VOYAGEURS

Corée du Nord : balade filmée en GoPro à Pyongyang, la secrète

MARIANNE

par Regis Soubrouillard

Venez découvrir Pyongyang : ses imposants bâtiments gris au style si soviétique, ses avenues interminables, ses défilés militaires, ses fermes modèles, ses camps de travail qui rappellent les « meilleurs » goulags, la famine qui rôde. La burlesque Corée du Nord a un potentiel touristique formidable. C’est en tout cas une carte que veut jouer le nouveau leader coréen, Kim-Jong Un, pour faire rentrer un peu de cash dans les caisses d’un pays qui en manque.

Pour attirer notamment les voisins chinois, sud-coréens et japonais, encore faut-il lever un peu le voile sur Pyongyang la « secrète » et laisser entrevoir un peu des « charmes » du pays le plus fermé au monde. Jusqu’en 2008, la montagne sacrée du Kumgang était ainsi ouverte aux touristes sud-coréens et rapportait près de 40 millions de dollars, une manne loin d’être négligeable pour la région. L’activité touristique sur le mont Kumgang a malheureusement été interrompue en juillet 2008 après la mort d’une ressortissante du Sud qui avait succombé aux balles tirées par un soldat nord-coréen. L’imprudente s’était égarée dans une zone interdite… Le tourisme en Corée du Nord comporte aussi sa part de risque ce qui pourrait d’ailleurs attirer les adeptes des « destinations dangereuses ».

Le département national du tourisme nord-coréen s’essaye donc, depuis peu, à la communication. Un photographe originaire de Singapour a, ainsi, obtenu l’autorisation de faire un tour en voiture dans Pyongyang et de filmer sa balade avec une caméra GoPro. Le photographe assure que son film n’a été ni coupé ni censuré. Le film a été néanmoins approuvé par le département national du tourisme. Un film tout sauf politique mais une longue promenade, irréelle et fascinante, en voiture dans les rues de Pyongyang dont la traversée relève malgré tout d’une forme d’archéologie politique. Un tourisme d’un nouveau genre.

Ce jour-là, il fait beau sur Pyongyang, la ville est tranquille, le ciel est bleu. Beaucoup de gens marchent partout, des marches longues vers des destinations sans doute lointaines qui raviront les adeptes de la randonnée urbaine. Le vélo est aussi très en vogue : pas de système Vélib’ dont pourraient raffoler les « bobos » de la capitale nord-coréenne, mais des vélos robustes qui semble être le moyen de transport le plus fiable du pays. En Chine, dans les grandes villes, l’ouverture au capitalisme a remisé au garage ce symbole de la révolution culturelle et la pratique cycliste retrouve une certaine vigueur comme outil de loisir. La Corée du Nord n’en est manifestement pas là. Les Nord-coréens pédalent sur des avenues interminables mais assez vertes, notamment dans le centre de la ville. Les transports en commun sont assez spartiates, des bus assez vieillots crachent de la fumée sur de longues avenues. On voit parfois de longues queues devant des arrêts de bus où il semble nécessaire d’être patient, très patient.

Sur 20 minutes de film, « notre » voiture sera dépassée par un taxi, une seule fois. La régulation de la circulation semble réduite au minimum, les piétons tentent leur chance où ils veulent, quand ils veulent. Les voitures sont encore rares, des 4×4 japonais ou coréens et de grosses berlines allemandes réservées aux élites. On apercevra malgré tout une policière au milieu d’une avenue presque vide faisant des grands gestes pour réguler une circulation fantomatique.

Une capitale en rénovation où les buildings s’effondrent 

Sur la route et dans les rues, on est frappé par le silence qui règne à Pyongyang. Tout est calme. Pas de klaxons ou d’ambulance qui viendrait, sirène hurlante, perturber la circulation. Les gens qui marchent, marchent seuls, et ne semblent pas s’arrêter pour discuter, aucun groupe ne se forme jamais, aucun attroupement non plus. Aucune publicité dans les rues — ça nous change un peu — mais, ceci explique sans doute cela, aucun commerce non plus à l’horizon. Les habitants de Pyongyang ne portent rien qui pourraient s’apparenter à des achats. Les vêtements des habitants sont plutôt ternes, beaucoup de gris, de noir et de kaki. En Corée du Nord, plus de 10 millions de personnes travaillent pour l’Armée populaire — en comptant les réservistes —, soit plus d’un tiers de la population.

La voiture passe (à 6’30 ») devant l’immense place Kim-Il Sung, lieu de rassemblement des manifestations de masse du régime, qui peut accueillir près de 100 000 personnes. Il y a là l’essentiel des bâtiments du régime, le siège du Parti des travailleurs, le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l’Agriculture, le musée d’art national coréen et la « Grande maison des études du peuple », une immense bibliothèque construite dans les années 80 pour éduquer le peuple. Elle accueillerait 30 millions de livres. La place Kim-Il-Sung est l’un des lieux le plus importants de Pyongyang, pourtant difficile de dire que le quartier est plus « huppé » qu’un autre. Sur le plan de l’architecture, c’est toujours aussi carré, soviétique et kitsch. Peut-être à peine plus vert.

Ce jour-là c’est calme sur la place. Très calme.  Pas grand monde à l’horizon sans qu’on soit capable de dire si le lieu est en accès libre ou non ou si, en Corée du Nord, les lieux du pouvoir n’attirent pas les foules, en dehors des rassemblements obligatoires où le peuple vient faire la claque.

Une bonne surprise néanmoins : difficile de dire que la propagande du régime relève du matraquage urbain, tout juste un portrait de Kim-Il-Sung et Kim-Jong-Il pendant la promenade et quelques monuments ici ou là.  Sans doute qu’elle se fait de manière bien plus subtile. Pendant une bonne partie du trajet, à l’horizon on perçoit néanmoins la tour du Juche, un monument imposant dédié aux Idées du Juche — l’idéologie officielle du régime —. Haute de 170 mètres, cette « obélisque » idéologique surplombe la ville tel un panoptique qui rappellerait en permanence que le « Juche » est votre horizon, le seul horizon. C’est d’ailleurs devant cette tour que le réalisateur achèvera sa petite balade.

Difficile d’imaginer que l’on est dans la capitale d’un pays, soit la ville principale et la plus riche. Rien à voir avec la concurrente Séoul. Pyongyang a plutôt des allures de ville chinoise moyenne « période Mao » ce qui permet de se faire une idée du niveau de développement des provinces et campagnes nord-coréennes.

Car une balade filmée en GoPro ne lève qu’un petit coin du voile sur Pyongyang la secrète. Selon un correspondant de RFI,  Pyongyang connaît depuis quelques années « un véritable boom immobilier » : « Le régime a décidé de rénover sa capitale. Il a fait bâtir à toute allure des appartements, des centres de loisirs, il a aussi fait construire une station de ski » ! Mais selon les normes nord-coréennes : « Le problème est qu’il ne dispose pas de matériel de construction de qualité – il manque par exemple d’acier. Il a aussi recours à une main d’œuvre amateur pour aller plus vite : ce sont des étudiants, des militaires, des fonctionnaires, qui sont réquisitionnés sur les chantiers. Il y a trois ans, un reportage a été tourné en caméra cachée sur l’un de ces chantiers à Pyongyang. On y voyait un bâtiment avec des fenêtres tordues et de tailles différentes ».

La semaine dernière un immeuble de 23 étages s’est ainsi écroulé dans Pyongyang, 92 familles résidaient à l’intérieur. Le nombre de victimes n’est pas connu mais pour la première fois, le régime a communiqué sur cet accident, ce qui est très inhabituel et Kim-Jong Un a même fait savoir que « la douleur l’avait empêché de dormir ». « Les bâtiments de plus de 20 étages sont en général réservés à des familles jugées « importantes » par le régime, comme des cadres du Parti, des professeurs, des responsables d’entreprise »écrit RFI, ce qui explique la réaction de Kim Jong Un. 

Depuis, le leader nord-coréen a fait plusieurs sorties et déclarations pour affirmer que la construction des bâtiments était une priorité du régime, appelant les ingénieurs et les « soldats constructeurs » à redoubler d’efforts. En Corée du Nord, la construction immobilière dépend du ministère de la Défense. Pyongyang, ville fortifiée ?

Le 18 mai, un immeuble de 23 étages s'est effondré à Pyongyang

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