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Algérie : La Qal’a des Banû Hammad

QANTARA

 

Kalaa Beni Hammad 09 2004 036

 

CREDIT PHOTO  FONDUK

 

Fouillé depuis le XIXe siècle, le site de la Qal‘a souffre aujourd’hui des méthodes archéologiques qui furent employées par les premiers chercheurs. Certaines données manquent et l’état lacunaire des vestiges rend ces structures parfois difficiles à appréhender et à interpréter.

Cette forteresse (Qal‘a) en ruine, première capitale des Hammadides, fut édifiée dans un contexte de renforcement politique et économique de la dynastie. Cette ville résidentielle fut construite en trois ans. D’après les sources, elle connut au XIe siècle un important rayonnement culturel, scientifique et commercial, attirant des personnages célèbres de l’époque, comme le savant juif ‘Abd al-Rahîm ibn Isaac ibn al-Majlûn al-Fâsî, ou le poète et savant Abû al-Fadl ibn al-Nahwî. Dans le courant du XIIe siècle, la puissance de la ville commença à décliner au profit de Bougie ; pillée et détruite à plusieurs reprises, notamment par les Almohades, elle n’apparaît plus dans les sources après la fin du siècle.

L’architecture et les objets produits à la Qal‘a témoignent de différentes influences, qui sont peut-être à mettre en lien avec la diversité de peuplement du site[. Celui-ci a livré plusieurs édifices importants, comme une grande mosquée, plusieurs palais dont celui du Manâr, une citerne et un certain nombre d’objets utilitaires et ornementaux, ainsi que de la céramique à lustre métallique. Il constitue un excellent exemple de ville-forteresse, tirant partie de sa topographie : entouré de monts aux versants inaccessibles, le terrain très escarpé était bordé d’une large enceinte en pierre qui comportait trois portes principales. Une seule est relativement bien conservée, munie d’un porche rectangulaire et flanquée d’un bâtiment qui servait sans doute au corps de garde. L’aménagement urbain s’est fait sur les quatre parties plus basses du terrain, constituant des quartiers, chacun doté d’un palais : palais du Manâr, du Lac (Bahr), du Salut et de l’Étoile. Sur la partie la plus élevée s’étendait le coeur de la ville, où prenait place le palais du Lac, la Grande Mosquée et les bains. La partie Sud du coteau, plate et étendue, devait être réservée aux souks. Le très petit nombre de matériaux remployés[2] sur le site s’explique par cette situation géographique escarpée.

Les chercheurs de la Qal‘a se sont penchés sur l’origine des formes architecturales qu’ils découvraient. Plusieurs éléments ont été mis en lien avec l’Iran : l’arc en carène, les coupoles sur trompes en forme de demi voûtes d’arrêtes et les vastes niches en plein-cintre à fond plat du palais et du donjon du Manâr. Certains éléments comme la disposition des entrées des palais (avant-corps ornés de niches semi-circulaires et séparées de piliers) trouvent peut-être leur origine dans le porche de la mosquée de Mahdiya en Ifriqiya et celui de la mosquée al-Hakîm au Caire (Xe siècle). Une nette influence de l’art de l’Égypte transparaît dans l’architecture de la Qal‘a à travers des éléments de décor comme des ornements végétaux. Les niches semi cylindriques sont fréquentes à l’époque des Fatimides, des Zirides et des Normands en Sicile ainsi que les niches à fond plat que l’on connaît au palais d’Ukhaydir (Irak), à Kairouan, à Mahdiya ou à Sfax (Tunisie). On rencontre également des liens avec l’Espagne méridionale, à travers les chapiteaux composites et la disposition en terrasse de la ville, qui ne sont pas sans évoquer la ville de Madinat al-Zahra.

Si un grand nombre de chercheurs ont vu dans le décor de la ville des influences de l’orient musulman, l’art hammadide a ses caractéristiques propres qu’il a transmis à la Sicile et à l’Espagne. En effet, trois siècles avant l’Alhambra de Grenade, les trompes à demi voûtes d’arêtes, les stucs sculptés et les parements de céramique glacée bleue et blanche étaient déjà fabriqués et employés à la Qal‘a.

EN SAVOIR PLUS

 

Reconstitution 2D/3D de l’histoire de la construction de la Qal’a des Banû Hammad en Algérie 
10mn 30s © Qantara/DMLG Production 
Pouvoir et Diplomatie en Méditerranée 

 

 

le point de l’expert

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