GEOGRAPHIE HUMAINE

Libye : Le diktat des « seigneurs de la guerre »

EL-WATAN

By  Zine Cherfaoui

 

 

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A Tripoli, le 31 juillet, des travailleurs égyptiens se rassemblent en vue de leur évacuation -AFP/STR

 

 

La population subit le diktat des seigneurs de la guerre mus par le seul souci de prendre le contrôle des leviers du pouvoir et de s’assurer une part de l’immense rente pétrolière de la Libye. Et le maigre espoir de consécration d’un semblant de légitimité institutionnelle suscité par les élections législatives du 25 juin a vite fait de fondre comme neige au soleil avec les combats fratricides qui opposent, depuis le 13 juillet, des milices rivales à Tripoli, et le climat de guerre qui prévaut en Cyrénaïque après l’offensive menée, un mois avant le scrutin [le 16 mai], par des fidèles dugénéral Khalifa Hafter et des unités de l’armée libyenne contre de puissantes milices pro-islamistes.

Le sud du pays, devenu entre-temps un sanctuaire pour groupes terroristes de tout acabit, n’est également pas épargné par les troubles puisque des affrontements qui opposent les Toubous [population noire estimée à au moins 800 000 personnes] aux tribus arabes locales [notamment les Zwaïs, les Ouled Souleiman et les Warfallas] ont lieu régulièrement.

Le pays s’engouffre irrémédiablement dans le chaos. Et rien ne semble pouvoir l’arrêter. La responsabilité de la situation est à imputer en grande partie au Conseil national de transition (CNT) qui a lamentablement échoué à fédérer, au lendemain de l’effondrement du régime de Muammar Kadhafi, les Libyens autour d’un projet politique viable. Ses membres étaient bien trop occupés, à l’époque, à se préparer des asiles dorés.

 

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Un pays qui va à la dérive

La faute incombe bien évidemment aussi aux Occidentaux, qui n’ont rien fait pour favoriser une transition pacifique dans le pays. Leur seul objectif, en 2011, était de régler son compte à Kadhafi. Les luttes d’influence font aujourd’hui le reste. Face au déchaînement de violence inouï de ces derniers jours, l’annonce faite le 30 juillet par un député fraîchement élu, évoquant l’installation du nouveau Parlement libyen, samedi prochain [le 2 août] à Tobrouk [ville côtière dans l’est du pays], paraît anecdotique tant plus personne ne semble avoir le pouvoir d’influer sur le cours des événements. D’ailleurs, cette nouvelle Assemblée n’a été élue que par 10 % des électeurs et ne dispose d’aucun moyen pour imposer un semblant d’ordre. Pour cela, il faudrait déjà que ses membres arrivent à s’entendre sur un smig politique. Ce qui est loin d’être évident. La réalité est que la Libye est aujourd’hui un pays sans Etat, qui va à la dérive.

Certains observateurs estiment que l’issue à la crise pourrait provenir du général Khalifa sur lequel une bonne partie du courant dit libéral libyen fonde ses espoirs. Pour mémoire, il avait été nommé, après le renversement de Kadhafi, chef d’état-major de l’armée, provoquant la colère des islamistes qui le considéraient alors comme « l’homme des Américains ». N’étant pas arrivé à unifier les nombreux groupes armés qui refusaient de se placer sous l’autorité de l’armée régulière, il avait fini par créer sa propre force armée. Bien qu’appuyé aussi par des unités de l’armée libyenne naissante, on n’a pas l’impression que cet ancien proche du guide libyen déchu est sur le point de gagner la guerre qu’il a déclarée le 16 mai aux groupes islamistes de Benghazi. Des islamistes qu’il qualifie de « terroristes » et qu’il s’est promis d’écraser.

Au vu du rapport de force militaire sur le terrain, la victoire des « libéraux » – si victoire il y a – ne se dessinera pas facilement ; en témoigne la prise le 29 juillet, après plusieurs jours de combats, du QG des forces spéciales de Benghazi par le Conseil de la choura [un organe consultatif] des révolutionnaires de Benghazi, une coalition de groupes islamistes et djihadistes.

Une source militaire a confirmé la chute de la base aux mains de ces groupes – dont Ansar Al-Charia [les défenseurs de la religion], classé organisation terroriste par Washington. Depuis le 26 juillet, les combats dans plusieurs secteurs de Benghazi ont fait 90 morts. Et il ne s’agit là que d’un bilan provisoire. A moins d’un miracle, les informations en provenance aussi bien de Tripoli que de Benghazi accréditent toutes l’idée que le conflit complexe qui caractérise la Libye va s’installer dans la durée.

Afflux de réfugiés

Les populations civiles libyennes commencent d’ailleurs à fuir en grand nombre vers la Tunisie. Le gouvernement tunisien, qui redoute de ne pas pouvoir faire face à un important afflux de réfugiés en raison de la précarité de son économie, n’écarte d’ailleurs pas l’idée de fermer sa frontière avec la Libye. Ce constat, extrêmement inquiétant au regard également du nombre impressionnant d’armes de toutes sortes qui y circulent et des rivalités tribales et régionalistes qui s’y expriment, n’a pas échappé aux capitales occidentales. Elles ont toutes pris la décision radicale, cette semaine, de fermer « provisoirement » leurs ambassades et de rapatrier leurs ressortissants.

L’Algérie qui est située, avec la Tunisie et l’Egypte, en première ligne dans le cas d’un embrasement général, a saisi aussi la gravité de la situation qui risque, si rien n’est fait, de déstabiliser encore davantage la région. Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme. Il a appelé, le 30 juillet, l’ensemble de la communauté internationale à se mobiliser face à la détérioration de la situation en Libye et à aider ce pays à « relever tous les défis qui l’assaillent ». La question est de savoir si l’appel du chef de la diplomatie algérienne sera entendu. Des doutes sérieux subsistent.

Même si les Occidentaux font mine de suivre de près la situation et d’être très inquiets, plusieurs indices laissent penser qu’ils ne bougeront pas le petit doigt dans l’immédiat. Rien n’indique en effet que la Libye est pour eux une priorité. Fatalement, le problème libyen retombera un jour ou l’autre dans les bras de l’Algérie, de l’Egypte et de la Tunisie. Avec le Mali, le Sahel et les menaces auxquelles ces trois pays font face sur leur propre territoire, cela risque de faire beaucoup trop pour eux.

 

EL WATAN

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