VOYAGEURS

Ils ont découvert les Amériques avant Colomb

Mais qui a vraiment découvert l’Amérique ? Cette question taraude depuis plus de cent ans, historiens, scientifiques et géographes. Certains évoquent la présence de Phéniciens à Rhode Island, ou de Chinois dans ce qui n’était pas encore la baie de San Francisco. Dans les années 1950, Thor Heyerdahl, anthropologue et navigateur norvégien affirmait pour sa part que les Péruviens faisaient régulièrement l’aller-retour entre les Amériques et la Polynésie, bien avant que Christophe Colomb s’embarque sur sa caravelle. Une théorie pas si farfelue. Une étude récente du CNRS sur … la patate douce viendrait confirmer cette hypothèse.

LES POLYNESIENS et LA PATATE DOUCE PERUVIENNE

Les Européens ne seraient pas les premiers à avoir foulé le sol américain. Plusieurs siècles avant eux, des bateaux polynésiens auraient fait le voyage jusqu’aux côtes péruviennes et ramené avec eux le tubercule présent dans toute la zone Pacifique. C’est ce que confirme une vaste étude génétique menée par une équipe de scientifiques CNRS/CIRAD et publiée le 23 janvier dansProceedings of the National Academy of Sciences.

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Originaire d’Amérique tropicale, la patate douce était déjà cultivée en Polynésie lors de l’arrivée des premiers explorateurs européens…© Vincent Lebot

La patate douce consommée en Océanie est bel et bien d’origine américaine. Mieux : elle aurait été ramenée d’Amérique du sud par des bateaux polynésiens, plusieurs siècles avant les explorateurs européens. C’est la génétique des plantes cultivées qui livre cet éclairage inédit sur l’histoire des hommes. « Ce tubercule, aujourd’hui cultivé dans toute la zone Pacifique, était déjà décrit dans les récits des premiers explorateurs européens. Ce que confirment les restes archéologiques découverts à Hawaï, aux Iles Cook et en Nouvelle Zélande, datés entre 1000 et 1400 après Jésus-Christ, explique Caroline Roullier, doctorante en biologie évolutive et auteur de l’étude parue dans PNAS. La question à laquelle j’ai tenté de répondre, c’est : comment sont-ils arrivés là ? »

Plusieurs éléments plaidaient en faveur d’une diffusion de la patate douce des Amériques vers l’Océanie. D’abord, c’est en Amérique du sud qu’on trouve les plus anciens restes archéologiques, dont certains pourraient avoir 10 000 ans. La linguistique aussi apporte des indices troublants : dans toute la Polynésie, la patate douce est appelée kumara… Or c’est le nom quechua qui lui est donné au Pérou et en Equateur !

Pour confirmer cette hypothèse, Caroline Roullier, alors en thèse à Montpellier (au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive/CNRS et au CIRAD), a réalisé plusieurs milliers d’analyses génétiques. Un travail de titan lorsque l’on sait que cette espèce possède non pas une, mais trois paires de chaque chromosome, soit 6 copies de chaque gène ! « Il a d’abord fallu analyser la diversité génétique des variétés d’Amérique tropicale, la zone d’origine de la plante. Deux groupes distincts ont été trouvés, correspondant aux plantes de la région Pérou-Equateur et à celles d’Amérique centrale et des Caraïbes. Nous les avons ensuite comparés avec la signature génétique des formes présentes en Océanie : soit 1200 plantes vivantes et 60 échantillons issus des herbiers du capitaine Cook… »

Le résultat est sans appel : oui, la kumara du Pérou est bien l’ancêtre de la patate douce polynésienne. Ce sont les analyses des herbiers du 18e qui le confirment, puisque des introductions plus tardives de plants de patates douces, importés dans le Pacifique dès le 16e siècle par les Portugais (depuis les Caraïbes) et les Espagnols (depuis le Mexique), ont recombiné avec les premières kumaras, brouillant progressivement les traces des premiers voyages.

ABU REHAN AL BIRUNI (973-1048), LE PERSAN LETTRE

A peu près à l’époque où les Vikings exploraient le Groenland, une découverte d’un autre genre se déroulait loin de tout océan. Depuis des milliers d’années, des négociants venus de ce qui est aujourd’hui l’Ouzbékistan, le Turkménistan et l’Afghanistan convoyaient des marchandises dans de longues caravanes parcourant l’Eurasie. Rentrés chez eux, ces marchands d’Asie centrale racontaient leurs aventures, consignant des informations détaillées sur la géographie et le climat des terres qu’ils avaient visitées, des récits qui étaient ensuite rassemblés et étudiés par des lettrés locaux.

Le plus brillant de ces érudits était Abu Rehan Al-Biruni (973-1048). Né à Kath, près de la mer d’Aral, il s’était dans sa jeunesse familiarisé avec les mathématiques, l’astronomie, la minéralogie, la géographie, la cartographie, la géométrie et la trigonométrie. Il parlait le persan, l’arabe et le chorasmien, la langue de la dynastie sunnite qui régnait alors sur une grande partie de l’Iran. Par la suite, il apprit également le sanskrit.

A 17 ans, Biruni calcule la latitude et la longitude de Kath. Puis, s’aidant de sources grecques antiques, il collecte des données géographiques sur le monde méditerranéen, auxquelles il entreprend d’ajouter les coordonnées d’autres lieux situés aux quatre points cardinaux. Ayant lu des auteurs antiques comme Claude Ptolémée (90-168 de notre ère), mais s’inspirant aussi de sources plus récentes et de ses propres observations sur le terrain, il en déduit que la Terre est ronde. A l’âge de 30 ans, il fait appel aux systèmes les plus sophistiqués de son temps pour en calculer la circonférence précise.

Al-Biruni, érudit de génie, était un touche-à-tout. Outre l’existence d’un autre continent, il s’était également intéressé aux phases de la Lune, comme le prouve cette illustration de sa main provenant d’un de ses ouvrages.

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Arrivé à la conclusion que la Terre est une sphère, il entreprend de placer sur la nouvelle carte du monde qu’il dresse tous les endroits connus à son époque. C’est là qu’il s’aperçoit que, selon ses calculs, toute la masse eurasienne, du point le plus occidental de l’Afrique au point le plus oriental de Chine, ne représente que deux cinquièmes du globe. Qu’y a-t-il sur les trois cinquièmes restants ? La plupart des géographes, de l’Antiquité jusqu’au XIe siècle, considéraient que le continent eurasiatique était entouré d’un “Océan mondial”. Mais un monde ainsi couvert d’eau ne risque-t-il pas d’être déséquilibré ? Biruni en conclut qu’un ou plusieurs autres continents doivent exister.

Ces terres sont-elles des déserts sauvages ou abritent-elles des populations ? Se replongeant dans ses données sur les latitudes et les longitudes de lieux connus, il constate que l’homme peuple une vaste bande nord-sud qui va de la Russie au sud de l’Inde et au cœur de l’Afrique.

C’est en 1037 que Biruni parvient à ses conclusions historiques quant à l’existence du Nouveau Monde, en se fondant sur ses recherches menées pendant trente ans. Peut-on dire qu’il a découvert l’Amérique durant le premier tiers du XIe siècle ? En un sens, non, bien sûr. Il n’a jamais posé les yeux sur le Nouveau Monde ni sur les continents dont il parle dans ses écrits. Alors que les Vikings, eux, ont bel et bien débarqué en Amérique du Nord un peu avant l’an 1000, même s’ils n’ont pas compris à l’époque ce qu’ils venaient de trouver. Mais Biruni mérite au moins autant qu’eux le titre de découvreur de l’Amérique.

Surtout que le processus intellectuel par lequel il a fini par conclure à l’existence d’un nouveau continent n’est pas moins époustouflant que ses conclusions elles-mêmes. Car plutôt que les méthodes de navigation aléatoires des marins vikings, il a usé d’une habile combinaison d’observations méticuleuses, de données quantitatives soigneusement collectées et de logique rigoureuse. Il faudra attendre encore près cinq siècles avant qu’une analyse aussi rigoureuse soit appliquée à l’exploration du monde.

S. Frederick Starr
History Today – Londres – Décembre 2013 (extraits)

Source d’origine : http://www.historytoday.com/s-frederick … er-america

LES VIKINGS

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source

Des spécialistes scandinaves se sont penchés sur les sagas nordiques, en quête de preuves de l’antériorité de la découverte des côtes nord-américaines par leurs ancêtres. L’histoire des Vikings fendant les flots à bord de leurs navires pour explorer et coloniser le Groenland est aujourd’hui bien connue. Elle a été confirmée par des fouilles archéologiques le long du littoral groenlandais. Au début du XXe siècle, le professeur norvégien Gustav Storm a aussi démontré que les hommes du Nord avaient effectué plusieurs voyages jusqu’au Canada, vers des contrées qu’ils avaient baptisées Markland (le sud de l’actuel Labrador), Helluland (l’île de Baffin) et Vinland (la Nouvelle-Ecosse).
MERIDIANES RECOMMANDE

BRENDAN DE CONFLERT, LA LAGENDE DU SAINT IRLANDAIS

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Al-Biruni a beau revendiquer le titre de “découvreur virtuel” des Amériques, le saint irlandais Brendan de Clonfert aurait, selon certains récits, rallié le Nouveau Monde bien plus tôt. Né vers 484, le moine Brendan, dit “le Navigateur”, se hasarde vers 544 dans l’Atlantique, en quête du jardin d’Eden. A son retour, il affirme avoir découvert une île semblable au Paradis.

 Dès l’an 900, une version féerique des aventures du saint homme circule en Europe. Certains exégètes estiment qu’il aurait pu découvrir l’Amérique. En 1976, l’Irlandais Tim Severin, à bord d’une embarcation comparable à celles du vie siècle, atteint Terre-Neuve en passant par l’Islande, démontrant ainsi la possibilité du voyage de saint Brendan.

D’AUTRES DECOUVREURS ?

3 réflexions sur “Ils ont découvert les Amériques avant Colomb

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