DONNEES ET ANALYSES

Languedoc-Roussillon : Les fragilités des territoires urbains… et ruraux

INSEE

PAR Caroline Dadoun (Insee)

Résumé

La population du Languedoc-Roussillon est particulièrement touchée par la pauvreté et les inégalités de revenus y sont fortes. Présente dans les grandes villes, la pauvreté concerne aussi de façon parfois plus intense les territoires ruraux. Une partie de ces territoires ont été fortement impactés au cours des dernières décennies par les crises viticoles et le déclin industriel. Avec un niveau de revenu moyen nettement plus faible que dans la région, certaines communes rurales connaissent des difficultés liées à l’accès à l’emploi, touchant notamment des publics fragiles ; la part des jeunes en difficulté et des familles monoparentales y est particulièrement élevée. Dans d’autres communes rurales, les difficultés découlent plutôt du vieillissement de la population. Entre les villes et les zones rurales, les habitants des couronnes périurbaines sont plus à l’abri de la pauvreté.

Publication

En Languedoc-Roussillon, 508 000 personnes vivent en 2011 dans un ménage dont les ressources après redistribution sont inférieures au seuil de pauvreté. Avec près de 20 % de la population considérée comme pauvre, contre 14 % au niveau national, la région est ainsi l’une des plus concernées par la pauvreté en France métropolitaine. Les taux de pauvreté des départements languedociens, de 16 % en Lozère à 21 % dans l’Aude, sont tous supérieurs à la moyenne nationale.

Avec la crise, la pauvreté s’est accentuée dans la région, comme au niveau national : la part de ménages en situation de pauvreté a augmenté de 1,4 point de 2008 à 2011 (+ 1,2 point en France métropolitaine). Par ailleurs, la crise a intensifié les inégalités. Le plafond de revenus en dessous duquel se situent les 10 % de ménages les plus modestes a reculé de 4,4 % sur la même période, alors que les plus hauts revenus ont continué à progresser, avec une hausse de 1 % du seuil de revenu des 10 % de ménages les plus aisés.

Une pauvreté présente dans de nombreuses communes rurales et concentrée dans les grandes villes

En Languedoc-Roussillon comme ailleurs, la pauvreté est plus importante dans les unités urbaines. Les villes abritent davantage de ménages modestes en nombre mais aussi en part, en lien notamment avec la présence du parc locatif social dans les grandes agglomérations. Toutefois la région se caractérise également par une pauvreté rurale plus prégnante qu’au niveau national. Si, dans l’urbain comme dans le rural, le taux de pauvreté est plus élevé dans la région qu’en moyenne nationale, dans le rural, l’écart avec le taux national est nettement plus marqué.

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Pauvreté monétaire mais aussi difficultés d’accès à l’emploi ou encore fragilités sociales (profils des familles, isolement social…) reflètent différentes facettes des difficultés matérielles et sociales que peuvent rencontrer les habitants du Languedoc-Roussillon. Un indicateur de pauvreté-précarité a été élaboré au niveau communal à partir de plusieurs variables qui illustrent ces thématiques. Il permet d’appréhender plus finement les disparités territoriales en termes de pauvreté et de précarité.

En Languedoc-Roussillon, la pauvreté ainsi définie est présente dans toutes les grandes villes de la région mais aussi dans de nombreuses communes rurales isolées (figure 1).

Figure 1 – Indicateur synthétique de pauvreté-précarité – Une pauvreté bien présente même très loin des villes

Figure 1 - Indicateur synthétique de pauvreté-précarité - Une pauvreté bien présente même très loin des villes

Source : Insee – © Ign insee 2014

Divers territoires éloignés des pôles urbains sont fortement touchés par la pauvreté, notamment des petites communes du sud de l’Aude (Corbières, Limouxin), de la vallée de la Têt dans les Pyrénées-Orientales, ou encore une partie des hauts-cantons de l’Hérault et du Gard. Cette exposition à la pauvreté de nombreuses zones rurales est liée à l’histoire économique de la région, avec des territoires fortement impactés au cours des dernières décennies à la fois par les crises viticoles (dans l’Aude et l’Hérault en particulier) et par la transformation du tissu industriel, voire la désindustrialisation , à l’instar de certains bassins houillers du Gard ou des Pyrénées-Orientales par exemple.

Les habitants des espaces périurbains sont moins en situation de pauvreté. Composés principalement de communes résidentielles, ces territoires accueillent en majorité des familles suffisamment aisées pour accéder à un habitat pavillonnaire, dans des zones où le prix du foncier est souvent élevé. Par ailleurs, l’habitat social y est moins implanté que dans les villes-centres. Dans la région, les logements locatifs sociaux représentent 9 % des résidences principales, cette part est de 5 % dans les espaces périurbains, et de 16 % dans les grands pôles urbains.

De petites communes rurales isolées fortement impactées par la pauvreté

Les aspects de la pauvreté et les personnes qu’elle touche sont différents selon les territoires. L’analyse des caractéristiques des populations et des difficultés qu’elles rencontrent permet d’identifier six ensembles de communes (figure 3et figure 4), dont trois sont plus particulièrement concernés par les problématiques de pauvreté-précarité.

Figure 3 – 6 groupes de communes au regard de la pauvreté en 2011 – 3 types de territoires particulièrement touchés par la pauvreté

Figure 3 - 6 groupes de communes au regard de la pauvreté en 2011 - 3 types de territoires particulièrement touchés par la pauvreté

Lecture : chaque groupe issu de la typologie de l’ensemble des communes du Languedoc-Roussillon rassemble des communes ayant un profil proche, relativement à la pauvreté.

Source : Insee – © Ign insee 2014

Le premier ensemble de communes est composé de communes rurales de petite taille, dont plus de la moitié sont situées dans l’Aude. Les revenus y sont nettement plus faibles en moyenne que dans la région et les inégalités de revenus y sont particulièrement marquées. Le revenu maximum des 10 % des personnes les plus modestes est 14 fois inférieur au revenu minimum des 10 % les plus aisées, avant redistribution. Cet écart entre plus modestes et plus aisés est important, deux fois plus élevé qu’au niveau régional.

Les difficultés d’accès à l’emploi dans ces zones souvent éloignées des pôles d’emploi pourraient en grande partie expliquer le bas niveau de revenus : 21 % des actifs se déclarent au chômage en 2011, soit 5 points de plus qu’en moyenne régionale. Les jeunes sont particulièrement confrontés à ces difficultés d’insertion : 4 jeunes de 16 à 25 ans sur 10 ne sont ni en emploi ni étudiants. C’est le cas de 27 % d’entre eux au niveau régional et 21 % au niveau national.

Des facteurs de fragilité sociale s’ajoutent aux difficultés d’accès à l’emploi, avec notamment une forte présence de familles monoparentales, 18 % des familles. Situation familiale plus fréquente en milieu urbain, cette proportion est notable pour des communes rurales (Rabier, 2014). Ces familles ont de surcroît des difficultés d’accès à l’emploi, dans ces communes plus encore que dans le reste de la région. Pour près de la moitié des enfants vivant dans une famille monoparentale, le parent n’a pas d’emploi, une proportion qui dépasse largement la moyenne régionale. Au final, plus de la moitié des enfants de moins de 6 ans de ce groupe de communes vivent dans des familles à bas revenus, soit près de 20 points de plus que la moyenne régionale.

Pour d’autres communes rurales, des difficultés liées au vieillissement de la population

Au sein du deuxième groupe de communes rurales fortement impactées par la pauvreté, les difficultés financières et sociales que rencontrent une partie des habitants proviennent plutôt du vieillissement de la population. Ces territoires sont souvent géographiquement voisins du groupe précédent, à l’écart des grands pôles urbains et des zones littorales. Les retraités y sont particulièrement présents : 4 personnes de plus de 15 ans sur 10 sont retraitées, contre 3 sur 10 au niveau régional (figure 4). Or si, de façon générale, ces derniers disposent de revenus plus élevés que la moyenne, ils sont davantage exposés à la pauvreté en milieu rural (Canonero et Tailhades, 2013). Ainsi, dans ces communes, 17 % des personnes de 65 ans ou plus sont des agriculteurs à la retraite (contre moins de 6 % au niveau régional), profession disposant d’un faible niveau de pension.

Figure 4 – Indicateurs principaux des 6 groupes de communes – 6 groupes de communes concernés de façon différente par la pauvreté
Principaux Indicateurs France métropolitaine Languedoc-Roussillon Groupes à dominante rurale Groupe à forte densité de population, plus touché par la pauvreté Groupe de communes de taille moyenne, à la pauvreté diffuse Groupe de communes périurbaines, moins touché par la pauvreté
Plus touché par la pauvreté monétaire et sociale Plus touché par la pauvreté monétaire, plus de retraités Moins touché par la pauvreté
(*) Voir définitions
Sources : Insee (RP), CAF, Insee-DGFIP (dispositif Revenus Fiscaux Localisés) – données 2011
Population en milliers 63 070 2 670 36,1 46,5 52,4 1 331,2 367,3 836,5
Part de la population régionale (%) /// /// 1,4 1,7 2,0 49,9 13,8 31,3
Revenu médian mensuel par UC (€) (*) 1 600 1 440 1 150 1 230 1 406 1 320 1 370 1 660
Ecart interdéciles D9/D1 des revenus (%) (*) 5,6 7,2 13,8 7,1 4,6 11,6 5,4 4,5
Part des foyers fiscaux non imposables (%) 43,0 50,5 65,2 62,2 52,8 53,7 54,2 41,8
Part des ménages financièrement dépendants (%) (*) 6,5 8,5 12,7 5,9 2,7 11,5 6,4 4,2
Part des allocataires CAF à bas revenus parmi les – 65 ans (%) (*) 7,0 10,6 15,1 8,6 4,5 13,6 8,0 5,6
Taux de chômage au sens RP (%) 12,3 16,1 21,3 13,8 8,9 19,9 15,1 11,5
Part des personnes vivant seules (%) 15,2 15,9 20,4 17,8 12,4 20,4 12,3 10,2
Part de familles mono-parentales (%) 14,1 15,6 18,0 9,4 10,3 19,3 13,0 12,1
Part des retraités parmi les 15 ans et + (%) 26,6 29,9 37,9 40,9 29,4 32,4 28,3 31,4

Par ailleurs, dans ce groupe de communes, la pauvreté monétaire se double de facteurs non financiers de précarisation, avec tout d’abord un parc de logements vieillissant, facteur de vulnérabilité énergétique : près de 6 logements sur 10 datent d’avant 1946 (20 points de plus que la moyenne régionale). Les habitants de ces communes souvent isolées, en particulier les plus âgés d’entre eux, peuvent également être fragilisés par l’éloignement des services : moins de 30 % des habitants disposent d’un médecin généraliste ou d’une pharmacie dans leur commune contre plus de 80 % de la population dans l’ensemble de la région.

Pour les actifs de ces communes rurales, les difficultés d’accès à l’emploi sont de même ampleur qu’au niveau régional, avec une part de chômeurs proche de la moyenne régionale. Les emplois occupés y sont plus souvent précaires : 24 % des salariés occupent des emplois à durée limitée, soit 6 points de plus que la moyenne régionale. Il pourrait s’agir pour partie d’emplois saisonniers dans l’agriculture, secteur d’activité particulièrement présent dans ces communes (près du quart des emplois, contre moins de 5 % dans la région).

Dans les grandes villes et sur le littoral, d’importantes disparités de revenus

Les territoires les plus urbanisés (villes de plus de 10 000 habitants) et la majorité des communes littorales se caractérisent par de fortes disparités de revenus au sein de la population, et par un revenu médian légèrement inférieur à la moyenne régionale. Les inégalités se retrouvent principalement dans les grandes villes, où se côtoient un parc locatif social important et des quartiers résidentiels accueillant des populations aisées habitant dans des logements au coût élevé.

Les familles sont particulièrement concernées par les facteurs de précarité repérés au sein de ce groupe de communes : 20 % des familles sont monoparentales, proportion la plus élevée des six groupes de communes. La part de jeunes enfants vivant dans des familles à bas revenus est également largement supérieure à la moyenne régionale (47 % contre 36 %). Les chômeurs au sein de ce groupe de communes sont nombreux, 1 actif sur 5. Bien qu’il ne comprenne que 130 communes, c’est de loin le groupe le plus peuplé, regroupant la moitié de la population régionale.

Une pauvreté plus diffuse dans des communes souvent éloignées des grands centres urbains

Dans un quatrième ensemble, regroupant le quart des communes de la région, le revenu est plus bas que la moyenne régionale (figure 4). Pour autant, les indicateurs analysés ne permettent pas d’identifier une catégorie de population plus particulièrement en difficulté : les marqueurs de fragilité et de précarité, tant sociale que dans l’accès à l’emploi, sont pour la plupart proches de la moyenne régionale, malgré des difficultés pour les jeunes : 32 % ne sont ni étudiants ni en emploi, proportion qui dépasse largement la moyenne régionale (27 %). Par ailleurs, la population présente des caractéristiques proches des moyennes régionales.

Les couronnes périurbaines plus à l’abri de la pauvreté et des inégalités

Les deux derniers groupes de communes sont moins touchés par la pauvreté monétaire et sociale : ce sont notamment les communes des couronnes périurbaines, où les familles aisées sont surreprésentées et où les disparités de revenus sont peu marquées. Les cadres y sont les plus nombreux, alors que la part des actifs occupant des emplois précaires et celle des chômeurs sont nettement plus faibles que dans l’ensemble de la région. Ce groupe de communes accueille également peu de familles monoparentales, 12 % contre 16 % dans la région. Par contre, la part des jeunes de moins de 15 ans y est la plus élevée.

Comparable aux espaces périurbains résidentiels, un groupe de communes petites et moyennes, parmi lesquelles des communes de Lozère en proportion importante, affiche un revenu proche de la moyenne régionale avec de faibles disparités. L’accès à l’emploi y apparaît satisfaisant : la proportion de chômeurs est inférieure à 10 %, soit la plus faible des groupes de communes, avec une activité économique dominée par l’agriculture (30 % de l’emploi).

La pauvreté au sein de chacun des profils de communes présente des facettes différentes selon les territoires. Identifier les aspects de la pauvreté selon sa localisation constitue un enjeu pour prioriser les actions publiques. Toutefois, si les espaces périurbains semblent moins concernés, les disparités quant à elles semblent plus fortes dans les espaces urbains où les zones urbaines sensibles côtoient des quartiers résidentiels ou d’habitat diversifié. Ainsi, l’analyse territoriale de la pauvreté ne doit pas se limiter au niveau communal mais devrait être complété par une analyse infra-communale dans les espaces urbains.

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