VILLES ET CULTURE

Gibraltar: découverte de la première gravure pariétale de Néandertaliens

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Le premier exemple d’une gravure pariétale attribuée à des Néandertaliens vient d’être découvert, à Gibraltar, dans la grotte de Gorham, par une équipe internationale1 réunissant des préhistoriens du laboratoire « De la préhistoire à l’actuel : culture, environnement et anthropologie » (PACEA – CNRS/université Bordeaux/ministère de la Culture et de la Communication), des chercheurs anglais et espagnols. Il s’agit d’un motif en croisillon profondément incisé dans la roche et daté à plus de 39 000 ans. Son analyse met à mal l’hypothèse selon laquelle la production de représentations abstraites et figuratives sur les parois des grottes serait une innovation culturelle introduite en Europe par les Hommes modernes. Ces résultats, publiés le 1er septembre dans les PNAS, étayent au contraire l’idée que les Néandertaliens possédaient une culture matérielle symbolique.

La production de représentations abstraites et figuratives sur les parois des grottes est vue comme une étape cruciale dans l’évolution des cultures humaines. Cette innovation culturelle a été considérée jusqu’à présent comme un trait caractéristique des Hommes modernes qui ont colonisé, il y a environ 40 000 ans, le territoire européen. Elle a aussi souvent été évoquée pour suggérer que des différences cognitives marquées existaient entre ces Hommes modernes et les Néandertaliens qui les ont précédés et qui ne pratiquaient pas ce mode d’expression. La découverte qui vient d’être effectuée dans la grotte de Gorham change la donne.

Il s’agit d’une gravure abstraite formant un croisillon, profondément incisée dans le sol d’une plateforme rocheuse située au fond de la grotte. Elle était couverte, au moment de son identification, par une couche de sédiments datés au Carbone 14 à 39 000 ans avant le présent. La gravure, se situant en-dessous de cette couche, est donc plus ancienne. Cette datation ainsi que la présence d’outils moustériens, caractéristiques des Hommes de Néandertal, dans les sédiments qui couvrent la gravure permettent d’attribuer celle-ci aux Néandertaliens, qui peuplaient encore le sud de la péninsule ibérique à cette époque.

Les chercheurs du laboratoire PACEA (CNRS/Université de Bordeaux/ministère de la Culture et de la Communication) ont réalisé une analyse microscopique de la gravure, sa reproduction 3D et une étude expérimentale qui a permis de démontrer son origine humaine. Ces travaux ont aussi révélé que les traits gravés ne sont pas la conséquence d’activités utilitaires, telles que la découpe de la viande ou des peaux, mais bien le résultat de passages répétés d’une pointe lithique robuste sur la roche avec l’intention de creuser des sillons profonds. Ces traits ont été exécutés avec maîtrise et les chercheurs ont calculé qu’entre 188 et 317 passages de la pointe à graver ont été nécessaires pour produire ce résultat.

Cette découverte étaye l’hypothèse selon laquelle les expressions graphiques n’étaient pas le seul apanage de l’Homme moderne et que certaines cultures néandertaliennes produisaient des gravures abstraites et marquaient avec ces dernières leur espace d’habitation.

 

 

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