ARPENTEURS DE LA GEOGRAPHIE

David Engels : Europe : le déclin est-il inéluctable ?

Le Monde

by Philippe Arnaud

Il est pessimiste, et il ose le dire. Parce qu’« il y a des époques dans l’histoire humaine où tout optimisme n’est que lâcheté et aveuglement irresponsable », écrit David Engels dans ce livre intéressant.

A l’heure où les Européens peinent à se mettre d’accord sur un budget qui ne représente que 1 % du produit intérieur brut de l’Union, ce professeur d’histoire romaine à l’Université libre de Bruxelles tire le signal d’alarme. « L’Union européenne est en crise, écrit-il. Crise institutionnelle, crise économique, mais aussi crise identitaire. Personne ne doute que les évolutions à venir seront décisives pour sa survie en tant qu’acteur politique majeur. »

Dans l’entre-deux-guerres, le philosophe allemand Oswald Spengler prophétisaitLe Déclin de l’Occident (Gallimard, 1948). Si la chute finale de la maison Europen’est pas pour demain, David Engels propose néanmoins un parallèle stimulant entre la crise du monde romain et la situation du Vieux Continent, en ce début de XXIe siècle.

ETAT AUTORITAIRE ET CONSERVATEUR

La République romaine a duré de la fin du VIe siècle av. J.-C. au début du règne d’Auguste (27 av. J.-C.). Au Ier siècle av. J.-C., rappelle David Engels, la République fait face à des crises structurelles interconnectées (politiques, économiques, culturelles). Ce moment, où un Etat relativement ouvert et républicain se transforme en Etat autoritaire et conservateur présente de troublantes ressemblances avec le moment que nous vivons, avance l’historien.

Il affirme craindre en Europe un « revirement autoritaire », un nouveau césarisme« qui semble de plus en plus inévitable et risque de renverser le processus d’émancipation de l’individu ».

La partie la plus incisive du livre réside dans la critique d’une conception désincarnée de la construction européenne. Non, affirme David Engels, l’Union européenne n’est pas une « nouveauté absolue » dont l’identité serait à construire et à définir par une réflexion rationnelle. « La tentative aussi désespérée qu’infructueuse de rejeter les valeurs traditionnelles du passé et de construire une nouvelle identité collective européenne basée sur des idéaux universalistes ressemble plus à un symptôme de la crise actuelle qu’à sa solution », écrit-il.

Si le repli sur soi n’est pas la solution, l’Europe, suggère David Engels, doitassumer de façon critique son héritage et ses traditions, plutôt que de les occulter. En jargon d’aujourd’hui, cela s’appelle le « soft power ». Une autre façon de dire que l’Europe n’est ni une frontière, ni un laboratoire, mais un espace politique qu’il s’agit de penser et de bâtir.

Le Déclin. La crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine, de David Engels, éditions du Toucan, 384 pages, 20 euros.

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