DECORTIQUAGES

France : la deuxième puissance maritime mondiale

LA TRIBUNE

By Fabien Pilou

 

France-ZEE-Zone-économique-exclusive

La France dispose du deuxième domaine maritime mondial, derrière les Etats-Unis. Pourtant, les gouvernements successifs n’ont pas été capables de construire une politique maritime digne de ce nom, préférant tenter de dupliquer le modèle économique allemand basé sur le développement de l’industrie à l’export. En plusieurs volets, La Tribune enquête sur cet « oubli » de la politique économique gouvernementale et sur les opportunités de développement qu’offrent nos territoires ultra-marins. Après avoir « exploré » le domaine maritime français, et fait un premier point sur les opportunités de développement des DOM, ce troisième volet fait un point sur les ressources potentielles contenues dans les sous-sols marins français.

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Source : Ifremer

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Source : Ifremer

La France possède le deuxième domaine maritime mondial. Sa surface s’élève à 11 millions de kilomètres carrés, ce qui fait de la France la deuxième puissance maritime mondiale, juste derrière les Etats-Unis, pour à peine 300.000 kilomètres carrés d’écart !

Ce domaine pourrait même s’agrandir si la France parvenait à faire reconnaître devant l’ONU ses revendications territoriales dans le Golfe de Gascogne, la Guyane, la Nouvelle-Calédonie et les Iles Kerguelen. Au total, ce sont plus de 1,5 million de kilomètre carrés qui pourraient venir s’ajouter aux 11 millions déjà recensés.

Et après ? A quoi peut servir un tel domaine maritime ? Dans son avis du 9 octobre présentépar Gérard Grignon au nom de la Délégation àl’Outre-merle Conseil économique, social et environnemental (CESE) a fait un point sur les ressources potentielles du plateau continental. Il pourrait recéler des hydrocarbures, des sulfures hydrothermaux riches en cuivre, zinc, plomb, cobalt, argent et or, des encroutements cobaltifères, des nodules polymétalliques contenant du fer, du manganèse, du cuivre, du nickel et du cobalt., des terres rares comme l’erbium et le lutetium, indispensables à la production d’appareils électroniques courants (téléphones mobiles, ordinateurs…), des ressources biologiques et des organismes vivants. L’accès à ces richesses potentielles est  » un atout considérable pour notre pays s’il contribue à un nouveau modèle de développement durable, en particulier dans les territoires ultramarins « , considère le CESE.

Des ressources limitées

Si la France parvient à exploiter ces ressources, elle pourrait sécuriser tout ou partie de son approvisionnement pour certains métaux stratégiques, la durée des réserves des gisements terrestres pour les matières les plus critiques étant préoccupante. Selon une étude publiée par l’Ademe en juillet 2010 sur le potentiel de recyclage de certains métaux rares, cette durée est en effet estimée à 13 ans pour l’argent et moins de 100 ans pour le cobalt?.  » Des échantillons de sulfures hydrothermaux montrent que le gisement pourrait être équivalent aux ressources terrestres. La surface de la plupart des dépôts est significativement enrichie en cuivre et zinc dont le total dépasse 10 % dans plus de 65 % des sites « , précise cette étude.

Composition sous marineHydrocarbures, sulfures hydrothermaux, terres rares, les richesses potentielles du plateau continental sont vastes.

Des défis techniques que seule l’innovation pourra relever.

Reste à la France et à ses entreprises de s’affranchir des difficultés techniques que pose l’exploitation de cette richesse sous-marine. Dans le prolongement des travaux du CESE, le rapport de la Commission Lauvergeon Innovation 2030 remis à François Hollande cet automne qui a également identifié la valorisation des richesses marines comme l’un  » des domaines où la France a du potentiel pour des innovations majeures « , propose une méthode de travail.

Après avoir approfondie la connaissance des fonds marins pour identifier les zones de minerais les plus prometteuses, la Commission rappelle la réalité des enjeux technologiques parmi lesquels  » la réponse à la pression de l’eau, à la corrosion, la nécessité de commandes à distance, etc… » tout en rappelant, souci de précaution oblige, que l’exploitation potentielle devra tenir compte de la très riche biodiversité animale dans les sites visés  » avec une règlementation contraignante à anticiper dans ce domaine « .

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LE MONDE

Par Capitaine de corvette Louis-Xavier Renaux

La France peut espérer rivaliser de dynamisme économique avec les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Elle détient tous les atouts pour devenir un géant maritime, qui exploite pleinement son impressionnant potentiel maritime, et sedonner ainsi les moyens d’une croissance établie. Pour y parvenir, les conditions sont exigeantes mais le contexte est favorable.

Générant 300 000 emplois directs, l’économie maritime française est déjà au premier rang européen, mais, forte d’un formidable réservoir de ressources naturelles, elle peut prendre une tout autre ampleur. En effet, avec 11 millions de kilomètres carrés, elle possède la deuxième superficie mondiale de Zones Economiques Exclusives (ZEE). Ces espaces jouent un rôle géopolitiquecroissant car les Etats y exercent leur souveraineté sur les richesses des mers, des sols et des sous-sols dans la limite des 200 nautiques de la côte. La première condition est une prise de conscience politique de son potentiel.

Lors de son discours du 16 juillet 2009 au Havre, le Président de la République a tenu à « réparer […] l’oubli trop long qu’a fait la France de sa vocation maritime ». Il a lancé une dynamique qui, dès décembre 2009, a donné naissance, à travers le Livre Bleu, à une stratégie nationale pour la mer et les océans. Elle fixe les voies du développement maritime, aussi multiples que prometteuses. Au premier rang des priorités figurent nos grands ports, distancés par les ports asiatiques et surtout par leurs voisins européens : 40% des importations françaises transitent par ces derniers ! Avoir des ports attractifs et compétitifs relancerait des pans entiers de l’économie nationale autour de larges bassins dont la croissance décollerait. Mais la politique maritime doit également assurer des conditions de sécurité favorables au développement des activités maritimes. Face à la montée en puissance des trafics de drogue, d’armes, des flux d’immigration clandestine et à la dimension préoccupante de la piraterie, le Livre Bleu insiste sur la capacité deprotéger les approches de nos côtes et nos intérêts sur mer.

La deuxième condition consiste à appliquer cette politique. Mobiliser toutes nos forces vives, publiques et privées, pour exploiter les potentialités maritimes, c’est le sens des Assises de la mer qui réunissent chaque année les décideurs politiques et économiques. A Dunkerque les 29 et 30 novembre prochains, elles contribueront à doter les entreprises françaises des meilleurs atouts dans la compétition mondiale. Celles-ci occupent déjà les premières places dans des domaines aussi variés que la construction de navires de défense, la recherche océanographique ou les technologies « off-shore ». De surcroît, la multiplication des activités maritimes laisse entrevoir d’autres ambitions. Dans le développement des énergies marines renouvelables, par exemple, où nos entreprises ont la capacité de se classer parmi les premières. Investir rapidement dans ces domaines stratégiques est essentiel, la compétition est déjà lancée.

La réunion des deux premières conditions donnera à la France un regain de croissance et de dynamisme. Mais le potentiel maritime français reste méconnu.Convaincre les Français du destin maritime de leur pays, voilà une troisième condition qui fera de la mer la richesse de la France.
La conscience nationale se forge dès l’école. Elle commence principalement par l’identification de l’appartenance à un même espace à partir d’une carte : la carte de France. Dans toutes les salles de classe est encore affichée la carte de la métropole ; mais la France ne se réduit pas à l’hexagone. Il faut un planisphère pour l’envelopper d’un regard, pour en apprécier la richesse et la variété, et pourressentir l’importance de ces étendues bleues entre chacune de ses parcelles. Lorsque nos enfants découvriront cette réalité, ils seront intimement convaincus que la France est maritime. Ils sentiront que ses territoires sont aussi indissociables des voies maritimes qui les relient entre eux que les organes d’un corps humain de leurs artères.

Ce premier pas, décisif, devra être suivi de nombreux autres pour convaincrechaque Français du caractère stratégique du secteur maritime. Cette profonde adhésion est fondamentale afin de consentir les investissements et les efforts suffisants pour lui donner sa pleine dimension : faire de la France un « géant maritime ».

La période actuelle est propice à ce changement pour deux raisons. En premier lieu, grâce à la construction européenne, la France bénéficie d’un cadre de stabilité favorable à la mise en valeur de son potentiel maritime. En second lieu, exploités par un Etat dynamique, les avantages naturels deviennent décisifs dans la compétition mondiale.

La France possède des ressources maritimes formidables, mais saura-t-elle, dans la brume des crises actuelles, tout simplement y croire ?

L’ARTICLE

4 réflexions sur “France : la deuxième puissance maritime mondiale

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