DONNEES ET ANALYSES

Franche-Comté : l’attrait pour la vie à la campagne

INSEE

By Gilles Zemis (Insee)

 

1982-2011 : Trente ans de démographie des territoires comtois – Un attrait pour la vie à la campagne en périphérie des villes

Au 1er janvier 2011, 1 173 440 habitants résident en Franche-Comté. Entre 1982 et 2011, la population franc-comtoise a augmenté deux fois plus lentement que la population française en moyenne.

En trente ans, la vie à la campagne s’est développée dans la région, surtout à proximité des pôles d’emploi dynamiques. Dans le même temps, les populations des villes-centre stagnent. À l’instar de la région, le principal frein à la croissance démographique des territoires comtois réside dans leur déficit migratoire apparent.

La période récente 2006-2011 se caractérise par quelques inflexions par rapport aux tendances de long terme. Dans le Doubs, la zone de Montbéliard et ses alentours reste stable plus qu’elle ne baisse. Près de la frontière suisse, la croissance démographique est plus forte dans le Pays Horloger. Enfin, la baisse de la population dans le Haut-Jura s’accélère, exception faite des communes situées en zone de montagne.

Une croissance démographique deux fois plus faible qu’en moyenne en France

Entre 1982 et 2011, la Franche-Comté a gagné 89 400 habitants, soit près de 3 100 habitants supplémentaires en moyenne chaque année. Durant cette période, le rythme de croissance annuelle de la population franc-comtoise (+ 0,27 %) est deux fois plus faible qu’en moyenne en France métropolitaine (+ 0,54 %). La Franche-Comté arrive ainsi au 16e rang des régions métropolitaines pour sa croissance annuelle. Elle se démarque néanmoins des régions situées en bas de classement, Bourgogne, Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Auvergne, Limousin, Champagne-Ardenne, dont les populations stagnent plus qu’elles ne progressent.

Au niveau départemental, la population du Doubs augmente un peu plus rapidement (+ 0,36 % par an) que celle du Territoire de Belfort (+ 0,28 % par an) et du Jura (+ 0,25 % par an). En gagnant chaque année un peu moins de 270 habitants, la Haute-Saône, dans son ensemble, a connu une faible croissance démographique sur la période (+ 0,11 % par an).

Carte 3 : Le zonage en aires urbaines en quelques mots

Les villes-centre perdent des habitants

Durant ces trente dernières années, la périurbanisation, se traduisant par une extension des aires urbaines, s’est accompagnée d’une « dédensification » des villes-centre (cf. « Le zonage en aires urbaines en quelques mots »). Les villes-centre constituent en effet le seul espace en Franche-Comté dont la population baisse entre 1982 et 2011 (- 0,18 % par an). Les autres types d’espace gagnent des habitants : la population vivant en banlieue augmente de + 0,17 % par an, celle habitant dans les villes isolées(1), de + 0,43 % par an et enfin, celle peuplant les communes rurales, de + 0,76 % par an.

(1) Une ville isolée est une unité urbaine composée d’une seule commune.

Les pôles qui structurent le territoire comtois perdent des habitants
Population 2011 Population 1982 Taux d’évolution annuel moyen (en % par an)
Effectifs Part (en %) Effectifs Part (en %)
Source : Insee (Recensements de la population)
Espace des grandes aires urbaines 810 392 69,1 742 034 68,5 + 0,30
Grands pôles urbains (au moins 10 000 emplois) 432 675 36,9 442 835 40,9 – 0,08
Couronne des grands pôles urbains 303 990 25,9 235 296 21,7 + 0,89
Communes multipolarisées des grandes aires urbaines 73 727 6,3 63 903 5,9 + 0,49
Espace des aires moyennes 58 268 5,0 63 038 5,8 – 0,27
Moyens pôles (de 5 000 à moins de 10 000 emplois) 45 233 3,9 52 749 4,9 – 0,53
Couronne des moyens pôles 13 035 1,1 10 289 1,0 + 0,82
Espace des petites aires 85 683 7,3 88 441 8,2 – 0,11
Petits pôles (de 1 500 à moins de 5 000 emplois) 79 373 6,8 82 853 7,6 – 0,15
Couronne des petits pôles 6 310 0,5 5 588 0,5 + 0,42
Autres communes multipolarisées 91 233 7,8 80 545 7,4 + 0,43
Communes isolées hors influence des pôles 127 864 10,9 109 991 10,2 + 0,52
Ensemble des communes 1 173 440 100,0 1 084 049 100,0 + 0,27

En conséquence, moins de la moitié des Francs-Comtois (47,6 %) vivent aujourd’hui dans une unité urbaine. Ils étaient 53,4 % en 1982. La baisse de la population des agglomérations est compensée par la croissance démographique de leurs couronnes. Celles-ci offrent généralement un prix du foncier moins onéreux que dans les villes-centre et répondent davantage à l’attente d’une large partie de la population : accéder à la propriété d’un habitat individuel. En 2011, 27,5 % des Francs-Comtois habitent dans la couronne d’une ville (petite, moyenne ou grande). En trente ans, cette population a augmenté de 29 % alors que le nombre d’habitants de la région n’a crû que de 8 %.

Des évolutions de population liées à la situation économique des territoires

Les évolutions démographiques des sept grands pôles urbains de la région (Belfort, Besançon, Dole, Lons-le-Saunier, Montbéliard, Pontarlier et Vesoul), traduisent des situations contrastées qui s’expliquent en partie par les dynamiques du marché de l’emploi durant la période considérée. Entre 1982 et 2011, la population progresse dans les agglomérations de Pontarlier, Besançon et dans une moindre mesure Belfort. Elle diminue dans celles de Montbéliard, Lons-le-Saunier et Dole. Elle est stable dans l’unité urbaine de Vesoul.

En revanche, toutes les couronnes de ces principaux pôles d’emploi de la région gagnent des habitants, plus ou moins fortement selon que ces derniers sont économiquement dynamiques ou en crise.

La population des communes situées dans la couronne de Besançon augmente à un rythme élevé entre 1982 et 2011 (+ 1,43 % par an). Les communes situées dans l’aire d’influence de Pontarlier s’inscrivent dans cette même dynamique (+ 1,34 % par an). Dans le même temps, la population de l’aire sous influence de Montbéliard croît au rythme annuel de + 0,33 % par an alors que celle de l’agglomération baisse de manière significative (- 0,57 % par an).

La population de la zone frontalière avec la Suisse, croît de manière significative entre 1982 et 2011, surtout ces dix dernières années. Le niveau plus élevé des salaires en Suisse attire de nombreux travailleurs frontaliers. Ces arrivées constituent le principal moteur démographique de la zone.

En Haute-Saône, la partie nord allant de Gray aux Vosges saônoises connaît une baisse tendancielle de sa population, à l’instar du sud des Vosges et de la Haute-Marne. Les évolutions démographiques sont corrélées à la déprise agricole et à la crise industrielle qui touchent ces territoires. La partie sud, de Pesmes à Héricourt, gagne quant à elle, des habitants, en lien avec la périurbanisation de Besançon et la dynamique démographique alsacienne entre 1982 et 2011.

Belfort et, plus largement, l’ensemble de son aire urbaine, s’inscrivent dans cette même dynamique. Si la population de l’agglomération belfortaine progresse peu durant la période (+ 0,13 % par an), celle vivant en périphérie croît à un rythme plus soutenu (+ 0,86 % par an).

Dans le Jura, les évolutions de population des différents territoires sont moins marquées et relativement homogènes. L’agglomération doloise perd, de manière très modérée, des habitants entre 1982 et 2011 (- 0,16 % par an), au profit des communes sous son influence dont la population augmente de + 0,54 % en moyenne chaque année. La partie nord du Revermont, couvrant les premiers contreforts du massif jurassien, s’inscrit dans une tendance de stabilité démographique à l’image des principaux pôles d’emploi qui structurent cet espace (Champagnole, Poligny, Arbois). Le sud du département gagne des habitants de manière diffuse, sous l’effet très modéré de l’expansion démographique du nord de la région Rhône-Alpes.

Carte 1 : Des dynamiques démographiques territoriales contrastées dans le Doubs et en Haute-Saône

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Une croissance démographique continue, alimentée par un excédent naturel structurel…

La croissance démographique de la population franc-comtoise s’explique avant tout par un excédent naturel important (+ 4 500 en moyenne chaque année durant près de 30 ans) lié à une fécondité supérieure à la moyenne métropolitaine. La Franche-Comté se situe ainsi au 8e rang métropolitain selon la contribution du solde naturel à la croissance démographique.

… Et freinée par un déficit migratoire

Le solde migratoire apparent joue négativement sur le taux de croissance de la population. En trente ans, la Franche-Comté affiche un déficit migratoire d’un peu plus de 1 400 personnes en moyenne par an. Cela ne signifie pas que la région n’est pas attractive. Simplement, les arrivées ne compensent pas les départs.

Les départements plus urbains et relativement plus jeunes du Doubs et du Territoire de Belfort s’inscrivent dans cette même dynamique démographique régionale. Ils enregistrent sur la période 1982-2011 une contribution positive due à leur excédent naturel (respectivement + 0,57 % par an et + 0,48 % par an) et négative du fait de leur déficit migratoire apparent (- 0,22 % par an et – 0,19 % par an). Le Jura et la Haute-Saône, plus ruraux, et dont les populations respectives sont en moyenne plus âgées, sont dans une dynamique légèrement différente. La contribution de leur solde naturel à leur croissance démographique est deux fois plus faible (+ 0,20 % par an) que celle constatée au niveau régional (+ 0,40 % par an). La Haute-Saône enregistre un déficit migratoire apparent défavorable à sa croissance démographique (- 0,09 % par an). Le Jura est le seul département où les migrations contribuent positivement à la croissance démographique, de façon très faible toutefois (+ 0,05 % par an).

2006-2011 : des inflexions démographiques dans le Doubs et le Jura

Graph 1 : Évolutions annuelles moyennes de la population dues au solde naturel et au solde migratoire apparent

La période récente 2006-2011, montre quelques inflexions par rapport au constat effectué sur longue période. La croissance démographique régionale est plus soutenue (+ 0,39 % par an), essentiellement grâce à un solde migratoire qui se rapproche de l’équilibre. La Franche-Comté recense ainsi 22 800 personnes supplémentaires entre 2006 et 2011, soit un gain en moyenne de près de 4 600 habitants par an.

Les départements du Doubs et de la Haute-Saône connaissent des dynamiques démographiques légèrement différentes de celles constatées sur le long terme. Les déficits migratoires apparents des deux départements se résorbent sur la période récente. Sur la période 2006-2011, leur solde migratoire est proche de l’équilibre.

Les grands territoires du Doubs affichent des situations moins contrastées sur la période 2006-2011 que celles constatées entre 1982 et 2011. La population de l’agglomération de Montbéliard ne baisse quasiment plus (- 0,1 % par an) marquant une nette inflexion par rapport à l’évolution de longue période (- 0,57 % par an). Sur la période récente 2006-2011, la population de l’aire urbaine de Montbéliard progresse même légèrement (+ 0,09 % par an). L’agglomération bisontine perd des habitants sur la période récente (- 0,13 % par an) au profit des communes de sa couronne, alors qu’entre 1982 et 2011, elle en gagnait légèrement (+ 0,22 % par an). Plus précisément, les populations des communes périurbaines du nord (en direction de Rioz) et de toute la partie à l’ouest de Besançon (vers Saint-Vit et Osselle) croissent significativement. Le développement du travail frontalier, favorisé par l’accord de libre circulation des personnes signé entre les pays de l’Union Européenne et la Suisse, a renforcé le développement démographique de la zone frontalière du Doubs avec la Suisse, le long de la route des Microtechniques de Valdahon à Morteau, en allant ensuite vers le nord jusqu’à Maîche ou plus au sud, aux alentours de Pontarlier et Jougne.

Sur longue période, les territoires jurassiens affichent des évolutions démographiques relativement homogènes. Néanmoins sur la période récente, le Haut-Jura, à Saint-Claude et dans ses environs, devient l’un des rares territoires comtois (avec les Vosges saônoises) dont la population diminue. La baisse de population de cette zone s’est accélérée durant ces dernières années. Entre 1982 et 2011, le nombre d’habitants de l’aire urbaine de Saint-Claude diminue de 0,38 % par an. Entre 2006 et 2011, la baisse annuelle a été cinq fois plus forte (- 1,89 % par an). La chute de l’emploi peut expliquer en partie le déclin démographique de la zone. Les communes de montagne échappent à cette tendance.

La dynamique de longue période se renforce dans le Territoire de Belfort avec notamment une zone de croissance démographique continue avec le sud de l’Alsace et qui s’étend désormais en Haute-Saône jusqu’à Lure.

Carte 2 : Des évolutions de population différentes des dynamiques de long terme dans le Doubs et dans le Jura

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