l’accès à l’emploi ou l’éducation (cf. tableau 6).

Tableau 6 : Quelques indicateurs sociaux
Unités : nombre, %
Territoire Nord-Pas-de-Calais France
Sources : recensement de la population 2008 exploitation principale et exploitation complémentaire (Insee), Cnaf 2010, impôts sur le revenu des personnes physiques 2009 (DGFIP).
Revenu net imposable moyen annuel par foyer fiscal en euros de 2009 16 700 20 157 23 433
Part de la population vivant avec un bas revenu 32,4 25,6 17,4
Part de la population couverte par le RSA socle non majoré ou le RMI 8,6 6,6 3,8
Part des chômeurs dans la population des 20 à 59 ans 13,2 11,2 9
Taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans 39,4 32,3 22,6
Part des jeunes de 18 à 24 ans non insérés (ni étudiants ni en emploi) 32,9 24,5 18,2
Part du chômage de longue durée (>1 an) 50,2 47,6 41,6
Taux de chômage des femmes de 25 à 54 ans 16,8 13,8 11,1
Part des salariés en emploi précaire 16,5 15,5 14,9

Le territoire semble se caractériser par un déphasage entre développement économique et développement humain. Malgré de nombreuses créations d’emploi, l’insertion professionnelle demeure un enjeu important pour le territoire. En effet, le taux de chômage y est élevé, notamment chez les jeunes âgés de 16 à 24 ans : au sens du RP, il s’élève à 39,4% contre 18,4% sur l’ensemble de la population active du territoire. Atteignant 72,7% en 2008, le taux d’activité des hommes âgés de 16 à 65 ans est en retrait d’un point par rapport à la moyenne régionale et de trois points par rapport au niveau national. L’activité des femmes est encore plus en retrait avec un taux d’activité de 55,4% pour un niveau régional de 61% et national de 67,8%.
Ainsi, la part de couples avec un seul actif parmi les familles d’employés et d’ouvriers est bien supérieure à celles observées aux niveaux régional (+ 7,1 points) ou national ( + 13,7 points).

Ce constat est à rapprocher d’un niveau de formation de la population plus faible malgré la forte présence d’établissements de formation sur le territoire et de mesures visant à l’améliorer (renforcement de l’enseignement supérieur de proximité avec l’Université d’Artois par exemple). Parmi l’ensemble des actifs, la part des sans diplômes y est supérieure à celle pourtant déjà élevée de la région. De plus, la part d’actifs diplômés de l’enseignement supérieur y est plus faible, notamment pour les hauts diplômés. La formation des jeunes reste une préoccupation majeure pour le territoire : un tiers des jeunes âgés de 18 à 24 ans ne sont pas insérés (ni étudiants, ni en emploi) contre un quart au niveau régional et moins d’un sur cinq en France.
En lien avec cette situation, les revenus des ménages y sont plus faibles. Le revenu imposable net moyen par foyer fiscal s’élève à 16 700 euros en 2009, soit 16% de moins qu’en région et presque 30% de moins qu’au niveau national. La part des habitants vivant avec un bas revenu est élevée de même que celle de la population couverte par le RSA (ou RMI). Au final, 61% des foyers fiscaux du territoire ne sont pas imposés, soit près de 8 points de plus qu’en région et plus de 15 points que la moyenne nationale.

La fragilité sociale du territoire peut être représentée par l’Indicateur de développement humain 4 (IDH-4) qui synthétise à un niveau territorial fin les dimensions de la santé, de l’éducation et du niveau de vie. Trois variables permettent de refléter ces dimensions : l’indice comparatif de mortalité, le pourcentage de la population adulte diplômée et le revenu fiscal médian par unité de consommation. Au regard de ces variables, la plupart des communes du territoire présentent un IDH-4 très inférieur à la moyenne régionale. Avec des revenus plus faibles, un indice de mortalité plus élevé et une part importante de non diplômés, le territoire apparaît en difficulté dans les trois dimensions retenues dans l’IDH-4 (cf. carte 4).
D’autres inégalités peuvent également concerner des dimensions non présentes dans l’IDH-4, comme les conditions de travail, la précarité de l’emploi, le lien social et le logement.
Sur ce dernier point, le territoire se caractérise aussi par un habitat encore marqué par l’activité minière. En 2008, le parc de logements compte 45% de logements institutionnels équitablement répartis entre cités minières et logements HLM. Les logements de taille moyenne (3 ou 4 pièces) prédominent : 47% du parc. Les petits logements sont sous-représentés (moins de 10%) ce qui peut freiner les parcours résidentiels des jeunes actifs.

Par ailleurs, la maison individuelle est largement présente : 82% des logements soit 10 points de plus qu’au niveau régional. Toutefois, moins d’un ménage sur deux est propriétaire de sa résidence principale contre près de 6 sur 10 au niveau régional.

L’arrivée du Louvre à Lens devrait favoriser la rencontre entre développement économique et développement humain du territoire. Des enjeux forts du territoire ont été identifiés : le renforcement de l’attractivité résidentielle du territoire, faire de la formation le symbole de la mutation du territoire, renforcer la place de la culture dans l’économie locale.

Carte 4 : Déclinaison communale de l'indice de développement hunain (IDH-4) en Nord-Pas-de-Calais en 2007

Se comparer pour s’évaluer

La volonté des acteurs publics d’accompagner l’état des lieux du territoire du Louvre-Lens s’est traduite par la mise en place d’un système de suivi des évolutions du territoire sur une période de cinq ans, à l’issue de laquelle une nouvelle analyse socio-économique sera conduite afin de pointer les ruptures et mesurer les premiers impacts. Ce système repose sur un calcul annuel d’une quarantaine d’indicateurs dans les domaines de l’économie, de la formation, des ressources de la population, de la santé, du logement et du tourisme (cf. tableau 8).
Ces indicateurs seront calculés pour différentes échelles territoriales et en particulier au niveau d’un territoire de référence présentant des caractéristiques communes, une histoire économique comparable et des défis similaires au territoire du Louvre-Lens. Composé de dix territoires sélectionnés du fait de leur structure productive et de leurs composantes sociales, ce territoire de référence constitue un  » contrefactuel  » ou  » groupe-témoin « , c’est-à-dire un point de comparaison pour apprécier l’ampleur de changements spécifiques au territoire du Louvre-Lens (cf. encadré 4). Compte tenu des similitudes économiques et historiques existant entre le territoire d’accueil du Louvre et du territoire de référence, la mesure des écarts dans le temps à l’aune du suivi annuel des indicateurs permettra en effet d’apprécier l’accélération du développement qu’apportera l’arrivée du Louvre dans l’ex-bassin minier. D’ores et déjà, certains écarts sont perceptibles (cf. tableau 7).

Tableau 7 : Quelques indicateurs sociaux économiques
Unités : nombre, %
Territoire Territoire de référence Nord-Pas-de-Calais
Sources : recensement de la population 2008 – exploitation principale et exploitation complémentaire (Insee), revenus fiscaux 2009, Cnaf 2010.
Démographie
Taux de croissance annuel moyen 1999-2008 -0,18 -0,17 +0,08
Part des moins de 20 ans en 2008 27,7 24,9 27,1
Caractéristiques sociales
Revenu net imposable moyen annuel en euros (2009) 16 700 19 810 20 157
Part de la population vivant avec un bas revenu 32,4 25,7 25,6
Part de la population couverte par le RSA socle non majoré ou le RMI 8,6 6,5 6,6
Proportion de jeunes de 18 à 24 ans non insérés (ni étudiants ni en emploi) 32,9 25,5 24,5
Taux de chômage des actifs 25-54 ans en 2008 15,2 13,9 12,6
Caractéristiques économiques
Répartition des postes par sphère d’activité
Activités présentielles 71,2 65,0 67,2
Activités non présentielles 28,8 35,0 32,8
Taux moyen de création d’établissements 2008 – 2010 16,9 14,5 15,3
Taux de croissance annuel moyen de l’emploi au lieu de travail entre 1999 et 2008 des actifs de 25 à 54 ans +0,7 -0,2 +0,3

Encadré 4 : Le choix d’un territoire de référence

Le choix d’un territoire de référence est fondamental pour permettre une comparaison objective du territoire étudié ainsi qu’une mesure des évolutions. Pour cela, il s’agit de constituer un territoire comparable au territoire étudié, par ses caractéristiques socio-économiques et son histoire économique.
À partir d’un ensemble de variables, une typologie a été effectuée sur les 91 communautés d’agglomération (CA) ou urbaine (CU) de taille comparable au territoire étudié comprise entre 90 000 et 500 000 habitants pour déterminer quels étaient les territoires les plus proches.
Douze territoires comparables au territoire étudié au regard des indicateurs choisis ont été identifiés : Bassin houiller Lorraine (composé des CA de Forbach – Porte de France et des CC de Freyming Merlebach, du Pays Naborien et du Warndt), CA Troyenne – CAT, CA de Saint Étienne Métropole, CA de Valenciennes Métropole, CA de la Région Mulhouse Alsace, CA du Boulonnais, CA du Calaisis, CA du Grand Angoulême, CU Le Creusot – Montceau-les-Mines et CU de Dunkerque Grand Littoral, CA du Douaisis et de l’Artois.

Au final, le territoire de référence retenu sera constitué de la moyenne des dix premiers territoires : les CA du Douaisis et de l’Artois entretenant des coopérations privilégiées dans le cadre d’Euralens, elles ont été retirées du territoire de référence pour éviter tout biais dans la comparaison.

Tableau 8 : Liste des 38 indicateurs synthétiques annuels
Sources :
– recensement de la population, REE démographie des entreprises, Fare, DADE. CLAP, Estimations des emplois localisés (Insee) ;
– Rectorat, Observatoire régional de la santé (ORS), Agence régionale de la santé (ARS), Pôle emploi, Cnaf, Revenu fiscaux localisés des ménages (DGFIP), Conseil régional.

En savoir plus

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Le Centre Pompidou-Metz

 

Image © CA2M / Shigeru Ban Architects Europe & Jean de Gastines / Artefactory

 

Après dix ans d’une gestation difficile en raison de la technicité de l’édifice, notamment de son toit en forme de chapeau chinois, imaginé par les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, le Centre Pompidou-Metz a ouvert ses portes au public en mai 2010. Deux ans plus tard, le succès est au rendez vous. Le nouveau musée a reçu près de 1,5 million de visiteurs, soit trois fois plus que les prévisions effectuées par l’agglomération et la ville de Metz porteuses du projet, qui ont financé l’essentiel des 72 millions d’euros de l’investissement.« Nous nous sommes fixé un objectif modeste qui sera probablement dépassé », déclarait lors de l’inauguration Jean-Luc Bohl, président de Metz Métropole. « Pompidou-Metz a pour vocation de séduire un public venu du Grand Est, mais aussi du Luxembourg et d’Allemagne, soit un bassin de plus de 11 millions d’habitants », ajoute Emmanuel Martinez, secrétaire général du centre. Résultat, 89 % des visiteurs sont français, dont 58 % de Lorrains, suivis par les Franciliens (12 %) et les Alsaciens (8 %). Les Belges arrivent en tête des visiteurs étrangers, devant les Luxembourgeois et les Allemands.

Cette affluence a généré depuis l’ouverture près de 70 millions d’euros de retombées économiques directes (nuitées hôtelières, restauration…), a même calculé la collectivité. En outre, l’implantation de ce nouveau musée a entraîné la création d’une cinquantaine d’emplois directs et autant chez ses différents prestataires. Autre élément, moins mesurable, l’image de la ville a changé et les visiteurs ont pu découvrir la richesse de son patrimoine. L’office de tourisme a enregistré une progression de 63 % des demandes d’information.

Culture régionale

Initié en 2001 par le Messin Jean-Jacques Aillagon, alors président du Centre Pompidou-Paris, et par l’ex-maire (DVD) Jean-Marie Rausch, le musée lorrain est géré par un établissement public de coopération culturelle. Il dispose d’un budget annuel de fonctionnement de 12,5 millions d’euros, dont 9 millions sont financés par la région Lorraine, la ville de Metz et l’agglomération Metz Métropole.

Cette dernière consacre aussi chaque année une enveloppe de 1 million d’euros d’investissement dans le bâtiment, dont elle est propriétaire. Totalement indépendant en termes de gestion et de programmation, Pompidou-Metz s’appuie sur le savoir-faire et l’importante collection de son homologue parisien, tout en s’inscrivant dans la culture régionale. Depuis le 26 mai et jusqu’au 24 septembre prochain, le centre présente ainsi une exposition intitulée « 1917 ». « Dans une région fortement marquée par la Grande Guerre, nous allons présenter plus d’un millier d’oeuvres de différents artistes des pays belligérants, toutes datées de 1917 pour montrer que la création artistique s’est poursuivie pendant le conflit », explique Emmanuel Martinez. Les visiteurs pourront admirer la plus grande toile de Picasso, un rideau de scène géant réalisé pour le spectacle « Parade » interprété par les Ballets russes. Un monument de 170 mètres carrés qui n’avait pas été exposé depuis vingt ans en raison de sa taille.

CORRESPONDANT À NANCY
Pascal Ambrosi

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202079597133-le-centre-d-art-moderne-pompidou-metz-a-triple-ses-objectifs-de-frequentation-328110.php

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Le Futuroscope fait la pluie et le beau temps dans la Vienne

 

Crédit photo : Conseil Général de la Vienne

 

Vingt-cinq ans après sa création, le Futuroscope est devenu la locomotive de la Vienne. Le parc d’attractions et la technopole qui l’entoure font vivre plus de 7.000 emplois. Et le secteur du tourisme qu’il a relancé représente plus de 7 % du PIB départemental. En attendant l’ouverture du Center Parcs.

En 2012, malgré une météo de début d’année mauvaise, nous devrions être en ligne avec les résultats de 2011 », lâche avec prudence Dominique Hummel, président du directoire du Futuroscope. Deuxième parc à thème en France en termes de fréquentation après Disneyland Paris, le Futuroscope a accueilli l’an dernier quelque 1,8 million de visiteurs pour un chiffre d’affaires de 90 millions d’euros et 8 millions de résultat net. En l’espace de vingt-cinq ans, ce parc exploité par une société d’économie mixte détenue à 45 % par la Compagnie des Alpes et à 55 % par le conseil général et la Caisse des Dépôts, est devenu une locomotive pour le développement de la région de Poitiers et du département de la Vienne.

Pour le bassin d’emploi de Poitiers tout d’abord. Aux abords du parc s’est enracinée, comme l’avait imaginé au début des années 1980 son créateur, René Monory, qui voulait associer le ludique à la connaissance, une technopole de 250 établissements privés et publics, et un peu plus de 7.000 salariés. Notamment dans les hôtels, les centres d’appels, mais aussi les laboratoires, de grandes écoles (Ensma) et des administrations délocalisées (CNED, CNDP). Le chinois ZTE, un des leaders mondiaux dans la téléphonie mobile, devrait ouvrir à la fin de cette année une première tranche de sa nouvelle implantation (20 millions d’euros et 300 salariés). Toutefois, crise oblige, depuis cette annonce faite en décembre dernier, aucune autre implantation significative n’est attendue.

Avec le Futuroscope, la Vienne, territoire à dominante rurale, hors le bassin industriel de Châtellerault, en difficulté, a trouvé un salutaire moteur de développement dans le secteur touristique. De 500.000 à 700.000 touristes par an au début des années 1980, le département accueille désormais 4,5 millions de visiteurs chaque année, ce qui ferait vivre au plus fort de la saison 8.000 emplois directs. Soit 10 % de l’emploi salarié marchand du département ! Le secteur du tourisme, selon une enquête de l’Insee à paraître prochainement, générerait aujourd’hui 750 millions d’euros de chiffre d’affaires. Soit 7,1 % du PIB de la Vienne, alors que la moyenne départementale se situerait à 6 %. Avec l’ouverture, début 2015, d’un Center Parcs de Pierre & Vacances dans le nord du département, à une cinquantaine de kilomètres de Poitiers, le conseil général estime que le nombre de nuitées dans la Vienne pourrait doubler et passer à 2,4 millions. L’investissement total en cinq ans, de 300 millions d’euros, est comparable à celui du Futuroscope en vingt-cinq ans. Il est supporté à hauteur de 170 millions par le groupe Pierre & Vacances. Le solde (130 millions) l’est notamment par le conseil général, qui a pu amorcer cette lourde dépense grâce à la vente en 2011 de 40 % de sa part (30 millions d’euros) dans le Futuroscope à la Compagnie des Alpes. Et un premier emprunt de 64 millions est en passe d’être bouclé avec les banques.

La recette ayant donné satisfaction avec le Futuroscope, une SEM va là aussi être créée pour porter ce nouvel équipement, dont les travaux devraient débuter au début de l’an prochain et occuper un millier de personnes pendant deux ans. En vitesse de croisière, ce site touristique complémentaire du Futuroscope devrait employer 600 salariés. Au total, un emploi sur six serait alors généré par le tourisme dans le département…

PH. M., Les Echos
Écrit par Philippe MOREAU
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CYBERGEO

Une dimension nouvelle pour la culture

Certes, la production de la culture, tout comme sa consommation, demeurent un ensemble d´actions individuelles, empreintes de subjectivité. Mais on a vu émerger au cours des dernières décennies un concept nouveau de la culture, socialement accepté, qui se concrétise par des équipements collectifs et par des applications plus ou moins commercialisées. Les activités culturelles se sont largement développées; elles se sont « massifiées », et sont devenues des activités ordinaires, en même temps que le concept de culture s´élargissait. La culture est devenue pour une bonne part un produit ou un service comme un autre, que les villes doivent offrir à leurs habitants. Les citadins le revendiquent à tel point que la culture est parfois ressentie comme un bien ou un service de consommation de masse. Les décideurs politiques s´en préoccupent car elle constitue un argument de politique de développement économique et de qualité de la vie. Nous avons donc choisi ici d’observer la culture en tant que phénomène collectif et dans la perspective d’une étude comparative des villes. Il faudra déterminer si les équipements présents, les manifestations offertes, les services proposés participent aussi à la définition d´une culture urbaine, et comment elle caractérise chacune de ces entités territoriales.

La notion d’équipement culturel

L´expression de l’activité culturelle dans les villes est appréhendée dans ce travail au travers de l´équipement culturel urbain au sens large. On rassemble des équipements qui contribuent à définir la fonction culturelle des villes, en dressant un panorama des activités culturelles qu´offrent les villes à leurs habitants. L´équipement culturel urbain regroupe un ensemble de biens de consommation et de services culturels localisables, où se mêlent les dimensions d´éducation et de loisirs. Ces indicateurs sont élaborés à partir de données qu’ont rassemblé le Département d´Etudes et de Prospective du Ministère de la Culture et de la Communication et d´autres directions de ce ministère(tableau 1). Ces données constituent une information qui se veut plus complète et plus précise que celle issue de l´enquête « Equipement Urbain » de l´INSEE (Champion, 1996). Nous avons complété ces données par d´autres sources d´information, dans le souci de présenter un aperçu le plus large possible de la variété des acceptions de la notion de culture dans les milieux de vie urbains. Des recensements de librairies, de maisons d´édition, des guides et des annuaires (pour les salles de concert, les musées et les festivals), les recensements du Centre National de la Cinématographie pour les salles de cinéma ou encore celui de la Population de l´INSEE pour les professionnels de la culture ont ainsi été exploités. L´ensemble de ces indicateurs propose un large éventail de secteurs (tableau 1). On trouve à la fois des équipements qui relèvent de domaines proprement artistiques, tels la musique, la danse, la littérature, les arts plastiques, le théâtre, le patrimoine muséographique et monumental, ou le cinéma, et des équipements tournés vers des domaines de type socio-culturel, proches d´une culture au quotidien, comme par exemple, les cafés-musique, les salles de concert de musiques actuelles, les librairies, les radios… C´est en étudiant les localisations de ce large éventail d’activités que l´on peut espérer refléter au mieux la diversité des formes de présence de l’offre de services culturels dans les villes.

Les données analysées

Afin d´évaluer un niveau d´équipement culturel spécifiquement urbain, nous avons regroupé les données qui sont généralement établies à l’échelon communal pour les agréger dans le cadre des agglomérations urbaines. Il est en effet très souvent constaté que, en dehors des équipements de très grande proximité, la plupart des équipements culturels ne desservent pas exclusivement la population de leur commune d’implantation, mais offrent leurs services à celle de l’agglomération toute entière, voire au-delà. Le regroupement par agglomération permet ainsi de gommer l’hétérogénéité qui serait liée à la taille des communes, aux inégalités fortes entre l’équipement des communes-centres villes et celui des communes de banlieue. Nous avons comparé le nombre et la variété des équipements culturels proposés par les plus grandes villes françaises (soit 110 unités urbaines de plus de 50 000 habitants). Nous analysons ici les principales configurations que dessine la localisation de ces équipements culturels dans les villes. A l´échelle de la France, l´ensemble des grandes villes, ou encore le système des villes, peut être ainsi touché par une diffusion plus ou moins inégale des équipements culturels. Compte tenu des fortes inégalités de taille de la population des villes, on cherche à savoir si l’activité culturelle (appréhendée par ces indicateurs « objectivables » que sont les équipements culturels) se comporte comme une fonction urbaine  » banale « , au service de la population. Distingue-t-on alors des niveaux différents dans l´équipement culturel urbain qui seraient organisés de façon hiérarchique comme le prévoit la théorie des lieux centraux? Ou bien, au contraire, la culture représente-elle une nouvelle dimension urbaine, une forme de spécialisation particulière selon ce type d’activités, comme le revendiquent souvent les responsables des politiques culturelles municipales, soucieux de différencier leur ville des autres villes, ou d´y imprimer une marque particulière?

Tableau 1 : Sources d’information pour les 29 équipements culturels retenus

La polarisation parisienne 

La première caractéristique de la configuration géographique de l’activité culturelle est l’importance de l’écart qui sépare Paris des autres villes. Cette prééminence parisienne est accentuée dans le domaine culturel, par rapport à ce qu’elle est pour bien d’autres activités. Ainsi, la concentration dans la capitale est extrême quand on considère le nombre total d´équipements culturels. A l´instar de sa position prépondérante dans de multiples secteurs, Paris concentre une grande quantité et une large variété d´équipements culturels. En effet la capitale compte à elle seule plus du quart de l´équipement culturel urbain national (pour 16% de la population). Derrière elle, la seconde ville, Lyon, ne rassemble qu´une part de 3%. Un effet de « surconcentration », particulièrement notable pour certaines activités et certains équipements culturels, dépasse ici la concentration habituellement constatée dans un pays centralisé comme la France. Par exemple, 84% de l´ensemble des maisons d´édition sont concentrés à Paris. Les musées ayant plus de 50 000 visiteurs dans l´année y sont concentrés à 77%, les entreprises-mécènes de la culture à 62%. Dans la deuxième ville par ordre d’importante pour l’accueil de ces équipements culturels, on ne dénombre en proportion que de 2 à 5% du total de ces équipements (contre plus de 60% pour la capitale). C´est pourquoi on peut dire que la configuration géographique des équipements culturels atteste d’abord d´une « surconcentration » parisienne (tableau 2).

Tableau 2 : Indice de primatie des villes

Dans le cas des maisons d´édition (figures 1.a et 1.b), la concentration parisienne s´est précisément renforcée durant la période d´extension de ces éditeurs en France, c´est-à-dire depuis 1973 surtout. Cette industrie culturelle semble légitimer l´implantation citadine et dessine une répartition particulièrement hétérogène sur la carte de France. La majorité des maisons d´édition actives en 1995 est concentrée dans la région capitale. Les villes des autres régions françaises sont en comparaison très peu équipées. Une dizaine de régions ne comptent pas plus de trois unités urbaines équipées. La concentration éditoriale se conjugue avec le maintien d´une édition petite et moyenne, qui dispose de 360 titres au catalogue en moyenne et sort moins de quarante titres par an. Mais il faut rappeler que deux grands groupes d´édition situés à Paris (Hachette et le Groupe de la Cité) réalisent la moitié du chiffre d´affaire total du secteur de l´édition.

Figure 1

La répartition des professionnels de la culture constitue un autre exemple de cette polarisation culturelle autour de Paris. Ces professionnels, recensés à l´échelle régionale par l´INSEE à la demande du Département d´Etudes et de Prospective (INSEE/DEP, 1990), constituent une catégorie d´actifs qui a particulièrement augmenté par rapport à l´ensemble des autres catégories d´actifs (plus de 37% entre 1982 et 1990 contre 4% en moyenne pour les autres professions). Ils représentent environ 125 000 personnes, soit 1,2% de la population active ayant un emploi. Ce sont des professionnels du spectacle et de l´audiovisuel (chanteurs professionnels, musiciens, danseurs, artistes de variété, gestionnaires de spectacles, assistants…), des artistes plasticiens, des artisans ou des ouvriers d´art, des auteurs littéraires, des journalistes, des cadres de la presse ou de l´édition, des bibliothécaires ou des professionnels de la conservation ou encore des professeurs d´enseignement artistique (hors établissement scolaire). Parmi ces professionnels, ceux qui sont liés à l´écriture (les auteurs littéraires, les scénaristes et les dialoguistes) comptent 5600 personnes dont les deux tiers sont concentrés en Ile-de-France (figure 2). Les artistes dramatiques et les danseurs, ou bien les cadres artistiques et techniques de la réalisation de spectacles vivants et d´audiovisuels sont encore plus polarisés dans la région capitale (de 70 à 76%). Certains professionnels de la culture sont légèrement moins concentrés en Ile-de-France (de 25 à 37%) et peuvent trouver plus facilement un emploi en dehors de la région francilienne et témoigner d´un ancrage territorial spécifique (région d´origine bien souvent). C´est le cas des professeurs d´enseignement artistique, des artisans d´art, des bibliothécaires, des archivistes et des conservateurs, ou encore de gestionnaires indépendants de spectacles et de services récréatifs (encadrant le plus souvent un petit effectif -moins de 10 salariés-). On explique cette polarisation « francilienne » des artistes, outre par le poids de la plus grande ville française, par le fait que les artistes se retrouvent plus nombreux là où ils peuvent à la fois obtenir une reconnaissance de l´ensemble de la profession et là où ils sont susceptibles de rencontrer un plus grand public. Le sociologue PM Menger (1994) explique la concentration parisienne de ces professions culturelles par la flexibilité, par le caractère intermittent et partiel de ces emplois, et enfin par une situation spécifique de « surproduction » dans ce milieu de travail, qui est liée à l´incertitude du succès et à la nécessité du renouvellement très rapide des produits culturels.

Figure 2

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Françoise Lucchini

http://cybergeo.revues.org/4988

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Auvergne : Vulcania dynamise l’économie locale

 

 

Credit photo Vulcania

Considéré comme l’une des locomotives touristiques d’Auvergne, Vulcania a su monter en puissance au cours des quatre dernières années. Les retombées économiques pour la région sont aujourd’hui estimées entre 32 et 48 millions d’euros par an.

Lancé en 2007, le « nouveau Vulcania » semble tenir toutes ses promesses. De 220 000 en 2006, le nombre de visiteurs est passé à 340 000 en 2010, soit une progression de 50 % en quatre ans. « La nouvelle stratégie de développement s’appuie sur le concept d’apprendre en s’amusant, confie Catherine Damesin, directrice de la Sem Volcans, gestionnaire du site. La scénographie doit être attractive et se renouveler avec au moins une à deux nouveautés par an ». Mission Toba est ainsi le tout dernier spectacle proposé par le parc d’activité. Assis confortablement dans un simulateur, face à un immense écran à 180° et au-dessus d’une projection au sol, les visiteurs peuvent revivre la spectaculaire éruption du super volcan Mont Toba, en Indonésie, il y a près de 74 000 ans. Autre création 2011 : l’exposition « Les diables des volcans », consacrée au plus célèbre couple de volcanologues, Maurice et Katia Kraft, disparu il y a vingt ans lors de l’éruption du Mont Unzen au Japon. « L’engagement et la passion de ces deux scientifiques, dont le travail a permis de sauver des dizaines de milliers de personnes, est mis en valeur, entre autres, par de nombreux objets personnels prêtés par la famille », explique Catherine Damesin.

Des partenariats qui se renforcent
C’est toute l’économie locale qui bénéficie de la dynamique insufflée par Vulcania. Il y a quatre ans, un cabinet d’études estimait déjà entre 32 et 48 millions d’euros les retombées financières sur la région. Cet été, plus de 80 % de la fréquentation du parc est venue de l’extérieur de l’Auvergne, profitant des offres de séjours « entrée + hôtel » proposées en ligne sur le site Internet du parc d’activités. « La collaboration avec l’ensemble des acteurs touristiques locaux s’est renforcée au cours des quatre dernières années, explique Catherine Damesin. Les visiteurs profitent de Vulcania pour découvrir l’Auvergne. Il est l’élément déclencheur d’un séjour dans la région pour plus de la moitié des visiteurs, contre 40 % en 2007 ». Le parc va profiter de cette popularité pour soutenir le projet d’inscription de la chaîne des Puys au Patrimoine de l’Unesco. Un partenariat a été signé le 22 juillet 2011 entre le président du Conseil général du Puy-de-Dôme et le président de la Sem Volcans.

L’expérience, le savoir-faire, la popularité et les retombées économiques de Vulcania ont également séduit le gouvernement indonésien. Un parc similaire pourrait ouvrir ses portes à Java Est fin 2013. Le dossier avance. Le projet vient d’être inscrit au niveau national dans le plan de développement à moyen terme de la province indonésienne. Avec un budget estimé à 20 millions d’euros, le futur parc pourrait bien, là encore, doper l’économie locale.

Patrick Cros/Naja

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Une réflexion sur “Les équipements culturels et leurs retombées locales: Lens, Metz, Poitiers, Auvergne et autres lieux

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