DONNEES ET ANALYSES

Emplois : L’Aquitaine résiste à la crise

INSEE

par Hervé Huart (INSEE)

Résumé

À l’instar des grandes régions du Sud-Ouest et de la façade atlantique, l’Aquitaine a plutôt mieux résisté que le reste du pays à la crise économique débutée en 2008, en particulier grâce à son dynamisme démographique. Mais si l’emploi progresse, des disparités existent entre les territoires en raison des spécificités du tissu économique. Dans l’aire urbaine de Bordeaux, l’emploi a nettement progressé et le chômage est resté à son niveau de 2006. Les autres grandes villes d’Aquitaine suivent plus modérément cette tendance. Un peu plus fragilisées, les petites villes et les communes isolées qui ne bénéficient pas de l’influence des pôles ont cependant limité les effets négatifs de la crise.

Résistance aquitaine face à la crise

L’Aquitaine a mieux résisté à la crise économique que la plupart des régions de province. Son attractivité démographique, sa capacité à attirer des cadres, le profil présentiel de l’économie, un chômage globalement contenu en dépit du déclin industriel, des taux d’activité féminins élevés expliquent cette bonne tenue. Entre 2006 et 2011, les évolutions de l’emploi (+ 4,1 %) et de la population active (+ 2,1 %) y sont plus dynamiques que dans l’ensemble des régions de province (respectivement + 1,7 % et + 0,7 %) (figure 1).

En 2011, l’Aquitaine compte 1,139 million d’actifs de 25 à 54 ans. Composant l’essentiel de la population active, ils appartiennent à des tranches d’âges où la très grande majorité des individus sont en emploi ou en recherche d’emploi. En effet, dans le contexte économique de ces dernières années, les plus jeunes et les plus âgés ont pu modifier leur comportement vis-à-vis de l’emploi, en entrant ou en sortant plus ou moins tardivement de la vie active (allongement des études, modulation de l’âge de départ en retraite).

La situation économique est cependant à nuancer selon la taille des aires urbaines (définitions). Si l’emploi dans l’aire urbaine de Bordeaux augmente de 5,4 % entre 2006 et 2011, il ne progresse que de 0,6 % dans les petites aires de la région (figure 1). De la même façon, selon les territoires considérés, l’évolution de la population active des 25 à 54 ans est très différenciée : elle est nettement positive (+ 5,0 %) dans les communes multipolarisées et négative dans les communes isolées (- 0,9 %).

La suite de l’analyse portera sur l’évolution de l’emploi, de la population active et du chômage dans les différents types d’aires urbaines aquitaines, en les comparant à l’ensemble des aires urbaines de province de même catégorie.

Figure1 – Évolution de l’emploi et de la population active de 25 à 54 ans selon le territoire entre 2006 et 2011
Territoire Emploi Population active de 25-54 ans
Aquitaine France de province Aquitaine France de province
Note de lecture : entre 2006 et 2011, l’emploi dans la région aquitaine s’accroît de 4,1 % tandis qu’il n’augmente que de 1,7 % dans l’ensemble des régions hors Île-de-France.
Sources : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011 exploitations principales
Régions 4,1 1,7 2,1 0,7
Très grandes aires urbaines 5,4 4,7 3,3 2,6
Autres grandes aires urbaines de province 4,2 0,8 1,0 -0,5
Moyennes aires 1,3 -1,1 -0,1 -2,5
Petites aires 0,6 -0,5 0,8 -2,2
Autres communes multipolarisées 4,4 1,4 5,0 4,0
Communes isolées hors influence des pôles 1,2 0,3 -0,9 -1,4

Dynamisme de l’aire bordelaise

Entre 2006 et 2011, la population de l’aire urbaine de Bordeaux, qui regroupe 255 communes, progresse de 5,0 % pour s’établir à 1,141 million d’habitants. Dans le même temps, l’emploi total y augmente de 5,4 %. Le gain est de 26 000 emplois, tous secteurs confondus. L’aire urbaine de Bordeaux fait ainsi mieux que l’ensemble des treize très grandes aires urbaines de province (TGAU, comptant chacune plus de 210 000 emplois), pour lequel la hausse s’établit à 4,7 %. Seules Lyon, Toulouse et Nantes créent davantage d’emplois sur la période.

Comme dans la plupart des TGAU, la hausse de l’emploi dans les secteurs de la construction, + 11,0 %, du tertiaire marchand (commerce, transports, services), + 7,6 %, et du tertiaire principalement non marchand (administration publique, enseignement, santé et action sociale), + 7,9 %, s’accompagne d’un recul des emplois liés à l’agriculture, la sylviculture et la pêche (- 8,4 %) et à l’industrie (- 9,8 %). Dans ce dernier secteur, le repli est légèrement plus marqué qu’au sein des TGAU (- 8,7 %). Par ailleurs, Bordeaux reste, avec Rennes, l’aire où la part des emplois relevant du secteur primaire est la plus importante (figure 2).

Figure2 – Part des emplois par secteur d’activité dans les 13 très grandes aires urbaines de province
Très grandes aires urbaines de province Secteur d’activité (en %) Nombre d’emplois tous secteurs
Agriculture, sylviculture, pêche Industrie Construction Commerce, transports, services divers Administration publique, enseignement, santé, action sociale Total
Champ : emploi total
Source : Insee, Recensement de la population 2011 exploitation complémentaire lieu de travail
Lyon 1,0 14,9 6,7 49,9 27,5 100,0 983 400
Marseille – Aix-en-Provence 0,5 10,2 6,5 48,4 34,4 100,0 683 800
Toulouse 1,0 12,4 6,7 50,1 29,8 100,0 566 600
Lille (partie française) 0,6 9,6 5,6 51,1 33,1 100,0 510 300
Bordeaux 2,6 9,8 7,1 48,5 32,0 100,0 499 800
Nantes 2,0 11,1 7,0 50,3 29,6 100,0 402 200
Nice 0,6 7,4 7,8 54,4 29,8 100,0 395 100
Strasbourg (partie française) 1,3 13,7 6,2 49,1 29,7 100,0 340 500
Rennes 2,6 11,9 6,7 47,8 31,0 100,0 309 400
Grenoble 0,8 15,7 6,2 46,5 30,8 100,0 300 900
Rouen 1,2 12,7 7,7 45,4 33,0 100,0 265 700
Montpellier 1,2 6,6 7,3 49,7 35,2 100,0 240 300
Toulon 1,6 7,3 6,9 40,9 43,3 100,0 214 300

En cinq ans, les évolutions en structure sont peu sensibles : – 1,7 point dans l’industrie, + 1,0 point dans les services, + 0,7 point dans l’administration, – 0,4 point dans l’agriculture et + 0,4 point dans la construction (respectivement – 1,7, + 1,1, + 0,5, – 0,2 et + 0,3 dans l’ensemble des TGAU).

La population active, soit 558 600 personnes, augmente nettement : + 6,3 %. Cette hausse est imputable au dynamisme démographique, Bordeaux étant l’une des TGAU les plus attractives du pays, avec presque 11 000 habitants supplémentaires chaque année. Quelle que soit la tranche d’âge, l’aire urbaine bordelaise fait mieux que la moyenne des TGAU. Par exemple, dans la tranche des 15 à 24 ans, la population active augmente de 7,4 % contre 4,6 % dans l’ensemble des TGAU, soit 2,8 points d’écart.

Signe d’une métropolisation certaine de l’aire urbaine de Bordeaux, la part des cadres et des professions intellectuelles supérieures parmi l’ensemble des actifs de 25 à 54 ans – y compris les chômeurs – progresse nettement (+ 1,9 point, soit 18,4 %). Dans le même temps, la part des professions intermédiaires (+ 0,9 point, plus forte hausse des TGAU) et celle des artisans, commerçants et chefs d’entreprise (+ 0,6 point) s’accroissent également. Corollaire de ces évolutions, la part des employés (- 1,5 point) et surtout celle des ouvriers (- 1,8 point) figurent parmi les baisses les plus significatives au sein des TGAU. Ces éléments traduisent une montée en qualification de la population active et une tertiarisation de l’activité.

Entre 2006 et 2011, la part des actifs de 25 à 54 ans se déclarant chômeurs (10,0 %) reste stable dans l’aire urbaine de Bordeaux, alors qu’elle augmente dans la plupart des TGAU de province. Elle ne diminue que dans celles de Toulon et de Marseille-Aix-en-Provence, leurs proportions de chômeurs restant toutefois plus élevées qu’à Bordeaux : respectivement 12,0 % et 13,3 % en 2011.

L’emploi en hausse dans les grandes aires

L’emploi progresse de 4,2 % dans l’ensemble des 11 grandes aires urbaines (GAU, définitions) de la région. Cette progression est cinq fois supérieure à celle observée dans les grandes aires de métropole où la hausse n’est que de 0,8 %. Mont-de-Marsan et, dans une moindre mesure, Bayonne se caractérisent par des hausses marquées de l’emploi (respectivement + 12,1 % et + 6,3 %), liées à la progression des activités tertiaires à Mont-de-Marsan et de la construction à Bayonne. Par contre, à Marmande et Libourne, les deux plus petites GAU de la région, l’emploi stagne (figure 3).

L’industrie des grandes aires urbaines aquitaines résiste globalement mieux que celle des grandes aires de métropole : sa part dans l’emploi total recule deux fois moins (- 0,9 point contre – 2,0 points). La part de l’emploi industriel en 2011 se situe ainsi à 10,7 %. Autour de Pau et Bayonne, cette activité est notamment soutenue par l’aéronautique. Toutefois, dans d’autres aires urbaines (Bergerac, La Teste-de-Buch – Arcachon), la part de l’emploi industriel se contracte de plus de 1,5 point.

La tertiarisation de ces zones est plus lente que dans les GAU de métropole : la part du tertiaire marchand dans l’emploi total, 43,0 %, ne progresse que de 0,3 point contre 0,8 point. La croissance de l’emploi dans le tertiaire principalement non marchand est également plus faible que dans les GAU au niveau national. Avec moins de quatre actifs sur dix dans les services marchands, Mont-de-Marsan, Bergerac et Libourne se placent en dessous de la moyenne régionale.

La population des actifs de 25 à 54 ans, en hausse de 1,0 %, n’évolue pas partout de manière homogène (figure 4). Ces territoires font mieux que les aires comparables de métropole (- 0,5 %), notamment à Bayonne et Mont-de-Marsan. Mais à Pau, Agen, Bergerac, La Teste-de-Buch-Arcachon et surtout Villeneuve-sur-Lot, cette population diminue sur la période.

La montée en qualification des emplois est notable sur la période, mais reste en deçà de ce qui s’observe dans les autres GAU de métropole. La part des cadres et professions intellectuelles supérieures n’augmente que de 0,6 point contre 0,8 point pour l’ensemble des GAU de province. C’est à Bayonne, Libourne et Mont-de-Marsan que la progression de cette part est la plus marquée. La part des employés recule comme dans la moyenne des GAU du pays. Il en va de même pour la part des ouvriers (- 0,7 point), baisse toutefois plus contenue que dans l’ensemble des GAU (- 1,3 point). À Dax, Libourne et Marmande, la proportion d’ouvriers est même en légère hausse sur la période.

Entre 2006 et 2011, la part des chômeurs parmi les actifs de 25 à 54 ans augmente (+ 0,8 point), mais moins que dans les aires urbaines de métropole de même taille (+ 1,1 point). En Aquitaine, aucune grande aire urbaine n’échappe à cette hausse. Mais cette augmentation est parfois très mesurée, comme à Pau et Mont-de-Marsan où la part des actifs se déclarant chômeurs en 2011 s’établit sous la barre des 10 %.

Figure 3 – Les grandes aires urbaines aquitaines selon l’emploi et son évolution entre 2006 et 2011

Figure 3 - Les grandes aires urbaines aquitaines selon l'emploi et son évolution entre 2006 et 2011

Note de lecture : entre 2006 et 2011, dans l’aire urbaine de Pau, qui compte 103 000 emplois, l’emploi total progresse de 4,4 %.

Sources : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011 exploitations complémentaires lieu de travail

Figure 4 – Le noyau dur de la population active ne progresse pas partout

Figure 4 - Le noyau dur de la population active ne progresse pas partout

Sources : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011 exploitations principales

Maintien de l’activité dans les petites villes

Dans leur ensemble, les 42 petites et moyennes aires d’Aquitaine ont mieux résisté que les espaces de même type à l’échelon national : entre 2006 et 2011, la population totale progresse davantage, l’emploi se maintient (+ 0,8 % contre – 0,8 %), la population active s’accroît légèrement alors qu’elle décroît nettement dans les espaces de même catégorie au niveau national. Leur rayonnement en matière d’emploi est souvent géographiquement réduit. Beaucoup d’entre elles ont eu longtemps un profil industriel et ont donc subi, comme presque tous les territoires comparables, les effets de la crise. Hagetmau, Peyrehorade, Fumel, Ribérac perdent ainsi en cinq ans une part importante de leur emploi industriel. Mais d’autres aires font preuve de dynamisme : à Nontron (maroquinerie), Montpon-Ménestérol (instruments de mesure), Mauléon-Licharre (charpentes métalliques, industries alimentaires) ou Morcenx (fabrication de panneaux de bois), la part de l’emploi industriel progresse, ce qui contribue largement à y maintenir l’emploi.

Dans les aires moyennes, la part des cadres et professions intellectuelles supérieures progresse trois fois plus vite que dans les aires de même catégorie au plan national (1,2 point contre 0,4). Mais des disparités existent : si, à Capbreton et Oloron-Sainte-Marie, cette part augmente nettement, à Langon et Sarlat-la-Canéda, elle est en repli.

La situation en matière de chômage des actifs de 25 à 54 ans n’est pas uniforme au sein de ces aires. Dans les aires moyennes, la part des chômeurs dans cette population active progresse plus que dans les zonages comparables (en particulier à Sarlat-la-Canéda, Langon et Orthez) alors que c’est l’inverse dans les petites aires. À Saint-Palais, Saint-Jean-Pied-de-Port ou Mauléon-Licharre, la part des chômeurs parmi ces actifs, déjà particulièrement faible, diminue. En revanche, à Fumel, Aiguillon, Lesparre-Médoc et Castillon-la-Bataille, la part élevée de chômeurs est aggravée par une hausse assez forte.

Les communes isolées tirent leur épingle du jeu

En Aquitaine, dans les communes isolées hors influence des pôles, telles Belvès, Castets ou Duras, l’emploi progresse de 1,2 %, davantage que dans les communes de même catégorie au niveau national (+ 0,3 %). La hausse démographique accompagne cette évolution (+ 2,2 % contre + 1,2 %).

Les créations d’emplois dans le tertiaire marchand et la construction ne suffisent pas à compenser les baisses dans l’industrie et surtout l’agriculture. Dans ces zones, la part des emplois relevant du tertiaire principalement non marchand est importante et progresse de 2,4 points sur la période.

La population des actifs de 25 à 54 ans baisse, mais un peu moins que dans les communes comparables de métropole. En revanche, la part des actifs se déclarant chômeurs augmente un peu plus vite.

Dans ces communes isolées, il y a bien montée en qualification de l’emploi (augmentation de la part des professions intermédiaires, des cadres dans une moindre mesure) même si les hausses sont un peu moins fortes que dans les zones comparables du pays. La part des artisans, commerçants, chefs d’entreprise et celle des employés progressent. Dans ces territoires à dominante rurale, un quart des emplois agricoles a disparu et la part des agriculteurs exploitants a baissé de 2,6 points en cinq ans.

Encadrés

Toujours plus de femmes au travail

Le taux d’activité des femmes âgées de 25 à 54 ans est élevé en Aquitaine, supérieur d’un point à la moyenne de métropole (87,5 % contre 86,5 %). Cette supériorité s’affirme quel que soit l’espace considéré : pôles urbains, couronnes, petites ou moyennes aires, zones multipolarisées ou communes isolées hors influence des pôles. Dans les aires les plus importantes, ce taux est le plus élevé à Périgueux, Bordeaux, Bayonne et Agen.

Comme partout dans le pays, il augmente entre 2006 et 2011. À La Teste-de-Buch – Arcachon, Bordeaux, Mont-de-Marsan, Bayonne et Bergerac, il progresse de plus de trois points. D’autres aires de taille plus modeste enregistrent aussi une progression sensible : Sarlat-la-Canéda et Mourenx. Dans toutes les aires quelle que soit leur taille, ce taux d’activité dépasse désormais 80 %, voire 90 % dans certaines petites aires (Mauléon-Licharre, Hagetmau, Salies-de-Béarn).

Figure 5 – La féminisation de l’emploi se confirme

Figure 5 - La féminisation de l'emploi se confirme

Source : Insee, Recensement de la population 2011 exploitation principale

Les zones périphériques méritent la couronne

Entre 2006 et 2011, les couronnes des grandes aires urbaines (dites aussi couronnes périurbaines) font preuve du dynamisme le plus remarquable. Qu’il s’agisse de l’essor démographique, de la progression de la population active ou de l’emploi, ces tendances, observées à l’échelon national, sont renforcées en Aquitaine. Dans ces zones périphériques, au pourtour des pôles urbains, le nombre de cadres et de professions intellectuelles supérieures est en forte croissance (+ 20,8 % contre + 13,0 % dans les couronnes de l’ensemble des GAU de métropole). La couronne bordelaise, mais aussi celles de Bayonne et Mont-de-Marsan sont dans ce cas. En Aquitaine, les professions intermédiaires (+ 16,2 % contre + 9,3 %) suivent la même tendance. Au sein de la population active, la part des chômeurs est la plus faible dans les couronnes périurbaines et ce quelle que soit la tranche d’âge considérée.

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