GEOGRAPHIE HUMAINE

Ukraine : Poutine rêve d’une grande union eurasiatique

LES ECHOS

Par Jacques Hubert-Rodier

 

Vladimir Poutine a décidé de mettre en alerte son armée pour protéger l’influence russe en Ukraine. Paradoxalement, tous les ponts ne sontpas rompus entre alliés occidentaux et Moscou, même si les relations sont « glaciales ».

Pinel pour « Les Echos »

Pinel pour « Les Echos »

Un revers et deux pas en avant. Après la Géorgie en 2008, l’Ukraine est directement menacée d’une intervention russe. L’objectif – minimal – de Vladimir Poutine, qui a multiplié les déclarations menaçantes depuis la chute, le 22 février, de son protégé à Kiev, Viktor Ianoukovitch, et qui a mis en alerte son armée dans les districts militaires occidental et central de la Fédération, est clair : conserver un certain contrôle sur la république autonome de Crimée, rattachée à l’Ukraine depuis 1954, et protéger ainsi la base maritime militaire russe de Sébastopol, sur la mer Noire. Voire maintenir son influence dans l’est de l’Ukraine, réputé pro-russe. Moscou se refuse ainsi à toute reconnaissance – du moins pour le moment – du gouvernement de transition à Kiev issu de la révolution de Maïdan.

La Russie, qui avait été surprise par la « révolution orange » de 2004 en Ukraine, semble ainsi prête à répéter le scénario d’août 2008 en Ossétie du Sud. Elle avait tout d’abord massé ses troupes à la frontière avant d’intervenir pour « porter secours » à la population pro-russe dans la province séparatiste contre les visées de Tbilissi . Comme en Ossétie du Sud et dans l’autre province géorgienne d’Abkhazie, il est peu probable que, si la Russie parvient à reprendre le contrôle de la Crimée, elle reculera ensuite. Depuis 2008, en dépit des récriminations occidentales, la Géorgie est toujours amputée de ces deux provinces dont les indépendances n’ont été pourtant reconnues que par la Russie, le Venezuela, le Nicaragua, le Tuvalu et le Nauru.

Malgré ce regain de tension au centre de l’Europe, il est cependant prématuré de parler de nouvelle guerre froide. Car le monde n’est plus divisé en deux blocs antagonistes. Les Etats-Unis sont loin de vouloir reconstituer une sphère de contrôle. Ils ont effectué un important retrait de leurs troupes d’Europe en portant leur effort militaire vers l’Asie-Pacifique. De même, il est, à l’heure actuelle, peu vraisemblable que les chars russes pénètrent à Kiev comme les troupes soviétiques l’avaient fait en 1956 en Hongrie pour mater une insurrection ou encore en 1968 à Prague. Car il ne faut pas surévaluer la puissance russe d’aujourd’hui.

Pour autant, la situation en Ukraine introduit bel et bien une nouvelle fracture en Europe, mettant à rude épreuve l’Amérique et ses alliés européens. Au début du mois de février, le secrétaire général de l’Otan, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui a survécu à la fin de la guerre froide en s’élargissant aux anciens pays du bloc soviétique, parlait d’une menace de « coopération froide » avec Moscou. Mais, depuis, les tensions sont au maximum. Hier, à Bruxelles, lors d’une réunion des ministres de la Défense des 28 pays de l’Alliance, Anders Fogh Rasmussen a lancé une mise en garde à Moscou, l’appelant à éviter « toute action qui pourrait provoquer une escalade ou des malentendus ». Le message des 28 alliés est identique : la Russie doit respecter l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de ce pays. Une république qui avait quitté – pacifiquement – le giron de la Russie en 1991 après l’implosion de l’URSS. Tant pis si Moscou n’a jamais accepté de perdre son influence sur ce qu’il considère comme son « étranger proche » et rêve d’une grande union eurasiatique qui ferait un pendant à l’Union européenne. Déjà, en avril 2008, quelques mois avant l’entrée des troupes russes sur le territoire géorgien, Vladimir Poutine avait largement contribué à faire échouer toutes velléités de Tbilissi et de Kiev d’obtenir le statut de candidat à l’adhésion à l’Otan. De même, Moscou a exhorté Viktor Ianoukovitch à ne pas signer en novembre 2013 un accord d’association avec l’Union européenne qui était pourtant négocié depuis cinq ans. Une décision qui a encouragé la population de l’ouest de l’Ukraine à se soulever contre le régime,

L’inquiétude est d’autant plus forte que la Russie – comme la Chine d’ailleurs – a au cours des dernières années augmenté son effort militaire. En revanche, « à l’exception de l’Estonie et de la Pologne, souligne un diplomate occidental à l’Otan, les dépenses militaires des autres alliés se sont effondrées depuis la crise de 2008. » Reste qu’en dépit de ce nouveau climat, tous les ponts ne sont pas rompus. « La bonne nouvelle c’est que l’Otan a maintenu avec la Russie un canal de communication largement ouvert, politique et militaire », affirme un diplomate américain. De fait, des contacts se sont poursuivis avec de hauts militaires, même si, souligne un participant, « ils sont glaciaux ». De plus, fait-on valoir, la Russie continue de participer à des opérations avec l’Otan par exemple dans la lutte contre le terrorisme et la piraterie, voire contre la prolifération d’armes de destruction massive. Mais il reste que, depuis la guerre du Kosovo de 1999, on se montre méfiant à Moscou à l’égard de l’Occident comme en témoigne le soutien indéfectible à Bachar Al Assad et les dénonciations du déploiement d’un bouclier antimissiles en Europe. Mais la Russie ne peut à elle seule sauver l’Ukraine d’une faillite économique. Et elle fera tout pour l’éviter, notamment parce que ses banques sont engagées dans ce pays à hauteur de 50 milliards de dollars, selon une source française. Et l’on peut espérer qu’avec Moscou et les organisations multilatérales, l’Union européenne et les Américains parviennent à un plan de sauvetage de ce pays. Mais Poutine est-il prêt à sauter le pas ?

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