DECORTIQUAGES

Les vagues scélérates

 IFREMER

Ces pages utilisent des éléments issus de la revue Mariners Weather Log, en particulier la livraison de l’automne 1993 dont nombre d’illustrations sont tirées, ainsi que des informations et des documents fournis par des chercheurs, des ingénieurs, et des professeurs d’écoles maritimes que nous ne pouvons tous citer ici, mais dont la contribution est essentielle.

Définition

Les récits de Dumont d’Urville au XIXe siècle, affirmant avoir rencontré des vagues monstrueuses dans l’hémisphère sud, le firent passer pour un galéjeur fini. On peut pourtant douter qu’il ait été le premier à survivre pour raconter ce type de phénomène qui existe depuis toujours.

La vague scélérate, c’est celle qui est totalement démesurée par rapport à ce qu’on peut attendre dans les conditions de mer qui règnent lorsqu’elle survient. On peut la caractériser par sa hauteur << crête-creux >>, supérieure à deux fois la hauteur significative de l’état de mer ou par l’élévation atteinte par la crête au dessus du niveau moyen, supérieure à 1.1 à 1.25 fois la hauteur significative crête-creux.

On notera que dans la pratique, on n’a qu’exceptionnellement les moyens de mesurer une vague scélérate pour valider sa nature, et que ce sont malheureusement alors les dégats qu’elle cause qui aboutissent à sa classification.

Ces dégats peuvent être liés non seulement à la hauteur de la vague, mais aussi à sa cambrure  on conçoit bien que la rapidité avec laquelle on passe du creux à la crête fera la distinction entre un véritable mur d’eau ou une douce colline, aussi élevée cette dernière soit-elle.

On distingue généralement les vagues scélérates propement dites des autres vagues anormales dont l’origine n’est pas, elle, liée à l’effet du vent sur la surface de la mer : raz de marée (tsunamis), mascarets, etc., dont on trouve plus loin la description.

Quelques observations

Un certain scepticisme subsiste souvent quant à l’existence des vagues scélérates, qui peuvent aussi apparaître comme une trop bonne excuse pour dissimuler des causes moins avouables de naufrages, telles que l’impréparation, les erreurs humaines ou le défaut d’entretien des navires.

Les cas avérés de vagues scélérates sont hélas suffisamment nombreux pour balayer ce scepticisme. Nous en reprenons ci-après quelques uns

La vague du Nouvel An

Le 1er Janvier 95, au cours d’une tempête relativement anodine où les hauteurs crête-creux étaient estimées à 10-12 mètres, une vague s’éleva soudain à plus de 18 mètres au dessus du niveau moyen et endommagea du matériel entreposé sur un pont inférieur ouvert de la plate-forme pétrolière << Draupner >>, en mer du Nord, appartenant à Statoil. La hauteur crête-creux de cette vague peut être évaluée à 31 mètres, soit à peu de choses près le maximum pour lequel la structure avait été conçue et elle a résisté, mais nul n’imaginait qu’une telle vague extrême puisse se produire pour des hauteurs significatives à moins de 16-17 mètres.

L’annonce d’une tempête exceptionnelle avec des hauteurs de vagues à ce dernier niveau aurait sans doute conduit à prendre des précautions vis-à-vis du matériel qui fut endommagé. C’est bien là le danger des vagues scélérates : même si leur sévérité n’excède pas le maximum prévisible, elles surviennent à un moment où on ne s’en croit pas menacé.

Le porte-avions bousculé

Un hiver, au nord-est du cap Hatteras (Caroline du Nord), le porte-avions américain USS Valley Forge fut pris par une vague scélérate alors qu’il entreprenait de mettre le cap au nord-est. La vague, sans doute déjà exceptionnelle en elle-même, était encore amplifiée par un courant contraire jusqu’à près de quatre fois la hauteur des vagues environnantes. Des tonnes d’eau s’abattirent sur le pont d’envol dont une part sur l’avant babord fut alors découpée comme par un gigantesque couteau à fromage. Les quartiers des aspirants du groupe aérien restèrent suspendus dans une position précaire, ils étaient heureusement inoccupés au moment de l’incident.

On peut supposer sans trop s’avancer que le changement de route n’aurait pas été amorcé à ce moment précis si l’arrivée d’une vague d’une telle ampleur avait pu être prédite.

La vague qui monta jusqu’au ciel

Alors qu’il navigait comme second sur un minéralier bien construit et bien entretenu de 156 000 tonnes de Monrovia à Birkenhead, le capitaine T. Wilson Cameron, remarquant que la route était tracée, du Portugal au Golfe de Gascogne, au voisinage de la ligne de sonde des cent brasses (isobathe à environ 180 m de profondeur) fit part à son commandant des avertissements qu’il avait lui-même reçus quelques années plus tôt de son second lieutenant espagnol alors qu’il commandait un petit caboteur pour une traversée hivernale du golfe de Gascogne :  » Dans ces parages, les vagues dangereuses sont particulièrement fréquentes, mon père et mon grand-père m’en ont souvent averti « . Le commandant ayant estimé qu’on ne pouvait se fier au folklore colporté par des lieutenants en second, le navire se trouva quelques nuits plus tard à tailler sa route au nord-ouest de l’Espagne dans les eaux en question, par vent de force 6-7 et recevant occasionnellement quelques paquets de mer : des conditions tout à fait tenables qui n’inquiétaient en rien l’équipage. Le ciel était peu nuageux, et la lune pleine dans l’ouest.

A 5 heures 20, la lune se voila et il fit soudain sombre comme dans un four. T.W. Cameron se tourna vers babord pour voir quelle sorte de nuage pouvait bien masquer aussi totalement la lune. A sa stupéfaction horrifiée, ce n’était pas un nuage, mais une vague immense arrivant par le travers. Elle s’étendait loin au nord et au sud, sans déferlement ni traînée d’écume d’aucune sorte. Elle avait un front quasi-vertical, et à moins d’une centaine de mètres du navire, elle commença à déferler. Heureusement, un coup de gîte atténua l’impact.

Aucune voie d’eau ne se déclara, mais certains dégats n’en furent pas moins surprenants. Le pont du château avant était descendu de 8 centimètres, et les membrures qui le soutenaient, des fers de 35 centimètres, fissurées de part en part. Les projecteurs boulonnés au dessus de la passerelle, à 15 mètres de la flottaison, avaient été emportés avec leurs supports. Malgré leurs lourds capots de laiton, les verres des compas et des répéteurs de gyro du poste de vigie, à 21 mètres de la flottaison, étaient fêlés.

Par curiosité, T.W. Cameron calcula plus tard l’élévation angulaire de la lune au moment de la vague : 17o42″. Pour lui, la vague présentait les caractéristiques d’un tsunami : approche rapide, absence de déferlement et de traînées d’écume, direction d’approche différente des autres vagues. On peut toutefois se poser la question de la réalité d’un tremblement de terre sous-marin qui l’aurait générée, car ces caractéristiques se retrouvent dans beaucoup d’observations, toutes par forte brise ou pire, corrélation difficile à attribuer au seul hasard.

Comme si nous avions fait route droit sur les falaises de Douvres

Les paquebots de la Cunard semblent attirer tout particulièrement les vagues scélérates. En 1942, le Queen Mary, avec 15 000 soldats américains à son bord, fut tout prêt de chavirer en rencontrant des vagues exceptionnellement cambrées dans l’Atlantique à l’approche des côtes européennes.

En 1943, le Queen Elizabeth s’enfonça dans le creux précédant une vague géante au large du Groenland. La vague s’écrasa sur le navire, et fut suivie d’une seconde. Les impacts mirent en pièces les vitres de la passerelle, à 27 mètres au dessus de la flottaison, et le pont avant fut enfoncé de 15 centimètres.

En 1995, le Queen Elizabeth II suivit les traces de ses aînés : au large de Terre-Neuve, le commandant vit arriver sur lui un  » mur d’eau solide « , blanc d’écume, dont il estima la hauteur à 30 mètres. Le navire fut là-aussi endommagé, mais put regagner le port sans encombre. La meilleure comparaison que le commandant put trouver pour faire part de son expérience fut qu’il avait eu le sentiment  » de faire route droit sur les falaises de Douvres « .

DES HYPOTHESES SUR LEUR FORMATION

Il existe des vagues << vagues scélérates >> dont les origines sont expliquées, comme les raz de marée (tsunamis) qui sont habituellement dus à des glissements de terrain sous-marins, ou compréhensibles, comme les << rouleaux du Cap >> que crée la houle des quarantièmes qui se heurte au courant des Aiguilles qui descend le long de la côte orientale de l’Afrique. Des vagues qui ne peuvent manifestement pas se classer dans ces catégories se présentent cependant avec une fréquence qui dépasse ce que prédisent les théories classiques à conditions moyennes données. Une vague comme celle du Jour de l’an 95 à Draupner a une probabilité théorique d’occurrence de l’ordre de 3 pour dix mille en année pleine. Toutefois, l’examen des accidents survenus aux plates-formes pétrolières dans le monde montre que la probabilité effective serait supérieure à un pour cent, c’est à dire qu’un opérateur qui posséderait cent plates-formes pourrait en observer une par an en moyenne

Les vagues sont créées par la friction du vent à la surface de la mer. Elles peuvent ensuite se propager pendant quatre à cinq jours, d’un continent à l’autre, avant de rencontrer une côte ou de s’atténuer suffisamment pour disparaître. Les vagues qui proviennent d’une autre région — la houle — peuvent aussi se combiner avec des vagues générées par le vent local. L’état de mer ainsi constitué est supposé avoir une répartition assez uniforme de son énergie dans le temps et dans l’espace. Les vagues scélérates sont dangereuses parce qu’elles surviennent au sein d’un état de mer plutôt modéré et qu’elles concentrent en elles une proportion inattendue de l’énergie qui aurait du se trouver dispersée, débordant ainsi les précautions et les dimensionnements qu’on avait réalisés sur la foi de cette modération apparente.

L’analyse des observations se heurte à leur rareté, et au manque de fiabilité des instruments de mesure en conditions extrêmes. Toutefois, notre équipe et les laboratoires français et étrangers avec lesquels elle collabore ont pu récemment émettre quelques hypothèses.

EN SAVOIR PLUS

LA POLéMIQUE

AGORAVOX

Les vagues scélérates sont aujourd’hui connues de tous les spécialistes du monde marin. Mieux, le ministère de la défense conçoit maintenant en collaboration avec des PME des systèmes capables de les prévenir dans la navigation maritime. Quel changement ! En effet il a fallu attendre 1995 ( !) pour que ces vagues, qui étaient connues par les navigateurs depuis des siècles, soient reconnues comme existant par la science ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, pendant des années et des années, les physiciens et les océanographes ont renié leur vocation scientifique en refusant jusqu’à l’étude sérieuse de ce phénomène, car ils ne voulaient pas remettre en cause les théories existantes sur la mécanique des fluides. Retour sur un fiasco scientifique incroyable.

 

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DR  Vague scélérate dans le Golfe de Gascogne, en 1940

D’abord, une petite explication.

Qu’est-ce qu’une vague scélérate ? « Les vagues scélérates sont des « vagues d’une amplitude et d’une sévérité inattendues par rapport aux conditions de mer lorsqu’elles surviennent », définition reprise du site de l’IFREMER. Pour être plus détaillé, ce sont des vagues extrêmes unidirectionnelles assez rares crées par une combinaison particulière de vent et d’accumulation d’ondes d’houle, mais ses mécanismes d’apparition sont encore aujourd’hui très complexes à décrire. Elles sont extrêmement dangereuses pour la navigation et ce n’est pas étonnant. Ces vagues monstrueuses peuvent atteindre jusqu’à 30 mètres de haut, dépasser de 2 ou 3 fois la taille des vagues environnantes et heurtent les navires comme des murs d’eau à des pressions gigantesques : une vague scélérate de « seulement » 12 mètres de haut exerce une pression de 6 tonnes/m2. En comparaison, un pétrolier supertanker peut supporter une pression maximale de 15 tonnes/m2.

La négation scientifique

Pour autant, ces vagues sont connues depuis longtemps. Un des Français qui les a décrites en premier était l’explorateur Dumont d’Urville au XIXème siècle, lorsqu’il y a été confronté dans l’hémisphère sud. De retour en France, personne ne le croira. La science moderne, elle, va entamer ce qui se révélera un fiasco incroyable, et qui va durer jusqu’en 1995. Elle niera leur existence.

En effet, selon les théories de la mécanique des fluides d’Euler et de Navier-Stokes, il est rigoureusement impossible qu’une vague atteigne 30 mètres de haut. Statistiquement, cela arriverait tous les 10 000 ans seulement. Les modèles mathématiques concernés étaient eux-mêmes seulement des modèles théoriques appliqués aux vagues de l’océan. Les océanographes et les physiciens vont sacrifier l’idée de vérité scientifique. Au lieu de s’intéresser à ce phénomène de vague scélérate, ils prennent le parti bec et ongle de dire que c’est impossible. Cela contredirait trop les théories existantes qu’ils veulent infaillibles. A partir de là, leur croyance irrationnelle est figée : Ces vagues n’ont jamais existé. POINT. Ceux qui disent le contraire violent la science. Quant aux multiples témoignages de marins concernant les vagues scélérates, ils vont trouver une explication : C’était du « folklore marin », des « mythes » !

Et à partir de là commence une longue l’omerta scientifique.

Négation des témoignages

· En 1942, le Queen Mary est touché par une violente vague scélérate de 28 mètres de haut. Il s’en sort.

· En 1978, un cargo allemand, le « München », porte-barges allemand de 39 000 Tonnes, qui était réputé insubmersible, va couler de façon brutale dans l’Atlantique nord, éventré par une vague scélérate. On ne retrouvera que le canot de sauvetage (qui se trouvait à 21 mètres au-dessus de la ligne de flottaison !), et une pièce métallique tellement déformée qu’on verra que seule une pression énorme a pû en être responsable.

· Le phrare de Fastnet, touché par une vague record de 48 mètres ( !) de haut en 1985.

On estime qu’entre 1973 et 1994, 22 cargos ont été coulés à cause des vagues scélérates.

Mais les scientifiques avides de vérité vont tenir bon. Les témoignages seront ignorés, aucune expérimentation scientifique ne va être lancée (ne serait-ce que pour démontrer que ce sont des idioties comme ils le prétendent), aucune opération visant à détecter des vagues scélérates non plus. Les plus téméraires d’entre eux diront qu’il n’y a que peu de moyens pour faire des « mesures objectives » !

La Vague Draupner.

Et enfin, en 1995, va venir l’évènement qui va tout faire bousculer. La plate-forme pétrôlière Draupner, en Mer du Nord, est touchée le 1er janvier 1995 par une vague de 25,6 mètres de haut (qui sera baptisée la vague Draupner). Les systèmes techniques installés sur la plate-forme ont mesuré avec précision cette vague et les données collectées sont transmises au monde scientifique. Cette fois, on ne peut plus nier l’évidence. Les physiciens, océanographes et le monde scientifique en général admettent l’existence des vagues scélérates et annoncent qu’ils feront tout pour en rechercher les causes et caractéristiques et cela notamment afin d’améliorer la sécurité de la navigation maritime (après 22 naufrages de cargo jusqu’en 1994 il était peut-être temps).

Mais voilà, la crédibilité scientifique en a pris un sacré coup quoique l’affaire n’ait pas été si ébruitée, il ne s’agissait que de problèmes scientifiques. Quoiqu’il en soit, certains trouvent alors la parade. Ils disent « nous n’avions jamais nié l’existence de ces vagues, c’est juste que nous n’avions pas assez de moyens de vérifier leurs mesures ! » (Sic)

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