ARPENTEURS DE LA GEOGRAPHIE

Réforme territoriale : Les cartes de ceux qui ne sont pas de la promotion Voltaire

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LE MONDE

« Non à un redécoupage  »techno » de la France »

par Jean-Pierre Le Goff, est l’auteur de La fin du village. Une histoire française(Gallimard, 2013)

 

La réforme des collectivités territoriales est avant tout présentée sous l’angle d’une économie budgétaire et d’une simplification administrative. Cette optique comptable et gestionnaire, pour nécessaire qu’elle soit, ne résume pas à elle seule les enjeux d’une réforme qui entend reconfigurer la France et sesterritoires dans la précipitation. Cette réforme intervient dans un contexte des plus défavorables : dans une France morcelée et divisée, après deux  »séismes » électoraux et une décomposition politique qui n’en finit pas. Après les élections européennes, le pouvoir semble vouloir passer à autre chose, alors que la question du   »territoire » est inséparable d’une interrogation sur ce qu’il est advenu de ce  »cher et vieux pays » à l’heure de l’Union européenne et de la mondialisation.

Tout en demeurant profondément attachés à leur pays, une partie de nos concitoyens ne le reconnaissent plus et se sentent dépossédés de leur destin. Dans ces conditions, il conviendrait pour le moins d’être prudent et de prendrele temps nécessaire si l’on ne veut pas renforcer les inquiétudes et le chaos. Mais après deux désaveux successifs, le pouvoir a tiré une étrange leçon :  »il faut accélérer le changement » et la réforme territoriale se trouve désormais intégrée dans cette accélération. Les hésitations du pouvoir et ce qu’on appelle le  »big bang territorial » ne sont pas faits pour rassurer.

INCOHÉRENCES

En l’espace de quelques mois, le pouvoir politique a affiché ses incohérences : en janvier, le Président de la République annonce qu’il est favorable aux départements ; en avril, le nouveau premier ministre fixe un calendrier de la suppression des département à l’horizon 2021 ; en mai, le Président de la République annonce tout bonnement que la réduction de la moitié des régions lui paraît nécessaire et que les  »conseils généraux ont vécu », le tout étant supposé s’accomplir avant 2016… Désormais, nous en sommes à 14 régions avec la suppression des départements en 2020, ce qui n’empêchera pas les élections départementales de se dérouler en 2015… Le débat devait  »prendre le temps nécessaire », il faut désormais  »aller vite », et, pour cette réforme, comme pour les autres, le bon camp est d’emblée tout tracé :  »réformateurs ou conservateurs ? » Après une valse d’hésitations et des négociations précipitées, les choix autoritaires du Président de la république ont les allures d’un va-tout. La réduction drastique du nombre de régions décrétée par en haut fait peu de cas des cultures et des liens que les habitants ont tissé au fil des ans ; les marchandages, comme ceux concernant la « super région » Poitou-Charente-Centre-Limousin, renforcent un peu plus l’image des politiques qui s’arrangent entre eux au détriment des réalités et des aspirations des populations.

Tout comme les  »supers métropoles », la création de grandes régions s’inscrit dans une nouvelle représentation du pays que l’on entend  »booster » (dynamiser, selon les propres paroles d’un homme politique) et adapter au plus vite à l’échelle de l’Europe et de la mondialisation. Certains sont fascinés par les Länder allemands ou la Catalogne, comme si l’histoire propre de chaque pays ne faisait désormais plus sens, hormis pour les nationalistes xénophobes et chauvins. Qu’on le veuille ou non, la France républicaine s’est construite sur un modèle d’État-nation dont on ne peut idéologiquement et technocratiquementfaire abstraction.

LE RISQUE DE NOUVELLES BUREAUCRATIES

Les promoteurs de cette réforme se doivent de répondre en toute clarté à des questions qui engagent subrepticement notre avenir commun : l’instauration de grandes régions et de grandes métropoles ne risquent pas–t-elle pas de voirs’installer de nouvelles bureaucraties et des pouvoirs puissants face à un État qui se verrait de plus en plus déchargé de nombre de ses prérogatives ? Cette réforme territoriale ne crée-t-elle pas des conditions favorables au fédéralisme et à l »’Europe des régions » ? Il est aussi une autre réalité que cette réforme ne peut ignorer : l’attachement des Français à des collectivités et des territoires de proximité dans lesquels le monde et la société moderne gardent figure humaine selon une certaine idée du bien vivre qui échappe au modèle de la compétitivité et de la performance à tout prix.

Les anciens et les nouveaux habitants des communes rurales sont particulièrement concernés et l »’intercommunalité » élude un peu vite la question : quels moyens et quels pouvoirs resteront-t-ils aux maires des petites communes rurales élus par des habitants qui entendent rester maître de leur environnement ? On ne saurait considérer ces communes et ces aspirations comme  »ringardes », sinon à contribuer un peu plus au sentiment d’abandon et de dépossession démocratique de leurs habitants. Faute de répondreclairement et pratiquement à ces questions, les fractures sociales et culturelles du pays ne peuvent que s’accentuer, malgré les mécanismes complexes pourcolmater tant bien que mal les inégalités qui se creusent entre les différents territoires de la République.

Avec cette nouvelle réforme, le pouvoir risque de s’enliser un peu plus dans une rhétorique managériale de l’adaptation à marche forcée qui, avec sa langue de bois assénée en boucle, fait fi des inquiétudes et des préoccupations des citoyens ordinaires, renforce méfiance et crispation corporatiste dans un monde chaotique que les politiques gèrent, depuis des années, tant bien que mal au fil de l’eau.  »Le changement » c’est indéfiniment  »maintenant » et après le  »tournant », il s’accélère dans la confusion ; le pouvoir politique est devenu anxiogène à force d’incohérences et de  »fuite en avant ». Autant dire que l’état de la politique et de notre démocratie est aujourd’hui en question, avec ces interrogation sans réponse claire depuis plus de trente ans : le  »changement », pour quoi faire ? Pour aller où ? Pour quel avenir discernable où le pays puisse se retrouver ? Fuite en avant moderniste et repli nostalgique sur le passé s’alimentent l’une l’autre dans une France qui a le plus grand mal à écrire une nouvelle page de son histoire. Il conviendrait que les politiques en tirent enfin les leçons s’ils ne veulent pas voir le pays connaître de nouveaux  »séismes ».

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LES ECHOS

par ELSA FREYSSENET

Des positions partisanes très hétérogènes à gauche et à droite

La réforme se heurte au fait que nombre d’élus ont des mandats locaux et que l’opposition n’entend pas faire de cadeau au président.

 

Au PS, des Inquiétudes sur les territoires ruraux

Selon la Rue de Solferino, l’accélération de la réforme a un mérite : « Maintenant, tout le monde sait qu’on y va », souligne le député Christophe Borgel, qui rencontre le président mercredi, en compagnie du premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, et des présidents de groupe à l’Assemblée et au Sénat, Bruno Le Roux et Didier Guillaume. « Tout le monde », ce sont d’abord les grands élus socialistes, pas ravis des annonces présidentielles. Le bureau national du PS doit en discuter mardi à la veille du rendez-vous de l’Elysée. Et pour faire passer la couleuvre, la direction du PS envisage de lier – d’une manière encore en discussion – réforme territoriale et dotation aux collectivités. Plus que la fusion des régions, c’est le sort des départements qui fait déjà débat. « Cela ne peut pas être fait de la même façon en ville et en zone rurale », affirme le chef de file des sénateurs socialistes, Didier Guillaume. Un souci partagé à l’Elysée, mais comment concilier cette différenciation avec la clarté de la réforme ?

Les radicaux de gauche « très réservés »

Cueillis à froid, ces alliés du PS ne prendront position que mercredi. En attendant, leur chef de file à l’Assemblée, Roger-Gérard Schwartzenberg se dit « très réservé sur la suppression des conseils généraux ruraux » à cause de la distance avec les centres de décision. Comme d’autres, il trouve « dérangeant » d’avoir « voté, depuis deux ans, des textes (de réforme territoriale) aussitôt remis en cause ».

Les écologistes se sentent enfin écoutés

Le soutien à « une réforme territoriale d’ampleur » et à la « disparition programmée des départements » était le seul point positif du communiqué de la secrétaire nationale d’EELV, commentant les propos de François Hollande. Et pour cause : les écologistes veulent de longue date renforcer les régions. « On a perdu deux ans », souligne le chef de file des sénateurs écologistes, Jean-Vincent Placé, qui souhaite enrichir la réforme du « renforcement de l’autonomie fiscale des régions » et des mécanismes « de péréquation inter et infrarégionale ».

Le PCF veut garder la clause générale de compétence

« Pas de changement de nos institutions démocratiques sans démocratie », a tonné le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, qui réclame la convocation d’un référendum. Les députés PCF ont déjà fait connaître leur hostilité à la suppression de la clause de compétence générale pour les collectivités (réintroduite par la gauche en 2013).

L’UMP réclame un référendum

Difficile de s’opposer à la réforme sans se renier quand on prône régulièrement un big bang en la matière. Mais difficile aussi de la soutenir en étant dans l’opposition. Alors l’UMP dénonce d’abord dans ces annonces une « manœuvre » pour reporter les régionales en 2016. De quoi, pour elle, mettre en doute la volonté du chef de l’Etat de réformer réellement, surtout après qu’il a supprimé le conseiller territorial de la réforme Sarkozy et réintroduit la clause de compétence générale. Et puis l’UMP demande aussi un référendum, sachant très bien que l’Elysée l’exclut. Une manière de contrer les accusations de « conservatisme » mais aussi de mettre en avant la forme, quand, sur le fond, les positions sont légion. Dans son projet élaboré en décembre, le parti prônait le regroupement en 8 grandes régions et la suppression des départements là où il y a des métropoles. Jean-François Copé, lui, défend une fusion des conseils généraux et régionaux, mais en conservant 22 régions. Xavier Bertrand plaide pour la disparition des conseils généraux, la baisse du nombre de régions et, à la clef, d’élus. Favorable à la suppression des départements, Alain Juppé met toutefois en garde contre le « risque pour l’unité nationale » de trop grandes régions.

L’UDI demande des états généraux

Dans la droite ligne de son abstention sur le programme de stabilité, l’UDI veut faire entendre une autre musique que l’UMP, elle qui revendique sa position « d’opposition constructive ». Impossible d’être aujourd’hui contre la simplification du millefeuille des collectivités, quand la réforme de la gouvernance territoriale et de l’Etat est pour les centristes « la mère des réformes structurelles », souligne Michel Piron, coordinateur des députés UDI sur le dossier. L’UDI veut donc apparaître comme force de proposition. Point de référendum pour eux – ce serait prendre la réforme en otage, dénonce Yves Jégo. Ils demandent à François Hollande de convoquer cet été des états généraux des territoires pour fixer une méthode et un calendrier. Mais l’UDI, qui refuse d’être la « roue de secours » du gouvernement, le met au défi d’accélérer la réforme plutôt que de reporter les élections… et présentera ses propositions le 14 juin. En interne, on travaille à un consensus pour réduire le nombre d’échelons, en s’appuyant notamment sur le rapport Balladur. Avec, pourquoi pas, l’absorption de départements par les régions, le regroupement de certaines d’entre elles et une nouvelle articulation avec les intercommunalités. Un axe proche de celui de l’exécutif.

Le FN dénonce une diversion

En pleine campagne pour les européennes, le FN fustige « un détournement du débat public » pour « éviter le débat sur l’Europe », lui qui vise un score record le 25 mai. Et Marine Le Pen, favorable au référendum, d’accuser François Hollande « d’imposer par la force une réforme territoriale majeure sans consulter les Français ». Un dossier que le parti d’extrême droite veut discréditer en tablant sur le sentiment anti-européen, puisqu’il dénonce « la création de grands Länder, une volonté d’uniformisation sur l’Allemagne, vieille revendication de Bruxelles », selon Florian Philippot, vice-président. Contre ce qu’il voit comme « un danger pour l’unité de la France » avec le triptyque « intercommunalités, régions, Europe », soit les échelons les plus abstraits pour les Français, il oppose le triptyque « communes, départements, Etat-nation », auxquels les Français seraient davantage attachés. Moins populaire en revanche, le FN prône de baisser au maximum les dotations de l’Etat pour forcer les élus à faire des économies

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/politique-societe/dossiers/0203494013949/0203494273184-reforme-territoriale-des-positions-partisanes-tres-heterogenes-a-gauche-et-a-droite-670586.php?EXB7D2LZm8rGHdVw.99

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L’EXPRESS 

Territoires en mouvement

 

Fondé en 2012 et présidé par Jean-Christophe Fromantin , député-maire UDI de Neuilly-sur-Seine, Territoires en mouvement a pour projet de redessiner la carte de France afin qu’elle soit ancrée « dans la mondialisation ». Selon son président, il y a un « décalage croissant entre la carte de France issue de la fin du 18e siècle et la réalité actuelle ».

Il souhaite prendre le contre-pied de la « logique d’économies » annoncée par François Hollande et propose une France composée de seulement huit pôles venant remplacer les 22 régions, dans le but de rapprocher chaque commune à moins d’1h30 d’un centre économique fort et de permettre à ces pôles une meilleure ouverture sur le monde.

Si l’on suit ses recommandations, voilà la France de demain:

 

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ECHOGEO

Quelle approche territoriale pour un maire/géographe ?

Entretien avec Dominique Amiard
Mathieu Durand
Dominique Amiard est maire de la commune de Cures (72), Géographe à l’Université du Maine et Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines.

Mathieu Durand (MD). La géographie est une discipline qui a de nombreux liens avec le monde des élus locaux, et qui amène à s’intéresser de près à leurs missions. Certains géographes ont donc décidé de franchir le pas pour exercer des responsabilités politiques locales. Quelles sont selon-vous les raisons de cette attraction ?

Dominique Amiard (DA). On comprend que le géographe soit plus sensibilisé, qu’il ait aussi la curiosité de vouloir passer de l’autre côté de l’écran et de voir concrètement si les cours qu’il fait en aménagement du territoire s’appliquent sur le terrain. Je pense que sa formation amène naturellement le géographe à s’intéresser aux fonctions d’élu local. Un certain nombre d’entre eux ont alors la volonté d’observer ce monde de plus près.

Un parcours initial de géographe

MD. Avant de continuer plus en détail sur cette piste, pouvez-vous nous retracer les principales lignes de votre parcours, tout d’abord en tant que géographe ?

DA. J’ai fait toutes mes études au Mans, depuis ma première année, jusqu’au DEA (bac + 5) et la thèse de doctorat. J’ai d’ailleurs été le premier thésard à sortir de l’université du Maine en Géographie. Et dans la foulée j’ai obtenu un poste de Maître de conférences au Mans en 1992.

MD. Pourquoi la géographie vous a-t-elle intéressé plus qu’une autre discipline ?

DA. Pour deux raisons, que je n’ai d’ailleurs jamais regrettées. Il s’agissait tout d’abord d’une des matières dans lesquelles j’avais obtenu les meilleurs résultats lors de ma scolarité. C’est ensuite par goût, puisque, après avoir hésité entre l’histoire et la géographie, j’estimais que la première a trop le « regard dans le rétroviseur ». Or je m’intéresse davantage aux évènements d’aujourd’hui et à ce qui se passera demain, ce qui correspond au regard du géographe. On peut toujours mettre la réalité géographique en perspective par rapport à des considérations historiques, mais ce qu’il m’importe de décrypter, ce sont les relations humaines actuelles, l’organisation des territoires, la façon de construire les projets, etc. Je pense également que ce qui m’anime, au-delà des points précédents, c’est finalement la capacité à laisser une trace, à inscrire mon passage dans le territoire et dans le paysage. C’est l’envie de ne pas se retourner un jour en me demandant « qu’est-ce que j’ai laissé » ? J’aurais alors la prétention de pouvoir dire que j’ai travaillé dans le domaine de l’assainissement, de l’école, … que j’ai construit et participé à développer un territoire. Il s’agit d’un territoire modeste, une commune, des intercommunalités (Communautés de communes et SIVOS) mais cette inscription est importante pour moi. C’est l’un des principaux moteurs avec bien sûr ce goût pour les relations humaines qu’il vaut mieux cultiver si l’on veut être réélu.

MD. Quant aux thématiques sur lesquelles vous avez travaillé dans vos différents travaux de recherche, quelles sont-elles ?

DA. J’ai travaillé, pendant mes études et ma thèse, sur le tourisme rural, sur les campings, gîtes ruraux et résidences secondaires des Sarthois. Ce n’était pas une problématique d’aménagement du territoire classique, mais cela m’a tout de même guidé vers la fonction de maire, sans que cela soit nécessairement inscrit au départ.

MD. Donc dans vos recherches initiales, vous n’aviez pas de lien particulier avec le monde politique et avec les élus locaux ?

DA. Non, je n’ai pas un passé de militant qui me prédestinait à avoir des responsabilités locales, même si mon père a siégé pendant 20 ans dans un conseil municipal, en étant premier adjoint. C’est peut-être ce qui est remonté à la surface à un moment donné, sans que j’y prête réellement attention.

Vers une implication dans la politique locale

MD. A quel moment de votre vie s’est justement faite cette remontée, vous invitant à franchir la barrière et à devenir un responsable politique ?

DA. Ce fut lors des élections municipales de 1995. C’est finalement venu assez vite après que ma situation professionnelle et familiale s’est stabilisée. Une fois inscrit dans un espace communal donné, j’ai décidé de m’investir dans la vie municipale, en partant de rien puisque je n’avais aucun relais ni aucune implantation à Cures.

MD. Vous ne bénéficiez donc d’aucun réseau dans cette commune ?

DA. Non, aucun. J’ai simplement fait l’analyse que la commune dans laquelle j’habitais depuis moins de deux ans, et dans laquelle je ne connaissais strictement personne, était une commune qui n’avait pas encore muté au niveau de sa municipalité. La population avait changé, s’était renouvelée, mais les élus restaient toujours issus du monde agricole, peu ouverts sur les autres catégories socio-professionnelles, et qui s’étaient maintenus là par absence d’alternative. Sur la base de ce constat, j’ai donc entrepris une analyse socio-professionnelle plus poussée en prenant le temps de dialoguer avec les habitants et d’observer le rôle de chacun (la commune de Cures n’est peuplée que d’environ 500 habitants). J’ai ensuite trouvé une ou deux personnes qui connaissaient bien la commune, m’informant de la situation locale.

C’est à partir de cet état des lieux, en additionnant les voix potentielles, que je me suis rendu compte qu’il était tout à fait possible de conquérir cette municipalité. Cela s’est fait avec un projet solide et en y mettant de l’énergie.

MD. La conquête de la municipalité n’a donc pas été trop difficile ?

DA. Cela s’est fait en deux mois : un mois de préparation et d’études, puis un mois de campagne méthodique sur le terrain.

MD. Quelle a été la réaction de l’équipe municipale alors en place ?

 DA. L’équipe en place partait avec un avantage, mais elle a totalement sous-estimé mon engagement. Elle n’avait pas compris que la commune s’était sociologiquement transformée. Elle n’était plus en phase avec toute une partie de cette population nouvelle, les néo-ruraux, dont j’étais un élément même si j’ai passé toute ma jeunesse dans une exploitation agricole. Ces derniers avaient réinvesti la campagne mais par encore le bourg de la commune. Cures est une commune située à 15 minutes des portes du Mans. Les néo-ruraux se sont d’abord installés dans la campagne en achetant toutes les petites fermes qui se libéraient ou en faisant construire (à l’époque on pouvait faire construire en campagne), alors que dans le bourg subsistaient les familles agricoles et les personnes âgées. La population était cependant plus nombreuse à l’extérieur du bourg ancien. Ce n’est que par la suite que les néo-ruraux se sont installés dans le coeur du village. Le résultat démocratique a alors été brutal, puisque seule une personne de ma liste n’a pas été élue dès le premier tour. Je pense que je n’ai jamais vu autant de monde dans le bourg de Cures, à l’exception du Comice agricole, que le soir du dépouillement des élections, où la moitié de la population était là.

Mais finalement, j’avais déjà vécu cette transition dans ma commune d’origine, qui avait fait cette mue 20 ans plus tôt. J’avais alors une quinzaine d’années et je l’ai vécu de l’intérieur avec mon père. Ça m’a sans doute aussi aidé pour comprendre comment le basculement pouvait s’opérer. Il suffisait finalement de très peu de choses. Et comme il n’y a pas eu d’ambiguïté dans le vote des électeurs, je n’ai pas eu d’opposition par la suite. Il a simplement fallu ensuite s’approprier les dossiers, sans passage de témoin. Or avec une formation de géographe, on ne part pas de rien. On a tout de même une sensibilité et des connaissances adaptées à la fonction. Un travail technique de fond de six mois permet alors de se mettre à niveau.

Les atouts du géographe pour devenir un responsable politique local

MD. Quels sont justement les éléments relatifs à l’expérience et à la formation du géographe, qui constituent un atout dans la gestion d’un territoire communal ?

 DA. La compréhension du territoire ! Comment vit un territoire ! C’est déterminant. Il faut sentir et comprendre son territoire. Sur ce point je crois que le géographe a un avantage. Le géographe comprend bien les jeux d’acteurs, les trajectoires des uns et des autres, la manière d’aborder les gens, ce qu’ils attendent. C’est finalement naturel pour un géographe. Nous avons ce sens du contact, cet intérêt pour l’humain, et pas uniquement pour l’aspect technique des dossiers, tout en ayant tout de même un certain nombre d’aptitudes dans la conduite des projets puisque nous sommes aussi formés pour cela. Nous sommes tout de même assez bien armés, même si nous n’avons bien évidemment pas toutes les clefs. L’atout du géographe par rapport à d’autres disciplines, c’est vraiment son approche globale. Je partais de plus loin sur les aspects financiers ou juridiques, mais j’ai travaillé pour comprendre les différents mécanismes. Il n’y a rien d’insurmontable.

LIRE LA SUITE

Mathieu Durand, « Quelle approche territoriale pour un maire/géographe ? »,EchoGéo

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ARTE

 

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FRANCE 5

 

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LE MONDE

Pour une grande région Val de Loire

par un Collectif d’élus de la région Centre

 

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Le président de la République a annoncé une accélération du calendrier de la réforme territoriale puisqu’un des tout prochains Conseils des Ministres pourraitétudier un projet de Loi, un calendrier de travail précis et une carte des grandes régions d’avenir.

Ce calendrier très rapide nous amène à affirmer publiquement la position très largement partagée par nombre d’élus locaux de l’actuelle région Centre dans la diversité des mandats qui leur ont été confiés par les électeurs : président de région, présidents de départements, présidents d’agglomération, maires et parlementaires.

Nous nous appuyons sur l’unité du territoire régional qui s’est forgée, au cours des 30 dernières années, autour d’une identité, d’un cadre de vie, d’un maillage de ses villes et de ses acteurs socio-économiques. Aujourd’hui, l’unité de notre région et le vivre ensemble que nous partageons sont une réalité pour tous, acteurs politiques, économiques ou associatifs, habitants de notre région. Car oui, trois décennies de travail en commun issues des premières lois de décentralisation nous ont permis de faire de la région Centre la 6ème région industrielle de France, la 1ère pour son agriculture céréalière et une région leader dans bien d’autres domaines.

A cet égard, nous réaffirmons avec la plus grande énergie la défense et la promotion de notre histoire commune et de l’identité de notre région ainsi que la qualité de vie de nos habitants. Oui, notre région est belle, le fleuve majestueux qui la traverse et les châteaux de la Loire nous sont enviés dans le monde entier. Oui, notre région est préservée, ses trois parcs naturels régionaux y ont protégé une faune et une flore exceptionnelle. Oui, notre région est celle d’un art de vivre « à la française » si formidablement décrit par George Sand, Balzac, Marcel Proust, Maurice Genevoix , Alain Fournier et tant d’autres.

Nous affirmons vouloir situer l’avenir de notre région autour du Val de Loire qui a acquis ses lettres de noblesses au travers de son classement au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Au-delà, c’est vers l’Ouest que se situent nos principaux axes de coopération interrégionale et les grands enjeux porteurs pour l’avenir de notre région, en matière de développement économique et d’emploi, de mobilité, de recherche et de culture. Car c’est bien autour du fleuve royal que se situent les véritables gisements de développement économique et social qui irriguent toute notre région, autour de l’industrie avec le poids du secteur aéronautique, du tourisme avec plus de 6 millions de visiteurs dont 1 million empruntent le formidable itinéraire de la Loire à Vélo, autour de la recherche avec le Cancéropôle Grand Ouest que nous cofinançons, autour de nos vignobles de Loire dont les exportations ne se démentent pas, autour de nos universités et de nos grands laboratoires de recherche.

Aussi, c’est forts de nos engagements quotidiens et permanents avec tous les acteurs publics et privés que nous avons la certitude que l’avenir de notre région réside dans son ouverture vers l’ouest, avec pour axe structurant la vallée de la Loire. C’est ce qui doit à l’évidence prévaloir dans la nouvelle carte des régions.

L’avenir de la région Centre s’écrit donc actuellement. Il est dans ce cadre de notre responsabilité d’élus locaux et de responsables politique d’affirmer aujourd’hui nos choix pour l’avenir, car dans quelques jours, ce pourrait être trop tard. Alors oui, nous disons maintenant notre souhait d’une région « Centre Val de Loire ».

Signataires : François Bonneau, président de la Région Centre ; Frédéric Thomas, président du conseil général d’Indre-et-Loire ; Christophe Degruelle, président de la communauté d’agglomération de Blois ; Marc Gricourt, Maire de Blois ; Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, président de la commission des lois du Sénat ; Jean Germain, sénateur d’Indre-et-Loire, secrétaire de la commission des finances du Sénat ; Jean-Jacques Filleul, sénateur d’Indre-et-Loire ; Valérie Corre, députée du Loiret ; Jean-Marie Beffara, député d’Indre-et-Loire, premier vice-président de la région Centre ; Jean-Paul Chanteguet, député de l’Indre, président de la commission développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée Nationale ;Jean-Patrick Gille, député d’Indre-et-Loire ; Denys Robillard, député de Loir-et-Cher ; Laurent Baumel, député d’Indre-et-Loire ; Isabelle Bruneau, députée de l’Indre

 

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LE PARISIEN

 La France à travers les yeux de Parisiens, Bretons ou Toulousains

François Hollande a annoncé vouloir ramener le nombre de régions de 22 à 14. Mais les clichés ne vont pas disparaître de sitôt, en témoignent ces cartes de la France à travers les yeux de Parisiens, Bretons ou Toulousains.

Ce lundi 2 juin, François Hollande a tranché. Dans une tribune publiée dans plusieurs quotidiens régionaux, le chef de l’État a annoncé avoir l’intention de ramener le nombre de régions de 22 à 14. Au programme, un redécoupage de la France dans le cadre de la réforme territoriale.

Il permettra de rassembler par exemple la Basse et la Haute-Normandie, Rhône-Alpes et Auvergne ou encore Midi-Pyrénées et Languedoc. Pas de changement pour l’Ile-de-France, la région PACA ou les Pays de la Loire, et l’Aquitaine. Même si le projet sera soumis en débat à l’Assemblée nationale et devrait entraîner une redéfinition des cartes de France, les clichés ne s’effaceront pas de sitôt.

Les dernières cartes qui les rassemblent proviennent du quotidien Le Parisien. Ce dernier avait décidé, en septembre 2013, de se mettre à la place de certains habitans, entre “Toulousains, “Parisiens” ou “Marseillais”. On a donc droit à pléthore de stéréotypes régionaux sous des formules aussi sommaires que “cons”, “relous”, “nord” ou “alcooliques”.

La première ? La France vue par les Parisiens :

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Même si le quotidien n’hésite pas à souligner qu’il s’agit là d’une carte qui “représente les préjugés de notre pays” et qu’il ne faut pas “oublier [son] second degré”, pas sûr que ce soit le moyen idéal pour les oublier et passer enfin à autre chose.

Vous pouvez aussi retrouver les cartes de la France vue par les Bretons (neuf régions qui sont fonction des “copains” ou des “envahisseurs”), les Marseillais (avec quatre régions bien distinctes) ou les Toulousains, à voir ci-dessous.

La France vue par les Bretons

La France vue par les Toulousains (Crédit Image : Le Parisien)

La carte de France vue par les Normands (Crédit Image : Le Parisien)

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