DECORTIQUAGES

Le passage à 14 régions redessine l’économie de la France

CHALLENGES

Par Florian Fayote

 

La France et ses territoires. En 2010, l’écrivain français à l’aura sulfureuse, Michel Houellebecq, en avait fait un livre qui remporta le prestigieux prix Goncourt. Sous sa plume, se dessinaient deux Frances, l’une urbaine, dynamique et intégrée à la mondialisation (les grandes métropoles) et l’autre rurale, désindustrialisée et n’ayant comme seule perspective de croissance le touristique.

Nous n’en sommes pas encore là… Mais ce roman a le mérite de mettre au centre du récit les territoires français. De ce point de vue, plusieurs économistes se sont penchés sur cette question. De tradition jacobine, la France a souvent boudé la province. Pourtant, celle-ci via de grands centres urbains contribue aussi à tirer la croissance française. C’est le constat établi par Laurent Davezies, professeur à la CMAN et à Sciences Po. « 42% du PIB français est réalisé par 6 villes », explique-t-il dans son livre La crise qui vient, un essai sur la « nouvelle fracture territoriale ».

 

7383452-comment-le-passage-a-14-regions-redessine-l-economie-de-la-france

Une France coupée en quatre

Selon cet auteur, la France peut se découper en 4 grandes zones. « Il y a d’une part une France marchande où le secteur privé est prédominant, et d’autre part une France non-marchande, où l’emploi public et les revenus sociaux pèsent très lourd », explique-t-il à Challenges.fr. Et d’ajouter: « il y a un deuxième découpage, avec des territoires qui ont une dynamique de création d’emplois privés et des territoires où elle est faible voire négative. Cela donne quatre France. »

Pêle-mêle on retrouve dans le peloton de tête de la France intégrée à la mondialisation, les grandes métropoles Paris, Lyon, Marseille, Lille, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier… Ces centres urbains concentrent 40% de la population française. Ils ont par ailleurs les ressources financières et humaines pour faire face aux grands défis économiques en attirant des activités à forte valeur ajoutée comme à Toulouse avec Airbus ou à Lyon avec les entreprises pharmaceutiques (Sanofi, Mérieux).

Dans cette nouvelle reconfiguration spatiale, les gagnants ont obtenu le droit d’être répertoriés sur la carte du village global induit par la mondialisation. C’est le cas de la ville de Lyon, première cité en France à s’être organisée en métropole. Son maire, Gérard Collomb, a été le grand artisan de la mutation de la ville. « Pour gagner en efficacité, nous avons décidé de simplifier les structures en nous constituant en collectivité d’intérêts particuliers. Cela nous a permis de réaliser des économies d’échelle et d’offrir un meilleur service aux citoyens », expliquait-il lors des Journées de l’économie (JECO) en novembre dernier. Et de poursuivre : « de toute façon, aujourd’hui, si on reste comme on est dans sa commune, on est mort. »

La réforme va-t-elle changer la donne?

Alors, la réforme territoriale est-elle une bonne nouvelle pour l’attractivité du territoire français? Oui, mais… Les grands principes de la réforme sont connus avec la volonté de simplifier le « mille feuilles administratif. »

La diminution du nombre de régions (passant de 22 à 14), la suppression du Conseil général et le renforcement des intercommunalités vont dans ce sens. Avec en ligne de mire pour le gouvernement, la volonté de réaliser des économies d’échelle. En parallèle, l’exécutif a annoncé une diminution des dotations de l’Etat aux collectivités locales de 11 milliards d’ici 2017, soit une réduction de près de 25% par rapport à leur niveau actuel.

Sur ce point, Réné Dosière, député PS et grand spécialiste de la gestion des finances publiques, juge que des économies sont à réaliser du côté des dépenses de fonctionnement. Outre les fameux doublons entre les différentes collectivités locales, il pointe « les sommes considérables dépensées dans la communication. Et c’est sans parler de la dérive des dépenses en matière de personnel où des recrutements, des avancements et des primes ont été accordés sans nécessité. »

Quid de l’investissement public

Mais en se focalisant sur l’investissement public, René Dosière émet un doute. « La réduction des dotations peut avoir deux conséquences: une réduction des dépenses d’investissement ou une augmentation des impôts locaux. Dans un cas comme dans l’autre, il peut y avoir des répercussions sur l’économie locale. Il faut savoir, par exemple, que dans certains secteurs comme le bâtiment, le chiffre d’affaires des entreprises dépend pour un tiers, voire pour la moitié, de la commande publique. »

Ce risque va surement être accentué par le gel des investissements par les collectivités le temps que la réforme se mette en place.

 

LIRE AUSSI SUR CHALLENGES

Les collectivités territoriales s’endetteront-elle davantage? 

L’inquiétante fracture entre les régions françaises

 

PORTRAITS

IMG_1327-2

Photo Dominique Milliez

ILE DE FRANCE

Elle était et reste la première région française en terme de création de richesse avec un Produit intérieur brut de 612,3 milliards d’euros en 2013, soit 30.1% du PIB national. 11,9 millions d’habitants (18.2 % du total) y habitent. Elle est l’une des plus petites au regard de sa superficie (12.011 km2 soit 1.9% du total). Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) est de 634.200

 

IMG_2584

Photo Dominique Milliez

Rhône-Alpes-Auvergne

Cette nouvelle région qui regroupera 12 départements présente le deuxième PIB de France avec 230,8 milliards d’euros (données 2013) pour une population de 7,6 millions d’habitants (11.7 % du total). Sa superficie est de 69.711 km2 (11 %). Elle compte 550.800 demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) étaient inscrits à Pôle emploi.

 

DSC_0042-2

Photo Dominique Milliez

PACA

Elle reste en troisième position des régions créatrices de richesse. Son PIB atteignait fin 2013, 142,4 milliards d’euros (7%). 4,9 millions de personnes y habitent. Sa superficie est de 31.400 km2 (5%). Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) est de 428.100

 

midi-pyrenees-rocamadour

DR

Midi-Pyrénées-Languedoc

Cet ensemble de 11 départements s’impose comme la 4e région de France avec un PIB de 143,8 milliards d’euros (7.1 %). Sa population s’élève à 5,6 millions d’habitants (8.6 % du total). La superficie est de 72/724 km2 (11.5 %). Demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014): 352.600.

poitou-charente

DR

Centre-Poitou-Charentes-Limousin

Avec ses 13 départements, ce nouvel ensemble pèsera plus lourd sur le plan économique: 129,5 milliards d’euros (6.4 %). Elle comptera 5,1 millions d’habitants (7.8 % du total) pour une superficie de 81.903 km2 (12.9 %)

 

picture_chateau-hotel-pays-de-la-loire

DR

Pays-de-la-Loire (5 départements)

Privée de tout rattachement, cette région recule dans le classement avec un PIB est de 101,2 milliards d’euros (5 %). Sa population se compose de 3.6 millions d’habitants (5.5% du total). La superficie est de 32.082 km2 (5.1%). Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) a été de 278.600.

 

IMG_2339

photo Dominique Milliez

L’Alsace-Lorraine

Elle regroupera 6 départements. Son PIB (110 milliards d’euros en 2013 lui permet de se hisser au 7e rang national. Elle comptera 4.2 millions d’habitants (6.5% du total) pour une superficie de 31.827 km2 (5%). Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) s’élève à 223.000.

 

DSC_0194

photo Dominique Milliez

La région Nord-Pas-De-Calais

Elle ne change pas. Son PIB atteignait fin 2013 103,2 milliards d’euros (5.1 %). Elle compte 4,04 millions d’habitants (6.2 % du total) pour une superficie de 12.414 km2 (2 %). Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) s’élève à 264.500.

 

aquitaine1

DR

L’Aquitaine

Elle arrive assez bas dans le classement avec un PIB de 90,8 milliards d’euros (4.5 %) en 2013 pour une population de 3,3 millions d’habitants (5 % du total) et une superficie de 41.308 km2 (6.5 %). Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) est de 173.000.

 

 

DSC_0075

photo Dominique Milliez

La grande Normandie

Elle regroupera 5 départements. Son PIB (86,2 milliards d’euros) lui permettra de dépasser la Bretagne. Elle est également plus peuplée avec 3,3 millions d’habitants (5.1%) répartis sur 29.906 km2 (4.7 %). 170.100 demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) sont inscrits à Pôle emploi.

bretagne2f

DR

La Bretagne

Elle passera au 11e rang national avec un PIB de 83,4 milliards d’euros (4.1 %) et une population de 3,2 millions d’habitants (4.9 % du total). Sa superficie est de 27.208 km2 (4.3 %). Le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014) est de 232.600.

 

DSC_0802

photo Dominique Milliez

 Champagne-Picardie

Elle comptera 7 départements. Le PIB de cette nouvelle région la placera quasiment à égalité avec la Bretagne avec 82,8 milliards d’euros (4.1 %). Elle comptera 3,3 millions d’habitants (5% du total) pour une superficie de 45.005 km2 (7.1 %). Demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014): 276.700.

 

DSC_0628

photo Dominique Milliez

La Bourgogne-Franche-Comté

Elle comptera 8 départements. Son PIB la classera à l’avant-dernier rang avec 71,3 milliards d’euros (3.5 %) pour 2,8 millions d’habitants et une superficie de 47.784 km2 (7.5 %). Demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014): 201.100.

 

DSC_0233-2

photo Dominique Milliez

 La Corse

Son PIB s’élève à 6,1 milliards d’euros pour 319.690 habitants. La superficie est de 8.680 km2 (2 %). Demandeurs d’emploi (catégorie A, fin mars 2014): 21.400.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s