COUPS DE GUEULE

Claire Nouvian : Pêche en eaux profondes : « Il faut interdire cette aberration ! »

Le Nouvel Observateur

Propos recueillis par Arnaud Gonzague

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Claire Nouvian, directrice de l’ONG Bloom, principal fer de lance contre le chalutage profond, explique les ravages provoqués par cette pratique des industriels de la pêche.

Jusqu’à une date très récente, la pêche en eaux profondes intéressait à peine quelques milliers de chercheurs et d’activistes écologistes en Europe. Depuis que Pénélope Bagieu en a fait une BD sur son blog, c’est devenu LE sujet qui suscite l’indignation les internautes les plus familiers des réseaux sociaux.

La dessinatrice, plus connue jusqu’ici pour ses BD sur le monde des jeunes urbaines, a réussi en effet à faire affluer quelque 750.000 signatures sur la pétition de l’ONG Bloom, son inspiratrice, qui réclame l’interdiction pure et simple de cette pratique destructrice des fonds marins et qui décime les espèces.

Mardi 10 décembre, les députés européens réunis en session plénière à Strasbourg devaient se prononcer sur l’interdiction du chalutage profond (l’autre nom de la pêche en eaux profondes). Or au grand dam des signataires et associations qui pensaient sans doute la partie gagnée, les eurodéputés ont rejeté ce vote à 342 voix contre 326. Les élus du FN (dont Marine Le Pen), de l’UMP (dont Brice Hortefeux) et même neuf députés socialistes, ont voté contre cette interdiction, notamment Isabelle Thomas, députée PS du Grand Ouest et cible principale des critiques des défenseurs de l’environnement,  qui s’est réjouie du vote sur son blog : « La raison l’emporte sur la manipulation ».

La partie est-elle perdue pour les pétitionnaires hostiles au chalutage profond ? Questions à Claire Nouvian, directrice de l’association Bloom, défenseure des fonds marins née en 2004.

Quelle est votre réaction au refus des eurodéputés d’interdire le chalutage profond ?

– Je suis atterrée parce qu’ils ont montré non pas leur impuissance à agir – ils avaient le pouvoir de le faire – mais leur absence totale de volonté. C’est une victoire du lobbying des industriels de la pêche dont on voit qu’il « tiennent » les députés de tous les bords, y compris ceux de la gauche socialiste du Parlement. Alors qu’il faut interdire purement et simplement cette aberration écologique et sociale qu’est le chalutage profond !

 

Capture d’écran 2013-12-12 à 06.14.00

Comment expliquez-vous que les élus PS aient été neuf à rejeter l’interdiction ?

– La consigne de vote a été donnée par Isabelle Thomas, qui est la plus zélée des défenseurs des industries de la pêche. C’est ahurissant ! Sur ce sujet, tous les scientifiques étaient d’accord – ce qui est très rare. Le chalutage profond racle les fonds marins et a sur les écosystèmes un impact négatif 500 à 800 fois supérieur à celui de la pêche à la palangre [méthode traditionnelle avec une ligne et des hameçons]. Et on ne peut pas la défendre en invoquant l’emploi, car cette pratique crée six fois moins d’emplois que la palangre ! Il ne faut pas oublier que 98,5% des captures d’espèces profondes en France sont réalisées par seulement neuf navires. Les emplois directs générés oscillent entre 44 et 112 marins ! Ce n’est même pas un secteur économique qui dicte sa loi, juste un groupe industriel.

Vous pensez au groupe Intermarché. Pourquoi est-ce la cible principale des opposants au chalutage profond ?

– Parce que ce groupe possède la Scapèche, l’armateur qui procède officiellement à 70% des captures d’espèces profondes en France – en réalité, nous estimons que ce chiffre s’élève à 85%. Cette activité n’est même pas rentable pour lui, comme nous avons réussi à le prouver en obligeant, par voie de justice, Intermarché à publier ses comptes. C’est une pratique déficitaire qui n’existe que parce qu’elle permet de toucher des subventions : pas moins de 10 millions d’euros de deniers publics depuis 2002 sont allés dans les poches d’Intermarché !

Mais alors pourquoi n’appelez vous pas au boycott d’Intermarché comme l’ont fait certains internautes sur Facebook ?

– Parce que nous n’avons pas les moyens d’assumer les conséquences juridiques éventuelles d’un appel au boycott contre cette enseigne. Ils pourraient répliquer pour diffamation ou discrimination. Mais nous appelons tous les citoyens à boycotter les trois espèces concernées par le chalutage profond : le grenadier, le lingue bleu et le sabre noir.

Intermarché a promis sur son site de faire des efforts et de « tendre la main » aux ONG…

Je ne vois rien d’autre que des promesses très vagues dans leur propos. Avec le chalutage profond, il n’y a qu’une solution : l’arrêter totalement !

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