VILLES ET CULTURE

Rouen expose les reflets de l’impressionnisme

Le musée des Beaux-arts rassemble pour cette nouvelle édition du festival Normandie Impressionniste, une large palette d’oeuvres de Monet, Sisley, Renoir, Caillebotte et de leurs suiveurs.

Le musée des Beaux-arts se met à l’heure impressionniste rassemblant pour cette nouvelle édition du festival Normandie Impressionniste, une large palette d’oeuvres de Monet, Sisley, Renoir, Caillebotte et de leurs suiveurs. Grâce à des prêts de collectionneurs privés et aux nombreux partenariats établis avec des musées étrangers, cette exposition de grande envergure organisée avec le soutien de la Réunion des musées nationaux (RMN) permet d’établir un panorama des œuvres s’inspirant du thème de l’eau.

Elément naturel cher à Monet et à ses pairs, l’eau est un sujet particulièrement difficile à appréhender. Si Monet dans ses écrits témoignait de ses douloureuses crises perfectionnistes au cours desquelles il s’acharnait à trouver le ton juste entre transparence et reflet, l’eau incarne surtout aux yeux des impressionnistes le moyen de travailler la lumière dans toute sa complexité. Son instabilité permanente fascine ces amoureux de la nature qui tentent de fixer sur la toile le caractère fugace de ses atmosphères.

L’exposition s’organise en différents chapitres. On comprend par ce biais que si le thème est classique son traitement se détache très tôt des modèles et prend une option peu conventionnelle sous les pinceaux des maîtres. A travers les marines, les ponts sur la Seine, et la représentation des loisirs nautiques, l’eau se révèle un thème particulièrement novateur.

info Pratique

Du lundi 29 avril au 30 septembre, Musée des Beaux-arts, à Rouen.

Horaires
En mai, juin et septembre : tous les jours de 9h à 19h, sauf  le mercredi de 11h à 22h.
En juillet et août : tous les jours de 9h à 19h.
Fermeture le mardi et le 1er mai.

Tarifs
10 €, 7 € (tarif réduit), gratuit pour les – 26 ans et les demandeurs d’emploi.
Accès
En train : Gare SNCF Rouen Rive Droite (1h10 depuis Paris Saint-Lazare)
En bus : arrêt Square Verdrel (4, 5, 8, 11, 13, 20) ou arrêt Beaux-Arts (4, 5, 11, 13, 20)

Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
+33 (0)2 35 71 28 40

ZOOMS

Cette exposition réunit pour la première fois les grands noms du mouvement impressionniste autour de la thématique du reflet dans l’eau : Monet, Renoir, Sisley, Caillebotte, Seurat et bien d’autres se côtoient autour de cet axe grâce à des prêts prestigieux provenant du monde entier. Depuis l’époque classique, le thème du reflet est au cœur des interrogations artistiques. Narcisses autant que philosophes, les peintres se sont montrés fascinés par ce phénomène optique qui leur restitue, mieux que ne sauraient le faire leurs pinceaux, une image inversée d’eux-mêmes et du monde. Le merveilleux miroir de l’eau est ainsi devenu pour la tradition académique un révélateur, celui de la beauté profonde d’un univers éternellement calme, stable, ordonné par une symétrie parfaite. Dès les premiers frissons que Corot fait souffler à la surface de l’eau, il est cependant manifeste que la tradition du paysage n’est plus en phase avec son époque. Au XIXe siècle, les impressionnistes vont définitivement brouiller cette image d’un monde immuable, pour transcrire une réalité changeante, incertaine, dont le devenir reste indéchiffrable.
Le motif du reflet
Le motif du plan d’eau, cette surface colorée perpétuellement mobile où se réfléchissent le paysage, les voiles et le ciel, traverse toute l’histoire de l’impressionnisme. S’attacher au jeu aléatoire des reflets, c’est pour Monet, Caillebotte, Renoir ou Sisley proclamer la vérité de l’instant, mais c’est aussi vibrer à l’unisson avec le mouvement général d’un monde en pleine métamorphose, dans lequel la vitesse et la lumière vont jouer un rôle prépondérant. Les découvertes de la science – la dualité ondulatoire et corpusculaire de la lumière –, les progrès de l’assainissement autorisant le développement de la vie sur les berges, l’émergence des loisirs que favorise la rapidité des transports, tout concourt à ériger le motif du reflet comme symptôme d’une société en plein bouleversement, aussi bien dans les arts visuels, la littérature, la musique, que la philosophie.

La Seine au centre des oeuvres
Ces enjeux expliquent dans une large mesure la place extraordinaire que la Seine a tenu dans l’œuvre des grands peintres impressionnistes. La question des reflets nourrit chez Monet une réflexion particulièrement riche, depuis la Grenouillère de 1869 aux séries des Peupliers, des Ponts japonais du bassin de Giverny pour s’achever sur le motif des Nymphéas, motif inlassablement repris jusqu’à ses ultimes années. Les fondements même de l’impressionnisme ne se trouvent-ils pas dans ses toiles havraises de 1872 et le reflet singulier d’un tableau devenu icône,Impression, soleil levant? Le zig-zag rouge orangé, tel une écriture calligraphique de la lumière, souligne si besoin était que la réponse des artistes aux mutations de la société est avant tout picturale.

L’eau au coeur de l’impressionnisme
Le reflet changeant de l’eau devient pour les générations qui suivent le lieu du renouvellement de la peinture : il gagne sa densité avec Cézanne, il est libératoire chez Signac. Autour du motif du plan d’eau s’accomplissent en définitive les grandes évolutions picturales de la modernité ; c’est le long de cette trajectoire que se construit l’exposition. À travers une centaine de toiles, un riche ensemble de photographies et de dessins, en croisant les approches thématiques avec la réunion de grands ensembles iconographiques emblématiques de l’impressionnisme, elle entend dévoiler ce grand enjeu esthétique qu’est le reflet moderne.

LE VOYAGE AUX PAYS-BAS 

Irrigués par la mer du Nord et  d’innombrables canaux, les Pays-Bas sont depuis le XVIIe siècle, une terre propice à la transcription des paysages maritimes. Les peintres hollandais excellent dans la restitution des interactions de l’eau et de la lumière, et  inspirent au XIXe siècle la rénovation de la peinture de paysage en France.

Johan Barthold Jongkind (1819-1891), né aux Pays-Bas mais actif en France dès 1846, joue un rôle de passeur pour la génération impressionniste. Sa Vue d’Overschie est un exemple de cette transition : le réalisme, le large ciel, le miroir d’eau, la volumétrie de l’architecture, sont un hommage flagrant à la tradition hollandaise ; le premier plan, immergeant le spectateur dans le paysage, constitue une innovation que vont reprendre les impressionnistes.

Claude Monet (1840-1926) admire Jongkind qu’il rencontre en 1862. Peut-être est-ce sur ses conseils qu’il décide en mai 1871 de se rendre au nord de la Hollande, à Zaandam. En peignant les moulins, les maisons à pignons, et leur réflexion dans les canaux, Monet dépasse son modèle et met au point certains procédés comme la fragmentation de la touche qui rend vibrante la surface de l’eau, à l’image des emblématiques Maisons au bord de la Zaan à Zaandam.

Monet effectue un second séjour, à Amsterdam, en 1872 ou 1874. Il compose avec soin ses toiles et joue sur les effets atmosphériques à travers ses ciels orageux et gris. En 1886, il revient une dernière fois, brièvement, et concentre son attention sur les champs de tulipes qu’il dépeint avec une économie de moyens qu’il ne cessera d’accentuer par la suite.

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Johan Jongkind
Clair de lune à Overschie (environ de Rotterdam)

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Claude Monet
Moulin à Zaandam

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Claude Monet
Champ de tulipes en Hollande

LES PONTS

Inscrit dans la tradition védutiste du XVIIIe siècle, le motif classique du pont ne pouvait que séduire des peintres impressionnistes attentifs aux effets atmosphériques et aux reflets. Avec son format allongé qui autorise une variété de points de vue, il offre aux peintres de multiples solutions plastiques et incarne aussi bien la stabilité que le dynamisme. Ainsi le Pont d’Argenteuil de Monet, représenté de face, oppose-t-il sa frontalité au Pont de Saint-Mammès de Sisley, dont la diagonale introduit un point de fuite.

Au-delà de ces qualités picturales, le pont, fruit d’une ingénierie audacieuse, est un emblème de progrès. Marquant le passage d’une rive à l’autre, il peut être considéré comme la métaphore d’une transition entre tradition et modernité. Pour un mouvement qui entend promouvoir une nouvelle conception de la peinture, où le travail en extérieur conditionne la vision, le pont constitue un motif de choix, pris entre l’air et l’eau.

Dans leur approche picturale comme dans leurs sujets, les impressionnistes se positionnent en peintres de la vie moderne : à Argenteuil, Villeneuve-la-Garenne ou Charing Cross c’est le pont métallique, véritable symbole de la révolution industrielle, qui retient leur attention.  Dans les années 1870, le pont est enfin un motif patriotique : après les désastres de la guerre franco-prussienne (1870-1871), sa reconstruction symbolise le redressement de la France.

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Claude Monet
Le pont sur la Seine à Argenteuil
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Alfred Sisley
Le Pont de Saint-Mammès
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Alfred Sisley
Le Pont de Moret
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Alfred Sisley
Le Pont de Moret

CANOTAGES

Les scènes de canotage et de yachting vers lesquelles Monet et Renoir se tournent à partir de 1869 sont des images inédites d’un monde neuf : celui de la banlieue moderne, façonné par des usages sociaux et des pratiques sportives récemment apparus. En 1872, Monet peint les Régates à Argenteuil, œuvre charnière où le jeu des reflets est restitué au moyen de larges touches disjointes. Il travaille régulièrement sur les bords du bassin au cours des années qui suivent, s’attachant par-delà la stabilité apparente du motif à suggérer la transformation permanente de la lumière. En norvégienne (1887), exécuté plus tard à Giverny, préfigure, avec sa vision légèrement plongeante, les expériences qu’il poursuivra dans la série des Nymphéas.

Renoir n’a pratiqué le paysage qu’occasionnellement, mais les scènes de plein air qu’il exécute en bord de Seine sont capitales. Avec La Yole (1875), il signe une icône de l’impressionnisme : l’image radieuse d’un moment suspendu qui transcende le registre de la chronique.

L’intérêt pour le répertoire du canotage détermine Sisley, venu travailler en Angleterre en 1874, à se rendre à Hampton Court. Il en rapporte Les Régates à Moseley, où toutes les formes sont en mouvement, restituées par une écriture d’une extraordinaire nervosité. Caillebotte, passionné de sports nautiques, analyse les accidents optiques des reflets dans des compositions fortement géométrisées, inspirées par ses promenades en kayak sur l’Essonne. Installé en face d’Argenteuil dans les années 1880, il y peint une suite de toiles marquées par le souvenir des chefs-d’œuvre de Monet. Forain, s’écartant au contraire de l’esthétique de Monet, retrouve des effets proches de l’estampe dans son célèbrePêcheur, ou du pastel, dans le portrait de son épouse pêchant ; on y devine l’admiration qu’il portait à Degas.

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Claude Monet
En norvégienne, la barque à Giverny
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Claude Monet
Les Régates à Argenteui
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Gustave Caillebotte
Bateaux à Argenteuil dit Bateau à voile à Argenteuil
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Pierre-Auguste Renoir
La Yole
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Louis-Henri Forain
Le Pêcheur

SISLEY ET LA SEINE

« [Sisley] a pris possession en maître des rives de la Seine et de ses eaux, où il brise dans les milliers d’éclats d’un mouvant miroir les feuillages d’automne, et les reflets d’opale des ciels légers pommelés, d’un gris très doux et comme pénétré de mélancolie » écrit en 1882 le critique d’art Ernest Chesneau.

En effet, après son premier séjour avec Monet à Argenteuil en 1872, Sisley ne quittera plus les bords de la Seine : durant l’automne, il s’installe à Voisins, près de Louveciennes ; il déménage durant l’hiver 1874-1875 à Marly le Roi. En 1877, il habite à Sèvres, puis en 1880 il choisit Moret-sur-Loing, au confluent de la Seine et du Loing. Lorsqu’il choisit un site, Sisley en dresse un portrait complet : il en explore tous les aspects, tous les angles de vue, sous toutes les lumières et toutes les saisons. En tournant ainsi autour d’un point focal, il épuise en quelque sorte le sujet, et  met en place le concept de série.

L’idée prend véritablement corps avec les crues de la Seine, qui lui inspirent les Inondation à Port Marly. En 1872 et 1876, il réalise successivement quatre et sept œuvres sur ce seul sujet. Significativement, Sisley évacue tout aspect dramatique, toute scène de désolation : l’anecdote s’efface au profit de la peinture seule. L’inondation est prétexte à une magistrale étude de reflets dans laquelle les notes de couleurs de l’auberge réchauffent la palette des gris. L’interaction entre le ciel et les eaux du fleuve, véritable sujet du tableau, est gage d’harmonie et d’unité lumineuse. Sisley réalise ici la toute première « série » impressionniste, principe dont Monet fera l’un des fondements de la peinture moderne.

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Alfred Sisley
Inondation à Port Marly

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