GEOGRAPHIE HUMAINE

« J’habite pas, je suis de partout » : des jeunes avec la rue pour seul domicile fixe

Les jeunes errants à Marseille, une question politique

par Marine Vassort

Cette phrase d’un jeune Comorien de 13 ans, rencontré un soir à la gare, donne une définition de l’errance juvénile et sert de déclencheur au questionnement : « J’habite pas, je suis de partout. » Cet adolescent fait partie d’un groupe de jeunes, français et étrangers, qui dorment dans les trains, squattent dans des appartements de différents quartiers du centre-ville et sont parfois les maillons d’une économie de survie qui profite à des receleurs qui les surveillent du coin de l’œil. Au-delà de la rencontre singulière, « j’habite pas, je suis de partout » est le signe que les errants peuvent virtuellement occuper toutes les places, recoins et lieux de la ville, qu’ils ont une prétention au territoire, mais de façon toujours transitoire.

La figure du mineur étranger (ou « jeune errant ») est aujourd’hui révélatrice de paradoxes politiques. Elle allie les contraires : devoir de protection et impossible intégration ; visibilité urbaine croissante et invisibilité liée à l’absence d’évaluation ; obligation de prise en charge et échec de la sortie des dispositifs, comme insuffisance des moyens éducatifs. Combien sont-ils à Marseille ? Des chiffres circulent mais aucun ne repose sur une évaluation précise. On sait peu de choses sur leurs trajectoires. Pourtant, leur présence dans certains espaces du centre-ville a propagé la rumeur, déclenché la surenchère médiatique et provoqué l’amalgame facile entre errance, délinquance et, parfois même, prostitution.

Cet article prend pour objet l’errance des mineurs étrangers et leur difficile prise en charge par les services de l’Aide sociale à l’enfance. Fondé sur une recherche empirique, il est ponctué d’extraits d’entretiens menés auprès d’une trentaine d’acteurs associatifs et publics. L’analyse de leurs discours fait remonter leurs représentations, informant par là sur les pratiques publiques et sur les situations d’errance. Les données présentées (entretiens et chiffres) ont été recueillies lors d’une étude réalisée à la demande du conseil général des Bouches-du-Rhône (Vassort, 2003). Cette dernière se concentrait sur le dispositif associatif et non sur les parcours des mineurs ; dans cette optique aucun enfant n’a été formellement interrogé. Du fait des limites de la commande institutionnelle et de celles imposées par le terrain, la synthèse de ce travail d’enquête donne une image incomplète du phénomène, mais elle se centre sur la construction d’une catégorie de population « en marge », qui cependant marque la ville par ses usages et questionne les administrations.

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PENSEES PLURIELLES

DES JEUNES DANS LA TOURMENTE

Les cas dans la Région Nord-Pas-de-Calais et dans la région du Kent

by Anne-Françoise Dequiré et Emmanuel Jovelin

Le phénomène des jeunes en errance est de plus en plus présent dans la Région Nord-Pas-de-Calais et dans la région du Kent. Le nombre de jeunes sans domicile fixe dans la région du Kent-Est est estimé approximativement à 600. Quant à Lille et ses environs, une étude de l’INSEE datant de janvier 2001 sur les sans-domicile faisait état de 1 600 enfants ou jeunes de moins de 18 ans. Ce chiffre est minimum, puisqu’il ne tient pas compte des personnes sans logement mais vivant à l’hôtel à leurs propres frais. Toutefois, nous savons qu’il est très difficile de quantifier le nombre exact de ces jeunes du fait du caractère instable de cette population, quoique certains signes tendent vers une augmentation de ce groupe d’âge.

En Grande-Bretagne, les études sur les jeunes sans domicile fixe portent sur des personnes dont l’âge varie de 13 à 25 ans et sont privés d’un foyer (home) stable et autonome. Elles distinguent les mineurs fugueurs (runaways) éloignés de leur domicile (familial ou institutionnel), les sans-foyer (majeurs) qui n’ont pas de domicile fixe ni de logement permanent mais un toit temporaire (les bed and breakfast hostels), les jeunes à la rue (rough-sleepers), alternant des solutions d’hébergement précaires et la rue, enfin les jeunes qui se trouvent dans une famille et qui eux-mêmes sont sans domicile fixe.

Ces catégories sont aussi présentes en France, même si nos travaux s’appuient sur la tranche d’âge voisine allant en général de 15 ou 16 ans (16 marquant la fin de la scolarité obligatoire), jusqu’à 24 ou 25 ans (âge minimum requis pour bénéficier de certaines mesures sociales). D’autres analysent les jeunes fugueurs, d’autres les festivaliers. Nous ne répéterons pas assez que l’exercice de la définition de la jeunesse ou des jeunes n’est pas évident, dans la mesure où cette période, comme nous le verrons plus loin, correspond à un processus social et non seulement biologique.

Cet article est issu d’une recherche Jovelin E. , Dequiré A. F, Trajectoires des jeunes sans domicile… réalisée dans le cadre d’un projet à dimension européenne appelé INTERREG, porté par l’Institut social Lille Vauban de l’Université catholique de Lille et la Christ Church Canterbury University. L’objet du projet était d’analyser les trajectoires des jeunes sans domicile (jeunes en errance de 16 à 25 ans), comprendre le sens qu’ils donnent à leurs trajectoires et aux aides qui leur sont accordées. Évaluer et comparer les politiques d’aide en faveur de ces jeunes dans la Région Nord-Pas-de-Calais et dans le Kent. Il s’agissait, pour ce deuxième point, de comprendre le mode de fonctionnement des services de prise en charge, la coordination de ces services, avec pour objectif l’amélioration de l’accompagnement des jeunes sans domicile fixe en prenant, bien entendu, en compte leurs expériences et aspirations et en produisant des deux côtés un guide d’accompagnement social des jeunes sans domicile fixe.

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BIBLIOGRAPHIE

RUSSIE

ALLEMAGNE

Filme zu « Armut in Deutschland »

ETATS UNIS

GRANDE BRETAGNE

CANADA

FRANCE

COLOMBIE

PHILIPPINES

HAITI

MAROC

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

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