DECORTIQUAGES

La France : les enjeux d’une grande puissance du Pacifique

SENAT

BY Élisabeth Laurin, Directeur d’Asie et d’Océanie, ministère des Affaires étrangères

 

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credit photo T. Sylvain

 

L’Asie-Pacifique constitue, avec plus de 17 500 km de large, un espace unique, aujourd’hui  moteur de la croissance mondiale. Ses États riverains représentent près d’un tiers du PIB mondial – plus de 70 000 milliards de dollars (source FMI). Elle concentrera près de la moitié de la croissance mondiale (3,3 % en moyenne en 2013) pour les cinq prochaines années selon les estimations du FMI. Elle est également le premier espace de transit au monde en flux de marchandises (70 % du trafic mondial), situation qui explique l’importance donnée au respect de la liberté de navigation et aux questions maritimes. Elle regroupe 3,43 milliards d’habitants sur ses rives, 60 % de la population mondiale, qui vivent dans 36 pays. Elle représente, enfin, 52 % de la surface de la terre et la présence des cinq membres du Conseil de sécurité.

Au sein de cet espace, le Pacifique Sud occupe une place particulière et comporte des enjeux spécifiques pour la France. Avec 550 000 Français installés dans trois collectivités territoriales (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis et Futuna), une zone économique exclusive (ZEE) de 7,6 millions de kilomètres carrés (deux tiers de la ZEE française), la présence des forces armées de la Nouvelle-Calédonie et celles de la Polynésie française et un réseau diplomatique de cinq ambassades dans la région, la France y est un acteur majeur et y conduit une politique visant à répondre aux enjeux et défis régionaux propres à cet espace.

Présente physiquement, politiquement et militairement dans le Pacifique Sud, la France y est aussi un acteur économique, à double titre.

Elle est tout d’abord un État qui assure aux citoyens vivant dans ses collectivités d’outre-mer du Pacifique un niveau de vie et de services comparables à celui de tout citoyen français. Ces collectivités sont également des acteurs économiques importants de la région, nouant des liens étroits avec nos partenaires australien et néo-zélandais notamment. Elles se tournent également vers la Corée du Sud ou le Japon pour les exportations de nickel et de ressources halieutiques. Ces questions seront d’ailleurs évoquées lors de la table ronde 4.

Elle est aussi un partenaire économique pour les États de la région à l’importance grandissante. À titre d’exemple, l’Australie, douzième économie mondiale et membre du G20 : les exportations françaises vers ce pays ont plus que doublé en dix ans, pour atteindre 3,7 milliards d’euros en 2011. Ce pays représente, en 2011, le troisième excédent commercial de la France, un excédent supérieur à ceux du Brésil et de l’Inde. La France en Australie, ce sont près de 400 implantations françaises employant 70 000 salariés, près de 18 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Un succès de notre diplomatie économique. C’est également une communauté française de plus en plus nombreuse comme en témoignent les chiffres des Français présents en Australie ou en Nouvelle-Zélande (respectivement près de 70 000 et 6 000).

Dans le Pacifique sud, la politique de la France entend répondre à trois enjeux principaux :

Le premier enjeu pour la France, mais à dimension régionale, est lié à l’évolution politique et institutionnelle des collectivités françaises du Pacifique : 25 ans après les accords de Matignon, la consultation prévue en Nouvelle-Calédonie entre 2014 et 2018 par l’accord de Nouméa sera une échéance majeure pour ses habitants mais également pour les États voisins. Il s’agit, pour la France, d’accompagner ce processus au bénéfice de tous.

Le deuxième enjeu d’importance, c’est celui de la stabilité régionale. Le Pacifique Sud est marqué par la fragilité croissante de certains petits États insulaires souvent classés parmi les Pays les moins avancés (PMA) du monde. Ces États sont particulièrement sensibles aux contraintes extérieures : au développement des trafics, d’êtres humains mais aussi de drogues ou d’armes, aux  catastrophes naturelles, de plus en plus destructrices, au changement climatique aussi qui fragilise les équilibres naturels et humains. La France, avec ses partenaires australien et néo-zélandais notamment, entend répondre à ce défi. Elle le fait au travers de sa politique de coopération, bilatérale ou multilatérale. Elle le fait aussi par ses moyens militaires, en déployant ses forces armées prépositionnées en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française en réponse aux demandes d’assistance qui lui sont faites par les États insulaires voisins. Elle y répond enfin par la politique d’intégration régionale de ses territoires afin qu’ils soient en mesure, seuls ou avec elle, de participer aux efforts de tous.

Un troisième enjeu, c’est aussi celui de l’accès aux ressources et de leur utilisation. Car le Pacifique Sud est un espace unique dont les ressources immenses, qu’elles soient halieutiques, de matières primaires ou de biodiversité, suscitent un intérêt renouvelé dans une région, l’Asie-Pacifique, où les besoins des populations, alimentaires ou énergétiques, explosent. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de voir des acteurs publics ou privés manifester un intérêt croissant pour le contrôle et l’exploitation de ces ressources.

Consciente des attentes à son égard et des responsabilités qui sont les siennes, la France entend répondre à ces enjeux. Elle mène dans le Pacifique une politique globale qui rassemble en un tout cohérent les actions menées en direction des communautés françaises du Pacifique, celles en direction des États tiers ou en faveur des organisations régionales.

Cette politique se traduit par un effort financier particulier de la France vers le Pacifique, qu’il soit par des transferts financiers majeurs en faveur de ses collectivités (2,5 milliards d’euros par an) auxquels s’ajoutent les contributions de la France aux organisations régionales (CPS, PROE), l’aide fournie par l’Agence française de développement, la part française au Fonds européen de développement utilisé pour le Pacifique (19 % de 500 millions d’euros sur cinq ans), le « Fonds Pacifique » de coopération régionale et la coopération bilatérale.

Au-delà de l’aide aux États et territoires insulaires du Pacifique, la France entretient des relations privilégiées avec les principaux pays de la région, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Les exercices militaires conjoints« Croix du Sud » et le dispositif FRANZ (France-Australie-Nouvelle-Zélande) de gestion post-catastrophe, mis en oeuvre une nouvelle fois fin décembre 2012 en faveur de Fidji, suite au passage du cyclone Evan, en sont deux exemples concrets.

La France, comme ses trois collectivités, entend contribuer aux efforts de coopération menés au sein des grandes organisations régionales, notamment en faveur du développement économique et de la protection contre le changement climatique, en concertation étroite avec ses partenaires. En cela, elle poursuit la politique qu’elle a lancée dès après la seconde guerre mondiale avec le choix de Nouméa comme siège de la Communauté du Pacifique (CPS), première organisation régionale de coopération technique, scientifique et de formation créée par la France, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Elle est également membre du Programme Régional Océanien pour l’Environnement (PROE), organisation chef de file pour les questions touchant à la préservation de l’environnement dans le Pacifique, et participe aux organisations régionales de gestion des pêches.

Au-delà des actions de l’État, la France appuie celles de ses collectivités du Pacifique, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna. Elle poursuit une politique active qui vise à favoriser leur intégration régionale et à appuyer les politiques qu’elles mènent dans le cadre des compétences qui leur ont été conférées. La participation croissante des collectivités françaises du Pacifique dans les organisations régionales (CPS, PROE, FIP, organisations régionales des pêches), avec les ressources dont elles disposent, sont un exemple de cette dynamique.

Cette politique rencontre le soutien unanime des États et territoires du Pacifique. Le statut de « membre associé » accordé en 2006 à la Nouvelle-Calédonie et à la Polynésie française par le Forum des Îles du Pacifique et l’accession de Wallis et Futuna au statut de « membre observateur » soulignent son succès et sa légitimité. Elle doit être poursuivie. C’est le sens de l’initiative portée par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie auprès du Forum pour obtenir le statut de« membre plein ».

Les accords commerciaux avec la Corée du Sud, le Japon ou la Chine, les flux de marchandises qui en découlent soulignent que cette intégration n’est pas seulement politique. Elle devient aussi économique, au bénéfice de tous et en premier lieu, des habitants de ces territoires.

C’est dans une perspective d’intégration politique, économique, scientifique et culturelle que le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a également décidé, en plein accord avec les autorités françaises, de déployer des« délégués pour la Nouvelle-Calédonie » au sein des ambassades de France dans le Pacifique Sud. C’est une nouvelle étape et un autre signal fort de l’intégration régionale qui se poursuit. Le premier délégué a intégré en 2012 l’ambassade de France en Nouvelle-Zélande. Il devrait être suivi par d’autres à Canberra, Port-Moresby, Suva, Port-Vila… Cette initiative devrait également être étendue à l’ensemble des territoires d’outre-mer français, sur les trois océans, le Pacifique, l’Océan indien et l’Atlantique, et constituer ainsi une nouvelle dimension de la politique étrangère de la France.

La France se veut enfin le relais naturel des aspirations des Pays et territoires d’Outre-mer (PTOM) et des pays Afrique-Caraïbe-Pacifique (ACP) au sein de l’Union européenne. Tel est le cas encore aujourd’hui dans le cadre de la révision de la décision d’association des PTOM à l’Union européenne ou dans celui des négociations d’accords de partenariat économiques avec les pays ACP.

Les structures et les moyens du dispositif français dans le Pacifique, la continuité de la politique conduite par la France dans cette partie du monde, lui permettent ainsi de maintenir une présence et une influence significatives. La mise en oeuvre de nos politiques bilatérales et multilatérales en Océanie reflète l’engagement politique réaffirmé des autorités françaises dans cette vaste région.

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Le point de vue Néo-Zélandais

by Mme Rosemary Banks, Ambassadeur de Nouvelle-Zélande en France, Représentant permanent auprès de l’OCDE

«Tene koto, tene koto, tene koto katoa. No mai halemai ki tene koe. Hui. Tene koto, tene koto, tene koto katoa. »

Merci de m’avoir invitée à prendre la parole devant un impressionnant rassemblement d’amis du Pacifique pour vous parler des perspectives de la Nouvelle-Zélande sur la présence de la France dans la région, maintenant et à l’avenir.

D’expérience personnelle, je sais que le Pacifique reste toujours attaché à ceux qui y ont vécu. L’immensité de l’océan, l’éclat des étoiles, la richesse et la diversité des cultures et des langues, la chaleur des habitants. Le « Pacific way », la façon typique de faire les choses.

Mais si vous connaissez bien la région, vous ne pouvez qu’être inquiets des graves défis auxquels nos partenaires du Pacifique doivent faire face. Ces défis sont d’ordre économique, démographique, environnemental et concernent aussi la gouvernance et la sécurité, au sens large. Le changement climatique menace de les accélérer.

La Nouvelle-Zélande place la stabilité dans la région du Pacifique Sud comme l’objectif principal de sa politique étrangère. Il s’en suit que notre assistance au développement est focalisée sur cette région. Cependant, nous ne sommes que 4,4 millions de personnes et nous ne pouvons espérer faire une différence que si nous travaillons en étroite collaboration avec d’autres. L’Australie est notre partenaire immédiat et naturel dans tout ce que nous entreprenons dans le Pacifique.

Nous nous tournons vers la France en tant qu’ami loyal et précieux pour notre région. Nous apprécions vivement son engagement dans le Pacifique. Nous sommes particulièrement reconnaissants à la France de son soutien fidèle quant aux efforts du Forum des Îles du Pacifique à encourager un retour à la démocratie aux Fidji. Nous souhaitons que cet engagement se poursuive.

Je vais commenter trois dimensions de la présence française dans la région : l’engagement des ressources, sa présence en tant que pouvoir venant de la métropole et l’image de la France à travers sa diplomatie régionale.

La Nouvelle-Zélande attache beaucoup d’importance à la présence militaire de la France dans le Pacifique et aux accords que nous avons en place avec la France et l’Australie pour la coopération en réponse aux catastrophes naturelles, à la recherche et au sauvetage et à la surveillance maritime, afin d’essayer de contrôler la pêche illégale dans cette vaste région où les États insulaires sont très dépendants pour protéger leur pêche.

Nous nous attendons donc à l’avenir à des pressions exercées sur les ressources et aussi en raison de la présence des pêcheurs hauturiers de pays qui ne respectent pas les règles. Par conséquent, nous souhaitons que la France maintienne et si possible intensifie l’engagement qu’elle a déjà quant à la surveillance maritime.

En tant que puissance de la métropole, la Nouvelle-Zélande est prête à travailler avec la France alors que celle-ci continue à définir sa relation future avec la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Nous souhaitons que la Nouvelle-Calédonie, notre plus proche voisin, reste stable et devienne avec le temps plus étroitement intégrée dans la région.

Notre ministre des affaires étrangères, M. Murray McCully s’y intéresse personnellement et s’est rendu dernièrement à Nouméa à deux reprises. Il a souligné la nécessité d’un dialogue actif du gouvernement calédonien en direction de ses voisins du Pacifique, pour renforcer ses liens avec la région et développer sa propre identité dans le Pacifique et sa présence au sein des membres du Forum. Nous sommes ravis d’avoir un délégué du gouvernement néo-calédonien, M. Yves Lafoy, travaillant actuellement au sein de l’Ambassade de France à Wellington.

Alors qu’une période cruciale approche dans le processus des Accords de Nouméa, la Nouvelle-Zélande se tient prête à partager toute expérience pertinente. Nous voulons être constructifs dans notre travail avec la France au cours des prochaines années pour aider la transition de la Nouvelle-Calédonie vers les futures relations qui seront démocratiquement décidées, quelles qu’elles soient. Cela est après tout la façon de faire dans le Pacifique, être prêt à s’entraider.

Mon dernier commentaire concerne l’image et la présence que la France peut apporter à la région Pacifique.

Aucun pays insulaire indépendant du Pacifique ne peut établir une ambassade à Paris. Ces pays ne bénéficient pas, comme nous, de contacts journaliers avec le gouvernement français et l’administration. En France, nous voyons un pays qui est engagé à être impartial pour ses territoires du Pacifique et ouvert à toute perspective équitablement négociée pour leur avenir.

Ces petits pays insulaires voient en la France une puissance distante. La France a néanmoins, grâce à son approche moderne et constructive, un message positif à faire passer. Ce message mérite d’être mieux compris dans tout le Pacifique.

Vous êtes un membre du conseil de sécurité des Nations Unies, un pays qui accepte aisément ses responsabilités mondiales et une puissance européenne qui a statut et influence. Les États insulaires du Pacifique, où la France n’est pas représentée, voudront vous entendre« in the Pacific way ».

Comme vous le savez bien, il existe une façon particulière de faire des affaires dans la région, basée sur le respect mutuel par l’intermédiaire de contacts réguliers, de relations chaleureuses, ce qui permet de parvenir doucement et par de réels échanges à un vrai consensus. Nous encourageons la France à lancer autant d’initiatives d’ouverture que possible dans le Pacifique, à partir de ses représentations dans la région et à partir de Paris.

Pour conclure, quoi que réserve l’avenir à la relation entre la France et ses territoires du Pacifique, nous souhaitons qu’elle reste notre partenaire dans la région. L’assistance fiable d’une amie véritable comme la France sera toujours vivement appréciée.

Photex batiment école chinois Zheng He en baie de Moorea

credit photo ema

Le point de vue australien

By Ric Wells, Ambassadeur d’Australie en France

Je me réjouis d’entendre autant de voix, ici, qui réclament pour la France une présence majeure dans le Pacifique. Pour l’Australie, le Pacifique est une région d’importance capitale. L’Australie est le partenaire le plus important des États insulaires du Pacifique en matière de sécurité, sur le plan économique et de l’aide. Le monde se tourne vers l’Australie afin que celle-ci joue un rôle de premier plan dans le Pacifique et juge l’Australie à l’aune des performances qu’elle enregistre dans cette région. Les États insulaires du Pacifique sont confrontés à des défis de taille. Un tiers de leur population vit dans la pauvreté. Nombre d’entre eux voient leurs perspectives économiques limitées par leur isolement. Ils sont exposés à des catastrophes naturelles parfois extrêmes. La stabilité de certains de ces États a parfois été menacée par des différends ethniques.

Les États insulaires du Pacifique recouvrent une vaste zone du globe. Assurer la promotion de leur prospérité, de leur stabilité et de leur santé environnementale revêt une importance considérable pour la communauté internationale. Pour atteindre ces objectifs, la coopération internationale est essentielle. Pour l’Australie, la France constitue une présence importante et positive dans le Pacifique. Il s’agit donc d’un partenaire stratégique majeur. Le soutien apporté par la France à ses trois communautés du Pacifique représente une contribution de premier ordre à la stabilité et au développement de la région dans son ensemble. La présence militaire française constitue un atout pour le Pacifique. La Nouvelle-Calédonie est l’un des plus proches voisins de l’Australie. Par son truchement, la France et l’Australie partagent une frontière commune dans la mer de corail. L’Australie a apporté et continuera d’apporter un soutien fort au processus de l’accord de Nouméa qui a apporté la stabilité en Nouvelle-Calédonie. L’Australie souhaite vivement que l’accord de Nouméa continue d’être mis en oeuvre de façon fructueuse. Elle continuera de travailler avec la France pour promouvoir une intégration plus étroite de la Nouvelle-Calédonie dans la région, y compris en soutenant sa demande d’adhésion en tant que membre à part entière du Forum des Îles du Pacifique. Elle encourage également une libéralisation accrue de l’économie néo-calédonienne, qui contribuera à son intégration économique régionale.

La France, aux côtés de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, contribue grandement aux opérations d’urgence menées suite aux catastrophes naturelles dans le Pacifique, grâce à l’accord Franz. En décembre de l’année dernière, ce partenariat s’était révélé d’une valeur inestimable dans l’intervention qui a fait suite au cyclone tropical qui a dévasté Samoa, Wallis et Futuna et certaines îles de Fidji. Les activités de surveillance maritime menées conjointement par l’Australie et la France sont essentielles pour la préservation des ressources halieutiques menacées. Dans le cadre du groupe de coordination quadrilatérale de défense, des responsables australiens, français, néo-zélandais et états-uniens se rencontrent régulièrement pour partager des informations et coordonner leurs activités de surveillance maritime. L’Australie accorde également une grande importance au rôle que joue la France en concentrant l’attention de l’Union européenne sur la région. L’Australie coopère étroitement avec le programme d’envergure de l’Union européenne en matière d’aide au développement dans la région Pacifique et forme le voeu que la France continue de se faire le chantre, à Bruxelles, des problématiques liées au Pacifique.

L’Australie souhaite étendre sa coopération avec la France pour ce qui a trait aux questions liées au Pacifique.

Des forums tels que la présente rencontre contribuent à la compréhension des enjeux qui sont les nôtres et des peuples et nations du Pacifique. L’Australie souhaiterait travailler de concert avec la France pour améliorer l’échange d’informations et de positions sur le Pacifique.

La coopération dans le Pacifique constitue un élément important du partenariat stratégique que l’Australie et la France ont conclu il y a un an. L’Australie souhaite renforcer la relation bilatérale qui l’unit à la France dans une large palette de domaines, notamment dans le cadre du mandat australien 2013-2014 au Conseil de sécurité des Nations Unies et de la Présidence du G20 en 2014.

Les contraintes géographiques et environnementales

By Gilbert David, Directeur de recherche, Institut de recherche pour le développement (IRD)

L’Océanie constitue le plus vaste ensemble de terres insulaires de la planète. À l’équateur, 13 000 km séparent le 134e méridien est qui traverse les Îles Palau, à l’extrémité occidentale de la Micronésie, du 109e méridien ouest sur lequel se situe Rapa Nui (l’île de Pâques), à l’extrémité orientale de la Polynésie. De l’atoll de Midway (28° 12 N), limite septentrionale de l’Océanie, à l’île Steward (47° S) qui marque la pointe méridionale de la Nouvelle-Zélande, le Pacifique se déploie sur une distance de 8 333 km. Cette immensité océanique est peuplée de moins de 15 millions d’habitants (en excluant l’Australie) dont 80 % se concentrent sur trois territoires : la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande et Hawai. Les 20 % restant sont disséminés sur une myriade de petites îles, généralement inférieures à 1 000 km2, voire à 100 km2, dont la plupart sont situées en Micronésie et en Polynésie, la taille des Îles de Mélanésie étant largement supérieure à la moyenne de l’Océanie (Antheaume et Bonnemaison, 1988).

Les petites îles se déclinent selon deux grands groupes : les îles hautes issues d’un volcanisme de point chaud (Tahiti) ou d’arc insulaire (Vanuatu) ; les îles basses, dont les plus caractéristiques sont les atolls (Tuamotou) et les atolls soulevés par des mouvements tectoniques (îles Loyauté). Toutes présentent un environnement très contraignant.

Sans cours d’eau permanent, les îles basses sont vulnérables à la sècheresse, à la pollution des lentilles d’eau douce et à leur salinisation, conséquence de leur surexploitation. Si le sable est omniprésent dans les atolls, sa dynamique est souvent très active. Tout prélèvement important de sédiments dans les lagons pour le secteur du BTP peut ainsi se traduire par une érosion accrue du littoral, qui agit en synergie avec la remontée du niveau marin pour faire reculer de manière inexorable le trait de côte.

A contrario, les îles hautes sont vulnérables à toute pluie intense et prolongée, cas fréquent en zone cyclonique. Le caractère très pentu des bassins versants accentue d’autant le risque érosif, notamment lorsque les sols sont mis à nus par l’agriculture ou le BTP, et le risque d’inondation dans les bas fonds.

Dans le domaine tectonique, l’Océanie est également une zone très active. Dans la partie occidentale, le chevauchement de la plaque Pacifique et de la plaque Australo-indienne a conduit à la formation des arcs insulaires des Nouvelles-Hébrides et de Tonga-Kermadec, marqués par un volcanisme très actif et des tremblements de terres fréquents qui peuvent entraîner des tsunamis meurtriers comme celui de juillet 1998 en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Du fait de leur origine volcanique et de leur taille réduite, ces petites îles sont faiblement dotées en ressources minières et en forêt d’intérêt commercial, à la différence des « morceaux » de vieilles terres comme la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Guinée qui forment la majeure partie de la Mélanésie (Doumenge, 1966 ; Antheaume et Bonnemaison, 1988).

L’éloignement des principaux foyers de population et de consommation du « système Monde » ainsi que la taille réduite des terres émergées sont les principales contraintes géographiques de l’Océanie insulaire.

La première induit des coûts d’acheminement des personnes et des denrées sans équivalent pour toute autre partie du monde (Ward, 1998). Les collectivités françaises de la région sont toutes à plus ou moins 24 heures d’avion et 40 jours de mer de la métropole, qui génère encore une large part des flux commerciaux et de passagers irriguant ces collectivités. Principales conséquences : un coût de la vie et un coût de la main d’oeuvre élevés et une grande difficulté à développer le tourisme, contrainte qui devrait s’accroître si la crise climatique émergente conduit à une réduction du trafic aérien sur les très grandes distances (David, 2010, 2012). Or, le tourisme est encore considéré par beaucoup de gouvernements océaniens comme un de leurs principaux facteurs de développement économique.

La taille réduite des terres émergées conduit à de multiples conséquences négatives :

Les États océaniens sont tous des États archipélagiques, dont les îles sont souvent distantes de plusieurs dizaines de kilomètres les unes des autres. Au niveau politique, cet éclatement géographique complique le contrôle du territoire national par l’île capitale. Au niveau économique, il renchérit considérablement les déplacements interinsulaires et génère un développement asymétrique du pays qui s’est considérablement renforcé avec la globalisation des échanges. Toutes les capitales d’Océanie sont aujourd’hui des villes portuaires et la spécialisation du transport maritime avec la généralisation des porte-conteneurs et des« Roll-on / Roll off » a considérablement renforcé cette fonction, ceux-ci ne pouvant être accueillis que sur des plateformes d’envergure internationale. Les cargos vraquiers des compagnies internationales, que leurs mats de charge autorisaient à « vagabonder » jusque dans les ports les plus « rustiques », ont disparu, laissant le cabotage aux mains des seuls capitaux locaux. Ces derniers étant souvent insuffisants, l’activité maritime dans les îles éloignées a périclité. Au début du XXe siècle, les navires des métropoles ou des centres de commandements régionaux touchaient la plupart des îles océaniennes plusieurs fois par an. Celles-ci étaient alors en contact direct avec le« système Monde » et pouvaient y écouler directement leur production. Désormais, les ports des grands centres urbains et les aéroports internationaux adjacents sont les seules portes d’accès au commerce international et les îles qui en sont éloignées subissent un fort handicap économique (Ward, 1998). Les îles les moins bien reliées à la capitale tendent à se périphériser, avec pour résultat un faible développement de l’économie monétaire et un exode rural accru. En Mélanésie, cet exode vient irriguer les capitales, dont la population peut ainsi doubler en moins de 30 ans, ainsi de 1983 à 2003, la population de Port-Vila est-elle passée de 12 000 à 40 000 habitants. En Polynésie et Micronésie, cet exode se traduit aussi par une migration internationale, parfois très dynamique (Poirine, 1994), qui explique que la population de certains pays progresse très lentement (cas de Tonga et du Samoa occidental), voire régresse (Îles Cook). L’émergence à l’échelle mondiale de la « société de l’information » contribue à renforcer ce tropisme citadin et à accentuer le processus de périphérisation interne qui frappe les archipels d’Océanie (David, 2003).

La population réduite des États obère leur viabilité économique. Seuls 3 des 24 États et territoires que compte l’Océanie insulaire dépassent le million d’habitants et disposent ainsi d’un marché intérieur suffisant pour développer une économie de substitution aux importations (Doumenge, 1983). Les 21 autres États et territoires sont condamnés à l’extraversion de leur économie et à la concurrence sur le marché international avec des pays continentaux bénéficiant de moindres coûts de la main d’oeuvre (Poirine, 1995), à moins qu’ils ne trouvent une stratégie de développement originale axée sur les flux financiers de la population migrante aux États-Unis, Nouvelle-Zélande et Australie et sur l’aide internationale qui autorisent une fonction publique pléthorique et le maintien d’activités vivrières dans une partie de la société, modèle de développement que les économistes Bertram et Waters (1985) ont appelé MIRAB (Migrations, Remittances, Aid, Bureaucracy) et qu’ils présentent comme un modèle viable (Bertram, 1986 ; Poirine, 1993).

Si ces contraintes géographiques sont intemporelles, leurs effets sur les économies et sociétés océaniennes se sont considérablement renforcés avec les nouvelles formes prises par la mondialisation depuis 20 ans. Jusqu’alors cette dernière – qui affecte les espaces insulaires d’Océanie depuis déjà 150 ans – s’était traduite par l’intégration progressive de l’ensemble des îles d’Océanie dans le « système Monde » :intégration de nature économique, les îles fonctionnant comme réservoir de ressources naturelles (Doumenge, 1966), intégration de nature politique, l’exploitation économique des îles au profit des métropoles nécessitant la mise en place de l’ordre colonial, remplacé ensuite par les deux principales organisations régionales que sont la CPS (Communauté du Pacifique Sud) et le Forum du Pacifique Sud (Blanchet, 1985) et intégration de nature militaire, la seconde guerre mondiale ayant conduit à une spécialisation géostratégique de la région (Antheaume et Bonnemaison, 1988).

Cette intégration n’a pas progressé partout avec la même intensité. À l’échelle de l’île, elle a conduit très tôt à une accentuation du clivage entre le littoral, où au XIXe et début du XXesiècle se sont installées les missions et les plantations et où se concentrent aujourd’hui les activités économiques, et un intérieur des terres souvent préservé par sa morphologie escarpée. À l’échelle régionale, les disparités se sont accrues entre les pays abondamment dotés de ressources naturelles recherchées sur le marché international (comme la Nouvelle-Calédonie) et ceux qui ne le sont pas, entre pays riches et pauvres, entre pays indépendants et pays rattachés à une métropole, avec pour résultat final la marginalisation économique d’un nombre croissant de pays. À cette dynamique régionale, se surimpose désormais à l’échelle nationale une dynamique de périphérisation interne et de macrocéphalie urbaine qui semble difficilement réversible, surtout lorsque les États n’ont plus les ressources financières nécessaires pour couvrir les besoins de leur pays en termes de santé, d’éducation et de transport. D’une manière générale, cette périphérisation est d’autant plus prononcée que la taille des îles est faible, que le nombre de centres urbains de plus de 1 000 habitants est réduit, ces villes étant autant de marchés de proximité pouvant écouler une partie de la production locale, et que les distances entres les îles et le principal marché de consommation ou le port de commerce international sont importantes.

Face à la périphérisation croissante des archipels océaniens, que nombre de communicants présentent encore comme partie intégrante du « centre du monde », le développement du commerce intra-régional et la mise en place d’une stratégie régionale de développement durable pourraient constituer une alternative crédible (David, 2010). Mais pour l’instant, cette dernière se heurte au manque de diversité des économies insulaires, dont les productions agricoles ou halieutiques sont souvent identiques, à la fois pour des raisons naturelles mais aussi en raison de l’absence de coordination entre les États pour spécialiser leurs productions destinées à l’exportation.

Si les terres émergées de l’Océanie insulaire n’occupent que 1 269 millions de km2, les zones économiques exclusives couvrent une superficie près de 28 fois supérieure. L’avenir du Pacifique est-il donc dans l’Océan ? Jusqu’à présent la pêche constitue la principale exploitation de cet espace maritime. Mais dans ce domaine, les contraintes sont également très présentes.

Si le Pacifique intertropical abrite les principales réserves de thon de la planète, l’exploitation n’est véritablement profitable qu’au voisinage de l’équateur, où l’abondance de la ressource est maximale toute l’année (David, 2008). Vers 20 degrés de latitude, la pêche est sous la dépendance de la saisonnalité des espèces cibles que les navires doivent suivre dans leurs déplacements, ce qui renchérit considérablement les coûts de production.

Des ressources démersales profondes de bonne valeur commerciale (vivaneaux notamment) existent sur les tombants des îles et les pentes des monts sous-marins. Mais en raison du caractère très accore des fonds (il est courant qu’à 1 000 mètres de la côte, on soit déjà à plus de 1 000 mètres de profondeur), les stocks sont peu abondants et fragiles à toute exploitation intensive (Cillaurren et al., 2001).

Pour conclure, les contraintes géographiques et environnementales de l’Océanie insulaire font de cet espace un ensemble de terres unique sur notre planète, dont la valeur (à quelques exceptions près comme la Nouvelle-Calédonie) ne se situe pas dans sa capacité à s’intégrer à l’économie internationale mais dans la diversité de ses paysages, de ses êtres vivants et de ses cultures humaines. Environ 1 000 langues sont recensées en Mélanésie, ce sont autant de manières de concevoir et de percevoir le monde, qui font de cette région un des principaux foyers de la géodiversité, terme sous lequel C. Grenier (2000) réunit biodiversité et diversité culturelle. Or, cette dernière est gravement menacée. L’érosion actuelle des savoirs locaux est impressionnante et nous sommes les témoins largement passifs de cette évolution inéluctable. Mais pourquoi conclure une intervention sur les contraintes géographiques et environnementales de l’Océanie par un plaidoyer pour la défense de la diversité culturelle des peuples d’Océanie ?

Simplement parce que notre planète, nos sociétés et nos économies sont aujourd’hui menacées par le changement climatique qui va nous contraindre autant que les îles ont contraint les océaniens au cours de leur histoire. Or ce sont leurs cultures qui leur ont permis de répondre aux cinq défis formidables auxquels ils étaient exposés :

– la forte variabilité spatiale et temporelle de l’environnement géologique (séismes, volcans, tsunamis) et de l’environnement climatique, induite notamment par le phénomène El Nino et par la diversité des formes du relief des îles hautes ;

– la faible abondance intraspécifique des milieux terrestres et marins (peu d’individus au km2 pour chaque espèce animale ou végétale),

– leur grande diversité interspécifique (nombre d’espèces au km2), ce facteur et le précédent se conjuguant pour compliquer la recherche d’espèces cibles pour les chasseurs et les pêcheurs,

– les faibles densités de population,

– le bagage technologique limité des sociétés insulaires.

Face à ces contraintes qui accroissaient singulièrement leur vulnérabilité vis-à-vis de l’aléa climatique comme de tout autre aléa générateur potentiel de famine, les populations océaniennes ont développé des logiques adaptatives qui traduisent une homogénéité dans la manière qu’ont les hommes d’appréhender et de concevoir leur milieu géographique et de le mettre en valeur pour en minimiser la vulnérabilité face à l’aléa. Ces logiques d’acteurs s’expriment par des savoirs naturalistes, des stratégies, des techniques et des construits géographiques, notamment des aménagements horticoles. Elles peuvent être considérées comme des réponses culturelles au risque climatique menaçant la survie des individus et la reproduction de la société.

Ces réponses ayant été apportées, les sociétés océaniennes ont pu alors donner libre cours à leur génie et construire cette géodiversité unique au monde, aujourd’hui en péril.

N’avons-nous pas un besoin urgent de renouveler notre manière de voir le monde ?

Qui peut prendre le risque d’affirmer que les sociétés et cultures océaniennes ne peuvent rien nous apporter en ce domaine ?

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