GEOGRAPHIE HUMAINE

La Lombardie, la tige solide de la botte italienne

SENAT

PAR  Martial BOURQUIN, Gérard LE CAM, Jean-Jacques LASSERRE et Jackie PIERRE

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Frappée par la crise, la Lombardie reste structurellement la région la plus solide d’Italie au plan économique.

Région la plus riche d’Italie et au deuxième rang en Europe derrière l’Île de France, la Lombardie, qui rassemble 16 % de la population du pays, représente à elle seule un cinquième du PIB italien.

La région lombarde a été sévèrement frappée par la crise économique mondiale : le PIB a subi en 2009 un recul de 6,2 %, contre 5,5 % au niveau national, et n’a pas retrouvé depuis son niveau d’avant-crise. La structure même de son économie explique ces évolutions, la Lombardie se caractérisant par sa forte ouverture internationale et par une spécialisation dans les activités industrielles qui représentent 30,4 % de la valeur ajoutée créée dans la région

Si les tensions sur le marché du travail ont provoqué un doublement du taux de chômage, passé de 3,2 % de la population active en 2007 à 7,1 % l’an dernier, la région demeure l’une de celles où son niveau demeure le plus bas (10,7 % au plan national).

La résistance à la désindustrialisation

L’agriculture a été la base du développement économique de la région. Elle a connu un processus de mécanisation et de restructuration et se concentre principalement sur la production de céréales (maïs, soja, froment), légumes, fruits (poires et melons) et de vin. La production de fourrage est très développée et utilisée dans le cadre de l’élevage bovin et porcin.

L’industrie est dominée par des petites et moyennes entreprises familiales, souvent sous-traitantes de l’industrie allemande, et par la présence de plusieurs grandes entreprises. Elle est florissante dans de nombreux secteurs, en particulier ceux de la mécanique, l’électronique, la métallurgie, le textile, la chimie, la pétrochimie, la pharmacie, l’agroalimentaire, le mobilier et les chaussures. Milan et sa province comprennent près de 40 % des entreprises industrielles lombardes. La part de l’industrie dans l’emploi est largement supérieure à la moyenne italienne (36,2 % des actifs contre 29,9 %).

Dans le secteur tertiaire, le commerce et la finance sont les principaux moteurs de l’activité. Milan est le siège de la bourse italienne, l’une des places financières majeures en Europe, et le siège des principales banques italiennes. La foire de Milan est par ailleurs le plus grand espace d’exposition d’Europe. Les activités bancaires, de transports, de communication et de services aux entreprises ont une place importante. Le tourisme a également un poids significatif, notamment en matière de tourisme d’affaires. Le tertiaire reste le secteur le plus important dans l’économie lombarde, tout comme dans le reste de l’Italie.

Fortement atteinte par les effets de la crise mondiale du fait de la structure même de son économie, la Lombardie demeure toutefois le moteur économique de l’Italie et présente des résultats bien supérieurs à la moyenne italienne en termes d’activité. Sa faiblesse réside néanmoins dans un moindre investissement dans les nouvelles technologies, en comparaison avec certaines régions européennes.

Les autorités locales rencontrées par la mission sénatoriale, et en particulier la ville de Milan, misent sur l’organisation de l’exposition universelle de 2015 pour relancer le dynamisme de la région.

L’ouverture internationale

Très tournée vers l’international, cette région assure près du tiers des échanges du pays, et sa capitale, Milan, siège de nombreuses entreprises privées et de la Bourse italienne, est la véritable capitale économique et financière de l’Italie.

La Lombardie exporte à 55 % en Europe et la France est le deuxième client de la région (11,6 % du total des exportations), après l’Allemagne (14,3 %). La Lombardie est par ailleurs l’une des quatre régions du groupe de coopération interrégionale « quatre moteurs pour l’Europe » avec le Bade-Wurtemberg, la Catalogne et Rhône-Alpes.

Les principaux secteurs d’exportations, composées à 98 % de produits manufacturés, sont les machines (20 % des ventes), les produits de la métallurgie (18 %), la chimie-pharmacie (14 %), les équipements électroniques et électriques (12 %) et les moyens de transport (7 %). Les produits traditionnels du « made in Italy », le textile-habillement et les chaussures, représentent 10 % des ventes, tandis que les produits agricoles et des industries agroalimentaires atteignent 4,7 %.

Le premier poste d’importations est constitué de la chimie-pharmacie (22 %), des équipements électroniques et électriques (19 %), avant la métallurgie (12 %) et les produits pétroliers (7 %).

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Une force industrielle qui surmonte les obstacles liés à la complexité institutionnelle, juridique et administrative

a) L’industrie représente le quart du PIB en Italie (le septième en France).

L’industrie assure près d’un quart de la valeur ajoutée de l’activité économique italienne.

Après l’Allemagne et la France, l’Italie a connu, après la seconde guerre mondiale, un « miracle économique» avec une très forte croissance de la production industrielle, près de 6 % par an entre 1950 et 1960, qui a transformé son économie en véritable puissance industrielle. Fortement touchée par le choc pétrolier de 1973, l’économie italienne a, cependant, connu un deuxième « miracle » dans la seconde moitié des années 1980 avec une tertiarisation accrue de son économie.

Si l’industrie est le secteur qui a le plus souffert de la crise actuelle (en juin 2012, l’indice de production industrielle italien se situait à 24,6 %, en-dessous de son pic d’août 2007), la composante industrielle de l’économie italienne demeure essentielle même si sa part dans la valeur ajoutée totale de l’activité économique s’est réduite, avec la croissance des services, passant de 27,4 % en 2001 à 24,6 % en 2011 (de 19,6 % à 15,9 % pour le secteur manufacturier). L’industrie est le champ d’activité de plus de 23 % des entreprises recensées en 2010 (10 % hors construction) et assure 28,3 % des emplois en 2011. Les exportations de produits manufacturés représentent plus de 20  % du PIB (17 % pour la France) et le secteur dégage de manière structurelle un excédent commercial substantiel. En outre, l’Italie figure au huitième rang de la production manufacturière mondiale.

Ces activités sont basées essentiellement sur la fabrication de machines et équipements, l’Italie ayant conquis la place de deuxième fabricant et exportateur de machines-outils après l’Allemagne, la métallurgie, suivis par l’industrie agroalimentaire et les autres secteurs phares du « Made In Italy » que sont le textile, le cuir et l’habillement. Toutefois, au cours de la période 2001-2010, seuls quatre secteurs ont vu leur valeur ajoutée augmenter : les machines et équipements, les équipements électriques, les produits pharmaceutiques et la fabrication de papier. Les secteurs traditionnellement en pointe ont, en revanche, enregistré une réduction de leur valeur ajoutée, comme dans l’industrie textile, la confection et l’habillement, les produits en cuir (-23,6 %), la fabrication de mobilier (-17,4 %), la fabrication de véhicules (-10,5 %) ainsi que les industries agroalimentaires, les boissons et le tabac (-3,4 %).

b) Une puissance industrielle capable de franchir certains obstacles administratifs et institutionnels

On établit souvent un lien entre la compétitivité d’une économie et la stabilité ainsi que l’efficacité de son environnement institutionnel normatif et administratif.

Sans contester la pertinence de cette affirmation, on peut cependant signaler que les districts italiens accomplissent des performances à l’exportation en surmontant divers obstacles.

La complexité et la fragmentation institutionnelle : sur le terrain, la mission sénatoriale a pu vérifier que l’Italie est un pays parfois difficilement «lisible» pour des Français habitués à une certaine centralisation. Nos conseillers du commerce extérieur estiment d’ailleurs préférable de parler «des Italies» plutôt que de l’Italie. Ce pays hétérogène, avec un clivage accentué entre le nord et le sud est aussi très fragmenté, régionalisé, voire «local». « Il n’est pas facile d’y récolter des informations fiables, complètes, structurées et pertinentes pour en tirer une synthèse ou un « business model » à dérouler partout de la même manière ».

– Une réglementation pléthorique : de très nombreuses normes et réglementations, imposées à divers niveaux administratifs (Etat, régions, province, communes) et établies en«parallèle» des réglementations européennes, constituent souvent autant de freins à l’action.

– La corruption : un des signes de son existence en Italie s’est récemment manifesté par la création, le 31 janvier 2013, du Comité interministériel de prévention et de lutte contre la corruption et l’illégalité dans l’administration publique. Ce Comité, prévu par la loi 190/2012 dite Legge anticorruzione, est chargé d’adopter le Plan national anticorruption contenant les lignes directrices qui permettront l’élaboration par les collectivités locales de leur propre programme anticorruption.

RAPPEL INSTITUTIONNEL – L’ITALIE COMPTE TROIS NIVEAUX DE STRUCTURES LOCALES : 20 RÉGIONS, 103 PROVINCES ET 8 104 COMMUNES

– Les régions sont qualifiées par la Constitution de « pouvoirs autonomes ». Elles disposent d’une compétence législative exclusive dans certains domaines et, par ailleurs, de compétences partagées avec l’Etat. Cinq d’entre elles bénéficient d’un « statut spécial », qui leur garantit une plus large autonomie : le Val d’Aoste, le Frioul-Vénétie Julienne, le Trentin-Haut Adige, la Sicile, la Sardaigne.

– Les provinces et les communes sont qualifiées de« pouvoirs locaux ». Elles disposent du pouvoir réglementaire dans le cadre de compétences transférées ou déléguées par l’Etat ou les régions.

Au cours des entretiens conduits par la mission sénatoriales, des chefs d’entreprises italiens implantés en France ont, a contrario, témoigné de l’efficacité de l’Etat et du soutien apporté par les collectivités territoriales aux opérateurs économiques dans notre pays.

2. L’industrie est le principal moteur de l’emploi

L’industrie reste le principal moteur de l’économie italienne. Elle est à l’origine des gains de productivité de l’ensemble du système. Ce secteur crée les emplois de qualité les mieux rémunérés et concentre la plupart des efforts de recherches. L’industrie assure 78 % des revenus issus des exportations, qui servent à financer les importations de biens et de services. Les simulations effectuées par le centre d’études de la Confindustria montrent que plus d’un tiers du PIB et quelque 8,2 millions de salariés sont directement ou indirectement liés au secteur manufacturier. Sans la contribution essentielle de ce secteur au commerce extérieur, le système économique italien connaitrait un déficit difficilement soutenable. Les comparaisons avec l’Europe confirment que là où l’industrie affiche les meilleurs résultats, les revenus augmentent plus rapidement. L’Italie du nord, plus spécialisée dans la mécanique, est en concurrence avec les régions d’Europe centrale et du nord. Le sud du pays, où le poids du secteur de l’habillement est plus important, fait face à la concurrence de l’Europe méridionale et orientale.

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L’OFFENSIVE À L’EXPORTATION EST PORTÉE PAR DES MICRO-ENTREPRISES

Les résultats du commerce extérieur italien en 2012 se résument au passage d’un solde commercial déficitaire (-30 milliards d’euros en 2010 et -25,5 en 2011) à un excédent de 11 milliards d’euros en 2012. Cette amélioration spectaculaire résulte, certes, d’un affaissement des importations mais également de la bonne tenue des exportations, en particulier vers les pays tiers à l’Union européenne. En effet, les exportations à destination de l’UE ont stagné en 2012 même si elles demeurent le principal débouché des ventes italiennes (54 % des exportations). A l’inverse, les exportations vers les marchés hors UE, progressent de 9,2 %, après une hausse de 14,8 % en 2011.

Les secteurs à l’exportation traditionnellement porteurs sont les branches machines, métallurgie et textile-habillement (plus de 40 % des exportations) dont les ventes progressent respectivement de 2,9 %, 4,9 % et 2,6 % ; l’agro-alimentaire (7 % des ventes) est en hausse de 6,7 % et la pharmacie également en hausse de 12,5 %.

Le recul des achats italiens s’est particulièrement manifesté dans les importations de produits de la métallurgie (-11 %), le secteur transports et automobile (-21,3 %, la chute pour le seul secteur automobile atteignant -26,2 %) et l’informatique (-20,2 %).

Cette évolution témoigne d’une dualisation croissante du tissu entrepreneurial transalpin : les entreprises dont le marché est purement domestique souffrent à la fois de l’atonie de la demande et de la raréfaction du crédit tandis que les entreprises exportatrices maintiennent ou accroissent leurs parts de marché et soutiennent l’activité.

1. Un révélateur de l’efficacité des districts : le déficit commercial record de la France vis-à-vis de l’Italie en 2012

De façon générale, l’Italie est un partenaire de premier plan pour la France puisqu’elle est son deuxième client et son quatrième fournisseur. La part de marché française, après avoir perdu plus de trois points dans la première partie des années 2000 s’est stabilisée depuis quatre ans aux alentours de 8,3 %.

Le service économique régional de notre ambassade en Italie a analysé de façon précise le nouveau creusement, en 2012, de notre déficit commercial avec ce voisin européen.

L’activité en Italie a subi une forte contraction en 2012, avec un recul du PIB de 2,2 %, résultant d’une forte compression des moteurs internes de la croissance, consommation et investissement, entraînant un affaissement des importations. Dans ce contexte, les exportations françaises vers l’Italie ont reculé de 6,5 % – le plus fort repli parmi nos principaux partenaires commerciaux – alors que nos exportations ont progressé de 3,1 %. Les importations françaises en provenance d’Italie, qui avaient augmenté de 6,3 % en 2011, marquent également un repli de 1,3 % en 2012, avec une évolution inverse de celle de l’ensemble de nos importations (+0,9 %).

Au total avec des exportations françaises en recul plus prononcé que celui des importations, le déficit commercial de la France vis-à-vis de l’Italie s’est à nouveau dégradé en 2012 alors qu’il s’était légèrement réduit en 2011 : il s’établit à 4,6 milliards d’euros contre 2,8 en 2011.

Les composantes sectorielles de ce déficit sont particulièrement significatives de la puissance industrielle italienne.

D’une part, la France enregistre des contre-performances dans les secteurs stratégiques de l’automobile et l’agriculture

Certes, les exportations du secteur de la chimie, qui reste notre premier poste exportateur avec 14 % des ventes françaises, ont légèrement reculé, mais dégagent un excédent français de l’ordre de 2 milliards d’euros.

Cependant, les produits de l’agriculture et de l’agroalimentaire, représentant respectivement 7 % et 11 % de la valeur de nos ventes vers l’Italie avec un excédent structurel sur longue période, se sont repliés à l’exportation en 2012 : un tassement des excédents en est résulté (1,72 milliard d’euros pour l’agriculture contre 1,87 en 2011, et 0,484 milliard d’euros pour l’agroalimentaire contre 0,724 en 2011).

La baisse de l’excédent dans les matériels de transport (près de 13 % du total de nos exportations) est variable selon les branches : d’une part, les livraisons restent particulièrement dynamiques dans l’aéronautique (648 millions d’euros) et le matériel ferroviaire (273 millions d’euros), à l’inverse des exportations de véhicules automobiles qui accentuent leur décrochage de 2011 (-16 %), ramenant le surplus commercial de 1,51 milliard d’euros à 1,16 cette année.

D’autre part, les déficits traditionnels de la France (machines, textile, plastiques) se sont globalement accrus.

Les importations de machines, qui représentent plus de 14 % de nos achats, se stabilisent mais nos ventes sont en sensible repli, accentuant l’important déficit du secteur, à -3,3 milliards d’euros contre -3,2 en 2011.

Pour les autres secteurs italiens traditionnellement performants sur notre marché, le déficit français s’est globalement maintenu au même niveau ou légèrement creusé en 2012, comme pour le textile-habillement (11,7 % de nos importations, solde de -2,2 milliards d’euros), les plastiques(8,4 %, solde de -1,7 milliard d’euros) ainsi que l’électro-ménager (6,1 %, solde de -0,967 million d’euros).

En revanche, on observe un recul des importations de produits de la métallurgie (13 % de nos achats en provenance d’Italie) plus prononcé que celui des exportations, conduisant à une légère réduction du déficit (-1,29 milliards d’euros contre -1,39 un an auparavant).

Le nouveau Plan national pour l’exportation, présenté le 16 janvier dernier, a pour ambition d’augmenter de 9 % le montant des exportations d’ici 2015.

2. Le défi de l’exportation est principalement relevé par les micro-entreprises italiennes

Une des caractéristiques de l’Italie est de compter plus de 5 millions d’entreprises, réparties entre l’agriculture, l’industrie, le commerce et les services et la grande majorité d’entre elles (95 %) sont des micro-entreprises. Ces micro-entreprises ont, en grand nombre, pris des mesures draconiennes pour affronter des marchés toujours plus mondialisés, développer leurs gammes de produits etaccroître leur flexibilité afin de se lancer sur les marchés internationaux. Les micro-entreprises sont devenues le fer de lance des exportateurs italiens

Le tissu industriel italien se distingue par l’importance du capitalisme familial et du réseau des petites entreprises. Parmi les 1,05 million d’entreprises industrielles italiennes recensées en 2010 (dont 58 % appartiennent au secteur de la construction), seules 1 549 emploient plus de 250 personnes. L’économie italienne, qui dispose de relativement peu de très grands groupes à l’échelle internationale – dix entreprises italiennes figurent parmi les 500 premières mondiales, contre 39 entreprises françaises et 37 allemandes – compte néanmoins quelques grands groupes emblématiques – dont Fiat, ENI, ENEL, Olivetti, Benetton, Finmeccanica… Cependant, le tissu industriel est principalement constitué par un réseau dense de PME (dont 89,7 % emploient moins de 10 personnes), véritables porte-drapeaux du savoir-faire italien, souvent regroupées au sein des 140 « districts industriels » et organisées en réseaux (412 contrats de réseaux signés en juin 2012). Ces dernières, qui font la force du système économique italien par leur dynamisme et leur savoir-faire, se caractérisent par une forte ouverture au progrès technique, une production ciblée et sur-mesure et une part importante de leur activité à l’exportation. Concentrées dans la plaine du Pô, de la Vénétie au Piémont en passant par la Lombardie et le Centre de l’Italie, les entreprises industrielles italiennes sont liées pour une part non négligeable d’entre elles par des liens de sous-traitance à d’importants groupes allemands qui jouent le rôle de « locomotives » à l’exportation.

A l’international, les petites entreprises ont modifié leur spécialisation et réorienté leur positionnement. La part des biens liés à la mode dans les exportations s’est ainsi réduite de 21,5 % en 1991 à 14 % en 2011, alors que celle des produits à plus forte intensité technologique a progressé de 61 % à 67 %. Sur le plan géographique, la part de l’Union européenne dans les exportations italiennes s’est réduite de 61,4 % en 2000 à 55,6 % en 2011 au profit des pays émergents à forte croissance dont la part s’est accrue de 21,3 % à 29,3 %.

UNE PASSION POUR LE DESIGN ET LA MONTÉE EN GAMME QUI S’EXPRIME DANS DES MICRO-ENTREPRISES INDUSTRIELLES TRAVAILLANT  EN RESEAU

Les économistes ont tenté, depuis plusieurs dizaines d’années, d’élucider le « secret »de la réussite du modèle industriel italien en s’attachant principalement à le rechercher dans le mécanisme des districts. Or ce dernier semble difficilement transposable en dehors des frontières italiennes, comme en témoignent les expériences conduites en France.

La mission sénatoriale a en revanche été frappée, au cours de son déplacement en Lombardie par la passion pour le design et pour la qualité des produits qui apparaît sinon comme « l’esprit du capitalisme italien » du moins comme un ressort fondamental de l’efficacité industrielle de ses PME. Les succès de ce modèle lombard semblent ainsi imputables à un cercle vertueux entre les grappes de micro-entreprises et la créativité des personnes qui y exercent leur talent.

A. LES RÉSEAUX D’ENTREPRISES INDUSTRIELLES ITALIENNES : UNE RÉUSSITE DIFFICILEMENT TRANSPOSABLE À L’ÉTRANGER

Comme le fait observer M. Marc Maupas-Oudinot, dans une synthèse élaborée pour la mission sénatoriale, les districts industriels et les contrats de réseaux, sont devenus, au fil des années, une des spécificités du tissu économique italien, très axé sur les PME. C’est en effet la taille réduite des entreprises italiennes qui les a conduites à mener des politiques de regroupement dès les années 1970 avec la création des premiers districts industriels, ces derniers n’ayant été reconnus par la loi qu’en 1991. Par la suite, après dix ans de débat sur le rôle et l’identité des districts, le « contrat de réseau d’entreprises » a été finalement introduit dans le système juridique italien par une loi de 2009.

Alors que le district est un modèle d’organisation souple et peu encadré reposant sur le territoire, le contrat de réseau est un instrument réglementé se basant sur l’objet social commun et le regroupement par filière, dont les districts eux-mêmes peuvent se servir.

1. Le district industriel : une organisation territoriale

Les districts industriels permettent aux entreprises d’un certain territoire (qui recouvre le plus souvent les départements ou les régions) de coordonner leurs activités productives. Dans ce cadre, chacune des entreprises intéressées continue à y exercer son activité dans son domaine de spécialisation ou d’excellence, alors que les autres phases productives sont réalisées par les autres membres du même district. Ce dispositif garantit la continuité de la production et réduit les coûts accessoires, améliorant ainsi la compétitivité de l’ensemble. Les districts industriels sont  au nombre de 101 et regroupent environ 275 000 entreprises.

Selon le cinquième rapport sur les districts industriels d’Intesa Sanpaolo qui porte sur les années 2010-2011, les entreprises organisées en districts ont de meilleures performances, en particulier à l’exportation, que celles qui ne le sont pas. Les meilleurs résultats proviennent des secteurs des métaux (dont les ventes ont progressé de 8,8 % en 2011), de la mécanique (+7,5 %), de l’alimentaire (+6,2 %) et surtout du secteur emblématique de la mode avec une croissance de 8,6 % en 2011 pour les entreprises en districts, contre 4,1 % pour les autres. Globalement, les districts industriels ont enregistré un chiffre d’affaires en croissance de 3 % en 2011-2012 et une hausse des profits de 5,8 % contre, respectivement, 1 % et 4,3 % pour l’industrie hors districts. Le rapport identifie les 11 meilleurs districts  en termes de performance de croissance, d’exportation et de rentabilité en citant les machines pour emballages à Bologne, les pneus à Bergame, les lunettes à Belluno et l’habillement à Naples.

2. La relance des districts par les contrats de réseau, dans une logique de filière

Le droit italien indique que, par définition, les contrats de réseaux sont des accords conclus par plusieurs entreprises qui s’entendent pour exercer en commun une ou plusieurs activités économiques rentrant dans le cadre de leurs objets sociaux respectifs dans le but d’accroitre leur capacité innovante et leur compétitivité. Le contrat de réseau doit être inscrit au registre du commerce où les entreprises ont leur siège.

La réglementation des districts s’applique également aux réseaux d’entreprises. Réseaux et districts ont, en effet, les mêmes finalités de diffusion des savoir-faire, de développement de projets marketing communs, d’investissements dans la recherche, d’exploration de nouveaux marchés et d’accroissement de la capitalisation, le regroupement se faisant, dans un cas, par filière, et dans l’autre, par zone géographique.

Ces modes d’agrégation extrêmement souples permettent aux entreprises de garder leur autonomie ou de créer une entité juridique commune, en continuant de bénéficier des mêmes aides fiscales, financières et administratives.

Fin 2012, trois ans après leur création, 647 contrats de réseaux, concernant 3 350 entreprises, 6 fondations et 4 associations sont enregistrés. Selon Aldo Bonomi, vice-président de Confindustria  pour les réseaux d’entreprises, qui a porté le projet dès sa conception, l’objectif, d’ici quatre ans, est d’atteindre le seuil de 2 000 contrats de réseaux, impliquant environ 10.000 entreprises, pour favoriser leur capacité d’internationalisation. Le ministère du Développement économique, ainsi que les associations professionnelles, auraient sensibilisé la Commission européenne afin d’obtenir une reconnaissance internationale des contrats de réseau. Le premier contrat de réseau international ayant été mis en place inclut une entreprise française.

Territorialement, les contrats de réseaux concernent 99 provinces, appartenant aux vingt Régions d’Italie. Les zones géographiques privilégiées sont le Nord-est pour le nombre de contrats (246) et le Nord-ouest pour le nombre d’entités impliquées (986). Presque la moitié des contrats implique entre 4 et 9 entreprises, qui sont pour la plupart des sociétés de capitaux. Les secteurs les plus prisés sont ceux des services (384 entreprises), du BTP et du bâtiment écologique (334), de l’ameublement et des loisirs (226).

3. Un exemple de réussite difficilement transposable à l’étranger

Le succès des réseaux d’entreprises s’explique par un ensemble de facteurs :

– la souplesse de l’instrument qui permet de mettre en commun une partie de l’activité tout en préservant l’autonomie des co-contractants ;

– au-delà de la filière, le contrat de réseau a pour objectif la promotion de produits « made in Italy » et de l’exportation ;

– pour les PME, cet instrument est un des seuls qui favorise leur compétitivité dans un contexte de crise et de mondialisation des échanges ;

– les contrats de réseaux facilitent l’accès au crédit : les banques ont ainsi proposé des services de conseil spécialisé et des « bonds de réseaux » ont été institués;

– ils compensent enfin le faible niveau d’intervention de l’Etat, les aides d’Etat italiennes étant parmi les plus basses de l’Union européenne.

A titre d’exemple, le contrat de réseau peut être utilisé à titre défensif, lorsque la production d’une grande entreprise dépend de ses fournisseurs et sous-traitants. C’est dans ce contexte que Gucci (groupe Kering, anciennement Pinault-Printemps-Redoute) a incité ses fournisseurs à se regrouper : trois réseaux d’entreprises ont ainsi été institués, avec le soutien de la Confindustria locale, concernant 24 PME qui emploient 635 personnes. Les fournisseurs, dans le cadre du contrat de réseau, se sont engagés contractuellement à collaborer en termes d’efficacité productive, d’innovation technologique et organisationnelle, de standards de qualité et de sécurité. Gucci a un rôle de sponsor du réseau et de consultant organisationnel et financier. Selon le vice-président de Gucci, Micaela Le Divelec Lemmi, le groupe entend préserver les métiers d’excellence de sa filière, tant en Toscane où elle compte 60 fournisseurs et des dizaines de sous-traitants, qui emploient 7 000 personnes sur les 45 000 qui alimentent toute la filière productive de Gucci en Italie).

Les contrats de réseau ont ainsi permis :

– de relancer les districts industriels, une organisation traditionnelle longtemps vantée mais mise à mal par la disparition et la délocalisation de petites entreprises ;

– et de sauver des petites entreprises italiennes dont la taille ne permet pas d’affronter, seules, la récession et la mondialisation.

Cet outil s’inscrit dans la tendance toujours plus marquée des entreprises italiennes à s’orienter non pas vers un« marché de masse » mais vers une « masse de niches » centrées sur la montée en gamme du produit.

B. LES RESSORTS FONDAMENTAUX DE LA RÉUSSITE ITALIENNE : UNE ORGANISATION MOINS GÉOMÉTRIQUE QUE DANS D’AUTRES PAYS MAIS PLUS DE CRÉATIVITE

Comme le signalent les conseillers du commerce extérieurs aux entrepreneurs français souhaitant s’implanter en Italie : « nous avons, en France, souvent une meilleure capacité à prévoir, à programmer l’avenir et donc à nous organiser. Notre expérience des finances ou de la logistique de toute la chaîne est vraisemblablement plus importante. Mais, les italiens, eux, sont souvent d’excellents entrepreneurs, d’excellents commerciaux et des industriels très créatifs et réactifs ». Sur le terrain, la mission a constaté la place centrale qu’occupent les ingénieurs de production dans les entreprises à succès ; ces ingénieurs sont en proximité très étroite avec les commerciaux et restent en permanence à l’écoute des besoins des clients.

Par ailleurs, on a parfois tendance à réduire le design à l’aspect extérieur des objets fabriqués et à son seul apport esthétique. Bien au contraire, comme l’ont souligné les entrepreneurs entendus par la mission sénatoriale, « le design est le moteur » de la conception et de l’innovation : le designer ne dessine pas seulement des objets, il imagine de nouvelles façons de vivre et le processus de production se structure autour de cette orientation.

Selon les trop rares travaux conduits sur ce sujet, le« design thinking », né dans la Silicon Valley, se caractérise par de nouvelles méthodes de résolution de problèmes complexes et par une approche centrée sur l’utilisateur (« Design by the people for the people »). Cette approche implique également la transversalité des métiers et des acteurs de l’innovation: ingénieurs, architectes, managers, sociologues, designers,… tout autant que la transversalité des cultures. En valorisant non seulement les aspects fonctionnels mais également affectifs, le design oriente la production vers un rééquilibrage entre désirabilité, faisabilité technique, durabilité et rentabilité.

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