GEOGRAPHIE HUMAINE

Erythrée : Viols, kidnappings et torture

RUE 89

By  David Lagarde

 

Une réfugiée erythréenne prépare le repas dans un camp de réfugiés près de Kassala, au Soudan, en janvier (Ashraf Shazly/AFP)

 

 

Depuis 1998 et la guerre contre l’Ethiopie, Issaias Afeworki, président de l’Erythrée, a introduit un service militaire d’une durée indéfinie. Ainsi, lorsqu’un citoyen érythréen entre à l’armée lors de sa dernière année de lycée, il ne sait jamais s’il en ressortira un jour.

Selon les estimations de l’ONU, chaque mois, entre 2 000 et 3 000 personnes fuient le pays, principalement dans le but d’échapper à cette conscription forcée.

Mais pour les Erythréens, quitter leur territoire n’est pas une mince affaire et le sort qui les attend à l’étranger est parfois pire. A l’heure actuelle, entre 400 et 500 réfugiés érythréens seraient retenus en otage dans le Sinaï.

Sortir du pays, la mort au bout du chemin ?

La plupart des Erythréens qui vivent en exil sont des personnes jeunes qui ne supportaient plus de passer leur vie à l’armée [PDF]. Ils profitent en général des dix jours de permission qui leur sont accordés tous les six mois pour s’enfuir, ou, si l’occasion se présente, ils s’évadent de l’immense caserne de Sawa pour se rendre dans la région de Kassala, au Soudan.


Carte de l’exil des Erythréens  (HCR)

Une fois arrivés au niveau de la frontière, les candidats à l’exil doivent redoubler de vigilance. Les gardes-frontière érythréens ont pour ordre d’empêcher leurs concitoyens de quitter le pays et pour ce faire, ils n’hésitent pas à tirer pour tuer.

Ceux qui arrivent à quitter le pays sains et saufs arrivent en Ethiopie ou au Soudan. De là, ils vont tenter de rejoindre l’un des camps de réfugiés situé aux abords de la frontière.

Des lieux où les conditions de vie et de sécurité sont si déplorables que la plupart des exilés n’y font qu’une brève escale avant de reprendre la route vers le nord, en direction de Khartoum, la capitale soudanaise, et dans une moindre mesure vers l’Europe et Israël.

Laurie Ljinders est anthropologue. Elle mène depuis deux ans une étude [PDF] sur les trafics d’êtres humains et la torture dont les réfugiés Erythréens font l’objet sur la route d’Israël :

« Ces camps sont fondés par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), mais l’ONU n’y assure pas de présence permanente. De plus, les réfugiés sont obligés de sortir du camp pour travailler ou ramasser du bois dont ils se servent pour cuisiner.

Etant donné qu’il n’existe pas de véritables services de sécurité pour assurer la protection des personnes qui y séjournent, ils sont particulièrementexposés aux risques de kidnapping. »

Une chasse aux réfugiés

A partir du milieu des années 2000, les réfugiés érythréens vont commencer à prendre la direction d’Israël. Face au nombre croissant de candidats au départ, un réseau de passeurs va se développer à l’échelle internationale autour de Bédouins du Sinaï et des membres de la tribu des Rashaïdas, originaires du Soudan et d’Erythrée.

Meron Estefanos est une journaliste et militante des droits de l’homme. Avec deux chercheurs de l’université de Tilburg (Pays-Bas), elle vient de publier unrapport [PDF] sur les trafics d’êtres humains qui se sont développés entre le Soudan et le Sinaï.

Meron Estefanos :

« Les Rashaïdas disposent de plusieurs passeports, ils se déplacent librement en Ethiopie, au Soudan et en Egypte. Ils connaissent parfaitement le désert, et avec leurs connexions avec d’autres tribus de Bédouins en Egypte, il leur est très facile de faire passer des réfugiés de la Corne de l’Afrique jusqu’au Sinaï. »

Jusqu’en 2010, en échange de 1 000 dollars, les Erythréens pouvaient rallier Israël en quelques semaines seulement. Mais au vu des conditions de vie devenant de plus en plus difficiles au sein de l’Etat hébreu, le nombre de candidats au départ va considérablement diminuer. Pour contrer ces importantes pertes économiques, les Rashaïdas se sont reconvertis dans le kidnapping de réfugiés.

Laurie Ljinders :

« Si beaucoup de kidnappings ont lieu dans les camps de réfugiés, les Erythréens se font aussi kidnapper au moment où ils sortent de leur pays. Dans ces régions frontalières, les Rashaïdas, aidés par des gardes-frontière soudanais, se livrent littéralement à une chasse aux réfugiés. »

Une première rançon de quelques milliers de dollars est alors exigée par les Rashaïdas. Lorsque les réfugiés peuvent payer, ils sont relâchés, mais ceux qui n’arrivent pas à se procurer la somme exigée sont revendus à des Bédouins égyptiens qui viennent au Soudan acheter des réfugiés par dizaines, avant de les ramener dans des camps de torture du Sinaï, où ils tenteront par tous les moyens de leurs extorquer des rançons pouvant s’élever jusqu’à 50 000 dollars.

Dans les camps de torture du Sinaï

Après un voyage de plusieurs milliers de kilomètres à travers le désert, les réfugiés arrivent dans le Sinaï où ils sont maintenus à proximité de la frontière israélienne. Enfermés dans des caves, des garages ou des containers enterrés à plusieurs mètres de profondeur, ils sont torturés jusqu’à ce que leurs proches payent la rançon exigée par les preneurs d’otages.

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