CLIMAT

Changement climatique et dynamique géomorphologique des côtes bretonnes

CYBERGEO

BY Alain Hénaff, Catherine Meur-Férec et Yannick Lageat

 

 

 

En France, les fortes tempêtes de ces dernières décennies et leurs conséquences sur les littoraux ont conduit à mettre l’accent sur les liens de causalité pouvant exister entre le changement climatique et les évolutions actuelles des rivages soumis à l’érosion et à la submersion. Il paraît cependant nécessaire de remettre en perspective les dynamiques géomorphologiques côtières contemporaines dans le contexte de leurs évolutions sur le long terme. Quelques exemples d’évolution de littoraux en Bretagne permettent ainsi de rappeler que la mobilité des rivages relève de processus agissant à différentes échelles de temps et d’espace, entre la transgression flandrienne à l’origine de la mise en place des littoraux actuels, les évolutions historiques des lignes de rivage et les formes côtières soumises aux phénomènes météo-marins, aux variations des bilans sédimentaires et aux interventions humaines. Aussi, en matière de gestion des risques côtiers, les conséquences envisagées du changement climatique apparaissent comme des facteurs aggravants sur des territoires déjà très vulnérables, en raison notamment de la multiplication des enjeux.

 

 

 

En France, trois événements tempétueux récents ont rappelé que les littoraux étaient par nature des territoires à risques (Meur-Ferec et al., 2013). Ainsi, l’ouragan d’octobre 1987 a pu a posteriori apparaître comme un « avertissement sans frais » car il ne fut pas en phase avec de forts coefficients de marée, et les dégâts à la côte furent, de ce fait, limités ; la tempête Johanna de mars 2008 causa de nombreux dommages matériels, particulièrement en Bretagne, mais pas de pertes humaines ; enfin, en mars 2010, Xynthia, catastrophe prévisible, fit une cinquantaine de victimes et suscita des réactions affolées. C’est à la suite de cet événement dramatique que les risques côtiers de submersion et d’érosion sont passés sur le devant des scènes médiatiques et politiques. Après la gestion de crise, de nombreuses mesures sont à l‘étude pour tenter de limiter la vulnérabilité des territoires côtiers. Ainsi, l’application de la directive européenne « inondation »1, la mise en place de la stratégie nationale de gestion du trait de côte, la relance et la révision des PPRL (Plans de Prévention des Risques Littoraux), le lancement des PAPI Mer (Programmes d’Action de Prévention des Inondations) et des PSR (Plans Submersion Rapide), ainsi que le projet de loi sur les submersions2 témoignent de l’attention des services de l’État, des collectivités territoriales et des chercheurs sur le sujet.

  • 3 V. Brunetière, Programme ADAPTALITT (capacités d’adaptation des sociétés littorales aux phénomènes (…)

2Cette mobilisation sans précédent repose la question, récurrente dans les médias, des effets du changement climatique sur la dynamique actuelle des côtes. Pour certains intervenants, le lien de causalité entre réchauffement et dynamique géomorphologique actuelle des côtes est évident. Ainsi, les résultats d’une analyse sémio-linguistique de 63 articles portant sur les termes « érosion » et « changement climatique », publiés dans les presses nationale et régionale du 31 janvier 2007 au 3 février 2010, apparaissent éloquents3 : 44 articles, soit 69 % du corpus étudié, font état d’un lien entre érosion et changement climatique, et, parmi eux, 28 articles (44 %) posent explicitement le réchauffement comme le principal responsable de la dynamique érosive des littoraux. Cependant, d’autres experts n’excluent pas que les deux phénomènes ne relèvent pas des mêmes échelles spatio-temporelles. C’est la position des auteurs de cet article, géomorphologues du littoral, attentifs aux relations qu’entretiennent les sociétés avec leurs milieux, qui s’attachent à montrer que les phénomènes côtiers relèvent de trois échelles temporelles différentes, quoique naturellement imbriquées :

  • l’échelle géologique de la mise en place des côtes actuelles,
  • l’échelle séculaire de l’évolution historique des traits de côte,
  • l’échelle météorologique des événements tempétueux.

En outre, si aménager c’est prévoir, il est important, dans un contexte de changement climatique, de s’essayer à un exercice de prospective qui tienne compte de l’élévation probable du niveau marin. Les connaissances actuelles peuvent d’ores et déjà permettre de tirer des enseignements pour planifier la gestion des côtes. Si cet article s’appuie sur des exemples bretons, il semble que certains éléments de réflexion puissent avoir valeur plus générale.

 

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BRGM

Erosion et submersion : l’impact du changement climatique sur les aléas et risques littoraux

Le projet ANR Miseeva visait à définir la vulnérabilité du littoral à l’aléa de submersion marine dans le contexte du changement climatique, en intégrant toutes les composantes de l’aléa et en évaluant l’ensemble des enjeux. Réunissant océanographes, géologues, géographes, sociologues et économistes, la démarche a été conduite sur le littoral du Languedoc-Roussillon. Fondée sur plusieurs scénarios en termes d’événements météo-marins et d’élévation du niveau de la mer induite par le changement climatique aux échéances 2030 et 2100 (bases : GIEC 2007), elle a pris pour hypothèse la poursuite des tendances démographiques et économiques actuelles.

Définir plusieurs perspectives de stratégies d’adaptation

Travaux de modélisation, analyse des enjeux (environnementaux, agricoles, économiques et sociaux), enquêtes auprès du public… ont permis d’établir des indicateurs d’exposition, de susceptibilité et de capacité d’adaptation, et une visualisation des différents champs de la vulnérabilité des communes littorales. Sur cette base, plusieurs perspectives de stratégies d’adaptation (« futurs possibles ») pour la gestion du risque ont été définies.

 

Processus côtiers affectant la ligne de rivage des atolls. D’après Garcin et al. (2011)

Le projet ANR Cecile

Le projet ANR Cecile porte sur l’impact physique de l’élévation du niveau marin pour les cinquante dernières années et le prochain siècle dans des régions côtières ultramarines (outre-mer français). Il repose sur l’étude de la ligne de rivage, la détermination des principaux facteurs à l’origine des changements qui l’ont affectée, et sur l’évaluation de l’impact physique de l’élévation du niveau marin sur son évolution.

 

Des études menées sur les atolls polynésiens montrent que, pour certaines îles, l’élévation du niveau marin n’explique pas la variabilité des mouvements du trait de côte, alors qu’elle a été l’une des plus fortes du Pacifique au cours des soixante dernières années (environ + 4,5 mm/an). Il n’en ira probablement pas de même, cependant, si le processus s’accélère.

 

En multipliant les observations sur différents contextes côtiers, il doit être possible de tirer des enseignements sur les facteurs les plus importants du changement du trait de côte sur des échelles de temps pluridécennales. Il sera aussi possible d’évaluer dans quelle mesure et à partir de quelles vitesses d’élévation du niveau marin le changement climatique peut devenir un facteur important de la mobilité des rivages.

 

Cartes saisonnières des anomalies climatiques (hauteur de géopotentiel 500- mb standardisées pour les phases positives des figures de téléconnexion NAO – Oscillation Atlantique nord – et EA – Atlantique est) et changements de conditions de vagues associés dans le golfe de Gascogne. Les flèches en pointillés indiquent la direction moyenne des vagues pendant la saison tandis que les flèches bleues indiquent les modifications de direction (pas à l’échelle) et leur épaisseur indique l’évolution de la hauteur de vagues. D’après Charles et al (2012).

Simulation mise en œuvre pour modéliser les vagues depuis l’océan Atlantique Nord

Élodie Charles a achevé en 2011 une thèse sur l’impact du changement climatique sur les champs de vagues en zone côtière. Une régionalisation dynamique a été mise en oeuvre pour modéliser les vagues depuis l’océan Atlantique Nord jusqu’au golfe de Gascogne. La simulation a été réalisée avec le modèle de vague Wavewatch III pour le climat actuel (champs de vents de la réanalyse ERA-40) et pour trois scénarios d’émissions futures de gaz à effet de serre (champs de vents issus des simulations d’Arpege Climat).

Résultats et analyse de la simulation

L’analyse de l’évolution des champs de vagues dans le golfe de Gascogne entre le climat actuel (1958- 2001) et le climat futur (2061-2100) met en évidence une baisse généralisée des hauteurs de vague (comprise entre 4,7 et 11,4% suivant la saison – scénario médian), ainsi qu’une rotation horaire des vagues estivales (5,1° en moyenne) et des houles hivernales. En termes de transport sédimentaire, ces changements pourraient réduire le flux sédimentaire le long de la côte d’environ 10%. Beaucoup d’incertitudes demeurent toutefois, et des études complémentaires devront être menées sur l’impact réel de ces phénomènes en termes de morphodynamique côtière

LE SITE

 

LE TELEGRAMME

Le réchauffement climatique, ce n’est pas que pour les autres. Le sommet de Copenhague, à partir du 7 décembre, a pour objectif affiché de contenir la hausse des températures à 2°C. En Bretagne, des impacts sont déjà mesurables…

 

Les changements climatiques ne sont pas réservés aux îles à fleur d’eau du bout du monde. Sur notre bout de terre breton aussi, le «grignotage du littoral» a commencé. Un très sérieux rapport de synthèse duConservatoire du littoral pointait déjà, en 2004, les risques prévisibles du réchauffement. «Élévation du niveau moyen de la mer (…), tempêtes plus fortes et plus fréquentes (…), accélération de l’érosion des plages et des falaises (…), submersions temporaires ou permanentes sur les espaces côtiers bas (…), accentuation de la salinisation des eaux souterraines littorales.»

Hausse du niveau de la mer de 30 à 60 cm 

On sait que si le niveau marin est en hausse depuis 200 ans, cette hausse n’est pas uniforme. Et a priori, moindre enBretagne (2 mm par an à Brest contre une moyenne de 3 mm). Mais cette hausse est plus rapide sur les derniers 100 ans.

A l’horizon 2100, «les récents rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) font état d’une hausse prévisible du niveau de la mer de 30 à 60 cm, explique Michel Galliot, de l’Onerc (Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique). Mais, selon les dernières évaluations, cela pourrait aller au-delà: un mètre, voire plus.»

Pas de quoi s’affoler à la Pointe du Raz, certes. Mais de quoi s’affoler à l’île de Sein. «Le maintien du trait de côte, c’est une chose. Mais sans forcément parler de recul de la côte, si on n’a plus de plages, où met-on les touristes ?», interroge Michel Galliot, pointant du doigt les difficultés économiques, corollaire inévitable du réchauffement climatique. D’autant que ces touristes pourraient être plus nombreux, avec quelques raisonnables degrés de plus d’ici à la fin du siècle !

Taux de CO2 dans l’air exceptionnellement élevés 

Dans l’histoire de la Terre, il y a eu des variations climatiques plus chaudes. Et plus soudaines. Par exemple, à la fin de la dernière période froide (il y a 10.000ans), le réchauffement a eu lieu très rapidement. «Pour le moment, relativise Brigitte van Vliet-Lanoë, directeur de recherche CNRS, géologue continentaliste à l’IUEM (Institut universitaire européen de la mer, au Technopôle de Plouzané), les changements que nous vivons n’ont rien d’extraordinaire par rapport au passé.» Ce qui est exceptionnel, ce sont les taux de CO2 dans l’atmosphère, qui n’ont pas été aussi élevés depuis des millénaires, et la vitesse à laquelle les changements s’opèrent. A tous ces paramètres s’ajoute une autre donnée, soulignée avec force par Jean-Pierre Lefort, géophysicien au laboratoire d’Archéosciences de l’université de Rennes I : les mouvements verticaux du sol. Car la Bretagne n’est pas si paisible que cela. Schématiquement, à l’ouest d’un axe Léon-embouchure de la Loire, elle se soulève…

A Brest, d’environ 1 mm par an, à Nantes de 0,8 mm par an. A contrario, sur un axe baie du Mont-Saint-Michel-marais de Redon, elle s’abaisse (0,1 à 0,4 mm par an)…

L’Homme devra s’adapter 

Alors, y a-t-il un réel danger en Bretagne ? «Si vous appelez « danger » un changement profond et rapide de nos modèles sociaux et économiques, alors oui», nuance Brigitte van Vliet-Lanoë. Tout est affaire de capacité d’adaptation : la nature s’adaptera, elle l’a déjà fait. Mais nous ? Marc-André Gutscher, géophysicien chargé de recherche CNRS (IUEM), de s’assombrir : «Les effets néfastes n’auront sans doute pas lieu pendant nos vies (…), sauf pour les populations qui vivent au ras de l’eau. Mais le danger, il est à long terme.» A l’échelle de la planète ou à celle de l’homme ? «150 ans, à l’échelle humaine, c’est du long terme !»

> Simulateur de montée des eaux. Avec ce simulateur, vous pouvez observer l’effet d’une hausse de la montée des eaux entre 1 mètres et 14 mètres sur les côtes. Attention, ce simulateur ne prend en compte que l’élevation par rapport au niveau de la mer et laisse de côté d’autres facteurs importants.

A lire également :
>> Eau douce. Gare à la calotte !

>> Dégâts côtiers. La mer peut-être, l’homme sûrement
>> La prudence reste de mise
>> Effet de serre : CO2 et vapeur d’eau

 

  • Dossier réalisé par Marine Bot-Le Goascoz

 

L’érosion littorale touche la Bretagne inégalement

 

 

L'érosion littorale touche la Bretagne inégament 

Le littoral breton plus naturel et moins fragile que la moyenne française

 

 

Le littoral breton plus naturel et moins fragile que la moyenne française 

La montée des eaux est effective

 

 

La montée des eaux est effective 

 

«Si on n’a plus de plage, où met-on les touristes…?»

  • Michel Galliot, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique.

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