VILLES ET CULTURE

Suède : Umea, capitale européenne de la culture 2014

JOURNAL DU DIMANCHE

by Bruna Basini

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48e PARALLÈLE NORD – Après Marseille, c’est au tour de la ville suédoise d’Umea d’être désignée capitale européenne de la culture. Comment la Suède s’y prépare-t-elle?

Oui, peut-être irez-vous à Umea l’an prochain. Située à quelques encablures du cercle polaire en Suède, Umea sera avec Riga, la Lettone, capitale européenne de la culture 2014. Exit Marseille et sa consoeur slovaque Kosice. Dans quelques jours, les deux villes qui se baignent les pieds dans la mer Baltique entreront pour une année dans la lumière. Riga le fera doublement puisqu’elle passe à l’euro dèsle 1er janvier mais pour Umea, la lapone on s’interroge. Comment a-t-elle fait pour décrocher cette distinction? Qui va aller se peler dans les glaces, vous demanderez-vous et pour voir quoi, ajouterez-vous?

On pourrait répondre comme dans la pub de l’Eurostar qui passe en boucle dans les cinémas pour vous convaincre d’aller à Londres. Peut-être verrez-vous cela ou ceci. Et il vous arrivera peut-être cela à moins qu’il ne … gèle. Tant d’histoires à venir, promet l’annonceur. Et bien à Umea, vous ne verrez-pas le Père Noël sur son traineau. C’est trop tard et puis tout le monde sait qu’il vient de Finlande. Les Suédois ont invoqué d’autres atouts. Des bouleaux et des sapins au kilomètre, des jours plongés dans la nuit l’hiver et le contraire l’été, des usines Volvo, des Sames, ces populations originaires de Laponie, et 60 000 jeunes de moins de 35 ans sur les quelques 120.000 habitants que compte la ville. Et puis ils ont rappelé que l’écrivain Steig Larsson, auteur de la trilogie Millenium, a appris à lire et à écrire  ici, tout comme les membres du groupe punk Refused. Ou que c’est dans un laboratoire d’Umea que sont examinés les échantillons prélevés sur les armes chimiques en Syrie par les observateurs de l’ONU.

Technologie et fièvre boréale

En Suède, Umea est la ville qui monte et commence à donner des sueurs froides à ses villes sœurs du sud, Göteborg et surtout à la vieille Uppsala, 500 ans d’histoire académique au compteur. Elle est aussi pour les Européens, une préfiguration des villes rêvées du futur. Pensez : des universités, des labos et des industries vivant en bonne intelligence  sous le même toit. Un cluster bourré de neurones, de valeurs new age et de culture. Ce n’est pas tout. Umea attire des cerveaux du monde entier. C’est une « campus valley » où les têtes d’oeuf universitaires s’enfièvrent au contact des chercheurs et étudiants en arts appliqués sous l’œil bienveillant des autorités locales et des industriels. Tant de traits sur la comète et d’emplois à venir.

La mise en orbite d’Umea vient de ses campus Tout a commencé grâce au dépôt légal. Depuis 1951, le cinquième exemplaire de tout ce qui est imprimé en Suède doit être conservé dans sa bibliothèque. Six ans plus tard, une école de médecine y ouvre ses portes, rejointe en 1962 par une école de commerce, la Umea School of Businesset en 1965 par une université. Depuis, c’est une des villes à la plus forte croissance démographique de Suède, avec entre 700 et 800 nouveaux appartements construits chaque année.  En 2010, l’université accueillait plus de 36.000 étudiants dont 1.300 doctorants, et employait plus de 4 000 personnes. L’université suédoise des Sciences Agricoles, possède aussi un campus à Umea, spécialisé dans les sciences de la forêt. Aujourd’hui, la ville surfe sur les hautes-technologies, les biotechs et les technologies de l’information.

Si vous allez à Umea vous verrez cela et une quarantaine de cafés, pubs et restaurants. Pour son année « capitale », Umea a refait à neuf sa gare et ouvrira à côté de son opéra (Norrlandsoperan) une citadelle du son avec des espaces de spectacle, des studios d’enregistrement et le premier musée de guitares du monde. Elle arbore un parc de sculptures à ciel ouvert avec des œuvres de Louise Bourgeois et d’Anish Kapoor. Elle possède le plus grand centre sportif de Scandinavie et un Art Campus flambant neuf orné d’un musée de sept étages dédié aux des arts visuels, le Bildmuseet.

Un titre gadget devenu vecteur de croissance économique

Que va lui apporter l’année « capitale européenne »? L’occasion de se faire connaître et de donner un nouvel élan à son développement. Et dire qu’en 1985, dans la précipitation d’un sommet, les inventeurs du dispositif, Jack Lang et Melina Mercouri, alors ministres de la Culture, avaient lancé le concept de « Capitale Européenne de la culture », comme un gadget. Le titre devait servir à tisser du lien social entre Européens. C’est devenu bien plus que cela. Comme les JO, les expositions universelles et autres grands raouts internationaux,  le gadget est devenu un vecteur de croissance économique drainé par la culture.

« Au début, les villes se contentaient de faire plus de programmations et d’expositions et le tour était joué. Maintenant, l’obtention du  titre mobilise une équipe de plus en plus lourde et a pour finalité de revaloriser un territoire à travers la culture. C’est aussi une distinction qui suscite l’adhésion des habitants des villes sélectionnées parce qu’il remet en valeur le passé et les projette vers le futur », estime Didier Fusilier, directeur de Lille 2004, capitale européenne de la culture, et des différentes éditions du festival Lille 3000. « Depuis Lille 2004, on s’est rendu compte que la mise en lumière d’une ville peut être un facteur de développement quand il y a une vraie mobilisation des pouvoirs publics. Ce fut le cas alors comme à Marseille cette année », analyse l’économiste Hervé Digne. Marseille qui boucle son année Capitale y a retrouvé sa fierté et ses racines de ville port avec 400 évènements et 10 millions de visiteurs. De quoi regagner sa place à la table des métropoles aux côtés de Barcelone et de Gênes. Et à présent place au match Balte Umea-Riga.

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