CLIMAT

Effet de serre : Mauvaise nouvelle, les mares nordiques produisent énormément de méthane

CNRS

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Dans  la province canadienne du Nunavut, étudiée par les chercheurs, les mares de  petite taille émettent deux fois plus de méthane que les grandes. ©Isabelle  Laurion

C’est une source de gaz à  effet de serre largement sous-estimée dans les modèles climatiques  actuels : le pergélisol ou permafrost des zones arctiques. Ce sol gelé  tout au long de l’année dégèle en surface pendant les deux mois d’été, ce qui  occasionne la formation de mares de fonte aussi appelées mares nordiques, émettrices  de méthane. Une étude menée par une équipe de chercheurs canadiens, américains  et français, vient de montrer que les mares les plus petites, jusqu’alors peu  étudiées, sont en réalité la plus grosse source d’émission de ce gaz à effet de  serre. « Sur l’île Bylot  que nous avons étudiée, dans la province canadienne du Nunavut, les petites  mares représentent seulement 44% de la surface couverte par l’eau, mais génèrent  83% de la production de méthane » précise Pierre Galand,  chercheur CNRS au Laboratoire d’Ecogéochimie des Environnements Benthiques –  LECOB, (CNRS/UPMC), de Banyuls-sur-Mer Une vraie surprise pour l’équipe de  scientifiques. Le méthane lui-même est produit par les archées  méthanogènes, une population microbienne active dans les milieux sans oxygène –  comme ces mares stagnantes.

Pour arriver à ce résultat,  les chercheurs ont mis les mares sous cloche et ont mesuré la quantité de gaz  émis. Ils se sont aussi intéressés aux archées à l’origine de cette production.  « Grâce à un travail  d’échantillonnage et de séquençage ADN, on sait que ces micro-organismes ne  sont pas forcément plus nombreux dans les petites mares, mais qu’ils sont  capables d’utiliser davantage de ressources du fait de leur plus grande  diversité génétique » souligne Pierre Galand.  Quant à savoir pourquoi les mares de plus petite taille émettent deux fois plus  de méthane (au moins) que les grandes, l’explication est simple : « ces mares plus récentes ne sont pas encore  stabilisées et leurs bords s’effondrent plus facilement, apportant plus de  matière organique à décomposer pour les archées ».

Dernière surprise de taille :  la provenance du carbone du méthane (CH4) émis par ces petites  mares. « Il ne provient pas  seulement de matière organique récente en décomposition dans la mare. Grâce à  la méthode de datation au carbone 14, on sait qu’une part importante de ce  carbone était piégé dans le sol depuis des millénaires »  précise Pierre Galand.

Une mauvaise nouvelle pour  le climat, et ce alors que les étés arctiques tendent à se prolonger au-delà  des mois de juillet et août.

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