DONNEES ET ANALYSES

Crise : De 2007 à 2010, la région PACA a fait de la résistance

INSEE

by Éric Rubiloni, Philippe Winnicki, Insee Provence-Alpes-Côte d’Azur
Rémi Belle, Direccte

DSC_0211-2photo Dominique Milliez

En 2007, la dérive du marché des « subprimes » aux États-Unis a été l’élément déclencheur d’une grave crise financière mondiale, qui s’est progressivement propagée à l’économie réelle. Six ans après, les effets qui en découlent continuent de peser sur l’activité nationale, les entreprises et la population. Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui n’a pas échappé à cette crise, en subit également de nombreuses conséquences.

Le produit intérieur brut (PIB) est l’agrégat majeur mesurant l’activité économique d’un territoire. Déflaté de l’inflation, il reflète la richesse produite par le système productif.

Avec un PIB de 127 milliards d’euros en 2010, Provence-Alpes-Côte d’Azur se classe au deuxième rang des régions de province en termes de création de richesse, derrière Rhône-Alpes. La région Île-de-France est exclue de notre référentiel car sa structure sectorielle est très différente du reste de la métropole. Entre 2007 et 2010, l’économie régionale a résisté : l’évolution du PIB a en effet été moins défavorable en Paca que dans la plupart des autres régions (- 1,7 % contre – 4,1 % en moyenne en province). Seule l’activité de Rhône-Alpes et de Corse a mieux réagi, cette dernière affichant même une progression du PIB sur cette période.

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Des secteurs d’activité plus robustes face à la crise

Le positionnement sectoriel de l’économie régionale ainsi qu’un dynamisme propre à Paca expliquent cette meilleure résistance. Dans la région, la valeur ajoutée (VA) a progressé de 2,8 % entre 2007 et 2010, contre + 0,3 % en moyenne en province ; soit un écart de 2,5 points en faveur de Paca. Tous les secteurs d’activité ont contribué positivement à ce résultat.

Le secteur tertiaire est celui qui a le plus contribué à cette performance (1,6 point sur les 2,5 points d’écart). Les activités présentielles (mises en œuvre localement et orientées vers la satisfaction des besoins des personnes, résidents permanents et touristes) occupent une place prépondérante dans l’économie de Paca. Le tertiaire représente ainsi 81,2 % de sa valeur ajoutée contre 74,0 % en province. Or la VA de ce secteur est la seule à avoir augmenté en France entre 2007 et 2010. De surcroît, elle a progressé encore plus vivement en Paca qu’en province (respectivement + 4,1 % contre + 2,4 %).

C’est notamment le tertiaire non marchand (24,1 % de la VA en Paca contre 23,1 % en province), qui a tiré cette croissance (+ 12,2 % entre 2007 et 2010). Outre l’administration, ce secteur comprend la santé, l’enseignement et l’action sociale. Pendant la crise, l’emploi, la création d’entreprises ou encore les rémunérations sont restés particulièrement dynamiques dans ces trois sous-secteurs. Les fonctionnaires sont en outre plus nombreux en Paca qu’en moyenne en province (24,8 % des emplois salariés contre 23,2 %) et leur âge moyen est plus élevé (43,4 ans contre 41,7 ans). De ce fait, leur rémunération moyenne est plus élevée et la valeur ajoutée des administrations est par conséquent plus forte en Paca.

La construction a également contribué (pour 0,4 point) à la performance de Paca par rapport à la moyenne de province. Sa valeur ajoutée a en effet augmenté de 2,2 % dans la région entre 2007 et 2010, alors qu’elle s’est contractée de 3,3 % en province.

L’industrie régionale se distingue des autres secteurs d’activité. Entre 2007 et 2010, ce secteur est le seul dans la région à accuser une baisse de la valeur ajoutée plus forte qu’en province (- 8,3 % contre – 7,5 %). L’impact de cette baisse sur la valeur ajoutée totale est toutefois limité en Paca, du fait du faible poids de l’industrie régionale (10,7 % de la valeur ajoutée en Paca contre 16,4 % en province). Au final, l’industrie contribue positivement à la performance de la VA régionale, à hauteur de 0,3 point.

Enfin, l’agriculture a contribué à hauteur de 0,2 point : sa VA a en effet progressé de 12,7 % en Paca, alors qu’elle a légèrement baissé en province (- 0,9 %). La diversité des productions agricoles régionales et le positionnement sur des productions à forte valeur ajoutée (maraîchage, horticulture…) sont à l’origine de ce meilleur résultat.

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Une productivité supérieure aux autres régions

Pour mesurer le potentiel de richesse à la disposition de chaque habitant, le PIB régional est rapporté à la population résidente. L’indicateur de PIB par habitant ainsi obtenu s’affranchit des disparités démographiques et autorise les comparaisons entre régions.

En 2010, le PIB par habitant s’établit à 25 928 € en Provence-Alpes-Côte d’Azur. La région se classe au deuxième rang des régions de province, derrière Rhône-Alpes. Le PIB par habitant de Paca est ainsi supérieur de 2 356 € à la moyenne de province. Il reste toutefois inférieur de 1 805 € à celle de la France métropolitaine, tirée vers le haut par l’Île-de-France (45 731 €).

Deux facteurs sont à l’origine de ce résultat. En premier lieu, le PIB par emploi (ou productivité apparente du travail) de la région est supérieur à celui de province, quel que soit le secteur d’activité considéré. Or la richesse par habitant est plus élevée, lorsque les emplois génèrent une forte valeur ajoutée. En 2010, la productivité s’établit ainsi à 64 133 € en Paca, soit une valeur supérieure de 8,0 % à la moyenne de province. La région occupe ainsi la première place des régions de province en matière de productivité, devant Rhône-Alpes. En second lieu, le nombre d’emplois pour 100 habitants est plus élevé dans la région : il s’établit à 40,4 emplois pour 100 habitants en 2010, contre 39,7 en moyenne en province.

Le PIB par habitant s’est moins contracté en Paca qu’en province  Décomposition du PIB par habitant et évolution entre 2007 et 2010
Lecture : en Paca, le PIB par habitant s’établit à 26 571 € en 2007 et 25 928 € en 2010, soit une évolution de – 2,4 % sur cette période. Il est le produit du PIB par emploi (productivité apparente du travail) et du nombre d’emplois par habitant.
Source : Insee ; comptes régionaux, PIB « en volume, prix chaînés, base 2005 » ; Estel ; Estimations de population
PIB en millions d’€ PIB par habitant en € PIB par emploi en € Nombre d’emplois pour 100 habitants Nombre d’emplois par personne en âge de travailler en % Part de la population en âge de travailler dans la population totale en %
2007 Provence- Alpes- Côte-d’Azur 129 241 26 571 65 216 40,7 63,9 63,8
France de province 1 253 022 24 961 61 269 40,7 63,2 64,5
France métropolitaine 1 769 049 28 627 66 793 42,9 65,8 65,2
2010 Provence- Alpes- Côte-d’Azur 127 031 25 928 64 133 40,4 64,0 63,2
France de province 1 201 749 23 572 59 374 39,7 61,9 64,2
France métropolitaine 1 740 747 27 733 66 335 41,8 64,5 64,8
Évolution 2007-2010 en % Provence- Alpes- Côte-d’Azur – 1,7 – 2,4 – 1,7 – 0,8 0,1 – 0,9
France de province – 4,1 – 5,6 – 3,1 – 2,5 – 2,1 – 0,5
France métropolitaine – 1,6 – 3,1 – 0,7 – 2,5 – 1,9 – 0,5

Le marché du travail s’est moins dégradé

Entre 2007 et 2010, le PIB par habitant a moins baissé en Paca qu’en province (- 2,4 %, contre – 5,6 %). L’emploi s’est quasiment maintenu dans la région, malgré la baisse de l’activité (- 1,7 %). Plus précisément, la hausse de l’emploi non salarié (+ 1,7 %) a compensé la baisse de l’emploi salarié (- 0,6 %). La productivité a ainsi diminué en Paca (- 1,7 %), mais de manière moins prononcée que dans les autres régions de province (- 3,1 %). La moindre présence de l’industrie dans l’économie régionale, conjuguée au recours moins fréquent à l’intérim, expliquent que davantage d’emplois ont été détruits en province (- 1,0 % contre – 0,1 % en Paca).

De même, le nombre d’emploi par habitant s’est moins contracté en Paca qu’en moyenne en province (- 0,8 % contre – 2,5 %). Cette baisse plus modérée s’explique par le maintien de l’emploi régional, mais également par des effets démographiques. L’attractivité de la région s’est en effet érodée ces dernières années et sa population progresse désormais moins vite qu’en moyenne en province. Cette plus forte résistance du nombre d’emplois par habitant s’explique surtout par celle du taux d’emploi. Cet indicateur défini par le nombre d’emplois par personne en âge de travailler (15 à 64 ans), a ainsi augmenté en Paca (+ 0,1 % entre 2007 et 2010), alors qu’il a baissé fortement en province (- 2,1 %).

Les chiffres du chômage confortent ce constat. Avec + 1,6 point de hausse du taux de chômage entre 2007 et 2010, Provence-Alpes-Côte d’Azur se situe en effet à la cinquième place des régions de province dont le taux de chômage a le moins augmenté. De même, les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A ont moins augmenté en Paca qu’en province, (+ 30,6 % contre + 34,9 % entre 2007 et 2010).

Au sein de la région, la crise économique et financière a eu des effets différents selon les territoires. Les caractéristiques structurelles des zones d’emploi ainsi que les évolutions d’avant crise liées aux mutations induites par la mondialisation, permettent de comprendre ces différences. L’observation du taux chômage entre 2007 et 2012 permet de repérer les facteurs de vulnérabilité et de résistance des zones d’emploi de Paca. La typologie de l’analyse fonctionnelle de l’emploi distingue huit profils sur le territoire national. Cinq sont représentés en Paca. Près des deux tiers des zones d’emploi (11 sur 18) présentent un profil présentiel. Deux territoires, situés au nord et à l’ouest de l’Étang-de-Berre, se caractérisent par la forte présence d’au moins une des fonctions entretien-réparation, transports-logistique et fabrication. Enfin, cinq zones, localisées autour des grandes agglomérations régionales (Marseille, Nice, Aix-en-Provence et Avignon), ont une orientation métropolitaine, plus ou moins marquée.

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Forte présence des fonctions métropolitaines : un atout majeur face à la crise

En Paca, trois zones d’emploi ont un profil très fortement métropolitain : les activités de gestion, conception-recherche, prestations intellectuelles, commerce interentreprises et culture-loisirs y sont très fortement représentées. Il s’agit de Marseille-Aubagne, Aix-en-Provence et Cannes-Antibes. Ces zones ont bénéficié de la présence de pôles d’activité, de pôles universitaires et d’une forte concentration d’emplois dans la R&D sur leur territoire.

Au niveau national, c’est l’un des profils où le taux de chômage a le moins augmenté (+ 2,5 points entre 2007 et 2012). L’arrivée d’actifs qualifiés ainsi qu’une forte productivité du travail y ont notamment contribué. Le ralentissement économique y a cependant généré une plus faible dynamique de l’emploi dans le secteur des « activités de services administratifs et de soutien », qui a pesé négativement sur le chômage. Dans la région, la très forte présence des fonctions métropolitaines a été un atout, en particulier pour les zones de Marseille-Aubagne et Aix-en-Provence : l’évolution de leur taux de chômage (respectivement + 2,2 points et + 1,8 point) a été plus modérée que la moyenne des zones d’emplois de ce profil en France. De plus, Aix-en-Provence a bénéficié d’un revenu médian des ménages plus élevé et, comme Marseille-Aubagne, d’une plus forte part d’établissements innovants et d’une meilleure productivité du travail. En revanche, le taux de chômage de Cannes-Antibes (+ 3,0 points) a davantage augmenté que la moyenne de ce profil.

Coté emploi, les créations dans les zones de ce profil au niveau national ont fortement ralenti entre 2007 et 2010 ; leur rythme reste toutefois supérieur à celui de l’ensemble des zones d’emploi. L’emploi d’Aix-en-Provence a augmenté plus fortement que la moyenne de la classe. Elle a bénéficié d’un meilleur taux de création d’établissements. A contrario, l’emploi de Cannes-Antibes a baissé.

Avignon et Nice sont deux zones d’emploi de Paca qui disposent également d’un profil métropolitain. Il est cependant moins marqué que le précédent. Le taux de chômage des zones d’emploi de cette classe a évolué comme celui de France de province. En Paca, Avignon et Nice s’en sont moins bien sorties que leur classe (respectivement + 3,4 et + 3,1 points, contre + 2,9). Elles cumulent en effet des faiblesses qui affectent le niveau de chômage. La part de personnes âgées de 20 à 24 ans sans diplôme est en effet élevée et celle des actifs de plus de 50 ans importante (notamment à Nice).

Les zones d’emploi disposant d’une forte présence des fonctions de Transport-Logistique, Entretien-Réparation, Fabrication sont concentrées dans le nord et l’est de la France. C’est dans ces zones que le chômage a progressé le plus fortement entre 2007 et 2012. Istres-Martigues et Salon-de-Provence font figure d’exception : elles sont en effet les seules à être situées au sud d’un axe Brest-Valence. Leur insertion dans la métropole Aix-Marseille Provence a permis à ces zones de mieux résister à la montée du chômage (respectivement + 2,6 et + 2,8 points contre + 3,3 points en moyenne pour la classe au niveau national). Elles ont de plus bénéficié d’une présence plus importante de l’administration. Istres-Martigues a enfin tiré profit d’une productivité du travail élevée, notamment dans ses industries (métallurgie, raffinage, chimie).

Le tourisme a préservé les zones d’emploi à caractère présentiel

Trois zones d’emploi de Paca sont des zones à vocation présentielle orientées vers le tourisme : Briançon, Menton-Vallée de la Roya et Fréjus-Saint-Raphaël. Au niveau national, cette classe a mieux résisté à la crise : le taux de chômage y a moins augmenté qu’en France de province. Si Menton-Vallée de la Roya et Fréjus-Saint-Raphaël sont comparables à leur classe, Briançon s’est montrée particulièrement résistante, soutenue par le dynamisme de l’emploi.

Enfin, huit zones d’emploi de la région présentent un profil présentiel homogène. C’est ainsi la classe la plus représentée en Paca. L’économie y est essentiellement tournée vers la population présente, permanente ou non. Au niveau national, le taux de chômage de cette classe a fortement augmenté entre 2007 et 2012. En Paca, les huit zones de cette classe n’ont pas subi la crise de manière homogène. On distingue deux groupes. Les zones dans lesquelles l’agriculture ou les industries agro-alimentaires sont spécifiques à l’appareil productif (Arles, Cavaillon-Apt, Orange et Manosque), ont enregistré une hausse de leur taux de chômage sensiblement supérieure aux zones de ce profil. Le dynamisme démographique de Manosque, en partie lié à sa proximité avec l’aire urbaine Marseille-Aix, a toutefois constitué un levier de résistance. L’emploi total y a augmenté de 5,8 % entre 2007 et 2010, tandis qu’il baissait dans les trois autres territoires. À l’inverse, les zones présentielles à dominante administrative (Digne-les-Bains, Toulon, Gap et Draguignan) ont mieux résisté à la dégradation du marché du travail, grâce notamment à une plus forte présence d’emplois publics.

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