CARTOGRAPHIES

La cartographie contributive, outil de négociation territoriale

définition

Une cartographie contributive, aussi appelée « mapping party » ou « moissonnage de données », se définit comme un événement permettant de cartographier des éléments d’un quartier ou d’une ville, avec la collaboration de volontaires, et de récolter le maximum d’information sur le terrain.

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PARTICIPATION ET DEMOCRATIE

La carte comme langage de contestation sociale et outil de négociation territoriale

Jusqu’à la fin des années 1980, la cartographie est demeurée l’apanage des élites politiques, des experts ou des grandes entreprises. Sa démocratisation a été favorisée par l’implication croissante des populations locales dans des projets d’aménagement ou de développement territorial, et par la mobilisation des citoyens pour l’amélioration de leur cadre de vie. Elle est en outre redevable au courant de pensée critique en géographie (critical cartography), lequel, à la suite de Brian Harley, s’est efforcé de déconstruire le « pouvoir des cartes », en questionnant le positivisme scientifique de ces dernières, et en montrant qu’elles ne sont pas des reflets passifs et neutres du monde des objets mais plutôt des constructions sociales, porteuses de valeurs idéologiques. De ce double mouvement social et intellectuel est né le terme de « counter-mapping » (Peluso, 1995), soit l’appropriation du langage, des techniques et des modes de représentation cartographique de l’Etat par des acteurs sociaux marginalisés, afin d’asseoir la légitimité de leurs revendications territoriales et d’exercer une influence sur les politiques publiques.
La cartographie en contexte autochtone
Ces usages subversifs des cartes ont tout particulièrement été déployés dans le contexte des revendications territoriales des peuplesautochtones. Les cartes produites par ces derniers s’inscrivent dans leur lutte contre le colonialisme, aussi bien ses formes passées (revendications foncières et territoriales) que contemporaines, engendrées par l’exploitation de ressources naturelles sur des territoiresrevendiqués comme ancestraux (construction de barrages hydroélectriques, exploitation minière, forestière, pisciculture, etc.). Cette cartographie, bien que jugée incontournable par ses producteurs et utilisateurs (selon le précepte « map or be mapped« , énoncé par Michael Stone), n’est pas moins considérée comme un outil à double-tranchant: d’une part, elle est une source d’empowerment, permettant de défendre des droits et de produire des représentations alternatives aux cartes officielles, lesquelles ont souvent nié ou mis sous silence l’existence des territoires autochtones; d’autre part, elle constitue un instrument d’assimilation culturelle potentiel, puisqu’elle oblige lescommunautés et les organisations autochtones à s’adapter aux postulats philosophiques, épistémologiques et juridiques des Etats modernes. La pertinence d’une cartographie des limites territoriales autochtones fait notamment l’objet de nombreux débats: nécessaire pour négocier des droits fonciers et territoriaux avec les Etats, elle ne contribue pas moins, dans bien des cas, à rigidifier des territorialités  jusqu’alors fluides, organisées en réseaux plutôt qu’en entités homogènes et exclusives (Cultural geographies, 2009).
La culture en question
Dans le domaine de la cartographie autochtone, les controverses ne portent cependant pas seulement sur des territoires mais aussi sur la pertinence culturelle des méthodes participatives de cartographie. Les géographes autochtones nord-américains (Renee Louis, Margaret Pearce, Jay Johnson, etc.) jugent celles-ci ethnocentriques, pour avoir été essentiellement conçues pour des milieux  urbains et des populations familiarisées avec les techniques et le langage de la cartographie moderne dite « occidentale »; selon eux, ces méthodes ne seraient pas suffisamment attentives aux « rencontres » entre savoirs cartographiques culturellement distincts et à la problématique de la « traduction » d’un système culturel de connaissances dans un autre (Johnson, Louis, Pramono, 2005). Ces penseurs et praticiens de la cartographie autochtone militent donc pour la reconnaissance de l’existence des traditions cartographiques autochtones, et de leurs singularités ontologiques, épistémologiques et axiologiques: produites généralement dans le cadre de sociétés de tradition orale, elles ne se matérialisent pas forcément par des artefacts, mais sont transmises par des pratiques performatives (le chant, la danse, la poésie, le rêve, etc.). En outre, elles impliquent une conception holistique du territoire, lequel ne se limite pas à la surface de la terre mais inclut le monde intangible où habitent les esprits des ancêtres et du territoire (esprits des plantes, des pierres, des ruisseaux, etc.). Aussi, c’est la notion de participation elle-même qui est revisitée, puisque ces entités non-humaines métaphysiques sont considérées par leurs pairs humains comme des acteurs à part entière, intervenant dans la gestion et le devenir des territoires (Hirt, 2009; 2012). Les cartographes œuvrant dans des contextes autochtones ont donc préconisé la « décolonisation » de la cartographie par les communautés autochtones : celles-ci doivent réapprendre à valoriser leurs traditions cartographiques propres, et acquérir un usage plus critique des outils de la cartographie moderne mis en œuvre dans le cadre de projets de cartographie participative (Johnson, Louis, Pramono, 2005).

 La cartographie 2.0

Cette cartographie moderne est d’ailleurs elle-même en complète recomposition. La convergence des SIG, des technologies de l’information (Internet, téléphone mobile intelligent) et des systèmes de géolocalisation (GPS) se traduit par l’émergence d’une nouvelle forme de cartographie, reposant sur les techniques et les principes du web 2.0.

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LES ECHOS

La cartographie, vedette des stratégies de marque des collectivités

« La carte est plus belle que le territoire », écrivait Michel Houellebecq. À l’heure du web contributif et collaboratif, et avec la démocratisation des portails cartographiques commencée dans les années 2000, les collectivités territoriales disposent d’une réelle opportunité pour transformer le niveau d’engagement et d’interactions avec leurs populations.

Par Albert Da Silva, GEOCONCEPT

Au même titre que les marques, les stratégies digitales des collectivités doivent s’opérer en impliquant pertinemment les différentes populations qui les composent ou les traversent, en capitalisant sur le numérique pour créer et pérenniser avec elles une relation plus forte.

La plupart des villes et des collectivités disposent aujourd’hui d’un site web, au service de la communication et de l’information des citoyens. Il est aujourd’hui possible d’aller plus loin. Pour rappel, ce mouvement numérique a jusqu’à présent été soutenu et accompagné par cinq « courants idéologiques », qui en ont favorisé la réalisation.

– La « mapmania » : à partir de 2004, l’application Google Map a démocratisé l’accès à la cartographie en permettant la création simple et rapide de sites cartographiques à partir d’informations géoréférencées. Le niveau d’exigence ergonomique des utilisateurs est, encore aujourd’hui, souvent calibré sur cette première expérience utilisateur.

– L’ »open source » : en moins de 15 ans, il est devenu le véritable fer de lance d’une certaine conception de l’utilisation des logiciels. Le contexte actuel de la crise économique a favorisé l’intérêt porté à ce type de logiciel dans le domaine de la géomatique, intérêt amplifié par le soutien remarqué de l’État. Son expansion au sein des collectivités est une réalité qui a cependant révélé ses contraintes et ses limites sur le terrain.

– L’ »open data » : corollaire du précédent, depuis deux ans les initiatives se multiplient pour promouvoir la gratuité et l’accessibilité de certaines données sans contrainte légale ; le courant open data, encore émergeant, laisse présager de grandes perspectives pour l’éclosion de nouveaux usages.

– La « géoptimisation » : créée il y a près de dix ans, la géoptimisation a pour objectif l’utilisation optimisée de la dimension géographique dans des processus métiers. Ces processus intègrent la cartographie comme support stratégique de l’aide à la prise de décision.

– Les wikis, ces sites internet qui favorisent la transformation d’une nature statique et informative du web en nature flexible et contributive.

Ainsi, tout semble concourir pour permettre aux instances représentatives de l’État, la mise en place de données et d’applications cartographiques pour enrichir leur vitrine digitale dans les meilleures conditions. Mais les défis à relever sont nombreux pour réussir concrètement une telle mission.

1) Préciser les objectifs

L’approche contributive que nous prônons pour les collectivités doit s’appuyer sur des objectifs clairs et potentiellement évolutifs. S’agit-il d’un service aux citoyens ? Pour quels bénéfices ? S’agit-il de donner corps à une politique participative des administrés ? Dans quel but ? S’agit-il de favoriser la transparence de la mission publique ? Pour quelle finalité ?… Dans tous les cas, il est impératif d’évaluer les services qui seront rendus et d’estimer rationnellement les bénéfices apportés aux utilisateurs. Les réponses à ces questions permettront d’orienter la conception de la plateforme, de définir ses perspectives d’évolution, mais aussi sa diffusion et son animation, d’estimer les coûts et les perspectives de retombées économiques, ainsi que les personnels nécessaires et l’organisation adéquate à prévoir.

2) Mêler et ouvrir les usages

Contrairement à beaucoup de fonctionnalités techniques utilisées sur Internet, les éléments géographiques peuvent intéresser de nombreux profils d’utilisateurs différents, internes ou externes à la collectivité territoriale. Dans de nombreux cas observés, avec une bonne articulation transverse des groupes d’utilisateurs, la pérennité et le rendement d’un site sont d’autant plus améliorés qu’ils s’adressent à un nombre important de communautés d’utilisateurs variés. Avec néanmoins quelques précautions à prendre sur la gestion des droits, le stockage et la sécurité des données.

3) Favoriser le partage et la collaboration

Si, au sein d’une collectivité territoriale, l’information géographique intéresse un large panel d’utilisateurs, les parties prenantes n’en sont généralement pas moins hétérogènes. Parmi les plus aisément identifiables, les techniciens de la direction de la voirie, par exemple, qui doivent intervenir sur un chantier, ceux de la propreté, soumis à des impératifs et à des modifications d’itinéraires. Les usagers dont les déplacements sont impactés par ces modifications de la voirie, mais aussi potentiellement de nombreux autres intervenants ou partenaires tels que les services d’urgence, les services postaux, les transports publics, etc. Sans oublier les simples citoyens ou les touristes ! La collaboration et le partage d’informations en temps réel sont des exigences et des atouts indéniables au succès d’une plateforme participative.

Le géosignalement est une réelle source d’informations pour l’ensemble de la collectivité, une valeur informationnelle qu’il faut mesurer et valoriser. Ses nouvelles pratiques créent un lien plus ténu entre les collectivités et leurs administrés. Les services de demain sont à inventer pour améliorer le cadre de vie et pour réduire les coûts de ces services à moyen et à long terme. Les exemples suivants sont souvent cités : ainsi une signalisation efficace des dégradations urbaines permettra une planification plus rapide du nettoyage, la mise en place de nouveaux services individualisés à la personne optimisera leurs déplacements, l’accès pour les touristes à des informations géolocalisées de première nécessité valorisera le territoriale par l’information en temps réel.

4) Lier les données dans un continuum spatial

Si l’information a une géographie, elle a aussi une histoire. Or, l’insuffisance des mises à jour des données entraîne rapidement l’abandon de leur utilisation et crée des difficultés dans sa gestion opérationnelle. La mise à jour de l’information pour qu’elle soit efficiente ne doit pas être fastidieuse. En la matière, les bonnes pratiques constatées sont souvent celles qui instaurent un référentiel géographique transverse, commun et partagé pour augmenter la probabilité d’avoir des informations à jour. Cette notion de référentiel commun est d’ailleurs le socle de la Directive Inspire sur le partage de l’information géographique publique.

Ce partage doit permettre une meilleure continuité de services entre les territoires. Les limites physiques étant abolies avec internet, le territoire d’une collectivité se doit d’être interopérable avec celui de ses voisins. Ici il ne s’agit plus uniquement de partage, au sein d’une même entité ou entre les services au sein d’une même collectivité, mais d’échange de continuité de services entre les territoires. Ici, il ne s’agit pas de réduire les prérogatives des uns et des autres, mais de favoriser la qualité des services territoriaux.

5) Animer l’utilisation 

Comme tout portail collaboratif, un site cartographique doit être animé par un personnel compétent et à plein temps. Lors de sa mise en place. Il faut à la fois produire un effort de communication et de formation auprès des utilisateurs ciblés, mais aussi veiller à soutenir son utilisation par des évolutions régulières. L’investissement ne sera amorti par la collectivité que si l’ensemble des acteurs, citoyens compris, adhèrent, comprennent et bénéficient de retombées significatives et notamment en matière de création de services et d’amélioration du cadre de vie. L’animation doit être vue de façon globale et sur l’ensemble des plus-values que le site propose, animation des discussions en ligne, réactivité des réponses aux mails, assistance aux applications collaboratives, animations des communautés d’utilisateurs, etc.

Un site Internet 2.0 pour une collectivité, c’est une cité dans la cité, et l’assurance d’un lien affiné des utilisateurs avec la marque territoriale…

Sans le déploiement du très haut débit, toutes les initiatives d’utilisation en mode mobile sont illusoires, car les projets collaboratifs manipulant à distance des données multimédias volumineuses seront voués à l’échec. L’évolution des sites web 2.0 comme outils participant à l’évolution des villes en Smart City, ne sera qu’un rêve si les infrastructures ne sont pas correctement dimensionnées pour supporter le trafic d’informations.

Pour réussir ce challenge sociétal, la première réponse passe par une infrastructure de réseaux cohérents et sécurisés sur l’ensemble du territoire. L’internet haut débit accessible à tous doit être un enjeu national pour favoriser le transport des services et de l’intelligence.

Nous sommes de plus en plus nombreux comme citoyens à utiliser nos Smartphones, des réseaux sociaux… Les collectivités territoriales ne peuvent pas se permettre de manquer le tournant du web 2.0 au risque de louper un rendez-vous important avec leurs administrés, celui de la proximité.

À l’autre bout de la chaine des acteurs, les utilisateurs seront sollicités de plus en plus activement pour la réussite des services collaboratifs et sociétaux. Ils sont les artisans et les contributeurs les plus actifs de l’open data. Espérons qu’avec le soutien des territoires, cette future manne d’informations puisse permettre la réalisation de nouvelles applications.

Enfin il faut remarquer que la responsabilité juridique toujours plus exigeante, utilisée également comme garde-fou pour protéger nos libertés peu parfois décourager les bonnes volontés. La complexité aujourd’hui n’est plus seulement technique, mais aussi juridique et administrative, pour les territoires.

Nul doute que pour réussir à relever les défis lancés aux collectivités, il faudra mobiliser les bonnes volontés, mutualiser les compétences, trouver les financements adéquats. Ces défis sont des rendez-vous importants, à ne pas manquer, pour améliorer l’évolution des rapports que nous entretenons avec la cité et favoriser la création et l’émergence des services de demain !

 

L’ARTICLE

 

DES EXEMPLES CONCRETS AVEC MONTPELLIER NUMERIQUE

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