GEOGRAPHIE HUMAINE

Mondialisation : En quoi l’attractivité devient-elle un enjeu majeur pour les territoires ?

L’exemple du Nord Pas-de Calais

INSEE

par Jérôme Fabre, Insee Nord-Pas-de-Calais
Suivi partenarial : Betty Becuwe, Jérôme Fabre, Nicolas Hosdez (Insee),
Anne-Sophie Gellez, Christophe Meulemans – Direction Action Économique(DAE) du Conseil régional Nord Pas de Calais,
Stéphane Humbert – Direction du Développement Durable de la Prospective et de l’Évaluation (D2DPE) du Conseil régional Nord Pas de Calais
Rédaction en chef : Arnaud Degorre
 
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Le contexte

La mondialisation économique se traduit notamment par une mobilité accrue des personnes, des capitaux et des biens. La recherche des marchés d’une part et des gains de productivité d’autre part conduisent à une globalisation de l’économie dans laquelle les territoires sont mis en relation, parfois même en concurrence. Quelle que soit l’échelle géographique considérée (pays, régions, agglomérations…), les territoires définissent leur stratégie de développement dans ce cadre où l’implantation des personnes et des moyens de production est toujours possible, mais n’est jamais acquise. L’émergence du phénomène métropolitain témoigne par exemple de la nécessité, pour tirer son épingle du jeu dans ce contexte mondialisé, d’atteindre une taille suffisante pour concentrer des activités décisionnelles et des ressources rares (actifs qualifiés, professions créatives…). L’attractivité peut alors être définie comme l’apport de ressources mobiles résultant d’un arbitrage de localisation par des acteurs privés ou publics. Ainsi, l’attractivité devient un enjeu majeur des territoires. Elle répond in fine à la fois à des problématiques très globales, structurante d’un point de vue national voire international, mais en même temps à d’autres liées au développement local et à l’aménagement du territoire. L’étude de l’attractivité d’un territoire ne peut donc se faire  » en vase clos « , dans le sens où elle doit intégrer des analyses globales, de fonctionnement macroéconomiques ou macrosociaux. Il n’existe pas un type de territoire qui permette d’appréhender les phénomènes d’attractivité de manière plus satisfaisante qu’un autre : c’est dans la combinaison des approches et des référentiels que s’appréhende le fonctionnement systémique de l’attractivité des territoires d’une région.

La méthode

Ainsi les enjeux en termes d’attractivité du Nord-Pas-de-Calais peuvent être mis en exergue à travers diverses échelles géographiques que sont les zones d’emploi, les PLDE (Plans locaux de développement économique), et les aires urbaines, périurbaines et à dominante rurale. Cette articulation des types de territoires et des approches est nécessaire pour un acteur public telle la Région, chef de file pour la définition et la mise en œuvre de la Stratégie régionale de développement économique (SRDE) ou du Schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire (SRADDT). L’objectif n’est donc pas de définir finement l’attractivité d’un territoire en particulier mais de comprendre comment ces attractivités différenciées se complètent au sein d’un fonctionnement plus global.

L’articulation des niveaux géographiques permet donc de comprendre les mécanismes de l’attractivité des territoires de manière transversale tout en répondant à des dispositifs d’action publique conçus à des échelles distinctes : l’étude concernant les zones d’emploi établit les principaux facteurs d’attractivité au niveau national, tant au niveau productif que résidentiel. L’analyse au travers des PLDE de la région met davantage l’accent sur une lecture de l’attractivité au niveau régional, et met en relief la complémentarité des territoires sur une échelle d’action privilégiée pour le développement économique d’initiative régionale. Enfin, l’étude de l’attractivité au sein des même types d’espaces (métropolitains, urbains, périurbains, à dominante rurale) permet de comprendre si l’attractivité des territoires de la région est liée à sa structure productive et résidentielle ou s’il s’agit de particularités locales. En effet, l’attractivité telle qu’elle est étudiée ici couvre à la fois le champ productif, c’est-à-dire la capacité à attirer des facteurs de production, que le champ résidentiel composé des ménages venant vivre sur un territoire sans forcément y travailler. Ces deux sphères ne doivent cependant pas être opposées car elles interagissent en partie entre elles : le choix du lieu de travail répond, par exemple, en partie à des considérations en termes de choix de vie.

D’une manière générale, la situation géographique du Nord-Pas-de-Calais en fait un territoire peu attractif. Les flux migratoires en France métropolitaine se font essentiellement au bénéfice des territoires situés au sud ou sur le littoral. L’attractivité résidentielle des territoires de la région est ainsi relativement faible. Seule la zone d’emploi de Berck – Montreuil, de par sa localisation et les aménités qu’elle offre, parvient à tirer son épingle du jeu et profite d’une réelle attractivité résidentielle à l’image des autres territoires littoraux du reste du pays. Dans une vision plus régionale, les territoires situés dans l’arrière pays Montreuillois attirent également des touristes ou des retraités et jouissent d’une certaine attractivité résidentielle.

Parallèlement, un autre phénomène structure l’attractivité du territoire national : la métropolisation. Les grands pôles urbains bénéficient d’une attractivité productive importante, liée notamment à l’arrivée d’actifs qualifiés sur ces territoires. La métropole lilloise se détache dans la région en attirant des actifs et des entreprises. Elle bénéficie d’une réelle attractivité productive, même si celle-ci est atténuée par des arrivées d’actifs qualifiés moins importantes que d’autres métropoles. En effet, attractivités productive et résidentielle sont étroitement liées, et le choix du lieu de travail des actifs qualifiés se base sur des considérations certes économiques mais également sur le choix d’un cadre de vie. Ce moindre taux d’arrivée d’actifs qualifiés est compensé en partie par la présence sur le territoire de grands pôles universitaires ou de grandes écoles qui forment des actifs à compétence rare. En termes d’attractivité, la métropole lilloise se rapproche de pôles comme Strasbourg, Bordeaux ou Le Havre davantage qu’à des métropoles du type de Lyon, Marseille, Toulouse ou Nantes. Les autres grands territoires urbains de la région profitent d’une attractivité productive d’un autre type. Grâce à leur passé industriel, ces territoires sont créateurs d’emplois dans la sphère non présentielle. Pour la plupart de ces territoires urbains, les emplois sont néanmoins souvent peu qualifiés. Le PLDE de Valenciennes Métropole parvient toutefois, à l’échelle régionale, à attirer des actifs à compétence rare.

La métropolisation engendre également un autre type d’attractivité résidentielle pour les territoires périurbains. L’attractivité des territoires limitrophes aux pôles productifs est avant tout une attractivité de proximité. D’un côté, les travailleurs et les familles font le choix de s’installer en périphérie des grandes villes où ils travaillent, profitant ainsi d’un cadre de vie moins urbanisé et des prix de logements plus accessibles. De la même façon, les grands établissements qui ont besoin d’espaces fonciers importants font parfois le choix de s’installer en périphérie des pôles productifs, profitant ainsi des infrastructures routières et ferroviaires les reliant à ces pôles. Dans la région Nord Pas de Calais, la zone d’emploi de Flandre – Lys est particulièrement attractive pour les travailleurs et leurs familles. Plus généralement, l’ensemble des territoires limitrophes aux PLDE de Lille Métropole et Valenciennes Métropole profite d’une attractivité de proximité. Pourtant, l’attractivité des espaces périurbains autour de Lille tient également à la sphère productive : les industries ou les activités de services sont également nombreuses à s’y installer.

Ces espaces périurbains illustrent plus globalement un élément essentiel du fonctionnement de l’attractivité en Nord-Pas-de-Calais : quel que soit le type d’espace observé, peu de territoires se détachent par une spécialisation très forte dans le domaine productif ou résidentiel. Les caractéristiques de la région en termes de densité de population, sa structure géographique, son histoire économique coïncident pour créer autour de Lille, un système métropolitain au fonctionnement très particulier : si des complémentarités fonctionnelles existent, chaque territoire présente une pluralité de fonctions plus importante que dans les autres métropoles françaises.

Comment mesurer l’attractivité d’un territoire ?

1.1 Les choix retenus pour mesurer l’attractivité d’un territoire

1.1.1 Une attractivité à deux facettes : productive et résidentielle

L’attractivité économique est parfois perçue dans une approche purement productive. Elle est envisagée comme la capacité des territoires à attirer les facteurs de production mobiles. Or le rapport des individus au territoire a profondément changé. La mobilité des personnes, qu’elle soit occasionnelle ou quotidienne, s’est accrue s’accompagnant d’une distinction croissante entre lieu de résidence, lieu de travail et lieu de consommation. On ne consomme plus nécessairement là où l’on vit, et l’on ne vit plus nécessairement là où l’on travaille. Ainsi, une part croissante des revenus locaux provient de flux indépendants des capacités productives des territoires. Il est ainsi considéré que, pour mesurer l’attractivité économique des territoires, il est nécessaire de couvrir deux aspects. D’un côté une attractivité économique dite  » productive  » et de l’autre une attractivité économique dite  » résidentielle « .

L’attractivité productive est considérée comme la capacité d’un territoire à attirer et à retenir des activités nouvelles et des facteurs de production mobiles : capitaux, équipements, entreprises, travailleurs qualifiés.

L’attractivité résidentielle prend en compte la capacité à attirer les personnes, et avec eux leurs revenus, en provenance de l’extérieur du territoire. Ils constituent un facteur de la demande dans le développement économique local. Il s’agit de mesurer non pas une situation, un état, mais  une dynamique, des mouvements sur une période donnée, à travers les flux entrants (en provenance de l’extérieur du territoire) à l’origine de l’entrée de ces revenus.

1.1.2 Seulement l’aspect offensif de l’attractivité économique

La définition de l’attractivité économique intègre une part offensive : la capacité à attirer des activités, des facteurs de production ou des revenus sur un territoire donné mais aussi une part défensive : la capacité à générer en interne des emplois et des richesses, à retenir les activités, les facteurs de production ou les revenus, déjà présents sur ce territoire.

Le volet défensif de l’attractivité n’est pas traité ici. Ainsi, les indicateurs de flux ne portent que sur les flux entrants et les créations d’emplois ne concernent que celles dans les établissements dont le centre de décision est extérieur à la zone. Le but n’est donc pas de mesurer les facteurs endogènes de croissance ou de richesse pour un territoire mais la pure attractivité, résidentielle ou productive, par rapport à l’extérieur.

1.1.3 Les indicateurs retenus pour mesurer l’attractivité des territoires

L’attractivité productive des territoires est mesurée à partir de quatre indicateurs (pour plus de détails, se reporter à l’annexe).

  • le taux de création d’établissements décidés par des centres extérieurs au territoire
  • le taux de création d’emploi par des centres de décision extérieurs à la zone
  • le taux d’arrivée de travailleurs indépendants
  • le taux d’arrivée d’actifs occupant des emplois qualifiés.

Les deux premiers indicateurs de l’attractivité productive mesurent la capacité des territoires à attirer des activités nouvelles, et les emplois qui y sont attachés. Les créations par des centres extérieurs au territoire sont privilégiées, puisque le choix d’implantation de ces activités résulte d’un arbitrage et d’une mise en concurrence des territoires. Les deux derniers indicateurs mesurent la capacité des territoires à attirer des compétences professionnelles rares et recherchées qui soutiennent le dynamisme local des territoires.

L’attractivité résidentielle est mesurée à partir de trois indicateurs :

  • le taux d’arrivée de retraités
  • la part de l’emploi salarié lié au tourisme
  • le taux d’installation  d’actifs travaillant hors zone

Ces indicateurs permettent d’évaluer la capacité des territoires à attirer les personnes et leurs ressources et ainsi de développer l’économie présentielle locale.

1.2 Quels liens avec la théorie de la base ?

1.2.1 La théorie de la base

La théorie de la base économique, développée par W. Sombart en 1916, constitue un modèle d’analyse du développement territorial. Selon la théorie originelle, les revenus captés à l’extérieur du territoire, grâce à l’exportation de biens et services marchands, sont à l’origine de son développement. Cet afflux extérieur entretient et ravive l’économie du territoire alors que le seul fonctionnement endogène ou en vase clos pourrait conduire à la stagnation. Très schématiquement, l’importance donnée au rôle des revenus positionne la théorie de la base dans le champ de l’économie de la demande ou bien encore dans la sphère keynésienne. Elle se démarque toutefois en accordant une importance particulière aux revenus issus de l’extérieur alors que ceci n’est pas crucial dans le concept de demande effective. Il faut dire que la théorie keynésienne se situe au niveau national et non au niveau de plus petits territoires pour lesquels  » l’extérieur  » joue mécaniquement un rôle plus déterminant. Dans la théorie de la base, les revenus captés sur l’extérieur puis dépensés sur le territoire constituent le socle qui permet d’entretenir et de raviver l’économie locale, tout en s’ajoutant aux revenus créés et dépensés localement.

Aujourd’hui, le contexte n’est plus le même : l’économie s’est complexifiée et les sources du développement territorial se sont diversifiées. L’augmentation de la mobilité des personnes entraîne une progression des revenus locaux amenés par les individus. Pour cette raison, certains auteurs préconisent un élargissement de la base économique qui prendrait en compte d’autres sources de captation de revenus en provenance de l’extérieur. C’est ainsi, qu’en plus de la partie productive, L. Davezies intègre trois nouvelles composantes dans la base économique. Ces composantes se nourrissent des revenus des ménages qui viennent sur le territoire, alors que leurs revenus ont été constitués ailleurs. Dans son analyse des moteurs du développement, il mesure ainsi le niveau de quatre grandes familles de revenus, dits  » basiques « , qui viennent de l’extérieur irriguer le territoire :

  • La base productive : elle est alimentée par la capacité qu’ont ses entreprises d’aller vendre leurs produits au-delà des frontières du territoire. De ces ventes en résultent des revenus du capital et du travail appropriés par des agents économiques du territoire.
  • La base publique : elle correspond aux salaires des trois fonctions publiques : État, collectivités locales (nets de la part financée sur des ressources fiscales locales), secteur hospitalier ;
  • La base résidentielle : il s’agit des revenus entrants sans lien avec la production et du fait de l’offre locale : salaires des actifs résidant localement et travaillant ailleurs (navetteurs), pensions de retraites et dépenses des touristes ;
  • La base sociale : elle inclut toutes les prestations sociales et sanitaires : prestations dechômage, minima sociaux, aides au logement, remboursement de soins de santé…

1.2.2 Points communs et divergences

L’analyse de l’attractivité recherchée ici et l’approche de la théorie de la base partagent le même objectif : contribuer à l’explication du développement économique territorial. Cependant, les deux approches se différencient pour l’essentiel. L’étude ne repose pas sur une décomposition des revenus, mais sur un ensemble d’indicateurs complémentaires.

Les ambitions des deux approches sont différentes. La théorie de la base tente d’identifier les moteurs exogènes d’une économie locale et leur capacité à entraîner la dynamique endogène du territoire. De ce point de vue, l’approche par l’attractivité est moins ambitieuse. Elle s’intéresse au seul pouvoir d’attraction qu’exerce tel territoire, sans mesurer explicitement l’impact des agents économiques arrivant sur le territoire d’accueil.

L. Davezies évoque deux composantes de la base qui ne sont pas prises en compte pour l’analyse de l’attractivité: la base sociale (prestations sociales autres que les retraites) et la base publique (salaires des emplois publics). Leurs localisations relèvent de logiques différentes. Par exemple, la localisation des services publics est liée à celle de la population ou dépend de considérations spécifiques.

La théorie de la base a une ambition systémique. L’analyse de l’attractivité par des indicateurs de flux et des typologies n’offre pas des outils directs pour évaluer le fonctionnement d’un territoire en système. Reste que les analyses des résultats pour des territoires tels que les zones d’emploi ou les Plans locaux de développement économique se fait en comparant des territoires proches, principalement dans les espaces métropolitains. Ainsi, les résultats d’un territoire ne peuvent se comprendre indépendamment : ils interviennent dans des logiques de complémentarité ou de rivalité avec les territoires voisins ; c’est en quoi cette approche se rapproche par certains aspects de la théorie de la base.

De plus la segmentation théorique et opérationnelle de l’économie en plusieurs bases, productive et résidentielle notamment, a son intérêt dans l’analyse de la dynamique de l’économie d’un territoire et de sa traversée de crise en particulier. Ainsi, l’étude reprend l’idée d’une distinction productif / résidentiel dans l’analyse de l’attractivité économique.

Enfin, la partie résidentielle de l’attractivité économique a un point commun avec la théorie de la base. Les flux d’individus retenus ici pour mesurer cette attractivité correspondent aux individus qui apportent leur revenu au sein de la base résidentielle (actifs hors zone, retraités et touristes).

1.3 Héliotropisme et métropolisation : deux phénomènes structurant de l’attractivité au niveau national

La mobilité des personnes, influençant tant l’attractivité résidentielle que l’attractivité productive, relève en partie des choix de localisation en fonction d’aménités climatiques et géographiques. Ces phénomènes, observables à l’échelle nationale, conditionnent l’attractivité locale.

La principale caractéristique de la France en matière de migrations est l’héliotropisme qui conduit quasiment tous les départements au sud d’une ligne entre l’Ain et la Charente-Maritime à être bénéficiaires au jeu des migrations (cf. carte 1). Seconde caractéristique : l’haliotropisme. Au Nord, comme au Sud du Pays les zones littorales présentent en général des soldes plus positifs (ou moins négatifs) que les territoires continentaux.

Ces phénomènes influencent principalement le tourisme, l’attractivité pour les retraités ou les actifs ne travaillant pas dans la zone. Ils ont également un impact sur les taux d’entrée des travailleurs indépendants. En effet, les deux sphères productives et résidentielles ne sont pas cloisonnées et interagissent. Le choix de localisation des travailleurs indépendants dont l’activité est fortement liée à la population présente sur un territoire peut donc se faire en fonction de l’attractivité résidentielle d’un territoire. De plus, le choix du lieu de travail tant pour un indépendant que pour n’importe quel travailleur résulte d’un arbitrage entre des considérations liées au marché du travail et d’autres liées au cadre de vie. En d’autres termes, les caractéristiques de la sphère productive d’un territoire n’expliquent pas seules son attractivité dans ce domaine.

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Enfin, l’attractivité des principaux pôles urbains est principalement liée au phénomène de métropolisation. La spécialisation fonctionnelle des territoires qui en découle conduit ces grands pôles économiques (Île-de-France, Nord, Rhône, Bouches du Rhône …) à être souvent déficitaires en termes de migrations résidentielles. Derrière ce déficit se cache des contrastes à l’intérieur d’un cycle de vie. L’attractivité des grands pôles tient principalement aux étudiants ou aux jeunes actifs. De fait, la concentration de populations très jeunes conduit à une forte natalité alimentant mécaniquement le déficit migratoire. En effet, les ménages avec enfants, tout en gardant un lien économique avec le pôle urbain, le quittent fréquemment vers des territoires limitrophes pour des questions résidentielles.

L’attractivité de ces grands pôles se réalise en grande partie avec les actifs à compétences rares. En effet la concentration des postes décisionnels, de conception – recherche ou plus généralement de tout ceux à haut de niveau de qualification est l’un des faits saillants de la métropolisation.

2 – L’attractivité régionale au niveau des zones d’emploi

La région Nord-Pas-de-Calais est découpée en 15 zones d’emploi (304 en France métropolitaine). Une zone d’emploi est un espace géographique à l’intérieur duquel la plupart des actifs résident et travaillent, et dans lequel les établissements peuvent trouver l’essentiel de la main d’œuvre nécessaire pour occuper les emplois offerts. Les zones d’emploi définissent ainsi le mode de fonctionnement des marchés locaux du travail, et permettent ainsi la vision de l’attractivité des territoires la plus pertinente, même si la maille géographique est parfois relativement large.

2.1 Une faible attractivité résidentielle en Nord-Pas-de-Calais

L’attractivité résidentielle est analysée sous le prisme de trois indicateurs : le taux d’entrée de retraités, la part de l’emploi touristique et le taux d’entrée de travailleurs résidant dans la zone.  Derrière la mesure de flux de personnes, se retrouve de manière sous-jacente des flux revenus. Quels que soient ces indicateurs, le Nord-Pas-de-Calais présente une attractivité assez faible, notamment du fait de son positionnement septentrional. Concernant les retraités et le tourisme, seule la zone d’emploi de Berk-Montreuil arrive à tirer son épingle du jeu du fait de sa localisation et des aménités offertes sur le territoire (cf. carte 2).

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Concernant les taux d’entrée d’actifs travaillant hors de la zone (cf. carte 3), deux phénomènes pénalisent la région. D’une part l’héliotropisme joue en partie puisqu’une partie de ces migrants vient d’une autre région. Par ailleurs, une grande partie de ces flux sont de type périurbains et illustrent cette propension des ménages à quitter les grands centres économiques pour des espaces moins urbanisés où le coût du logement peut s’avérer plus bas. Par conséquent, la principale dichotomie n’oppose désormais plus le Nord au Sud mais les territoires à vocation économique et ceux à vocation résidentielle. Tous les pôles d’emplois importants (Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Rennes …) présentent des entrées très faibles. Autour de ces pôles, gravitent des territoires résidentiels, très attractifs pour des ménages occupant un emploi dans le pôle.  L’originalité régionale ne tient donc pas tant au déficit lillois mais à la relativement faible attractivité des zones d’emploi limitrophes à l’exception de Flandres-Lys. Il apparaît alors que la proximité de grands pôles économiques au sein de l’Aire Métropolitaine de Lille (Lille, Lens, Douai, Valenciennes …) limite la spécialisation de territoires à vocation purement résidentielle, du moins à l’échelle des zones d’emploi.

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2.2 Une attractivité productive réelle mais limitée pour les actifs qualifiés

L’attractivité productive est appréhendée à travers quatre indicateurs : le taux d’arrivée de travailleurs indépendants, le taux d’arrivée d’actifs occupant des emplois qualifiés, le taux de création d’établissements décidée par des centres extérieurs au territoire et le taux de création d’emploi par des centres de décision extérieurs à la zone,

En ce qui concerne les travailleurs indépendants, les comportements migratoires se rapprochent fortement de la population totale : la dualité Nord / Sud et l’haliotropisme se retrouvent de manière très explicite, de même que la faible attractivité des grands pôles urbains. Comme le reste de la partie Nord du pays, l’attractivité de la région est donc modeste pour ces travailleurs indépendants. Elle est également peut être pénalisée par son caractère frontalier. Toutes les zones frontalières de la Belgique, du Luxembourg et de l’Allemagne présentent des entrées très limitées, de manière peut-être plus accentuée que pour l’ensemble de la population. Une partie de la demande pour des travaux d’indépendants se reporterait-elle de l’autre côté de la frontière ?

Les actifs occupant des emplois à compétences rares sont attirés par les grands pôles urbains puisque ce sont quasi exclusivement ces derniers (Paris, Lyon, Grenoble, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes) qui présentent des taux d’entrée supérieurs à la moyenne nationale. Cette forte dichotomie entre les grands pôles et le reste de la France nécessite néanmoins des nuances : l’attractivité de Paris, Lyon, Grenoble, ou Toulouse est sans commune mesure de celle d’autres pôles comme celle de  Rennes ou Lille …). Il apparaît alors que la position lilloise en terme de stocks d’actifs qualifiés et d’attractivité pour cette population est ambivalente. En effet, leur présence sur le territoire est forte quant bien même ils sont relativement peu nombreux à venir s’installer. En réalité, plutôt que d’attirer des actifs, la métropole lilloise les attire au moment des études et les forme. Si une partie quitte ensuite la région, ils restent suffisamment nombreux pour les besoins du marché du travail de cette métropole.

cart4[1]

Le dernier indicateur de la partie productive répond à des logiques très différentes : les créations d’emplois décidées par un centre de décision extérieur (cf. carte 5). Parmi les territoires où ce taux de création est élevé, beaucoup conservent une spécialisation industrielle : Nord, Lorraine, Picardie, Rhône-Alpes, Haute-Normandie. L’emploi industriel étant souvent le fait de grands établissements, il est susceptible de créer un nombre élevé d’emplois décidés par un centre de décision extérieur. Ressortent également tous les pôles économiques importants : Marseille, Grenoble, Toulouse, Rennes, Nantes, Bordeaux et l’Île-de-France. Depuis le début de la décennie, une seconde logique semblerait prendre le pas sur la première. Le déclin industriel de certains territoires en Lorraine ou en Picardie pourrait avoir conduit à une baisse de leur capacité de création d’emplois décidés par un centre de décision extérieur. A l’inverse, de grands pôles comme Lyon, Grenoble ou Nancy voient leur taux de création s’améliorer nettement. Présentant à la fois des territoires industriels, parfois en nets regains (Valenciennes), des territoires tournés vers l’économie tertiaire  (Lens-Hénin), dont certains vers le tertiaire à vocation métropolitaine (Lille), la région présente une attractivité relativement forte pour ces créations d’emplois.

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Au final, une fois combinées ces approches différentes de l’attractivité au sein d’une typologie, la majeure partie de la région apparait comme peu attractive, à l’image de nombreuses zones d’emploi du Nord-Est de la France (cf. carte 6). Deux territoires se singularisent par une attractivité résidentielle (Flandres-Lys et Berck-Montreuil) et Lille par une attractivité productive. Comme évoqué précédemment cette attractivité productive n’est pas comparable à celles d’autres métropoles (Lyon, Toulouse, Nantes …) du fait du nombre limité d’arrivées d’actifs qualifiés. Les zones d’emploi classées comme peu attractives peuvent néanmoins avoir des créations d’emplois relativement élevées mais elles ne sont pas accompagnées d’une attractivité résidentielle ou pour les actifs qualifiés suffisantes pour figurer dans une autre classe.

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