GEOGRAPHIE HUMAINE

Après l’Ukraine, la Moldavie elle aussi déchirée entre l’UE et la Russie

COURRIER INTERNATIONAL

par Laurence Habay

Moldavie

crédit photo

Moins d’un mois après le scrutin ukrainien et dix jours avant les élections législatives moldaves fixées au 30 novembre, les présidents ukrainien et polonais, Petro Porochenko et Bronislaw Komorowski, se sont rendus ensemble en Moldavie, le 20 novembre, « pour soutenir les aspirations pro-européennes du pays », rapporte le quotidien moldave russophone Moldavskié Vedomosti.

En Moldavie, les Ukrainiens sont prorusses

Lors de la conférence de presse commune à Chisinau, le président ukrainien s’est félicité du fait que les communistes n’aient désormais plus de sièges à la Rada (le parlement ukrainien) et a déclaré aux Moldaves : « Nous avons beaucoup d’objectifs communs au-delà de l’intégration européenne, comme le règlement du conflit avec la Transdniestrie [la région moldave séparatiste prorusse, autoproclamée indépendante depuis 1991], et la coopération frontalière”.

Selon le journal russe Nezavissimaïa Gazeta, une importante diaspora ukrainienne, comptant environ 300 000 personnes, vit actuellement en Moldavie (et en Transdniestrie). Cependant, explique le directeur de l’Institut des politiques publiques de Chisinau, Arcadie Barbarosie, « les Ukrainiens installés dans notre pays ont évolué vers une position prorusse. Selon le sondage mené par un institut d’opinion publique, ils considèrent que le rattachement de la Crimée après le référendum populaire était justifié ».

Un scrutin très géopolitique

L’expert doute que la visite des chefs d’Etat ukrainien et polonais ait un impact sur les villages ukrainiens du nord du pays. Il estime en revanche que la victoire du candidat pro-européen Klaus Iohannis à la présidentielle roumaine le 16 novembre a pu frapper davantage les esprits. « Le fait que les Roumains, orthodoxes, aient voté pour un protestant, montre la force de leur désir de vivre à l’européenne, commente-t-il. Mais ce sont surtout les garanties apportées par Iohannis sur le fait que personne ne contraindra les Moldaves à la réunification avec la Roumanie, qui ont plu aux partisans de la souveraineté moldave ».

« Le prochain scrutin sera géopolitique. S’y affronteront deux courants intégrationnistes : le courant européen et le courant eurasiatique », poursuit Barbarosie. Or, selon le titre, le pays (hors Transdniestrie) est littéralement divisé en deux : une moitié, représentée par l’alliance pro-européenne au pouvoir, est tournée vers l’UE ; l’autre moitié, représentée par le parti communiste, le parti socialiste et le parti populiste Patria, vers l’Union économique eurasiatique (regroupant la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, et l’Arménie à partir du 1er janvier 2015).

De quel côté les 30% d’indécis à ce jour feront-ils pencher la balance ?

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