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Gilles Boeuf : « 80% des ressources sont aujourd’hui détenues par 20% de la population, c’est intenable »

Sciences et Avenir

Par Joël Ignasse

Gilles Boeuf, président du Museum d'Histoire Naturelle dans les jardins du museum, à Paris, en 2009. BISSON BERNARD/JDD/SIPA
Gilles Boeuf, président du Museum d’Histoire Naturelle dans les jardins du museum, à Paris, en 2009. BISSON BERNARD/JDD/SIPA

 

Sciences et Avenir :  vous avez passé une grande partie de votre carrière à étudier les océans : que peut-on dire de leur état aujourd’hui ?

Il est particulièrement inquiétant. L’homme a longtemps pensé que les océans étaient immenses, infinis, impossible à abîmer. Il avait tort.

« J’identifie aujourd’hui cinq menaces majeures qui pèsent sur les océans ».

J’identifie aujourd’hui cinq menaces majeures qui pèsent sur les océans. D’abord la destruction des écosystèmes littoraux dont la Méditerranée est un exemple frappant avec la perte de nombreux territoires tout autour de cette mer. Ensuite il y a la pollution : 55% des humains vivent aujourd’hui en bord de mer, la plupart des grandes villes sont sur la côte et on ne sait pas encore gérer cet afflux. Puis il y a la surexploitation des stocks : on a retiré entre 50 et 90% des poissons pélagiques en quinze ans, ce n’est d’ailleurs pas tant le chiffre en valeur absolue qui m’inquiète mais l’accélération observée. Il nous faut prendre garde aussi à la dissémination des espèces invasives et enfin prendre en compte le réchauffement climatique qui va faire varier le niveau des eaux.

Des dangers qui auront des conséquences sur l’Homme

Bien sûr. Certains sont évidents et d’autres moins. Souvenons-nous de Charles Richet, prix Nobel de médecine en 1913. Ce dernier a découvert le mécanisme de l’anaphylaxie (le choc allergique) en étudiant le venin de méduse. De nombreuses autres découvertes fondamentales en médecine humaine ont été effectuées grâce à l’étude des invertébrés marins qui sont en train de disparaître. La perte de la biodiversité marine nous prive aussi de ressources pharmaceutiques : près de 25.000 molécules d’intérêts (immunosupresseurs, antibiotiques…) proviennent des océans. Qu’en sera-t-il demain ?

Vous êtes aussi depuis le 1er octobre titulaire de la chaire Développement Durable – Environnement, Énergie et Sociétés du Collège de France. Quelles étapes reste-t-il à franchir avant l’avènement d’une société durable ?

Je crois que le principal enjeu est d’arriver à changer nos systèmes. Nous ne pouvons plus vivre la mondialisation comme avant. Elle est certes bénéfique pour ce qui est du rapprochement entre les hommes. Mais nous ne pouvons plus manger tous la même chose, nous chauffer à l’identique et utiliser la même énergie. Cela n’a pas de sens de se chauffer de la même manière à Grenoble ou à Brest. Et il faut sortir du paradigme du pétrole pour adopter des énergies non carbonées. Chaque projet humain doit aujourd’hui prendre en compte son impact environnemental.

« 80% des ressources sont aujourd’hui détenues par 20% de la population, c’est intenable ».

Je crois que pour arriver à une société durable il va nous falloir grandir et s’humaniser, j’aime résumer ces étapes en quatre mots : moins d’arrogance vis-à-vis de la nature – nous ne sommes pas au-dessus d’elle ! Plus de respect pour les autre êtres vivants de la planète, plus de partage : 80% des ressources sont aujourd’hui détenues par 20% de la population, c’est intenable. Et enfin il nous faut de l’harmonie  l’homme est un formidable briseur d’harmonie… Je crois beaucoup aux démarches comme le bio-mimétisme ou la bio-inspiration qui permettront de retrouver cette harmonie. C’est avant tout un processus de grandissement individuel qu’il faudra ensuite adapter à la société. Comment ? Je n’ai malheureusement pas encore la réponse…

 

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