CLIMAT

Faut-il craindre El Nino cette année ?

L’EXPRESS

Propos recueillis par Yvan Brax

 

 

El Niño, le retour. Cette inversion des courants océaniques dans l’océan Pacifique perturbe le climat autour du monde. Il pourrait bien se manifester de nouveau cette année, selon l’Organisation mondiale météorologique. Les explications de Serge Planton, responsable de l’unité de recherche Groupe de météorologie grande échelle et climat de Météo France.

 

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Qu’est-ce qu’El Niño?

C’est un phénomène qui se produit dans le Pacifique équatorial. Il y génère des anomalies, comprendre des écarts aux mesures moyennes. Dans l’océan, cela se traduit par des températures plus élevées de l’eau. Plus haut, les vents alizés, qui viennent de l’est, ralentissent. Ce sont en fait les vents d’ouest qui se renforcent. Ces manifestations sont plus fortes en hiver, du fait de l’écart plus grand avec les températures moyennes.

 

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Combien de temps dure El Niño?

Sa durée moyenne est de neuf mois. Elle est en fait liée à la circulation des courants océaniques, très lents, qui vont d’est en ouest et vice versa dans le Pacifique équatorial. Toutefois, si la liaison est avérée, ses causes précises sont pour le moment inconnues.

Quand les phénomènes sont-ils les plus forts?

En hiver. El Niño est calé sur le cycle saisonnier, même si personne ne sait pourquoi. Les pêcheurs péruviens ont découvert le phénomène en premier. Ils ont remarqué que les poissons étaient moins présents au large du Pérou en hiver. Ils l’ont baptisé ainsi [« L’enfant », en français, ndlr] en l’honneur de l’enfant Jésus parce qu’il intervient aux alentours de Noël. A cette période, les eaux profondes, chargées de nutriments nécessaires aux poissons, remontent moins à la surface. Ce phénomène intervient en fait tous les ans. Il n’est appelé El Niño que les années où son intensité est particulièrement forte.

Quelles en sont les conséquences?

Il y a des téléconnections, des liens de causes à effets météorologiques, entre cette zone et quelques régions du monde. Le nord de l’Amérique du Nord, en Alaska et au Québec particulièrement, est sujet à des anomalies chaudes, telles que l’augmentation de la température de l’air et de l’eau. C’est l’inverse qui se produit dans le sud-est du sous-continent.

L’Afrique et la zone des moussons sont également touchées, à cause de téléconnections dans la bande tropicale. Les incendies en Indonésie en 1997 en sont la cause indirecte. Si El Niño n’a pas allumé les feux, la sécheresse qu’il a causée a grandement aidé leur propagation. La Corne de l’Afrique est ainsi plus touchée par les précipitations.

L’Europe est-elle touchée?

Il n’y a pas ou peu de téléconnections entre le Pacifique équatorial et l’océan Atlantique. Il y a bien un impact, mais il est minime. La différence de pression atmosphérique entre El Niño et La Niña, son exact opposé, est de l’ordre de deux hectopascals en Europe de l’Ouest. L’écart entre une dépression et un anticyclone dans la région se chiffre en dizaines d’hectopascals.

Et les DOM-TOM français?

Tahiti et la Polynésie française en général risquent d’être plus touchés par des ouragans et des tempêtes tropicales, à l’inverse des Antilles: l’apparition d’El Niño réduit les probabilités que ces phénomènes se produisent dans l’océan Atlantique. Les conséquences pour la Réunion sont en revanche peu notables.

Peut-on prévoir l’intensité du phénomène qui s’annonce?

Beaucoup de centres spécialisés, dont Météo France ont réalisé des prévisions dans cette optique, que l’Institut international de la recherche sur le climat a compilées. On peut y voir que les conjectures sont soit neutres, elles ne prévoient donc pas d’El Niño, soit positives. Ces dernières sont majoritaires. En comparant les écarts de température aux phénomènes précédents, on peut d’ailleurs observer qu’un El Niño en 2014 aurait une ampleur non négligeable.

Les prévisions de la température de l’eau dans le Pacifique équatorial en 2014.

Le réchauffement climatique a-t-il une influence sur l’ampleur du phénomène?

Dans son dernier rapport publié fin 2013, le Giec a conclu qu’on ne pouvait pas conclure. Pour ce faire, il a compilé les études faites sur ce sujet dans l’année passée et les résultats ne permettent pas de relier les deux phénomènes.

Mais d’autres études ont été publiées depuis, dont une, parue dans la revue Nature en janvier. À l’aide d’une vingtaine de simulations des phénomènes El Niño les plus intenses, dont ceux de 1982-1983 et 1996-1997, les chercheurs ont démontré un doublement des événements les plus forts à la fin du XXe siècle. Mais ce n’est pour l’instant qu’une seule étude, il faudrait en avoir confirmation dans le futur.

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