DECORTIQUAGES

Artificialisation des sols : un phénomène très destructeur

CYBERGEO

par Philippe Chéry, Alexandre Lee, Loïc Commagnac, Anne-Laure Thomas-Chery, Stéphanie Jalabert et Marie-Françoise Slak

 

 

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Le développement urbain et périurbain est l’une des causes les plus sous-estimées de destruction des sols. À l’aide d’outils permettant de rendre compte de l’occupation des sols et de ses dynamiques à l’échelle de la France métropolitaine, nous abordons dans cet article le phénomène de l’artificialisation et de ses impacts sur les sols et les milieux. Trois sources d’information indépendantes d’évaluation du phénomène de l’artificialisation ont été étudiées. Elles s’appuient sur : l’enquête TERUTI du Service central des enquêtes et études statistiques (SCEES), le zonage en aires urbaines (ZAU) de l’Insee et Corine land cover (service de l’observation et des statistiques, ex-IFEN). Le croisement entre ces différentes bases de données d’occupation des sols et la carte des sols de France au 1/1 000 000 (Inra, 1998) nous permet alors de caractériser quels types de sols et quels types de milieux sont les plus touchés par l’artificialisation sur le territoire français. Selon les trois méthodes, les types de sols les plus menacés par l’artificialisation restent globalement les mêmes, avec un taux d’artificialisation supérieur à 50 % de leur surface : HISTOSOLS, FLUVIOSOLS dystriques, FLUVIOSOLS eutriques, NEOLUVISOLS, REDUCTISOLS et VERTISOLS. L’enquête TERUTI met en évidence une artificialisation marquée sur les solums salsodiques, en plus des six sols précédents. Les ANDOSOLS, PODZOSOLS, BRUNISOLS DYSTRIQUES, ALOCRISOLS, VERTISOLS et RANKOSOLS semblent quant à eux protégés de l’artificialisation. L’impact de l’artificialisation a également été calculé pour des types de milieux différents. Les 18 classes de sols sont caractéristiques de trois grands types de milieux : les agrosystèmes, les écosystèmes forestiers et les zones humides et littorales. L’augmentation de l’artificialisation met en évidence la forte consommation des sols des zones humides, compartiments de l’environnement aux enjeux majeurs en termes de biodiversité, de qualité des eaux et de prévention des risques naturels.

 

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Conclusion

L’objectif de ce travail était de comparer l’évaluation de l’artificialisation et ses impacts sur les sols en France métropolitaine selon 3 sources de données indépendantes, le zonage en aires urbaines, le programme Corine land cover et l’enquête TERUTI. Si toutes ces sources de données montrent une progression de l’artificialisation, la part de surface artificialisée et le taux d’accroissement sont très différents. Ces écarts proviennent essentiellement des méthodes de mesure.

Cependant, et c’est l’intérêt de ce travail, les trois sources d’information se rejoignent pour montrer que l’artificialisation affecte préférentiellement certains types de sols (NEOLUVISOLS, LUVISOLS, REDUCTISOLS, HISTOSOLS, FLUVIOSOLS dystriques et eutriques), qui constituent un réservoir de terres à fort potentiel agricole. Quelques sols parmi les plus rares (ils couvrent moins de 1 % de la surface de la France métropolitaine) sont également fortement affectés (FLUVIOSOLS dystriques, REDUCTISOLS, HISTOSOLS). Ces types de sols peu fréquents sont à court terme directement menacés par l’artificialisation. De plus, ces sols sont caractéristiques des zones humides telles que définies dans l’arrêté du 1er octobre 2009 précisant les critères de définition et de délimitation des zones humides (ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, 2009). À ce titre, ils devraient être référencés et protégés afin de maintenir la biodiversité et la qualité des eaux dans ces milieux qui peuvent également servir de zones d’épandages de crues et de protection contre les risques naturels. Par extension, tous les types de milieux voient des sols consommés par l’artificialisation et notamment les sols à vocation plutôt agricole, potentiellement les plus propices à une agriculture durable, sont également fortement consommés ce qui montre à quel point la durabilité de l’agriculture est compromise.

Tous ces résultats prouvent que les facteurs pédologiques ne sont pas pris en compte pour maîtriser la progression de l’artificialisation dans les documents de planification. Il ne s’agit pas d’une volonté des décideurs mais simplement d’une méconnaissance des enjeux liés aux ressources en sols.

L’adoption de programmes de cartographie des sols est primordiale pour permettre aux aménageurs de prendre des décisions compatibles avec des perspectives de développement durable, par exemple pour mettre en œuvre l’article L108 de la loi d’orientation agricole prévoyant les zones agricoles protégées ou pour appliquer en connaissance de cause des documents de planification communaux ou intercommunaux (plan locaux d’urbanisme, PLU intercommunaux, schémas de cohérence territoriaux). La prise en compte des potentialités des sols dans les documents d’urbanisme apparaît indispensable dans la perspective d’un développement durable et ceci, des échelles locales aux échelles nationales voire européennes.

Pour cela, il apparaît d’autant plus essentiel que les sols ne soient plus perçus comme un patrimoine privatif, dont les propriétaires ont libre usage, pour être considérés comme un patrimoine commun, au même titre que l’air, l’eau ou les paysages.

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