GEOGRAPHIE HUMAINE

Algérie : Le Sahara, un nouvel eldorado agricole ?

CYBERGEO

By Tayeb Otmane et Yaël Kouzmine

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Les politiques algériennes mises en œuvre après l’indépendance pour développer le secteur agricole, de l’autogestion à la révolution agraire (1962-1980), n’ont jamais atteint les résultats escomptés, favorisant l’émergence d’une dépendance alimentaire considérable du pays vis-à-vis des marchés extérieurs (Bessaoud, 2008a). Dans un contexte de forte croissance démographique, la consommation grandissante de céréales importées, notamment le blé, a progressivement déséquilibré la balance commerciale algérienne et rendu toujours plus pesante la facture des importations de produits alimentaires. Celle-ci a doublé en passant de 878,4 millions de dollars en 2003 à 1,83 milliard de dollars en 2010.

Pour faire face à cette situation préoccupante, les pouvoirs politiques successifs, imprégnés des propos tenus par les firmes actives dans le Sud, se sont orientés vers le Sahara, riche en eau souterraine et en terres potentielles, pour développer une nouvelle agriculture fondée sur la grande mise en valeur agricole. Celle-ci a été considérée non seulement comme un moyen de développement de régions sahariennes encore en marge de l’essor économique, mais également comme une alternative pour assurer la production de ce que l’agriculture du Nord du pays ne parvenait pas à produire ; bien qu’à ses prémices, était déjà évoqué « un paradoxe évident à vouloir retirer du désert les denrées alimentaires qu’on a grand peine à obtenir dans les régions plus favorisées » (Dubost, 1986, p340).

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Dès lors émergea un mythe du développement agricole saharien, qui d’espace en marge et infertile devînt gisement de richesses, en particulier pour les vergers et les champs de blé (Dubost, 2002). L’idée de transformer le Sahara algérien en un eldorado agricole s’est appuyée sur les expériences diversement encourageantes menées en Arabie Saoudite ou en Libye (Côte, 1993 ; Fontaine, 1999). Et c’est précisément dans ce contexte mêlant mythologie du développement agricole et pression sociale accrue que l’État s’est lancé dans l’expérience de la mise en valeur saharienne pour tenter d’accroître rapidement, et massivement, sa production céréalière (Bisson, 2003). Des périmètres de mise en valeur agricole ex nihilo sortirent ainsi de terre au Sahara algérien, à Gassi-Touil, dans le Souf, à El-Meniaa, à Zelfana, mais également dans la région du Touat-Gourara-Tidikelt.

À l’image des autres régions sahariennes, ces dernières oasis furent progressivement impliquées dans le déploiement d’un système agricole technicisé et capitalistique, visant la compétitivité et la rationalisation. Ces régions d’oasis à foggaras sont traditionnellement caractérisées par une agriculture d’autosuffisance, quasi autarcique (Dubost, 1986), basée sur de modestes moyens de production et majoritairement centrée sur la production de dattes, malgré une diversification réelle au cours du XXe siècle. Le tournant opéré par le programme de mise en valeur agricole à partir des années 1980 a engagé la paysannerie locale dans une logique d’exploitation agricole marchande, mobilisant de grands capitaux et utilisant un matériel de haute technicité. Soutenue financièrement par l’État et mise en œuvre par des entrepreneurs privés, locaux et nationaux, cette action de développement et d’aménagement a profondément marqué, dans ces trois « pays de foggaras », l’évolution du rapport des sociétés rurales à leurs territoires, tout en composant une mosaïque de paysages agraires juxtaposant sur une courte distance les formes agricoles les plus modernes et les plus traditionnelles (Côte, 2002).

 

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Inauguré il y a près de trois décennies, conditionné par des objectifs préliminaires ambitieux et fondé sur des investissements conséquents de l’État, ce projet de développement n’a pourtant pas encore fait l’objet d’une évaluation longitudinale rigoureuse. L’ambition de cet article est donc de répondre à cette carence en proposant un diagnostic actualisé de la mise en valeur agricole dans la région du Sud-Ouest saharien algérien, tout en remettant en perspective ce processus par l’analyse de ses impacts et des adaptations qu’il a générées dans ces territoires ruraux spécifiques. L’originalité de la méthodologie adoptée est de croiser des données issues d’enquêtes de terrain, d’autres provenant d’organismes en charge de l’agriculture et, enfin, des données extraites d’images satellites.

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