GEOGRAPHIE HUMAINE

Syrie : Les femmes libres de Darayya

GLOBAL VOICES

Syrian women raise the Syrian revolution flag. Photo source: Syria Untold

Des femmes syriennes brandissent le drapeau de la révolution syrienne. Photo : Syria Untold

Ce billet est également publié sur Syria Untold.

Darayya, ville syrienne de la banlieue de Damas où des activistes pacifistes, tels Ghiath Matar et Yahya Sherbaji, ont vu le jour, est le symbole du mouvement syrien non-violent. Un groupe de femmes, dénommé  Les Femmes Libres de Darayya, fait partie de ce mouvement populaire civil et s’est engagé dans de nombreuses manifestations et initiatives depuis le début du soulèvement du printemps 2011.

“On ne se connaissait pas avant le soulèvement”, dit une femme interviewée par Syria Untold. “Les manifestations qui ont fait descendre tant de monde dans la rue pour demander justice et liberté nous ont rassemblées”.

Certains dans ce groupe, qui a joué un rôle clé au début du soulèvement, étaient déjà impliqués dans des initiatives civiles avant 2011. Dès 2003, des jeunes, hommes et femmes, avaient travaillé sur plusieurs campagnes comme les comités citoyens de nettoyage ou les manifestations contre l’invasion américaine en Irak. Ils ont participé à créer ce qui, quelques années plus tard, dans le contexte des printemps arabes, est devenu le Mouvement Civil Syrien. Déjà à cette époque, le mouvement était considéré comme une menace pour le régime qui a procédé à l’arrestation de plusieurs de ses membres.

Un rassemblement pour demander la libération de prisonniers de conscience en avril 2011 a été la première initiative remarquable de ce groupe de femmes au sein du mouvement civil. A cette époque, le régime avait intensifié sa répression contre les manifestants pacifiques en tuant, arrêtant et torturant des centaines d’activistes. Les Femmes Libres de Darayya ont elles aussi été touchées par la répression de cette première manifestation au cours de laquelle le régime a ouvert le feu contre elles.

Les différentes tentatives pour les réduire au silence n’ont pas réussi à freiner les actions du groupe, jusqu’à la grande manifestation du Grand Vendredi, suivie par celle du Samedi Noir, qui marque la journée où des centaines de manifestants ont été arrêtés et tués par le régime.

Alors que la situation sur le terrain devenait de plus en plus difficile et risquée pour les activistes, le groupe a commencé à organiser des réunions pour planifier une stratégie et insister sur la communication, et à proposer des ateliers aux femmes qui souhaitaient des changements dans le pays. Ces réunions ont attiré d’autres personnes qui craignaient de participer aux manifestations mais voulaient apporter leur contribution autrement.

Les réunions ont conduit le groupe de travail à se professionnaliser et à se répartir les tâches comme la communication et les relations publiques, la photo, l’aspect humanitaire et psychologique, tout en rapportant ses activités sur le site internet du groupe.

Alors que le régime intensifiait la pression sur la ville avec l’arrestation d’activistes bien connus comme Ghiath Matar et le bombardement de la ville lors de manifestations silencieuses, les Femmes Libres de Darayya poursuivaient leur travail sur le terrain. Pendant les fêtes de Noël, elles ont décoré un arbre avec les noms des prisonniers détenus en Syrie, et rassemblé des lettres de leurs mères et de leurs enfants qu’elles ont accrochées à une bannière qu’elles ont promenée dans la rue. Elles ont travaillé sur plusieurs initiatives populaires, allant de l’aide d’urgence et humanitaire à la publication d’un journal local, Le raisin de mon pays (“Enab Beladi” en arabe).

Le groupe a également invité des femmes d’autres villes, comme Sednaya, à les rejoindre et à résister contre les tentatives du régime pour inciter au sectarisme et couper les Syriens riches d’une société diverse.

Quand la ville a été assiégée en novembre 2012, la plupart des femmes ont été obligées de quitter Darayya. Plusieurs mois plus tard, certaines sont revenues pour trouver leur ville dévastée et sa population massacrée. Ceci ne les a pas empêchées de se remettre au travail, et de s’occuper des personnes qui avaient besoin d’aide et de nourriture, alors que certaines d’entre elles se faisaient emprisonner par le régime.

Aujourd’hui, la majorité de ces femmes sont en prison ou ont dû quitter le pays. Malgré tout, elles poursuivent leur travail sur les problèmes liés aux droits des femmes, que ce soit en Egypte ou dans les prisons du régime syrien. Elles attendent le moment où elles pourront retourner à Darayya, la ville qui lutte contre la tyrannie par la non-violence.

Ce billet est également publié sur Syria Untold.

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