GEOGRAPHIE HUMAINE

Biotechs, facteurs d’emplois : le cas de la route 128 du Massachusetts

BULLETINS ELECTRONIQUES

Boston Massachusetts – crédit photo Dominique Milliez

2011

Le Massachusetts suscite l’admiration des autres états américains pour la qualité de ses universités, MIT et Harvard en tête. Va-t-on bientôt lui envier le dynamisme de son secteur des biotechnologies? Le « Massachusetts Biotechnology Council » (MassBio) est une organisation à but non lucratif créée en 1985. Elle représente les intérêts des organisations des biotechnologies installées dans l’état (600 entreprises et des institutions académiques). La publication du rapport annuel 2011 de MassBio [1] [2] est une bonne occasion de s’attarder sur la situation actuelle des biotechnologies dans cet état, et sur les perspectives de développement du secteur. Si les chiffres relevés par MassBio témoignent de la vitalité économique du domaine, les biotechnologies n’en demeurent pas moins très dépendantes des aides de l’Etat fédéral.

Un rapport invitant à l’optimisme

S’il ne fallait retenir qu’une chose du rapport de MassBio, c’est bien que le Massachusetts reste le leader américain dans le domaine des biotechnologies. « Comme l’industrie des biotechnologies se développe, et comme les entreprises explorent de nouveaux modèles économiques et partenariats, le Massachusetts continue d’être la plaque tournante de l’innovation, la recherche et l’investissement dans le secteur », a ainsi déclaré Robert K. Coughlin, président de MassBio. « Nous devons maintenir notre engagement en faveur de cette industrie, car elle se développe, crée de nouveaux emplois et permet d’aboutir à de nouveaux traitements pour les patients du monde entier. » [1] De fait, les principales données chiffrées du rapport semblent bien indiquer que tous les indicateurs sont au vert, à commencer par la situation de l’emploi:


Evolution du nombre d’emplois dans le Massachusetts directement liés au secteur des biotechnologies (* le chiffre de 2010 est une estimation faite à partir de données du rapport ES-202 du Massachusetts)
Crédits : MS&T (avec les données de l’U.S Census, « County Business Patterns and MassBio formula and analysis »)

– Le nombre d’emplois dans le domaine a atteint 48.000 en 2010, ce qui constitue un nouveau record. Depuis 2005, le nombre d’emplois liés aux biotechnologies a ainsi augmenté de 24% dans le Massachusetts, ce qui correspond à une croissance annuelle moyenne de +4,3% malgré la période creuse due à la crise économique à laquelle les Etats-Unis ont été confrontés en 2008. Au cours de cette période, l’industrie des biotechnologies n’avait en effet pas été épargnée par les destructions d’emplois.

– Avec 26.000 emplois dans la seule R&D, le Massachusetts a maintenu sa position dominante en matière de R&D. Le Massachusetts n’est devancé que par la Californie, qui peut se prévaloir d’une population dix fois plus nombreuse, concernant le rythme de la croissance des emplois dans la R&D. La position de leader de l’Etat du Massachusetts dans ce domaine semble donc désormais solidement ancrée.

– Le rapport de MassBio indique que le salaire moyen au sein du secteur est de 95 628 $ annuels. Ce montant dépasse de 77% le salaire moyen versé dans la région de Boston : ce sont ainsi des emplois hautement qualifiés que l’industrie des biotechnologies créée dans le Massachusetts.

– Le Massachusetts sait aussi profiter à plein de la présence d’acteurs importants du secteur : du côté des entreprises, Genzyme (désormais filiale du groupe français Sanofi – Aventis) est ainsi le premier employeur du domaine dans le Massachusetts avec 4 356 travailleurs, devançant Pfizer qui emploie 2 600 personnes.


Evolution du financement des entreprises de biotechnologies par le capital-risque dans le Massachusetts, de 2000 à 2010
Crédits : MS&T (avec les données du 2010 PricewaterhouseCoopers, National Venture Capital Association, MoneyTree Report, Historical Trend Data, MedTrack, and MassBio analysis)

Le financement du secteur semble également bien établi. Le rapport de MassBio atteste ainsi la vitalité de l’investissement dans les entreprises de biotechnologie :

– Le rapport de MassBio témoigne d’une stabilisation de l’investissement par le capital risque dans le Massachusetts, en nette progression par rapport aux niveaux relativement bas de l’année 2005.

– Les activités de financement par le capital risque restent cependant très fluctuantes : au premier trimestre de l’année 2011, qui a vu les entreprises de biotechnologie ne recevoir que 104 millions de dollars, soit le plus faible montant depuis 2004, a ainsi succédé un second trimestre florissant, où le total des financements s’est élevé à 371 millions, constituant un nouveau record.

– Le Massachusetts semble par ailleurs être en position privilégiée vis-à-vis des investisseurs par rapport aux autres états américains. La part de l’investissement consacrée aux biotechnologies pour la totalité des Etats-Unis captée par cet état est ainsi en progression presque constante depuis 2000, passant de 12% à 23% aujourd’hui.

Au-delà de ces statistiques, l’industrie des biotechnologies présente des résultats solides. A l’heure actuelle, 900 produits pharmaceutiques seraient en cours de développement dans les entreprises du Massachusetts: 40% de ces produits concernent les traitements dans le cancer, ce qui témoigne de l’important effort de financement de l’Etat fédéral et de l’implication des institutions scientifiques dans ce domaine. Rappelons que le « National Institue of Health » (NIH) prévoyait en 2010 d’allouer une part de 16,5% de son budget de 2011 à l’institut national du cancer (NCI) [3].

Entre mai 2010 et avril 2011, 217 médicaments de pointe sont entrés en phase de développement qui démarre avec les essais pré-cliniques pour finir à l’autorisation (ou le rejet) de la mise sur le marché par la FDA. C’est un signe encourageant pour l’avenir.

Le seul bémol dans les chiffres relevés par MassBio est le plongeon relevé dans la croissance de la fabrication, où l’on constate une diminution du nombre des emplois dans le Massachusetts. Cette tendance s’observe cependant dans d’autres états en avance dans le domaine des biotechnologies, à l’exception notable du Maryland.

Un optimisme à tempérer

Malgré des chiffres encourageants, il convient de relativiser les statistiques fournies par MassBio. Même si le Massachusetts a réussi à conserver la majeure partie des investissements de capital-risque à destination des biotechnologies en 2010, le secteur continue de traverser des moments difficiles. Développer les traitements et les thérapies issus des biotechnologies est de fait un défi important car l’investissement nécessaire est énorme. Comme nous le soulignions dans un précédent BE [4], il faut généralement plus d’une décennie et un investissement de plusieurs centaines de millions pour introduire un médicament révolutionnaire sur le marché. Suite à la crise des subprimes, la nature élevée du risque d’investissement dans les entreprises de biotechnologie a conduit à une baisse des financements, et à l’abandon de nombreux projets de recherche. A ceci s’ajoute le fait que la conjoncture économique américaine continue d’être mauvaise.

Beaucoup de sociétés de biotechnologie sont de petites entreprises confrontées à d’importantes difficultés pour rassembler les capitaux nécessaires au long processus qui conduit à la production d’un médicament. On en compte 5.000 aux Etats-Unis.

Au plus fort de la crise économique en 2009, l’administration américaine avait mis au point un programme, le « Therapeutic Discovery Project », qui, grâce à des crédits d’impôt fédéral et d’un programme de subventions, avait permis d’encourager l’investissement dans les petites entreprises de biotechnologie, contribuant au financement à hauteur de 128 millions. De nombreuses entreprises avaient pu bénéficier de ce programme, qui s’est révélé essentiel quant à leur développement, comme en témoignent plusieurs dirigeants de petites entreprises du secteur [5] [6].

Au final, malgré de nombreux indicateurs au beau fixe, le secteur des biotechnologies reste donc très dépendant des financements de l’Etat fédéral. Dans un contexte de réduction des dépenses de l’Etat, le secteur pourrait à terme ne pas être épargné par la crise. Cependant, alors que le président Barack Obama a fait de la lutte contre le chômage une des priorités de la fin de son mandat, prendra-t-il le risque de diminuer les financements accordés à une industrie qui a prouvé ces dernières années qu’elle était un formidable creuset pour l’emploi?

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2012

La R&D dans le Massachusetts : forte croissance de l’emploi dans les SDV en 201

2012 ne fait pas exception à la règle : à chaque rentrée, le « Massachusetts Biotechnology Council » (MassBio) présente un état des lieux du secteur biopharmaceutique dans le Massachusetts [1]. MassBio est une organisation à but non lucratif créée en 1985. Elle représente les intérêts des organisations liées aux biotechnologies et aux sciences de la vie (SDV) installées dans l’Etat, soit environ 600 entreprises et des institutions académiques. La publication des données recueillies par MassBio nous fournit l’occasion de dresser un tableau de l’industrie biopharmaceutique dans le Massachusetts.

1/ Croissance de l’emploi qualifié, érosion de l’emploi manufacturier

Le nombre d’emplois au sein des entreprises biopharmaceutiques a augmenté de 42% dans le Massachusetts depuis 2002, passant de 37 490 à 53 253. Néanmoins, l’augmentation du nombre des emplois a fortement ralenti depuis 2007. Cette moindre croissance est en grande partie liée à la crise économique qui a frappé les Etats-Unis au cours de cette année. Depuis lors, le secteur a cependant bien résisté, le nombre d’emplois augmentant de 5,4% alors que le chiffre de l’emploi sur l’ensemble du Massachusetts baissait de 2,7%. En 2011, la somme des salaires versés aux employés du secteur s’élevait à 6 milliards de dollars, soit une moyenne de 113.000 dollars par employé.

Si les chiffres de l’emploi pris dans leur globalité invitent à l’optimisme, ils n’en restent pas moins le reflet de réalités bien diverses. Si le nombre d’emplois en R&D a bel et bien augmenté au cours de ces dernières années, celui concernant le secteur de la production biopharmaceutique ne cesse de s’éroder.

Concernant la R&D, avec 28.000 postes, le Massachusetts est l’état américain concentrant le plus d’employés. Seule la Californie s’approche de ce chiffre, avec 22 500 employés en R&D dans l’industrie biopharmaceutique. Mais, naturellement l’impact de cette concentration d’emplois n’est pas le même puisque la Californie a une population dix fois plus nombreuse. La dynamique de ces deux états en termes d’emplois dans la R&D en SDV semble largement positive, puisque le nombre d’emplois a augmenté de 14% pour le Massachusetts et de 18% pour la Californie entre 2007 et 2011. Ces deux états font néanmoins largement figure d’exception. La Pennsylvanie, troisième état en termes d’effectifs de R&D biopharmaceutique, a ainsi vu ses effectifs fondre, passant de 16 900 employés en 2007, soit un chiffre à l’époque comparable à celui de la Californie, à 11 230 (- 33%) en 2011.

Si la R&D semble s’inscrire dans une dynamique favorable, la situation sur le front de l’emploi reste en revanche préoccupante dans le domaine de la production biopharmaceutique. Les Etats-Unis ont ainsi perdu un peu plus de 23.000 emplois dans ce secteur depuis 2002, soit une fonte de 7,9% des effectifs. Seuls cinq états échappent à ce reflux des effectifs: la Californie, le Massachusetts, l’Ohio, le Maryland et le Texas. En augmentant ses effectifs de 7,5%, soit 3.000 personnes, la Californie reste, et de loin, l’Etat où l’emploi est le plus important dans le secteur. On notera néanmoins la forte progression de l’état du Maryland, où le nombre d’emplois manufacturiers dans l’industrie pharmaceutique a augmenté de 36,5% en 10 ans, et à l’inverse la déconfiture d’états comme le New Jersey, le Connecticut ou encore le Missouri. Ces derniers sont confrontés à une réduction de l’ordre de 30% de ces mêmes effectifs. Les perspectives restent en outre peu favorables à court terme: dans la quasi-totalité des états américains, la tendance au cours des dernières années est à la baisse des effectifs dans la production biopharmaceutique, et le pic d’emploi semble bel et bien avoir été dépassé.

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2/ Investissements au sein du secteur

Outre les chiffres de l’emploi, un indicateur pertinent quant à la santé du secteur est le montant des investissements en provenance du capital risque (VCs). A cet égard, l’investissement dans le Massachusetts a atteint un niveau record au cours de l’année 2011, s’élevant à 1,07 milliard de dollars. Au total, les VCs ont investi plus de 8 milliards de dollars dans le secteur biopharmaceutique du Massachusetts au cours des 10 dernières années. L’Etat continue d’attirer les investissements: en 2011, il a ainsi vu affluer 22,6% des investissements venant du capital risque dans le secteur biopharmaceutique, un chiffre en légère baisse par rapport à 2010. Cette année là, en attirant 23,1% du montant total des investissements, le Massachusetts avait établi un nouveau record en la matière. Autre particularité du Massachusetts: la part des investissements en direction des jeunes entreprises innovantes (JEIs) en stade précoce de développement s’élève à 69,7% du total, contre 43,4% pour le reste des Etats-Unis. Ce chiffre constitue un facteur d’attractivité, surtout quand on sait les difficultés rencontrées par les JEIs pour attirer des financements lorsqu’elles sont en phase de démarrage. Plus de 6.000 entreprises dans le grand champ des SDV sont dans cette situation aux Etats-Unis.

Le Massachusetts profite également à plein des financements de différents organismes fédéraux, au premier rang desquels figurent notamment les « National Institutes of Health », responsables au niveau fédéral des recherches menées dans le domaine de la santé. Au cours de l’année 2011, les deux principaux bénéficiaires des financements de cet organisme ont été la Californie, à hauteur de 3,5 milliards de dollars environ, et le Massachusetts, qui a reçu près de 2,5 milliards de dollars. Si l’on ramène les financements du NIH à la population de ces différents états, le Massachusetts est très largement en tête. Si l’on ramène les financements du NIH au nombre d’employés du secteur de ces états, le NIH dépense environ 133.000 dollars par employés du secteur et par an en Californie, et 90.000 dollars dans le Massachusetts.

3/ Quelles perspectives pour l’industrie biopharmaceutique du Massachusetts?

L’industrie biopharmaceutique aux Etats-Unis n’échappe pas aux profondes mutations qui marquent l’économie actuelle et qui se sont amplifiées depuis la crise de 2008-2009. L’embellie actuelle sur le front de l’emploi dans le secteur n’a ainsi pas permis d’enrayer l’érosion des emplois manufacturiers. Il semble bien que l’industrie biopharmaceutique dans son ensemble se dirige vers un nouveau modèle de développement, moins intégré et davantage axé sur la R&D et le développement de traitements de pointe. Dans ce contexte, les différents indicateurs statistiques recueillis lors de l’étude de MassBio tendent à montrer que les entreprises du secteur se regroupent dans les états les plus innovants comme le Massachusetts ou encore la Californie. Selon les auteurs, ces états disposent de nombreux atouts pour attirer les principales entreprises du secteur.

Dans le cas du Massachusetts, plusieurs facteurs concourent à créer un climat propice au développement du secteur. Ainsi, la présence d’universités parmi les plus prestigieuses du monde, comme le MIT ou Harvard, favorise la formation d’une main d’oeuvre qualifiée. L’attractivité du Mass. est aussi associée à l’existence d’un écosystème entrepreneurial presque sans égal à l’échelle des Etats-Unis et même du monde. Il est reconnu pour donner un véritable essor aux JEIs. De même, les six institutions qui reçoivent la plus grosse part de financements des NIHs sont localisées dans la région de Boston. De fait, le Massachusetts se singularise par la concentration d’entreprises biopharmaceutiques en son sein: l’Etat compte une concentration d’entreprises du secteur près de huit fois plus élevée que le reste des Etats-Unis. Le Massachusetts regroupe enfin de nombreux acteurs incontournables du secteur biopharmaceutique: des entreprises comme Genzyme, Pfizer, Biogen, Novartis, Shire sont toutes présentes dans cet Etat. A titre de comparaison, le second état du classement, le Maryland, a une concentration quatre fois supérieure à celle des Etats-Unis.

Même si le Massachusetts dispose de nombreux atouts, ces derniers ne constituent pas une assurance de prospérité pour les années à venir. Une source de préoccupation est la cherté de la vie. De façon plus générale, les Etats-Unis sont aussi de plus en plus confrontés à la concurrence montante des pays émergents, notamment en Asie du Sud-est [2]. De plus, au sein de l’industrie pharmaceutique, la tendance est désormais à l’externalisation de la recherche, ce qui pourrait à terme menacer l’emploi dans le secteur.

 

 

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