DECORTIQUAGES

PACA : Les flux de mobilité, une méthode pour comprendre la Métropolisation

CYBERGEO

Par Giovanni Fusco et Floriane Scarella

L’organisation spatiale des flux de mobilité constitue la clé d’entrée privilégiée pour comprendre les recompositions territoriales en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les flux de mobilité permettent de définir des réseaux urbains et de suivre leur évolution dans le temps. Dans cette contribution sont analysés les flux interurbains dominants des mobilités quotidiennes et résidentielles issues des données de recensement des années 1980 et 1990. Globalement, les réseaux urbains régionaux se renforcent et se complexifient au cours du temps, donnant naissance à deux véritables réseaux métropolitains aux configurations réticulaires fort différentes. D’autres spécificités concernent la portée spatiale des flux dominants de la mobilité domicile-travail, révélatrice du fonctionnement quotidien des aires métropolitaines, et celle de la mobilité résidentielle, davantage liée aux cycles de vie des ménages.

Déchiffrer l’organisation spatiale des flux de mobilité est une clé d’entrée pour comprendre la structuration du territoire. En particulier, les ménages, dans leurs arbitrages entre mobilités quotidiennes et résidentielles (Kaufmann, 2000), évoluent dans des structures urbaines et territoriales héritées du passé, et participent à leur transformation. Ces structures spatiales sont constituées, entre autres, du semi urbain, de la hiérarchie des différents centres (Fusco et Decoupigny, 2008) et surtout des relations entre ces différentes unités fortement liées aux mobilités des populations. Nous proposons de suivre dans le temps les changements qui s’opèrent sur les structures spatiales produites par ces relations afin de saisir les recompositions territoriales impulsées par le processus de métropolisation.

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L’espace d’étude du présent travail est celui de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Région complexe, aux fortes contraintes topographiques et à l’urbanisation ancienne, la région Paca a connu au cours des dernières décennies l’émergence de deux espaces métropolitains polycentriques (Fusco et Decoupigny, 2008 ; Decoupigny et Fusco, 2009). À l’ouest, le binôme Aix-Marseille interagit de façon croissante avec les villes de l’Étang de Berre et de l’aire toulonnaise. À l’est, l’aire azuréenne est en train de se constituer en espace métropolitain littoral, autour de Nice, Monaco, Cannes et Antibes. De vastes portions de l’arrière-pays alpin dépendent directement du fonctionnement métropolitain de ces deux principales concentrations urbaines. D’autres, de moins en moins nombreux, semblent rester à l’écart de ces transformations territoriales.

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A partir des flux dominants des réseaux peuvent être mis en évidence, non plus des réseaux de communes mais des réseaux d’agrégats de communes. On considère qu’ils constituent de véritables bassins métropolitains s’ils rassemblent un minimum de 300 000 habitants répartis dans au moins deux agrégats. Le choix des seuils résulte d’une expertise territoriale et méthodologique qui a conduit à déterminer des valeurs capables d’appréhender l’évidence empirique du territoire régional de Paca. Ce filtre fait apparaître au total quatre réseaux métropolitains : dès 1982 ce sont ceux de Marseille-Aix et de Nice, puis à partir de 1990 les réseaux métropolitains d’Avignon et Toulon s’y ajoutent.

Autour de Marseille, les flux dominants métropolitains se consolident avec le temps, ils s’agrègent pour faire apparaître de façon de plus en plus nette l’organisation multi-réticulaire de l’ouest de la région Pacaconstituée du réseau urbain marseillais et des petits réseaux urbains qui l’entourent. L’extension de la polarisation du réseau marseillais se fait préférentiellement sur un axe est-ouest. Arles se rattache ainsi progressivement à Martigues qui à son tour se rattache à Marseille dès 1990. De la même manière à l’est, Brignoles tombe dès 1990 dans la dépendance de la métropole marseillaise. Tout en étendant sa zone d’influence, l’évolution de la structuration urbaine marseillaise est marquée par sa multi-polarité hiérarchisée.

Du côté du réseau métropolitain azuréen, une organisation bipolaire émerge avec deux sous-réseaux majeurs : celui de Nice qui, en 1999, est un réseau de niveau 1 tout comme le réseau marseillais, et celui de Cannes-Grasse qui, en 1999, est un réseau de niveau 3. L’intérieur du territoire azuréen est beaucoup moins structuré. La contrainte du relief et, surtout, un fonctionnement territorial très focalisé sur le littoral sont responsables de cette situation : les communes de l’arrière-pays azuréen ont déjà été intégrées au réseau urbain niçois et aucun agrégat de communes d’une certaine importance n’émerge pour relayer à l’intérieur des terres les réseaux de Nice, Cannes et Monaco. Avec le temps on constate que le réseau métropolitain azuréen s’articule de plus en plus autour de cet axe littoral qui absorbe toute autre forme de structuration métropolitaine. On voit néanmoins émerger à l’ouest de cette métropole un sous-réseau plus ou moins hiérarchisé entre Cannes, Grasse et plus récemment Fayence qui tombe dans la dépendance azuréenne dès 1990. La métropole azuréenne s’exporte ainsi vers l’ouest, toujours sur un axe littoral, pour atteindre l’est du département du Var.

Le réseau de Monaco reste indépendant malgré sa proximité au réseau de Nice. Cela s’explique par les particularités locales liées à sa situation transfrontalière. Les différentiels fiscaux favorables à l’implantation d’entreprises et les contraintes du foncier ont en effet une double conséquence sur le fonctionnement du centre monégasque : la relative indépendance des actifs de la Principauté par rapport à l’offre d’emploi niçoise et la gravitation sur Monaco de nombreuses communes de la Riviera (Fusco et Scarella, 2007).

Le réseau urbain toulonnais s’étend également par absorption des réseaux à proximité et devient à partir de 1990 un réseau métropolitain à part entière, même si son emprise spatiale stagne comparativement à celle des autres réseaux métropolitains.

À l’ouest, dans le Vaucluse le réseau métropolitain avignonnais passe du premier niveau au troisième niveau de la hiérarchie territoriale entre 1982 et 1999, conséquence d’une simplification progressive de la « confédération hiérarchisée » d’agrégats communaux. Le réseau métropolitain avignonnais suit la même logique que le réseau marseillais : il se développe de plus en plus en interaction avec les réseaux qui l’entourent, tout en absorbant les réseaux qui lui sont très proches (Carpentras, Cavaillon). C’est par cette dynamique que le réseau avignonnais s’étend, notamment vers le sud et vers l’est.

Dans la partie alpine et périalpine de la région, on assiste à un renforcement de quelques pôles secondaires tels que Briançon, Sisteron et Digne. Contrairement à l’espace marseillais ou avignonnais, cet espace alpin n’est pas réellement structuré par un polycentrisme hiérarchisé mais par une multipolarité naissante entre réseaux d’agrégats indépendants.

 

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Les flux dominants des mobilités quotidiennes mettent en évidence la diversité des structurations territoriales observables en région Paca avec une forte opposition ouest/est en matière de complexité hiérarchique des réseaux territoriaux

 

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