DECORTIQUAGES

Mondialisation : Géographie des fonds souverains

L’émergence des fonds souverains a marqué la reconfiguration en profondeur de l’économie mondiale : des opérateurs financiers de pays en développement jouent désormais à pied d’égalité avec les géants des pays de l’OCDE. Cet essor spectaculaire s’annonce également prometteur pour d’autres nations en développement. Les fonds souverains pourraient bien devenir des acteurs clés du financement du développement, sous la forme de fonds souverains de développement (FSD). Dresser la géographie des fonds souverains, c’est redessiner la profonde rupture introduite par la crise actuelle et l’émergence rapide de nouvelles configurations internationales qui obligent à repenser les articulations systémiques qu’entretiennent aujourd’hui mondialisation et localisation des activités économiques.

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1. Le contexte général : la mondialisation

DATAR

Mondialisation et localisation des activités économiques : les nouveaux défis posés par l’entrée dans le XXIe siècle

Si jusque dans les années 1980 le processus de mondialisation était étudié sur un mode classique en lien avec l’internationalisation de l’économie mondiale (avantages comparatifs, division internationale du travail…), on a assisté dans les décennies 1980-1990 à l’hégémonie conceptuelle d’approches de plus en plus globalisantes survalorisant la seule échelle mondiale et déterritorialisant et dépolitisant les articulations entre territoires, économies et sociétés. La profonde rupture introduite par la crise actuelle et l’émergence rapide de nouvelles configurations internationales obligent à repenser les articulations systémiques qu’entretiennent aujourd’hui mondialisation et localisation des activités économiques.

Dans ce cadre, on doit à la fois réhabiliter la fonction stratégique du pilotage politique – entendu au sens large de polis, la vie de la cité – aux échelles nationales et continentales (cf. Union européenne), souligner l’importance des projets territoriaux dans les différentes trajectoires et mettre l’accent sur les phénomènes de structures de longue durée afin de dégager des axes d’action pour l’avenir. Cet article, après avoir présenté un cadre scientifique, épistémologique et conceptuel sur les démarches en débat, analyse les nouveaux équilibres mondiaux en émergence avant de dégager de grands enjeux d’avenir pour la France et l’Europe.

Rétrospective et état actuel des connaissances : quatre pistes d’analyse

Rapports temps/espace : le retour des territoires dans la mondialisation
Le contexte intellectuel et géopolitique des années 1980-1990 se traduit par l’hégémonie conceptuelle d’une définition et d’une approche de la mondialisation à la fois globalisante, universelle, automatique et mécanique. Ces logiques reposent sur deux piliers : la prédominance idéologique des productions anglo-saxonnes  ; le poids des approches économicistes déterritorialisant les réalités du monde et en niant la complexité via la mise en équation et la modélisation du monde. Ainsi, dès 1983, l’économiste américain Théodore Lewitt publie dans la Harvard Business Review un article intitulé The Globalization of Markets, l’universalisation rêvée, sinon fantasmée, d’un modèle de consommation et de production nord-américain. L’économiste Kenichi Ohmae publie The Borderless World, Power and Strategy in the Interlinked Economy – traduit en français par L’entreprise sans frontière, puis en 1996, par De l’État-nation aux États-régions – qui théorise la fin et le dépassement de l’État-nation. On voit alors se multiplier les thématiques sur la « fin de l’histoire », la « fin de la géographie », « la fin des frontières », la « fin des États » ou la « fin des territoires [1] ».
Mais ces logiques se trouvent brutalement invalidées ou remises en cause au tournant des années 2000 au profit de nouvelles demandes pluridisciplinaires rendant mieux compte de la complexité du monde. Les logiques d’études basculent alors d’une approche homégénéisante et globalisante à une approche de plus en plus différenciée soulignant que les inégalités et le dualisme sont consubstantiels au mode de développement et à la valorisation différenciée des territoires par les logiques de marché, et ce à toutes les échelles. On assiste alors à une redécouverte des territoires, qui peuvent être définis comme une construction à la fois spatiale, sociale, juridique, politique, économique et culturelle.
Par exemple, l’explosion de la mobilité géographique du capital, des marchandises, des informations et des hommes ne signifie nullement « réduction » de l’espace terrestre et des distances comme le signale chaque accident paralysant flux et réseaux (cf. volcan islandais au printemps 2010). L’interconnexion du monde est toujours sélective et hiérarchisée car la capacité des agents économiques à maîtriser le rapport distance-temps est un produit technologique, économique, social, culturel et organisationnel – au total logistique – sélectif qui représente d’énormes enjeux de pouvoirs géopolitiques et géoéconomiques. Loin d’être ubiquiste, elle repose sur une distance systémique qui interconnecte fonctionnellement de grands pôles mondiaux[2] ou des zones plus marginales (cf. forages pétroliers en Alaska ou Sibérie) à un système qui évite angles morts et laissés-pour-compte par le jeu d’interdépendances asymétriques. De même, la puissance des transnationales repose avant tout sur leur capacité à maîtriser et à gérer l’espace mondial à leur profit à la fois comme zone de fourniture, de production ou de vente en réalisant un certain nombre d’arbitrages entre division fonctionnelle, technique et sociale du travail.
Au total, ce retour des territoires met en lumière le fait que la mondialisation s’appuie sur des logiques de surintégration et de surexclusion, d’autant plus brutales quand les forces du marché sont laissées seules à l’œuvre. Dans plus de 60 % du monde, la question d’un accès régulier à l’eau, à l’électricité ou au téléphone demeure un facteur majeur de localisation alors que dans les Pays les Moins Avancés (PMA) sans littoral, le coût du fret peut représenter jusqu’à 40 % de la valeur des importations contre 6 % en moyenne mondiale. De même, seulement quinze États réalisent 70 % des services de transports mondiaux, 25 aéroports polarisent presque 70 % du trafic aérien mondial de passagers, 15 États polarisent 66 % des flux touristiques alors que 85 % des flux financiers mondiaux sont gérés par une vingtaine de places métropolitaines interconnectées.
Marché mondial, firmes transnationales et territoires : la redécouverte des emboîtements d’échelles
Ce processus de retour aux territoires se construit aussi dans l’analyse de l’organisation et des stratégies des acteurs par la redécouverte des jeux d’articulation des emboîtements d’échelles, du local au régional, national, continental et mondial. Contrairement à une vision schématique du couple local/mondial (« glocal ») qui invaliderait tous les niveaux intermédiaires, chaque niveau scalaire occupe une place et joue un rôle spécifique en interaction avec les niveaux inférieurs et supérieurs. Quelques pistes sont à dégager.
Premièrement, on doit relativiser l’unicité et la globalité de l’échelle mondiale, tout simplement parce qu’aucun acteur économique ou politique – si puissant soit-il – n’est en mesure de saisir, à lui seul, l’échelle mondiale dans son ensemble. C’est ainsi que le concept de « marché mondial » doit être revisité : comme l’illustre en permanence l’actualité, il n’y a ni conjoncture mondiale (cf. crise actuelle), ni prix mondiaux, ni marché mondial, mais des structures articulées, plus ou moins interconnectées et intégrées, sur lesquelles jouent d’ailleurs les firmes transnationales dans la répartition de leurs activités (afin, par exemple, de lisser le plan de charge de leurs activités). C’est le cas par exemple du marché et des prix des hydrocarbures, en fait assez segmentés et spécialisés (Brent de la Mer du Nord, Arabian Light…) – le prix mondial n’étant alors qu’une reconstruction. L’abaissement des barrières tarifaires, qui se généralise, ne doit pas masquer la découverte ou redécouverte de fortes barrières dites « non tarifaires », qui renvoient au maintien de profondes spécificités d’ordre juridique, culturel ou socio-économique selon les États et les continents.
Deuxièmement, on doit relever l’absence de véritable World Company ou firme multinationale. Bien qu’internationalisées, les firmes transnationales (FTN) doivent disposer d’un fort ancrage national pour des raisons juridiques, économiques, industrielles, technologiques, culturelles et géopolitiques (cf. automobile, aérospatiale et armement, énergie…). Au total, que ce soit dans la banque et la finance, les matières premières minérales ou énergétiques, l’industrie, le commerce, les télécommunications ou la logistique, l’internationalisation des FTN (cf. Siemens, Toyota, ArcelorMittal, Wal-Mart, Vodaphone…) s’appuie toujours sur deux, trois ou quatre grands pôles, soit nationaux, soit sous-continentaux  ; jamais sur le contrôle complet de l’espace économique mondial dans sa totalité. Ainsi, Wal-Mart dans la grande distribution s’articule à une double logique territoriale : la valorisation de quatre grands pôles (Aléna, Amérique Latine, Europe occidentale, Asie en développement) à partir du contrôle de sa base nationale états-unienne, et dans ceux-ci, la valorisation prioritaire du haut de la hiérarchie urbaine où se concentrent ses principaux clients des pays des Suds, les nouvelles couches moyennes solvables.
Au total, les FTN – qui sont un fait culturel, social et politique autant qu’économique – déploient des stratégies territoriales d’une grande diversité selon leur nationalité d’origine et leurs activités sectorielles. Elles se moulent le plus finement possible dans la complexité des territoires mondiaux en adaptant en permanence les articulations géographiques de leurs organisations internes et externes entre fournisseurs, productions, marchés et concurrences. C’est bien la capacité de la FTN à jouer, au regard de ses objectifs, sur une articulation fonctionnelle efficiente de tous les territoires et de toutes les échelles qui fonde son succès ou au contraire son échec. En 2009-2010, les difficultés techniques de Toyota (rappels massifs d’automobiles), consécutives à l’internationalisation à marche forcée de cette dernière décennie, soulignent la difficulté du système toyotiste (jusqu’ici efficace mais spatialement limité) à se déployer sur de nouveaux espaces géographiques sans perdre les spécificités premières qui assuraient jusqu’ici son succès.
Troisièmement, la mondialisation tend aujourd’hui à fortement valoriser l’échelle continentale du fait de la prégnance des logiques de proximité. La continentalisation, c’est-à-dire le découpage du monde en grands pavages politiquement, économiquement et institutionnellement intégrés, représente un enjeu essentiel. Plus de la moitié des échanges internationaux se réalise sur des bases continentales, et l’organisation productive et commerciale des firmes transnationales se fait souvent sur des bases continentales. Enfin, la montée des structures institutionnelles géoéconomiques et géopolitiques a connu ces dernières décennies un dynamisme historique sans précédent (CEE puis UE, Aléna, Mercosur, Asean…). La mondialisation passe par la continentalisation. Pour une FTN ou pour une puissance étatique, affirmée ou émergente, le contrôle d’une base continentale ou sous-continentale est un levier essentiel à une projection mondiale (États-Unis/Aléna, Allemagne/Europe, bientôt Chine/Asie sinisée et Asean…). C’est pourquoi l’échec de la création de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) – dans l’hémisphère américain sous hégémonie des États-Unis à la fin des années 2000 – est un facteur d’affaiblissement géostratégique et géoéconomique  ; alors qu’à l’inverse la création d’une zone de libre-échange entre la Chine et les pays de l’Asean en janvier 2010 témoigne de l’affirmation croissante de la puissance chinoise en Asie et des effets d’attraction qu’elle exerce à des échelles spatiales de plus en plus larges. Elle y devient ainsi le 1er partenaire commercial du Japon au détriment des États-Unis en 2010.
Quatrièmement, la mondialisation d’un côté, la continentalisation de l’autre, s’organisent à partir de la valorisation de grands sous-ensembles continentaux : soit nationaux dans le cas de pays-continents (cf. États-Unis : Mégalopolis de la Côte Est, Chine littorale, Brésil du sud-est…), soit transnationaux dans le cas d’États de plus petite taille (Europe : Nothern Range, axe rhénan) organisés par de grands espaces métropolitains. Loin d’être des « archipels » interconnectés entre eux dans une « économie d’archipels » déterritorialisés et tournant le dos à leurs espaces d’insertion, la puissance et le dynamisme économiques, démographiques et logistiques et les pouvoirs de commandement de ces grands organismes métropolitains jouent sur un double registre spatial : la bonne maîtrise d’un vaste espace régional (Île-de-France/grand bassin parisien) et national d’un côté, d’excellentes capacités d’articulation aux échelles continentales et mondiales de l’autre (Sanjuan 2009). C’est pourquoi une analyse fine et opératoire des dynamiques territoriales (Py et Hatem 2009) et sociales de ces grandes métropoles (Barbesol et Briant 2008) ne peut déconnecter en les « autonomisant » les fonctions et les échelles mondiales ou internationales (finance, sièges sociaux de FTN) des échelles et fonctions nationales, régionales ou locales. Une insertion efficiente des grandes métropoles mondiales en haut de la hiérarchie urbaine dans la mondialisation suppose aussi de régler localement et régionalement les problèmes d’emploi, de logement, de prix foncier, de circulation ou de ségrégation sociospatiale (cf. Île-de-France, Grand Londres, etc.).
Mondialisation, globalisation, universalité : finitude et intégration du monde en débat
Si les facteurs économiques et financiers dominent dans l’approche de la mondialisation durant les dernières décennies de la fin du xxe siècle, on assiste aujourd’hui à la montée de nouveaux vecteurs d’analyse qui complexifient les liens entre mondialisation et activités économiques.
Le premier a trait à la forte montée des grandes questions environnementales. Si en anglais, le terme globalization est assez polysémique, on dispose en français de deux termes différents, « mondialisation » et « globalisation ». C’est pourquoi au-delà de l’anglicisme, le terme « globalisation » – qui renvoie directement au globe, c’est-à-dire à la planète et à son fonctionnement systémique – peut être utilisé mais redéfini dans un cadre plus strict : on peut alors redéfinir la globalisation comme l’étude et l’analyse des phénomènes affectant le fonctionnement de l’espace terrestre – le globe – dans des jeux d’interrelations et d’interactions entre le(s) milieu(x) et les sociétés humaines (Carroué, 2006). On inscrit dans ce champ les débats sur le réchauffement planétaire, la désertification, la gestion des ressources renouvelables et non renouvelables (eau, richesses halieutiques, forêts, énergies…) et la question de la durabilité des modes de développement adoptés. Dans ce cadre, il semble que les sociétés humaines soient à un tournant historique. En effet, les différents modes de développement déployés jusqu’ici se sont largement construits sur des logiques à la fois relativement prédatrices et surtout extensives, la conquête de nouveaux espaces servant de relais permanent au processus d’accumulation. Même s’il demeure encore quelques espaces vierges et fronts pionniers, l’homme se heurte aujourd’hui à la finitude du monde. Ce changement de paradigme pose aujourd’hui un véritable problème civilisationnel à l’ensemble de l’humanité concernant ses modes de développement, d’autant plus difficile à débattre que les approches en sont souvent réalisées sur un mode catastrophiste.
Dans ce contexte contradictoire, sont apparus ces dernières décennies de nouvelles contraintes (politiques, juridiques…), de nouveaux acteurs (ONG, émergence d’une opinion publique mondiale, rôle des médias…) et de nouveaux marchés (technologies, puits de carbone, droits à polluer…), qui pèsent soit comme contraintes, soit comme opportunités nouvelles sur les stratégies sectorielles et les choix de localisation des acteurs et facteurs économiques.
Le second a trait aux questions sociales, salariales, migratoires et juridiques dont doivent aujourd’hui tenir compte les agents économiques dans leurs choix de localisation face à l’universalisation progressive d’un certain nombre d’exigences nouvelles, en particulier dans le droit du travail (interdiction du travail des enfants, instauration d’un salaire minimal, couverture de la négociation collective…). Au-delà même de leurs arbitrages internes concernant leurs différents critères de localisation (cf. coûts salariaux/productivité, qualification, réactivité aux marchés, prix fonciers, fourniture énergétique, concurrence, respect du droit intellectuel, sécurité des investissements…), on a assisté ces dernières décennies à la montée en puissance des ONG ou syndicats, qui mobilisent la scène médiatique internationale pour dénoncer tel ou tel investissement ou le non-respect de telle ou telle norme sociale ou environnementale de base (travail des enfants, sous-salaires…) comme le rappellent les campagnes contre Nike en Asie, ou l’impact particulièrement négatif sur l’image de marque d’Apple des suicides d’ouvriers chez un sous-traitant chinois, ou sur celle de BP de la marée noire dans le Golfe du Mexique en mai 2010. Dans un sens, en vingt ans, la mondialisation est devenue plus transparente  ; d’autant que si les effets des campagnes de boycott des consommateurs sont généralement peu efficaces, la culture anglo-saxonne de juridiciarisation systématique a fait beaucoup de progrès participant en retour à de nouvelles élaborations d’un droit plus international.
La montée des enjeux géopolitiques dans les facteurs et équilibres économiques
Symbolisés par l’effondrement de l’URSS, les attentats du 11 septembre 2001, les effets de la piraterie somalienne sur les flux maritimes dans l’Océan indien et le Canal de Suez, les nationalisations d’actifs miniers dans les pays andins ou au Venezuela ou la nouvelle diplomatie chinoise en Afrique et Amérique latine, les facteurs géopolitiques jouent aujourd’hui un rôle majeur et croissant dans les choix et dynamiques de localisation des agents économiques et dans la redéfinition des équilibres géoéconomiques du monde. En effet, définie par le géographe Yves Lacoste comme l’étude des rivalités de pouvoirs – de toute forme et de toute nature – sur un territoire et des systèmes de représentation produits pour y répondre [3], la géopolitique est devenue un outil central d’analyse et d’action, comme en témoigne le succès des études sur le « risque-pays [4] » pour les investisseurs.
Plus largement, ces démarches insistent sur la (re)découverte du temps long [5] et le jeu des héritages géohistoriques [6], des enjeux culturels (cf. spécificités de l’Asie sinisée dans sa trajectoire de développement, réseaux sociaux pour aborder le marché chinois…), de l’autonomie plus ou moins grande des jeux d’acteurs (cf. collectivités territoriales, diasporas…) ou encore de la résistance des modèles de capitalismes nationaux. De même, plus la mondialisation des FTN progresse et plus le recrutement de leurs cadres dirigeants s’élargit, plus se pose avec acuité en interne la question des modèles de gestion et de management issus des différentes cultures.

Les perspectives d’évolution : les nouveaux équilibres du monde

De la nature et de la profondeur de la crise mondiale actuelle : l’entrée dans le xxisiècle
Dans un cadre prospectif, l’évaluation de la nature et de la profondeur de la crise mondiale actuelle constitue un enjeu fondamental à la fois pour en comprendre les ressorts profonds, en évaluer l’impact immédiat et à plus long terme sur les nouveaux équilibres du monde et pour élaborer en retour des stratégies de sortie de crise. Dans cette démarche, il convient de penser la mondialisation comme un système à la fois géoéconomique et géopolitique qui renvoie à la nécessaire définition de l’ordre mondial en débat comme étant un objet géohistorique spécifique.
Jusqu’en 1990, les choses étaient relativement claires à partir d’une structure binaire (ouest/est et nord/sud) construite sur la rivalité des deux superpuissances dans le cadre d’une nouvelle Guerre Froide. Face au bloc communiste fonctionnant en relative autarcie, on trouvait un monde occidental symbolisé par la Triade (États-Unis-Canada, Europe occidentale, Japon) contrôlant l’essentiel du pouvoir politique, économique, financier, technologique et culturel face à des périphéries soit évitées et délaissées, soit intégrées, et qui fournissaient des matières premières minérales ou énergétiques, ou de la main-d’œuvre à bas coût salarial réalisant des productions industrielles (textile, électronique grand public…) réexportées dans le cadre d’une division internationale du travail.
À partir des années 1980, avec l’arrivée au pouvoir de M. Thatcher au Royaume-Uni en 1979 et de R. Reagan aux États-Unis en 1980, on assiste progressivement à l’émergence d’un nouveau régime d’accumulation financière. Les réformes ultralibérales de la révolution néoconservatrice libèrent alors les marchés financiers de toutes les règles, normes et institutions publiques qui en assuraient le contrôle depuis 1929, alors que se multiplient les innovations de produits et deprocess de plus en folles, opaques et instables. Ce projet, qui va définir un nouveau stade de la mondialisation occidentale, a pour principal objectif d’assurer et d’accompagner la refondation des leviers de l’hégémonie mondiale des intérêts anglo-saxons, en premier lieu états-uniens. Il se diffuse géographiquement d’abord aux autres pays occidentaux dans la décennie 1980 avant de pouvoir englober plus largement une grande partie de l’économie mondiale dans les années 2000, à l’occasion de l’effondrement de l’URSS et des pays de l’Est, de l’ouverture de plus en plus large des pays du Sud (cf. accord sur les services financiers en décembre 2007 à l’OMC, libéralisation des échanges…) et des réformes chinoises introduites en 1978.
Ce nouveau régime d’accumulation financière – rentier, spéculatif, instable et dual – se traduit dans les grands pays occidentaux par une totale inversion fonctionnelle des articulations antérieures entre d’un côté les sphères productives, les sphères périproductives et les sphères de la reproduction sociale, et de l’autre les activités financières. Ces dernières, occupant une position de plus en plus nodale, imposent leurs exigences de rentabilité, leurs modes de gestion et leurs temporalités aux autres activités économiques afin de capter une part croissante des richesses créées. Le processus de drainage est phénoménal, comme en témoigne l’explosion à la fois du stock de capital financier – entre sept et neuf fois le PIB mondial en 2005 selon la Banque des règlements internationaux (BRI) de Bâle – et des flux en circulation. L’extrême mobilité géographique du capital financier dans l’espace mondial survalorise les différenciations territoriales (taux d’intérêts, cours des actions, niveaux des devises, dettes et obligations…) avec pour objectif une rentabilité financière maximale et à court terme. Il a pour corollaire une instabilité croissante avec 24 crises majeures entre 1971 et 2008, soit en moyenne une tous les dix-huit mois.
En vingt ans, la diffusion du système d’accumulation financière va se traduire dans les pays développés – mais de manière inégale selon les types de capitalisme – par le remodelage des systèmes productifs et sociaux : stagnation des salaires réels, déformation du partage des revenus entre catégories sociales, secteurs économiques et espaces géographiques, parfois désindustrialisation marquée… À l’échelle mondiale, la mise en concurrence exacerbée de la force de travail se traduit par une quasi-stagnation du salaire réel moyen : selon l’Organisation Internationale du Travail[7], il n’augmente ainsi que de 1,9 % par an entre 2001 et 2007 (dont seulement +0,9 % dans les pays développés et 1,7 % en Asie), alors que la hausse globale des salaires est sensiblement inférieure à la hausse de la productivité sur période 1995-2007. Au total, dans les trois quarts des États, on assiste à une sensible baisse tendancielle des revenus salariés moyens et à une explosion des inégalités salariales dans les deux-tiers des États. Les États-Unis et une part croissance des États européens vont en retour développer un mode de croissance insoutenable, fondé sur un modèle de soutien à la demande nationale et mondiale, construit sur une économie d’endettement, d’inégalité et d’insécurité sociale généralisée, tout en drainant une large partie de l’épargne de la planète grâce à leurs statuts géopolitiques exceptionnels.
Comme le pronostiquaient depuis longtemps un certain nombre d’observateurs, ce nouveau régime d’accumulation financière s’effondre brutalement en 2007-2009 à la suite d’une crise immobilière née aux États-Unis à la fin de l’année 2006, qui sert de révélateur. La crise devient financière puis économique et industrielle et enfin sociale tout en se généralisant à l’Europe puis au monde. Les États-Unis sont confrontés à une triple crise systémique de nature géoéconomique (effondrement financier, économique et industriel), politique (crise des fondements de la révolution conservatrice et néolibérale reaganienne) et géostratégique (crise de l’Impérium avec les échecs irakien et afghan).
La crise actuelle signe donc bien la fin d’un cycle historique géopolitique et géoéconomique d’un tiers à un demi-siècle de durée et parachève définitivement les héritages des anciens jeux de puissances nés en 1945. C’est à ce titre que la crise de 2007-2012 constitue un choc d’une ampleur historique séculaire en marquant la disparition définitive des structures héritées du second xxe siècle et la véritable entrée du monde dans le nouveau xxie siècle. C’est pourquoi les débats actuels aux États-Unis et en Europe sont si importants : face à la crise, quelles réponses apporter du simple replâtrage ou de la nécessaire refondation  ?
Le monde à la recherche de nouveaux équilibres géoéconomiques, géopolitiques et géostratégiques
Cet effondrement inédit et spectaculaire des pôles nord-américain et européen oblige bien sûr à réarticuler la question des dynamiques de localisation des activités économiques et industrielles avec les grands enjeux géoéconomiques, géopolitiques et géostratégiques mondiaux, actuels et futurs. Celles-ci participent en effet directement des basculements des pôles de puissance auxquels on assiste et qui vont s’accélérer ces prochaines décennies. On doit en particulier relever les nouvelles interdépendances financières nées de la crise. On peut estimer le coût direct et indirect de celle-ci à l’équivalent d’un PIB mondial du fait à la fois des destructions de capital financier, immobilier et productif et de l’intervention massive des puissances publiques via les politiques de soutien et de relance des États. Ainsi, l’injection massive de liquidités, les achats massifs d’actifs financiers et le recours à la planche à billet se traduisent par une explosion des bilans des Banques centrales (FED, BCE… [8]). En cinq ans, la crise se traduit par une profonde transformation des équilibres mondiaux.
Au plan géopolitique, on assiste à l’émergence de trois nouveautés. Premièrement, l’affirmation des grands pays émergents dans les instances de concertation (cf. passage du G7 au G20), dans les organisations internationales (FMI et Banque mondiale, bientôt l’ONU  ?) ou dans les débats plus stratégiques (Brésil et Turquie face au conflit États-Unis/Iran sur le nucléaire en mai 2010). Deuxièmement, le grand retour des États et la réhabilitation des échelles nationales qui invalident largement le discours néolibéral antérieur, phénomène particulièrement spectaculaire aux États-Unis et en Europe occidentale. Troisièmement, la nouvelle et relative impuissance de l’hegemon du moment, les États-Unis, qui conduit à une architecture du nouvel ordre international issu de la crise beaucoup plus ouverte et polynucléaire, au détriment de ce que l’on pourrait qualifier le « monde occidental », dont les trois piliers – nord-américain, européen et japonais – sont en sensible perte d’hégémonie. À cet égard, une des grandes ruptures introduite par le basculement du xxe au xxie siècle a trait à la disqualification éthique, politique et stratégique du recours généralisé à la guerre comme levier de sortie d’une crise mondiale. Cette situation est-elle durable à moyen terme  ? On doit l’espérer malgré la montée potentielle de certaines tensions régionales. Dans ce cadre, le déplacement de la compétition et des leviers de la puissance dans de nouveaux champs socio-économiques et technologiques rend l’effort militaire états-unien (47 % des dépenses militaires mondiales en 2011) de plus en plus insupportable.
Au plan financier, alors que la base monétaire mondiale passe de 2 000 à 12 600 milliards de dollars entre 1995 et 2010, soit de 8 à 21 % du PIB mondial, la socialisation des pertes liées à la crise se traduit par une explosion des dettes publiques occidentales : les pays de l’OCDE, qui perdent plus de dix millions d’emplois en 2009 (dont 3,4 en Europe occidentale) [9], injectent pour la seule année 2009 plus de 1 000 milliards d’euros de stimuli budgétaires alors que la crise provoque un gonflement des déficits publics de plus de 1 150 milliards d’euros. La dette publique des seuls pays du G 20 va passer de 30 620 à 39 300 milliards de dollars a minima (+28 %) entre 2008 et 2014, soit de 66 à 84,5 % de leur PIB. La dette extérieure des États-Unis pourrait ainsi passer de 17 500 milliards de dollars, soit 120 % du PIB en 2009, à 23 000 milliards de dollars en 2015 (+31,5 %), rendant la 1re puissance mondiale de plus en plus dépendante de sa capacité à drainer l’épargne mondiale.
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Figure 1. Les fonds souverains dans le Monde en 2008
On assiste en revanche à la forte montée des réserves de change des pays émergents manufacturiers ou exportateurs de matières premières, qui passent de 2 000 à 7 500 milliards de dollars entre 2002 et 2010, en particulier en Chine, dans l’Asie en développement et dans les pays du Golfe. Une partie croissante de ces réserves est gérée par des Fonds souverains (figure 1), dont les investissements financiers (marchés, actions et obligations), économiques (immobilier, commerce, transports) et productifs (mines, industries) pèsent d’un poids croissant dans les dynamiques territoriales. Avec 1 150 milliards de dollars de ses réserves de change placés en Bons du Trésor américain et 630 milliards d’euros de dettes souveraines européennes, la Chine est devenue en trente ans un des principaux créanciers de la planète, alors que la crise relance en 2007-2012 le débat sur la place et le statut international du dollar. Cette multipolarité du monde se retrouve illustrée par la géographie des Fonds souverains – dont les actifs en gestion devraient passer de 3 800 à 6 137 milliards de dollars entre 2009 et 2012 – organisée autour du triptyque Golfe arabique/Asie en développement/Norvège, avec une Amérique du Nord marginale [10].
Au plan géoéconomique et industriel, l’emploi manufacturier recule de 25 % aux États-Unis, de 27 % au Royaume-Uni et de 10 % dans la zone Euro entre 2002 et 2010, alors que les grands pays émergents (Brésil, Inde, Chine, Russie, Afrique du Sud) deviennent de réelles puissances industrielles en s’affirmant depuis dix à vingt ans progressivement comme des pôles suffisamment forts et autonomes pour rechercher un développement plus autocentré tout en s’insérant de manière croissante dans la mondialisation.
Mutation des systèmes productifs et division internationale du travail renouvelée
À moyen terme, la mutation des systèmes productifs va se traduire à la fois par une intégration ultra-concurrentielle réaffirmée entre pays hautement développés (cf. problèmes de parité monétaire dollar/euro…), un éclatement croissant des suds aux trajectoires de plus en plus divergentes, un retour de la dynamique des pays rentiers portés par la hausse structurelle des prix des matières premières minières, énergétiques et agricoles du fait de la demande des nouveaux pôles dynamiques et un renouvellement et une accentuation de la division internationale du travail entre espaces centraux, semi-périphériques et périphériques, et ce, à toutes les échelles territoriales.
Dans ce cadre, la question démographique est un premier élément déterminant du fait de l’explosion de la demande de travail liée à la transition démographique. Aujourd’hui, 50 millions de nouveaux actifs arrivent chaque année sur le marché du travail mondial. La population active mondiale doit passer de 1 929 à 3 650 milliards d’actifs entre 1980 et 2020 (+ 1,72 milliard), soit un quasi-doublement (tableau 1). 93 % de cette hausse a pour horizon les pays des Suds, dont 62 % en Asie, 21 % en Afrique et 11 % en Amérique latine. En 2020, les pays OCDE ne représenteront plus que 16,5 % de la population active mondiale, contre 15 % en Inde, 22,5 % en Chine et 40,8 % dans les autres pays du monde. Si auxixe siècle l’Europe a connu des phénomènes similaires, elle y a répondu par la conquête des trois quarts de l’espace mondial, sous forme coloniale ou migratoire (cf. peuplement des « nouveaux mondes »).
Tableau 1. Quarante ans de hausse de la population active mondiale (millions et %)
1980 1990 2000 2020 Évolution 1980-2020 (en milliers) Part de la croissance régionale dans le monde (en %) Répartition de la population active en 1980 (en %) Répartition de la population active en 2020 (en %)
523 569 589 603 + 80 4,6 27,1 16,5
Russie 76 77 71 65 – 11 0 3,9 1,7
Brésil 46 62 83 110 + 64 3,7 2,4 3,0
Inde 262 330 398 562 + 300 17,4 13,6 15,3
Chine 512 661 746 818 + 306 17,7 26,5 22,4
Reste monde 510 706 931 1 492 + 982 57 26,4 40,8
Monde 1 929 2 405 2 818 3 650 + 1 721 100 100 100
Source : BIT, 2010.
Mais aujourd’hui, les enjeux démographiques sont inséparables des questions de développement. En effet, si la finitude du monde et l’architecture internationale contemporaines interdisent aujourd’hui aux pays des Suds d’adopter la même réponse impérialiste, il convient de bien mesurer en retour les énormes pressions en jeu et le niveau exceptionnel des défis auxquels ils doivent faire face en termes de développement, d’allocation d’épargne, d’insertion dans la DIT et de gestion des flux migratoires dans un monde de plus en plus interdépendant. La question du développement dépend d’abord de facteurs endogènes : nature, qualité et fonctionnalité à la fois des États et des élites entrepreneuriales et viabilité de la construction nationale (cf. forte mobilisation étatique en Asie, difficultés de l’Afrique du Sud ou de l’Afrique subsaharienne)  ; ressources disponibles… Mais elle repose tout autant sur les choix de spécialisation opérés dans la DIT qui assurent ou non des marges d’autonomie (cf. blocages de certains États rentiers) tout en assurant transferts de capitaux et de technologies. Les trajectoires de la démographie et du développement participent alors de la réorganisation spatiale à la fois des marchés mondiaux, des potentiels économiques et productifs aux échelles continentales, nationales et régionales et de la division internationale du travail.
La vision que l’on peut en avoir varie bien sûr sensiblement selon les critères utilisés et les sources : ainsi, selon le FMI, entre 2009 et 2015, les pays développés devraient passer de 69 à 61 % du PIB mondial exprimé en monnaie courante et de 53,8 % à 47,8 % en parité de pouvoir d’achat. Selon le GGDC des Pays-Bas d’Angus Maddisson, en monnaie constante et parité de pouvoir d’achat, alors que le poids de l’économie mondiale double en volume (tableau 2) en vingt ans, les pays développés ne polariseraient que 27,5 % de la croissance et reculeraient de 60 à 43 % de l’économie mondiale (exprimée ici en dollars constants gk pps). À l’inverse, les pays des Suds représenteraient aujourd’hui 57 % de l’économie mondiale en polarisant 72,6 % de la croissance, du fait en particulier du réveil asiatique (56,7 % croissance mondiale) et des pays émergents dont la Chine, qui pèserait aujourd’hui plus que l’Europe à 30, et l’Inde. Au total, quels que soient les outils méthodologiques utilisés, il est clair que d’ici 2020 à 2050 les bouleversements structurels des équilibres géoéconomiques et géopolitiques mondiaux devraient s’accélérer. En 2050, les trois premières puissances économiques mondiales seraient la Chine, les États-Unis et l’Inde alors que le Brésil, l’Indonésie, la Turquie et le Mexique devraient voir leur poids relatif croître sensiblement.
Tableau 2. Vingt ans d’évolution économique mondiale : la montée des Suds et des pays émergents (PNB en millions $ constants 1990 GK PPS et %)
2011 % 1990 % 2011 % Croissance % Croissance mondiale
Monde 54724692 100 100 108 100
Pays développés 23519461 59,7 43,0 50 27,4
États-Unis/Canada 10 500 556 24,0 19,2 66 14,7
Europe à 30 9 668 688 25,4 17,7 45 10,5
Japon 2 556 252 8,8 4,7 10 0,8
Australie Nv Zél. 646 312 1,3 1,2 91 1,1
Israël 147 653 0,2 0,3 152 0,3
Pays des Suds 31205231 40,3 57,0 194 72,6
Asie 20 898 417 18,2 38,2 335 56,7
Amérique latine 4 122 072 8,0 7,5 96 7,1
CEI/Balkans 2 360 467 7,7 4,3 16 1,2
Proche Moyen orient 1 951 999 3,3 3,6 127 3,8
Afrique 1 872 276 3,1 3,4 130 3,7
Dont pays émergents 20975419 22,9 38,4 249 52,7
Chine 11 036 389 6,6 20,2 533 32,7
Inde 4 272 488 4,2 7,8 289 11,2
NPI Asie (Corée/Taïwan/Sing.) 1 809 471 2,3 3,3 193 4,2
Brésil 1 410 168 2,8 2,6 90 2,3
Russie 1 283 889 4,4 2,3 12 0,5
Mexique 906 069 2,0 1,7 75 1,4
Afrique du Sud 256 945 0,6 0,5 74 0,4
Source : GGDC, 2012.

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2 . LES FONDS SOUVERAINS DÉCORTIQUÉS

 

Capture d’écran 2014-09-10 à 15.17.56

 

SCIENCES PO

 

 

 

 

 

 

 

en savoir plus

et encore

 

3 . Quelques éléments cartographiques 

Alors que l’avènement du capitalisme financier a été présenté par certains analystescomme l’annonce de la « fin de la géographie », la géographie peut-elle vraiment nous aider à décrire les flux financiers, si mobiles qu’ils semblent abolir les distances ?

Des éléments avec l’excellente émission de France Culture Planète terre

GEOGRAPHIE DE LA FINANCE MONDIALE

 

Fonds souverains carte

 

HEC OZENNE

 

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