GEOGRAPHIE HUMAINE

Inde : Massacres et exode de musulmans en Assam

GLOBAL VOICES

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photo Reporter#21795. Copyright Demotix

Une éruption de violence ethnique a provoqué la mort de 32 villageois musulmans et déclenché un exode des musulmans de la région.

Des séparatistes Bodo armés ont ouvert le feu aveuglémment sur des migrants musulmans au cours de trois différentes attaques les 1er et 2 mai 2014 dans les districts de Kokrajhar et Baska. On compte des enfants parmi les victimes. Lors d’une des attaques, des dizaines de maisons ont été incendiées avant que les tireurs n’ouvrent le feu.

Des informations non confirmées suggèrent que les villages auraient été pris pour cible en raison de leurs votes au cours des récentes élections générales. Les forces de police ont arrêté 22 personnes liées à ces attaques.

Des centaines de villageois musulmans ont été vus quitter les environs avec leurs possessions. Les autorités ont fait appel à l’armée et ont imposé un couvre -feu afin d’essayer de contrôler la situation.

La tribu Bodo [Fr], dont la langue principale est le Bodo, a longtemps accusé les musulmans d’entrer illégalement en Inde en traversant la frontière depuis le Bangladesh. Les rebelles appartiennent à une faction d’un groupe armé clandestin, le Democratic front of Bodoland (le Front démocratique du Bodoland), qui demande la souveraineté pour le Bodoland et le peuple Bodo, qui représente 10 % de la population de l’État d’Assam [Fr].

Des migrants hindiphones d’autres Etats indiens ont également été pris pour cible. Des militants du Front démocratique du Bodoland sont suspectés d’avoir tué 7 civils en janvier 2014. Ils auraient intercepté 4 bus nocturnes en provenance de différentes régions du Nord du Bengale et en auraient extirpé des passagers pour les exécuter.

Des groupes de militants Bodo ont juré de ne pas laisser les migrants vivre dans les villages sous la juridiction du Bodoland Territorial Council (Comité territorial du Bodoland), un organisme autonome.

Le journaliste et blogueur Habib Siddiqui donne quelques informations sur le contexte de ce conflit :

Les musulmans qui vivent dans l’Assam ne sont pas des immigrants bangladeshi. Comme beaucoup d’autres habitants de la région, ils y habitent depuis des siècles, déjà avant la division du pays entre Inde et Pakistan. Simplement du fait de leur identité musulmane et de leurs racines bengalies, ils sont perçus comme des étrangers ou des nouveaux immigrants dans l’État haineux d’Assam, dont l’histoire sanglante a connu plusieurs pogroms anti-musulmans.

Omar Abdullah, le ministre en chef de Jammu et du Cachemire, a suggéré qu’il y avait un lien entre les critiques prononcées à l’encontre des immigrants Bangladeshi dans un discours du premier ministre candidat de l’alliance démocratique Narendra Modias menée par le parti Bharatya Janata et les attaques injustifiées de musulmans dans l’Assam.

 

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Une patrouille de sécurité indienne dans le village de Balapara  IMAGE REUTERS/Stringer

 

 

RFI

correspondant en Inde, Sébastien Farcis

Onze personnes ont été tuées et 7 blessés depuis jeudi soir dans la région de l’Assam, à l’extrême nord-est de l’Inde. La police suspecte l’un des groupes rebelles des bodos, un groupe ethnique qui revendique l’indépendance de l’Inde et vise régulièrement les populations musulmanes immigrées.

Un groupe de 20 à 25 hommes armés de fusils AK-47 a visé plusieurs villages situés à la frontière avec le Bangladesh. Selon les survivants, ils seraient passés d’une maison à une autre, en tirant au hasard. Au petit matin, la police a retrouvé un enfant de trois ans parmi les victimes.

La police soupçonne le Front national et démocratique du Bodoland d’être responsable de cette attaque. Ce groupe aux aspirations socialistes, composé majoritairement de chrétiens, est l’une des nombreuses factions à revendiquer l’indépendance de tout un territoire de ces montagnes du nord pour ce peuple des Bodos.

Ces assaillants s’en prennent ainsi régulièrement aux immigrés musulmans venant du Bangladesh voisin, qu’ils accusent de coloniser illégalement leur territoire. En juillet 2012, des affrontements entre les communautés avaient causé la mort de 77 personnes et le déplacement de 400 000 autres.

PLUS SUR RFI

FRANCE 24

Violences entre hindous et musulmans en Inde : « Ils sont tellement choqués qu’ils n’ouvrent plus la bouche ». Témoignage

Toutes les photos ont été prises par notre Observateur au sein de son établissement qui abrite des réfugiés.
Les affrontements interethniques entre hindous et musulmans qui secouent l’État de l’Assam, dans le nord-est de l’Inde, ont déjà fait 50 morts et près de 400 000 déplacés. La plupart d’entre eux ont trouvé refuge dans des écoles où ils vivent entassés, grâce à l’aide humanitaire. Témoignage d’un directeur de lycée qui accueille 2 000 réfugiés.
L’origine du conflit entre les Bodos, une ethnie hindoue autochtone de l’État de l’Assam, et les musulmans originaires du Bangladesh voisin arrivés dans les années 1970 reste difficile à déterminer, même pour ses propres acteurs. Les affrontements, qui éclatent régulièrement depuis plusieurs décennies entre ces communautés culturellement et linguistiquement différentes, sont souvent liés à des différends territoriaux. En 2008, 70 personnes avaient déjà été tuées à Kokrajhar dans des violences entre Bodos et musulmans.
Cette fois-ci, c’est un groupe de jeunes musulmans de Kokrajhar qui aurait mis le feu aux poudres en appelant à manifester contre le retrait d’un panneau aux abords d’une mosquée. S’en sont suivis de violents affrontements entre des bandes armées se réclamant des deux communautés. Des maisons ont été incendiées, obligeant de nombreux habitants à fuir.
Première communauté tribale de l’Assam, les autochtones bodos représentent 10 % de la population de cet État où cohabitent une cinquantaine d’ethnies. Les Bodos craignent que l’arrivée, très importante ces dernières années, de nombreux musulmans du Bangladesh ne remette en cause leur espoir d’obtenir un jour l’indépendance de l’État de l’Assam.
Le Premier ministre Manmohan Singh, qui s’est rendu dimanche dans deux camps de réfugiés, l’un peuplé de Bodos, l’autre de musulmans, a promis qu’une enquête serait ouverte sur ces incidents et que trois milliards de roupies [44 millions d’euros] d’aides humanitaires seraient débloquées pour la région.
CONTRIBUTEURS

« Il m’ont dit qu’il était hors de question qu’ils rentrent chez eux dans l’état actuel des choses »

Monowar Hussain est directeur d’un lycée de Raniganj, une cité située à la périphérie de la ville de Bilasipara, dans l’État de l’Assam. Environ 2 000 déplacés musulmans ont trouvé refuge dans son établissement après les violences.
J’ai accueilli les premiers réfugiés le 20 juillet et, encore aujourd’hui, ils continuent d’arriver par petits groupes. Il y a des hommes, des femmes, des personnes âgées et énormément d’enfants. La plupart ont fait une dizaine de kilomètres pour nous trouver [ils viennent de Kokrajhar, la ville la plus affectée par les violences, NDLR].
Pendant l’année scolaire, environ un millier d’élèves sont inscrits ici. En ce moment, il y a 2 000 réfugiés : l’établissement est bondé. Les élèves devaient reprendre les cours cette semaine, mais la rentrée a été repoussée par les autorités locales afin qu’elles puissent trouver une autre solution. Pour l’heure, il n’y a aucune structure adaptée à la situation.
Les conditions de vie, et notamment d’hygiène, sont dramatiques. On manque de latrines, par conséquent les enfants doivent se contenter d’aller aux toilettes à l’extérieur. Les odeurs sont vraiment difficiles à supporter. On leur a apporté des médicaments, mais aucun de ces réfugiés n’a bénéficié d’un examen médical approfondi. Heureusement, aucun d’entre eux n’a été blessé dans les violences. Le gouvernement a distribué de la nourriture – du riz, de l’huile, du sel – et des voisins ont apporté des vêtements. Pour autant, cette situation ne peut pas durer.
« Certains sont tellement choqués qu’ils n’ouvrent plus la bouche »
Ce matin, j’ai demandé à certains d’entre eux s’ils voulaient rentrer chez eux. ‘Hors de question’, m’ont-ils répondu. La plupart ont vu leur maison détruite et se retrouvent sans domicile. Ils craignent en plus d’être attaqués s’ils rentrent. Certains ont tout de même précisé que, si les autorités assuraient leur sécurité, ils retourneraient chez eux.
Ils sont dans un véritable état de panique et discuter avec eux est très compliqué. Je n’ose pas tellement leur demander de parler des choses qu’ils ont vécues. Certains sont tellement choqués qu’ils n’ouvrent plus la bouche.
Personne n’est aujourd’hui capable de dire comment tout ça a commencé. Ils m’expliquent qu’ils ont normalement de bonnes relations avec les Bodos. Ils ont vécu très longtemps côte à côte, certain parlent même bodo. Ce n’est certes pas la première fois que des affrontements éclatent entre les deux communautés mais la violence des récents affrontements les a pris par surprise.
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